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rassé. Frédéric lui demanda pourquoi il désignait Lignitz plutôt que Crossen , Gorlitz , ou Mosqua , qui sont plus considérables. L'embarras de Charles augmenta. Le roi s'en aperçut ; il réfléchit un moment, €t trouva étrange que le jeune homme eut préféré la colonne de Dessau à celle que devait commander un maître dont il éprouvait sans cesse l'active bienvieillance. A cette objec*tion impsrévue , Charles se troubla tout^à-£ait ; le roi le pressa da^vantage; le jeune homme tomba à ses genoux , et le secret de son cœur, s'échappa*
Lé roi estimait le comte de Fersen ^ et il ^in* téressait à sa nièce. JLiC papa Blumentfaal n'avait été qn'un'of&cier ordinaire; mais il avak servi toute sa vie, et les bienfaits, dont Cliarles .secalt comblé 9 devaient être la dot de Baltide. « Relève- « toi , dit Frédéric. Si quelque autre motif t'eût dé- « ciiâé, je ne t'eusse pardcmné de la vie* On peut oc aimer sa msutresse un peu plus que «on vd\. <K Allons , tu feras ton régiment à Lâgnitz... Mais, « monsieur, que l'amour n'ôte rien au devoir. )»
Çbarkee n'eut pas de repos que tout ne fut p9:et pour son départ. Il coiurait chez son tailleur, chez son bottier; il allait demander k monsieur de Fersen une lettre de recommandatk)n pour sa sœur ; il entrmt chez un maqmgKioa , et faisait sortir tous les chevaux de son écurie ; il s'arrêtait dbez Hantz , il écrivait à sa mère qu'il était major et qu'il lui £ailkit de l'argent ; en allant et venant il pensait à perfectionner la manoeuvre : pas un //. 3o
moment n'était perdu. Cent fois il eut envie de prévenir Baltide de son avancement, et de son arrivée prochaine à Lignitz. Il commmença ti'ois ou quatre billets et les déchira tous : il ne trouvait pas d'expressions qui peignissent sa joie, son amour, son empressement. I^ tête lui tournait , et il ignorait que le désordre des idées est la seule éloquence du cœur. Quoi qu'il en soit, il se décida à surprendre l'aimable Baltide : peut -être n'était-il pas fâché de voir quel effet produirait son arrivée inattendue.
Il avait dépêché un exprès à Brandt ; et le bonhomme , impatient de le féliciter , arriva à Berlin. Il jura que le roi , qui avait eu- le boti esprit de faire son Baron major, était sans contredit le premier de tous les rois , et il protesta à Charles qu'il serait un jour le premier de tous les généraux. Il regrettai d'être obligé de rester à Spandaw , pour recevoir les lettres de Baltide , et lui • faire passer celles de son amant; mais quand il apprit que monsieur le major partait poiir Lignitz , il ne fut pas possible de le contenir, et il refusa net de retourner à sa forteresse. « J'ai ac- « cepté cette place , disait-il , pour me rapprocher « de vous. Je l'ai gardée , après votre sortie, pour a servir vos amours, et être utile à votre ami « Fridberg. Rien ne m'arrête plus à Spandaw, et., « sacrebleu, je ne suis pas. fait pour être geôlier. « On dit que la guerre va recommencer ; hé bien ! « mille bombes ! nous la ferons ensemble : j'aime « toujours la poudre , moi. »
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Les représentations , les prières de Felsheim ne purent le détourner de son dessein. Dès le même jour, il fit dire à son commandant qu'il pouvait confier ses clefs à qui bon lui semblerait, et qu'il aimait mieux manier une carabine que dés vérroux. 11 mit ses pistolets en état, il fit donner le fil à son sabre , et leva un habillement complet à l'ancien uniforme de Felsheim. Il envoya le reste de son argent à sa femme, par la raison très-simple que s'il était tué, il valait mieux qu'elle héritât que l'ennemi , et que s'il ne l'était pas , il trouverait de quoi vivre dans les poches des Autrichiens. Il était si content de suivre la fortune de son jeune ami, il parlait bataille avec tant d'action, qu'il s'enivra complètement sans s'en apercevoir. Hantz, qui n'avait pas trouvé à glisser un mot , et qui n'avait pas cessé d'écouter et de boire , se trouva dans le même état , et à la fin du dernier pot , il ne restait plus un pouce de terrein à Marie -Thérèse, ni un grain de raison dans la tête de ces messieurs.
