CHAPITRE XL
Conquête de la Silésie. Amours et aventure
tragique de Charles,
La. Silésie était sans défense. Glogaw , la première place forte du côté des états prussiens , n'avait que huit cents hommes de garnison. Frédéric dédaigna de l'assiéger en personne. Il en ordonna le blocus , et il arriva avec son corps d'armée devant Breslaw , qui ouvrit ses portes. La célérité de sa marche le rendit maître de la ville , et ses procédés lui gagnèrent les cœurs. Il combla d'attentions et d'égards les habitans de toutes les classes. Il donna des fêtes, il ouvrit des bals avec les plus belles femmes de la province. Le beau page était de toutes les parties; il en faisait les honneurs ; il eut souvent celui de danser avec son maître. Frédéric réunissait les respects ; Charles plaisait généralement, et ne s'en prévalait pas*.
Le roi ne s'arrêta pas à Breslaw. Il poursuivit sa marche et ses succès. Après un mois de campagne , il était maître de la Silésie , depuis
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Cros$en jusqu'à Jablunka-, et des montagnes aux frontières de la Pologne. Charles lui disait quelquefois : « Sire , quand nous battrons-nous ? « — J'espère, répondait Frédéric, que ces gens- « là se défendront : je n'aime pas à vaincre a ainsi. » L'occasion se présenta bientôt.
Les Autrichiens avaient rassemblé vingt-cinq ' mille hommes de troupes réglées, et déjà aguerries. Le général Neuperg passa la Neisse à la tête de cette armée , et entra en Silésie. Frédéric marcha à sa rencontre avec trente bataillons , et trente escadrons. Il se présenta à l'ennemi en ordre de bataille. Les deux armées se trouvèrent en présence entre Molwitz et Pampitz , aux environs de Brieg.
Le roi examinait, du haut d'une éminence, la position des Autrichiens. Il avait mis Charles devant lui , et il avait appuyé sa lunette d'approche sur son épaule. Neuperg , qui avait aussi sa lunette, reconnut Frédéric, et fit aussitôt tirer une batterie avancée. Les boulets tombaient autour du roi et de son page, et les couvraient de terre. Ils n'avaient encore vu le feu ni l'un ni l'autre. Le prince était immobile et observait tout : Charles était inquiet ; les boulets le tracassaient. Il en passa un si près, qu'il ne put s'empêcher de tourner la tête , en s'écriant : « Voilà
a qui est impertinent. — Tu as raison (i), ré-
(i) Ce furent les propres mots du roi.
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a pondit le roi en femoant sa lunette , qu'on A m'aille dénicher ces marauds-là. » L'action s'engagea aussitôt.
Les Autrichiens n'étaient pas tout-à^ait formés, que déjà les Prussiens canonnaient vivement leur aile gauche. Elle plia ; mais la cavalerie ré- ' para le désordre, et enfonça l'aile droite des Prussiens, après cinq charges consécutives. Le roi , dix princes de sa maison , le vieux adjudant d'Herleim , se portaient partout , se jetaient dans la mêlée , et cherchaient à rétablir l'ordre» Charles avait toujours sa botte collée à celle de Frédéric ; il le couvrait de son Corps , et cette manoeuvre n'échappa point au héros , qui jugeait des hommes sur les plus petites choses.
Les efforts de tant de braves chefs étaient devenus inutiles : la terreur panique est un mal qui gagne de proche en proche. La cavalerie prus* sienne se débanda, l'infanterie se rompit, et la bataille parut perdue.
Le prince Léopold répara tout. Il commandait la seconde ligne des Prussiens, et il arrêta les fuyards en faisant tirer sur eux. Il renforça la première ligne de plusieurs bataillons de grenadiers ; il se porta en avant avec tout son front , et reprit l'avantage sur l'infanterie autrichienne, que la cavalerie avait laissée découverte et sans appui sur ses flancs, eh chargeant les Prussiens avec trop d'ardeur.
Neuperg détacha quelques régimens de dragons,
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pour soutenir son infanterie. Ils balancèneibt i^e seconde fois la fortune de Frédéric ; mais le féU continuel de ses grenadiers les força de reculer , et après cinq heures de combat, les Prussiens restèrent maîtres du champ de bataille.
Cette journée coûta beaucoup aux d^ùx partis. Nombre d'officiers de marque y périrent. Frédéric eut à regretter Schulenbourg , général de sa cavalerie , le margrave Frédérie^Guillauihe y et son vieil adjudant d'Herleim. Il n^étaît paâ s^m^ inquiétude pour son page favori. Le jeune homme l'avait quitté pendant le fort du combat. Le roi ne le voyant point paraître ^ lie dédaigna pas de le chercher lui-même. Il le trouva assis sur l'àffut d'un canon, écrivant tranquillement sur la forme de son chapeau.