Le jour du départ arriva enfin. Felsheim reçut du roi ses dernières instructions , et monta un superbe cheval. Brandt marchait fièrement à ses côtés , et riait dans sa moustaiche en voyant les femmes et les filles extasiées de la bonne mise de son major.. Le vieux barbier, devenu réellement valet-de-chambre ., suivait, plus modestement monté, une énorme valise commune sur la croupe de son criquet. Charles ««'ar-
rêta à la porte du comte de Fersen; il prit la lettre que ce général lui avait promise pour ma- > dame Blumenthal , et le trio enfila gaiment la route de la Silésie.
On sait assez comment marchent les militaires. Rafraîchir ses chevaux , sans jamais s'oublier soimême ; faire quelquefois bonne clière , et souvent ne rien trouver ; coucher une nuit dans un bon lit , et la suivante sur la dure ; en conter régulièrement à toutes les filles de cabaret, c'est à peu près à cela que se bornent les incidens de ces sortes de voyages. Ainsi , pour ne pas abuser de la patience du lecteur, nous arriverons tout d'un coup à Lignitz, en laissant cependant au Fanal, ou à tel autre bavard , la faculté d'entrer dans les plus minces détails, et d'imprimer ce que personne ne peut lire.
C'est dans cette ville que s'ennuyait Baltide, qu'elle soupirait après l'amant chéri, qu'elle croyait à Berlin, et qui était dans une auberge à cinquante pas de sa maison. Et ses pressentimens ne l'avertissaient pas !
Le jeune major donna un quart d'heure à son valet-de-chambre ; il se para de tout ce qui pouvait faire valoir ses agrémens personnels, et il envoya Brandt saluer de sa part madame Blumenthal , et lui demander la permission de lui présenter la lettré de son frère. Il la craignait a Spandaw ; il était confiant à Lignitz. En effet , les circonstances étaient bien changées. Ce n'était
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plus ce page , enfermé pour ses fredaines , et les continuant même en prison. C'était un jeune homme 7 qui avait effacé, au champ d'honneur, jusqu'au souvenir de ses étourderies, à qui ses exploits avaient rendu la faveur du prince , qui avait un état , un rang , de la consistance dans le monde, et qui, d'après les apparences , pouvait compter sur une fortune brillante et rapide. Il n'était pas à présumer que madame Blumenthal désapprouvât sa recherche : il n'y avait donc pas d'inconvénient à laisser pénétrer ses vues , en réglant ses démarches d'après les bienséances et la délicatesse.
Brandt entra sans se faire annoncer: il ne tenait pas au cérémonial. Mais il fit son compliment avec une décence dont il n'avait pas l'habitude , et dont on pouvait lui savoir quelque gré. Ces dames travaillaient, et le jeune Blumenthal leur lisait une brochure nouvelle. Au premier mot du hussard, Baltide leva la tête, elle le reconnut et ne put retenir un cri de surprise et de joie.
Mais que devint -elle, quand elle apprit que son amant était major, que son régiment devait se former à Lignitz, et qu'il venait d'y arriver! Felsheim à Lignitz , au moins pour quelques mois , . était plus qu'on n'eût osé imaginer, dans ces momens où la douleur s'amuse de projets chimériques, et des rêves séduisans qui aident à supporter . l'absence. Felsheim à Lignitz ! c'était un prodige
de Tamour ; mais Tamour ne devait*il rien à Baltide?
Madame Blumenthal observait sa fille ; et son trouble , qu'elle ne pensait pas même à cacher, lui rappela le couvercle de vermeil, et confirma d'anciens soupçons que le temps avait écartés. Ce qui était inconvenant alors, présentait aujourd'hui des avantages qu'on ne pouvait se dissimuler. Charles était devenu un personnage important ; Baltide ne pouvait espérer de parti plus sortable. Brandt reçut; donc une réponse polie, c'est tout ce qu'on pouvait se permettre; mais en faut -il davantage pour encourager un page, un officier, un amant dans sa première jeunesse. Felsheim se présenta, beau comme l'amour, fait à peindre , pétri de grâces , portant parfaitement l'uniforme, et persuadé de la nécessité de plaire à la mère, pour avoir accès auprès de la fille. Il s'était promis d'être charmant; il l'était lors même qu'il ne le cherchait pas. Madame Blumenthal l'écoutait avec un plaisir indicible; elle se félicitait intérieurement qu'un tel homme se fut attaché à sa fille. Baltide observait sa mère à son tour; elle tâchait de la pénétrer, et lorsqu'il lui échappait quelque marque d'approba- •tiôn, son petit cœur palpitait d'aise, ses joues se coloraient, elle s'embellissait de ce que le désir et la pudeur peuvent ajouter à la beauté.
Le jeune Blumenthal , simple lieutenant , appliqué, modeste, sage, mais d'un caractère tm-
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porté, avait obtenu un congé, et le passait chez sa mère. Felsheim, revêtu d'un grade supérieur, avait droit à ses égards, et ne s'appliqua qu'à faire disparaître l'intervalle que la discipline mililitaire avait mis entre eux. Les prévenances, la cordialité, la franchise du jeune major gagnèrent le frère, et en moins d'une heure, la maison de madame Blumenthal ne lui offrit plus qu'une amante et de vrais amis : la nature Tavait formé pour aimer et pour l'être. Il se retira avec la permission , très-facilement accordée , de revenir quelquefois parler de monsieur de Fersen.
Il sentit que pour conserver dans cette maison une liberté honnête, il fallait n'en pas abuser. Il ne s'y présenta qu'autant que le permettait l'usage du monde, et il s'y comportait avec une extrême circonspection.
Madame Blumenthal ne lui marquait que cette politesse aisée, qui paraît ne rien signifier. Elle se gardait bien de laisser pénétrer ses vues ; mais elle faisait avec prudence tout ce qui pouvait en assurer le succès. Elle encourageait adroitement l'amitié qui commençait à naître entre les deux jeunes gens ; elle répétait souvent à son fils que le crédit du jeune major pourrait un jour lui être utile, et le tirer des grades inférieurs.
Le goût de Blumenthal le portait , plus encore que son intérêt , à cultiver l'affection de Charles. Celui-ci , de son coté , faisait tout pour s'attacher
le firère 4e Baltide : bientôt ils devinrent insépa* râbles.
il esl dans les convenances d'être réservé avec un homme qu'on ne connaît que par une lettre d'un frère ; mais il est aussi dans la raison d'acoorder quelque familiarité à l'ami inttme de son fils. Madame Blumenthal n'ignorait pas que l'amour est une flamme qui s'éteint faute d'ali^ liment , et qu'on peut le nourrir , l'encourager même , par des moyens que ne condamne pas la décence. Cette dame avait quelque fortune ; elle recevait du monde. Charles devint l'ame de ces petites fêtes, dont la gaité fait les frais et l'agrément, et jamais la prudente maman ne l'y invitait ; mais un mot , qui semblait dit sans dessein, en donnait l'idée à son fils, et la société trouvait tout naturel qu'il amenât son ami , et que sa mère ne blâmât point cette attention.