Dès que les grenadiers s'étaient avancés , Charles sans expérience , mais déjà tacticien , avait osé compter sur la victoire, et il fut jaloux d'y contribuer. Il n'avait pris d'ordre que de son courage ; il avait mis pied à terre , il s'était placé dans les rangs , et avait fait le coup de fusil jusqu'à la fin de l'acticHi. « Oh , si elle me (( voyait, disait^l, à chaque cartouche qu'il brùoc lait ! Si elle entendait les balles qui me sifflait « aux oreilles ! » Enchanté d'avoir été pour quelque chose dans le gain de la bataille , il avait tiré son éçritoire de poche , et il écrivait à Baltide : « J'ai vaincu pour l'attlôur : qu'il soit ma (c récompense. »
Le roi sut des officiers dés grenadiers cornment son page s*étai( conduit : on lui faisait la cour, en justifiant Taffection dont il honorait ce jeune, homme. Il lui donna sur le champ de bataille une boîte d'or avec son portrait , et il hii dit : « Tu ne prends pas encore de tabac ; tu y a mettras des bonbons (i). »
La bataille de Molwitz prouva la supérioiité de la tactique prussienne , et valut à Frédéric la conquête de la Silésie. Marie-Thérèse sentit alors la faute qu'elle avait faite en refusant ses offres. Elle lui fît proposer d'évacuer la Silésie , en se réservant la partie de cette province sur laquelle il avait des droits. Il était maître de la province entière : il changea de langage, et un devait s'y attendre. Il répondit (7) : <c La somme des revenus, « que la maison de Brandebourg a perdus depuis a qu'on lui a ôté ses duchés , surpasse de beauce coup la valeur de la Silésie. » Cela n'était pas vrai; mais il savait écrire, parler et se battre.
La guerre fut donc continuée. Aux débris de l'armée de Neuperg se joignit un grand nombre de Hongrois , d'Ësclavons et de Croates. Ces forces, commandées par le prince Charles de Lorraine , s'étaient rassemblées en Bolbiéme , où il n'était pas à présumer que l'électeur de Bavière,
(i) Frédéric dit cela à un de ses pages. (2) Historique.
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élu empereur, et le maréclial de Belle -Isie, commandant pour Louis XV , nouveaux alliés du roi de Prusse, pussent se maintenir long-temps. Leiu:s troupes étaient affaiblies, et il était presque impossible de leur envoyer des renforts : Frédéric se porta en Bohême pour couvrir ses conquêtes. Le prince Charles crut devoir le prévenir , et empêcher sa jonction avec les troupes de ses alliés. En effet, une bataille perdue empêchait le roi de Prusse de pousser ses avantages , et les Bavarois et les Français étaient obligés de mettre bas les armes.
Les deux armées se rencontrèrent à Chotusitz,. près de Craslau. La cavalerie prussienne était en tête de celle du prince Charles. Elle l'attaqua et la fit reculer. Les hussards prussiens la chargèrent avec tant d'impétuosité , qu'elle fut obligée de se former en bataillon carré pour faire face partout. Cette manœuvre la sauva , mais la sépara de l'infanterie.
Cette infanterie avait cependant chassé les Prussiens du village de Chotusitz , et leur avait pris seize drapeaux et quinze cents hommes. Charles , qui ne quittait plus le roi , devint furieux à cette nouvelle. Il cria qu'il fallait attaquer et reprendre le village : il assurait que le sort de la journée dépendait de cette opération* Le roi le pensait comme lui , et s'y était d'abord déterminé ; mais il sut bon gré au jeune homme d'avoir vu comme lui.
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L'ennemi, retranché dans le village, opposa une longue et opiniâtre résistance. Mais l'attaque fîit conduite avec tant d'art, les manœuvres se firent avec tant d ordre et de prestesse , qae tous les obstacles fiirent surmontés. Frédéric et \e bouillant Felsheim entrèrent des premiers dans le village. L'élite des troupes les suivit : le carnage fut affreux. Les Autrichiens, après avoir perdu cinq mille hommes , cessèrent de disputer la victoire, et les Prussiens ne trouvèrent phis que des fuyards. Le roi de Prusse écrivit du champ de bataille à Louis XV : « Sire , le prince « Charles m'a attaqué , et je l'ai battu (i). »
Le fruit de cette seconde victoire fiit la paix de Breslaw. Par ce traité, Marie-Thérèse abandonna à Frédéric la Haute et la Basse-Silésie , et le comté de Glatz.
Le roi revint jouir à Berlin de la gloire de ses armes, et le premier soin de Charles fut de courir à Spandaw. Pendant la campagne , il avait écrit régulièrement ; mais il n'avait pu recevoir de nouvelles de Baltide , à cause des marches , des contre -marches et de la rapidité des moiivemens de l'armée : on ne savait où adresser les lettres. 11 était bien naturel qu'il allât chercher ime réponse à toutes les siennes. Brandt le reçut comme un bon père , qui revoit un enfant chéri.