C'étût à ces dîners simples, mais délicats, à ces petits bals ^ enfans d'une aimable folie , qu'on sentait crcÂtjre un amour qu'on croyait ne pou-* voir plus augmenter. Quelquefois, et comme par hasard, madame Blumenthal plaçait Charles à côté de Baltide. Les deux figures alors cherchaiefit à se composer; mais on trouvait des dédommagemens. Un billet adroitement glissé sur des genoux qu'on presse légèrement ; des pieds , qui jouent et se caressent ; un pot de crème qu'on se passe après y avoir goûté ; des verres qu'on change ; des mots , qui ne signifient rien pour les autres ,
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mais dont on saisit si bien le double sens, ou à qui on sait en donner un, lors même qu'ils n'en ont pas ; que de moyens d'attendre que le ménétrier donne , en s'accordant , le signal si désiré ! .
C'est alors que tout est jouissance. Chacun s'occupe de sa danseuse. Vingt couples sont isolés, et ne voient plus ce qui se passe autour d'eux. On tient la main de Baltide ^ et cette main répond par un doux frémissement. Un bras moelleux s'arit>ndit autour de la plus jolie taille , et le tendre cœur* qui palpite, lui marque sa place et le fixe. £t les yeux qui ne sont plus contraints ! et la gaze transparente , qui trahit les secrets de l'innocence ! et la fatigue qu'on prétexte ! et le petit coin où on se retire ! et les choses délicieuses qu'on y dit! et la bonne maman , qui a l'air de ne rien voir , à qui rien n'échappe et qui sourit à son ouvrage , et mille autres riens, qui sont sans prix, et qu'on ne peut décrire ! n'est-ce pas là le bonheur , si le bonheur n'est pas une chimère ?
Malgré la manière dont s'observait madame Blumcnthal , Charles ne tarda pas à pénétrer 5e& dispositions , et , de cette découverte aux démarches , il n'y avait qu'un pas , qu'on brûle de franchir quand on aime avec passion. Felsheim voulait se déclarer , et demander dans les règles la msin de Baltide. Les jeunes iunans se parlaient, se consultaient, et les raisons du major finissaient toujours par être les meilleures : elle^
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levaient toutes les difficultés. Il était clair qu'il serait colonel à la fin de la campagne prochaine, et un colonel se marie par tout pays. Il était d'un homme prévoyant de tout arranger d'avance pour l'entrée de l'hiver ; c'était bien assez d'attendre jusque-là, et Baltide en convenait firanchement. Elle fit seulement à son ami une observation qui lui parut assez raisonnable : c'est qu'avant de s'ouvrir à sa mère , dont il ne semblait pas qu'on dut craindre un refus , il était prudent de s'assurer de l'agrément de madame Wemer , qui pourrait n'être pas aussi facile. Felsheim répondait d'elle. « N'êtes-vous pas charinante , disait -il « à Baltide ? — A la bonne heure , mais vous êtes « major... — Que m'importe cela? — Et dans un a an peut-être vous serez général. — Si j'étais «T roi, vous seriez reine. — Oui , si vous étiez « votre maître. — Ma mère rafïolle de moi. — « Qui n'en raffoUerait point ? — Elle se rendra « donc ? — J'en doute. — Vous ne la connaissez « pas. » Baltide se taisait et n'était pas persuadée : on croit difficilement ce qu'on désire. Après avoir mûrement pesé ce qu'on pouvait espérer ou craindre , Charles se rendit au sentiment de sa belle amie : il écrivit à Stavenow.
Sa lettre fut un factum. Quatre pages sur les agrémens et les qualités de Baltide; six autres sur les services de la maison Blumenthal ; un aperçu des biens* de cette famille ; uile dissertation sur la nécessité de marier les jeunes gens
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de bonne heure, pour les empêcher de faire des sottises ; enfin de très-belles choses sur la reconnaissance, et sur l'obligation de s'acquitter, envers monsieur de Fersen , des services qu'il avait rendus à Werner pendant sa jeunesse , telles étaient les divisions de ce volumineux mémoire.
Madame Werner, en ouvrant le paquet, s'attendait à trouver un nouveau traité de tactique, ou l'histoire détaillée de la conquête de la Silésie. Elle ne fut pas peu surprise de voir que son fils s'était donné tant de peine pour lui prouver que ce qu'elle pouvait faire de mieux, était de marier un jeune homme de dix-huit ans à une fille de seize. Elle et son mari s'amusèrent du facturfi pendant deux jours; mais il fallait répondre , et c'était là le difficile. Si Charles continuait à se bien conduire , s'il développait les talens militaires qu'il annonçait déjà, et que la faveur du roi ne se refroidît point , il pouvait prétendre un jour aux partis les plus distingués. Mademoiselle Blumehthal , jolie , intéressante , et tenant à une famille respectable , paraissait cependant au-dessous de ce qu'il devait espérer; mais elle était de ces femmes à qui on doit des égards, et qu'on ne refuse pas positivement. Il était dangereux, d'ailleurs, de heurter de front un jeune homme, qui porterait peut-être la vivacité jusqu'à l'emportement. On chercha donc à gagner du temps. On se flattait que l'activité des camps, les plaisirs des garnisons, la légèreté naturelle à
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cet âge , af&ibliraient insensiblement une passion , qui ne pouvait pas avoir encore jeté de racines profondes , et qu'enfin Charles écouterait des propositions plus avantageuses. Madame Werner oubliait qu'elle avait aimé comme Baltide , et qu'on avait déchiré son cœur. Werner ne se souvenait plus qu'à Konisberg , à Petterwaradin , il ne pensait , ne rêvait que Sophie : ils avaient vieilli l'un et l'autre. Autre temps , autre façon de voir.
La réponse de madame Werner fut adroite , et ménageait Famour-propre de Baltide. Elle félicitait son fils d'avoir su plaire à une jeune per^ sonne aussi bien née ; elle l'engageait à persister dans le goût des choses honnêtes; mais elle 'ajoutait qu'il n'était pas raisonnable de penser à se marier au moment d'entrer en campagne; qu'il était au moins inutile de prendre, avec madame Blumenthal , des engagemens prématurés , que les hasards de la guerre pouvaient rompre, et qui ne serviraient qu'à ajouter aux regrets des deux familles^ enfin que son extrême jeunesse per* mettait d'attendre que les troupes prissent leurs quartiers d'hiver; qu'alors on pressentirait madame Blumenthal sur une affaire , dont la réussite ne pourrait que flatter infiniment la maison de Felsheim.
Charles n'avait pas assez d'usage pour démêler les motifs secrets qui avaient dicté cette lettre. Il n'y vit qu'un consentement formel, et sa joie
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ne fut rfabord troublée que par les réflexions de Baltide. Plus pénétrante , ou plus timide , elle ne prévit que des obstacles. Charles s'o£fensait qu'on doutât de la^ sincérité de sa mère ; Baltide ne répliquait qu'en pesant l'une après l'autre chaque expression de la lettre , et il fut à la fin forQé de convenir que cette réponse était évasive. Il se crut joué; il s'emporta. Baltide aimait tendrement ; son cœur navré se gonfla ; elle fondit en larmes. Ses pleurs aigrirent tout-à-fait un jeune homme qui £k>ufFrait difficilement les contradictions ; il se répandit en menaces contre Werner , à qui il attribuait le refus de sa mère. Dans la chaleur de son ressentiment , il oublia que madame Blumenthal était dans une salle voisine ; sa tendre amie ne s'en souvint pas plus que luH Le ton véhément de Charles , les sanglots de Baltide la firent accourir à l'instant. Il fut impossible de lui déguiser la vérité ; il fallut lui montrer la lettre de madame Werner ; elle en parut choquée. « J'avais cru, dit-elle, que la fille d'un brave ce officier, que la nièce d'un général pouvait « prétendre à la main du baron de Felsheim. Je « vous avoue même que j'aurais vu cette union « avec un plaisir- bien vrai. Votre mère s'y re- « fiise : il n'y faut plus penser. — N'y plus « penser, répliqua vivement Charles, renoncer « à Baltide-! Jamais. M, Werner devrait se rapcç pieler ce qu'il doit personnellement à M. de « Fersen ; il devrait se rappeler que cet officier
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homme comme lui savait se suffire ^ n'avait besoin des secours de personne , et il terminait en donnant à entendre qu'il était capable d'amver à son but par toutes sortes de moyens , et qu'on devait trembler de l'y contraindre.