(i) Historique.
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Il écouta £iviec enthousifl«me ie détail dé ses exploits. L'aimabk jeune homme en voulait une récompense , et il n'avait mis tant d'éloquence dans son récit , que pour amener Brandt au point de ne lui rien refuser. Il brillait de voir Battide , toujours présente à sa pensée , pour qui il avait bravé la mort , qui devait applaudir à sa g\oitej et il espérait que Brandt s'exposerait à tout , pour faciliter l'entrevue si désirée.
Un événement inattendu déjoua le tendre plan. M. Blumenthal était mort pendant la campagne. Sa femme et sa fille s'étaient retirées à Lignitz en Lusace, et le jeune Blutnenthal continuait la carrière des armes. Baltide, en partant, était convenue avec Brandt qu'elle écrirait la première , et qu'elle indiquerait une adresse sûre pour les lettres de Charles. Elle n'avait pas écrit encore , sans doute parce qu'il fallait qu'elle formât des liaisons avant de choisir une confidente. Ce fut l'idée à laquelle Charles s'arrêta, et elle adoucit un peu le chagrin que tous ces contretemps lui faisaient éprouver.
Sa grande, son importante affaire, son amour, ne lui fit pas oublier l'amitié. Il s'informa de M. Fridberg, Tâncicn dépositaire de ses peines et de ses plaisirs. Il était toujours à Spandaw , regrettant Charles , en parlant souvent , et n'ayant plus d'espérance de le revoir. « Nous nous reverc< rons , dit le jeune homme au hussard , assuretf le que nous nous reverrons. Avec le roi il ne
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tt faut qu'un bon moment , et je le trouverai. » Les travaux et les dépenses de la guerre n avaient pas éteint dans Frédéric le goût de la musique et des arts. Il donna des fêtes brillantes , où Charles était admis. Il fut souvent en tiers avec le roi et Voltaire , et il écoutait , avec une admiration, mêlée de respect, l'aigle de la littérature , le philosophe aimable , l'apôtre de la tolérance. Il semblait que son ame se montât au ton de celle du grand homme ; et si sa vivacité naturelle lui arrachait; quelquefois un mot, une saillie , Voltaire souritiit , applaudissait , et Frédéric répétait , en se ârottant les mains y le mot de Henri IV : « Je le présente avec succès à mes a amis et à mes ennemis. »
Ce fut à travers ces épanchemens d'une gaité familière, que Charles hasarda quelques mots en faveur de monsieur Fridberg. Voltaire avait été à la Bastille : il plaida vivement la cause du prisonnier de Spandaw. Charles, fort d'un tel appui, devint plus chaud et plus pressant. Le roi estimait le premier , il aimait vraiment Vautre , et il céda d'assez bonne grâce , pour donner à cet acte de justice les formes douces du bienfait. Charles reçut l'ordre de sortie , et s'empressa d'aller délivrer son ami.
En arrivant à Spandaw , il reçut le prix de sa bienfaisance, une lettre de Baltide. Elle était tendre; mais le style portait l'empreinte de 1^ mélancolie. On était séparé peut - être pour de§
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années; mais désormais on pourrait du moins s'écrire. Une marchande de modes de Lignitz voulait bien favoriser le commerce épistolaire. La lettre, adressée à Brandt, finissait ainsi : «On <c dit qu'il s'est bien conduit à Molwitz. Que a Dieu me le conserve : je le baise sur les « deux joues. » Mélange d'héroïsme , de piété et de tendresse , le cœur d'une femme sait tout accorder.
Charles se contenta alors dé parcomîr cette lettre ; il la baisa deux ou trois fois, la serra dans son sein, courut chez le commandant, et se. fit rendre son ami. Le bon Fridberg ne revint pas de son étonnement. Depuis des années» bien longues et bien tristes , la liberté n'était pour lui qu'une chimère. Lorsqu'il revit le soleil , qu^il respira le grand air, qu'il passa le dernier pont , qu'il aperçut dans la campagne la belle et riante nature , il crut entrer dans un monde nouveau. Il ouvrit ses bras à Charles ; il le tint long'-temps pressé sur son sein. Il ne parlait pas; mais ces étreintes avaient l'expression du sentiment.
Le bon, le généreux Felsheim le logea à V^igie noir y non pas à quarante frédérics par repas; mais il lui procura les aisances de la vie que comportaient ses. faibles moyens. Il paya partout, jusqu'à ce que M. Fridberg eût fait venir des fonds de Silésie.