Cette lettre fut à peine partie, qu'il sentit combien çUe était déplacée. Sa cruelle mémoire lui retraça les soins que Wemer avait pris àe son en£atnce , les peines que lui avait données son éducation. Il convint que ceux qui s'intéressent à nous, peuvent sans crime supposer notre bonheur où il nous est impossible de le trouver jamais. Il se repentit d'avoir suivi son premier mouvement : il était trop lard.
Ses expressiœis , ses reproches, ses menaces affligèrent sa sensible mère. Sou mari , qui n'était plus son amant, mais qui était toujours son meilleur ami , lui accorda volontiers le pardon cf une incartade, tolérable dans un jeune homme, dont l'amour a troublé la raison. Cependslnt Charles ne s'était pas encore porté à de semblables extrémités , et Wemer se persuada que madame Blumenthal , jalouse de procurer à sa fille un étabUssement avantag^x, poussait adroitement son amant à des démarches qui pussent alarmer sa famille, et la faire céder à la crainte des excès , plus condamnables , auxquels il pourrait se porter. Cette façon de voir était la suite de la i>ésoliition bien prise d'empêcher ce mariage. On aime à trouver des torts à ceux dont on veut s'éloigna*; *
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on leur suppose ceux qu'ils n'ont pas , pour s'excuser à ses propres yeux , et on se flatte d'amener les autres à voir comme soi.
La lettre de Charles ne pouvait pas rester sans réponse : elle était adressée à l'époux de sa mère , et elle était Qutrageante. Werner écrivit au jeune homme, avec la dignité qui sied à quelqu'un qui n'a pas de reproches à se faire. Son style était sans aigreur; mais il rappelait les torts du baron, et l'avertissait que des parens , comme les siens , savent toujours ramener au devoir un enfant qui s'égare. Il l'invitait à ne pas le contraindre à se servir, des moyens de rigueur,, et surtout à se garantir des séductions de certaines femmes , dont la conduite ne lui paraissait pas délicate.
Charles lut les premières lignes avec assez de tranquillité : il s'était déjà dit à peu près tout ce que lui disait son beau-père. Mais la fin de sa lettre , et surtout les derniers mots , le mirent eu fureur. Il ne put souffrir qu'on accusât Baltide, dont il connaissait l'amour pur et désintéressé ; et par une inconséquence inconcevable, il courut, sans réfléchir à ce qu'il allait faire, communiquer cette lettre offensante à madame Blumenthaï. Peut-être crut-il qu'elle cesserait de ménager sa famille, qu'elle s'unirait avec lui contre son beau-père, et qu'elle guiderait son inexpérience. Baltide ne se dissimula point que cette indiscrétion les perdait. Sa mère, dont on méconnaissait //. 3i
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homme comme lui savait se suffire y n'avait besoin des secours de personne , et il terminait en donnant à entendre qu'il était capable d'arriver à son but par toutes sortes de moyens , et qu'on devait trembler de l'y contraindre.
Cette lettre fut à peine partie, qu'il sentit combien elle était déplacée. Sa cruelle mémoire lui retraça les soins que Wemer avait pris de son enfance , les peines qne lui avait données son éducation. Il convint que ceux qui s'intéressent à nous^ peuvent sans crime supposer notre bonheur où il nous est impossible de le trouver jamais. Il se repentit d'avoir suivi son premier mouvement : il était trop tard.
Ses expressions, ses reproches, ses menaces affligèrent sa sensible mère. Son mari, qui n'était plus son amant, mais qui était toujours son meilleur ami , lui accorda volontiers le pardon d'une incartade, tolérable dans un jeune homme, dcuat Famour a troublé la raison. Cependant Charles ne s'était pas encore porté à de semblables extrémités , et Wemer se persuada que madame Bliii^ menthal , jalouse de procurer à $a fille un établissement avantag^x, poussait adroitement son amant à des démarches qui pussent alarmer sa famille, et la faire céder à la crainte des excès , plus condamnables , auxquels il pourrait se porter. Cette façon de voir était la suite de la itésolation bien prise d'empêcher ce mariage. On aime à trouver des torts à ceux dont on veut s'éloigner; '
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on leur suppose ceux qu'ils n'ont pas, pour s'excuser à ses propres yeux , et on se flatte d'amener les autres à voir comme soi.
La lettre de Charles ne pouvait pas rester sans réponse ; elle était adressée à l'époux de sa mère , et elle était gutrageante. Werner écrivit au jeune homme, avec la dignité qui sied à quelqu'un qui n'a pas de reproches à se faire. Son style était sans aigreur ; mais il rappelait les torts du baron, et l'avertissait que des parens , comme les siens , savent toujours ramener au devoir un enfant qui s'égare. Il l'invitait à ne pas le contraindre à se servir, des moyens de rigueur , . et surtout à se garantir des séductions de certaines femmes y dont la conduite ne lui paraissait pas délicate.
Charles lut les premières lignes avec assez de tranquillité : il s'était déjà dit à. peu près tout ce que lui disait son beau-père. Mais la fin de sa lettre, et surtout les derniers mots, le mirent eu fiureur. Il ne put souffrir qu'on accusât Baltide, dont il connaissait l'amour pur et désintéressé ; et par une inconséquence inconcevable, il courut, sans réfléchir à ce qu'il allait faire, communiquer cette lettre offensante à madame Blumenthaï. Peut-être çrut-il qu'elle cesserait de ménager sa famille, qu'elle s'unirait avec lui contre son beau-père, et qu'elle guiderait son inexpérience. Baltide ne se dissimula point que cette indiscrétion les perdait. Sa mère, dont on méconnaissait //. 3i
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homme comme lui savait se suffire ^ n'avait besoin des secours de personne , et il terminait en donnant à entendre qu'il était capable d'arriver à son but par toutes sortes de moyens , et qu'on devait trembler de l'y contraindre.
Cette lettre fut à peine partie, qu'il sentit combien çlle était déplacée. Sa cruelle mémoire lui retraça les soins que Wemer avait pris de son en£atnce , les peines que lui avait données son éducation. Il convint que ceux qui s'intéressent à nous, peuvent sans crime supposer notre bonheur où il nous est impossible de le trouver jamais. Il se repentit d'avoir suivi son premier mouvement : il était trop lard.
Ses expressiœis , ses reproches, ses menaces affligèrent sa sensible mère. Son mari , qui n'était plus son amant, mais qui était toujours son meilleur ami , lui accorda volontiers le pardon d'une incartade, tolérable dans un jeune honome, dont Famour a troublé la raison. Cependslnt Charles ne s'était pas encore porté à de semblables extrémités , et Wemer se persuada que madame Blamenthal , jalouse de procurer à sa fille un établissement avantag^x, poussait adroitement son amant à des démarches qui pussent alarmer sa famille, et la faire céder à la orainte des excès , plus condamnables , auxquels il penirrait se porter. Cette façon de voir était la suite de la i>ésoliition bien prise d'empêcher ce mariage. On aime à trouver des torts à ceux dont on veut s'éloigner;
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i on leur suppose ceux qu'ils n'ont pas , pour s'ex-
! cuser à ses propres yeux , et on se flatte d'amener
les autres à voir comme soi.
i La lettre de Charles ne pouvait pas rester sans
réponse : elle était adressée à l'époux de sa j mère, et elle était Qutrageante. Werner écrivit
I au jeune homme, avec la dignité qui sied à quel-
I qu'un qui n'a pas de reproches à se faire. Son
Q style était sans aigreur ; mais il rappelait les torts
g du baron, et l'avertissait que des parens , comme
les siens , savent toujours ramener au devoir un . enfant qui s'égare. Il l'invitait à ne pas le con-
traindre à se servir des moyens de rigueur , . et surtout à se garantir des séductions de certaines femmes y dont la conduite ne lui paraissait pas délicate.