Sa terre était située près de Glatz sur la Neisse. Depuis onze ans elle était abandonnée à un ré-
gisseiir ^ et les «nnéea prasaîetmes et hongroises avaient alternativement occupé le pays. Un régisseur et deux armées ! c'est plus qu'il n'en &ut pour dévaster un royaume. Aussi la terre du pauvre Fridberg était à défiricher, et l'oeil du maître était indispensable. Il quitta Felsheim avec une douleur sincère, et lui jura un attachement inviotable.
Tout favorisait notre jeune homme. Adoré de sa maîtresse , réconcilié avec sa mère , ati mienx avec le roi , s'attachant de plus en phis ses amis par son amabilité et les qoabtés de son ceeuF, son sort était déjà digne d'envie : la (brtuiie \m véservait de nouvelles faveurs.
L'article du traité de Breslaw qm avait le plus afFecté les ennemis de l'Autriche , était là neutralité promise par le roi de Prusse. L'armée fi*aibçaise détruite , malgré la savante retraite de BeQe- Isle, à qui on na pas vendu assez de justice; l'empereur Charles VII dépouillé de sonr éiectoralî de Bavière, et som piropre frère l'électeur de Cok>gne , passant du côté des Autriclûens ; le roi de Sardaigne , l'Angleterre et la Hollande unis à Marie ««Thérèse , tout annonçait que la maison d'Aui^ triche allait devenir plus puissante que jamais.
Frédéric avait voulu l'afFaâblir, et ne prête»» dait pas l'écraser. Il fit la paix au moment où U France , mieux secourue , pouvait anéantir la constitution germanique ; mais û changea de système lorsque Mane^Thérèse parut à» sou touv menacer
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toute l'AUemagi^e. Il trecobla pom: se» nouvelles conquêtes; il traita secrètement avec Charles Vil, Louis XY, le Pal^tiaat et la Hes$i^, el* se disposa k recommencer la guerre. Ainsi l'amibitiion de quatre ou cii^ iudividus arma une par^e de t'Ëiirope, et Farrosa de sang buinain.
Quelque» régim/eqs prussiens avaient beaucoup souffert à Molwitz et à Chotusits ; d'autres avaient été totalement détruits. Le roi ordoima de nouvelles levées , et fit un tables^u des officiers qu'il jugea propres à former proroptement des reeruas. Il ne voulait pas ôter aiux vieux corps les cbefe qui avaient leur con^nce, et p^u de jeune» geo6 pouvaient rempli" s?s vi^es^. <( J;' ai envie , dît41r un c< jour à Charles , de te faire majoir d'un de saes <c nouveaux régimens. — Je ne demande pas tt mieux, cire. — On criera peut-être un peU);mafts a tu feras taire Tenvie à force de mérite. — Je c( m'efforcerai, sire, de jusUi^er votre couâauce. «. — J'aime mieux, quoi qu'on en dise, un jeune «c officier capable de toiAt , q^Iu^ colonel qui ne a doit son grade qu'à trenti? aus^ de service. C'est a une affaire fignie ; tu £^ç«â. nAs^or. »
£n paji-l^xit, le roi marqiuait le^ dîfiSèren» ploiints dq rassemblemtent. IL se piK>posait d'entrcrren Bo^ hèi^e , par la Saxe,, à la tête d'une colonne ; le gé-* néralSchwerini devait se portier, avec uœ division^ dans le cercle de K.oenig$graetz, et le prince héréditaire de I>essaftL était chargé d'inteoduiire le reste de l'année par la Lusace. Ces irQÎs corps
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devaient se réunir devant Prague, et en faire le siège.
Felsheim avait l'œil sur la carte; rien de ce que faisait le roi ne lui échappait. Il supplia Frédéric de le faire servir sous Dessau. Il était difficile que cette division entrât en Bohême sans passer à Lignitz, et quel plaisir de s'y arrêter, ne fût-ce qu*un jour, une heure, un instant!
Le roi, sans trop de réflexions , accéda à sa demande , et continua son travail . Il se reposait de temps en temps, et causait familièrement avec lui. Charles insinua qu'il serait avantageux de former les régimens dans la Lusace même; que la proximité de l'ennemi anime les recrues, et leur donne une activité qu'elles n'ont jamais à l'intérieur du pays ; que ces troupes seraient fraîches en entrant en campagne, au lieu que celles qui viendraient des états de Brandebourg arriveraient aux frontières, harassées, et peutêtre incomplètes. •
Ce raisonnement était juste, et Frédéric en convint. Jusque-là tout allait bien ; mais Felsheim faillit tout gâter en citant sans cesse la ville de Lignitz comme une place propre à réunir huit ou dix* mille hommes. Il n'y avait jamais été; mais il était clair que si on y rassemblait la division, son régiment y serait avec les autres.
a Pour cette fois, mon ami, dit le roi, tudé-
cc raisonnes. On peut au plus cantonner deux
. «c raille hommes à Lignitz. » Charles fut embar-