Charles lut les premières lignes avec assez de tranquillité : il s'était déjà dit à peu près tout ce que lui disait son beau-père. Mais la fin de sa lettre, et surtout les derniers mots, le mirent eu fureur. Il ne put souffrir qu'on accusât Baltide , dont il connaissait l'amour pur et désintéressé ; et par une inconséquence inconcevable, il courut, sans réfléchir à ce qu'il allait faire, communiquer cette lettre offensante à madame Blumenthaï. Peut-être crut-il qu'elle cesserait de ménager sa famille, qu'elle s'unirait avec lui contre son beau-père, et qu'elle guiderait son inexpérience. Baltide ne se dissimula point que cette indiscrétion les perdait. Sa mère, dont on méconnaissait //. 3i
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« seul m'a fait entrer dans les pages, que c'est c( de lui que je tiens la faveur du roi , mon grade « de major, et l'espérance des premières dis- « tinctions. Qu'il soit ingrat , puisqu'il le veut ; « jamais il ne me forcera à l'être. Baltide n'a pas <( dix mille florins de revenu ; mais j'ai mou if cœur, mon bras et mon épée. Jamais ma a femme ne manquera de rien , et elle me tiendra « lieu des dons de la fortune. Madame, je tombe « à vos genoux. Approuvez notre amour , et re- « posez-vous du reste sur le temps, ma persé- « vérance , et peut-être sur le roi. — Sur le roi , « interrompit madame Blumenthal ! — Il sait que ^< j'adore votre fille, et c'est à son indulgence « que je dois mon séjour à Lignitz. Il estime « votre famille, lui ; il n'aura qu'un mot à écrire « à la mienne , et ce mot il l'écrira. »
Madame BlumenthaV sentit aussitôt les inconvéniens d'un semblable moyen. A la vérité , on ne devait pas craindre que madame Werner résistât ; mais aussi sa fille n'aurait que l'humiliant avantage de devoir cette alliance à la seule autorité du roi , et il est dur , pour une jeune personne , d'entrer dans une famille qui la rejette. Si contre les apparences, madame Werner persistait dans son refus, le roi ne se permettrait pas la contrainte , et un mariage , proposé et manqué • avec cet éclat, rendrait Baltide la fable du canton. Sans doute elle eût préféré Felsheim à tout autre ; mais , après «tout , il n'était, pas le seul qui
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on leur suppose ceux qu'ils n'ont pas, pour s'excuser à ses propres yeux , et on se flatte d'amener les autres à voir comme soi.
La lettre de Charles ne pouvait pas rester sans réponse : elle était adressée à l'époux de sa mère , et elle était Qutrageante. Werner écrivit au jeune homme , avec la dignité qui sied à quelqu'un qui n'a pas de reproches à se faire. Son style était sans aigreur ; mais il rappelait les torts du baron, et l'avertissait que des parens , comme les siens , savent toujours ramener au devoir un enÊint qui s'égare. Il l'invitait à ne pas le contraindre à se servir des moyens de rigueur , . et surtout à se garantir des séductions de certaines femmes 9 dont la conduite ne lui paraissait pas délicate.
Charles lut les premières lignes avec assez de tranquillité : il s'était déjà dit à peu près tout ce que lui disait son beau-père. Mais la fin de sa lettre , et surtout les derniers mots , le mirent eu fureur. Il ne put souffrir qu'on accusât Baltide , dont il connaissait l'amour pur et désintéressé ; et par une inconséquence inconcevable, il courut, sans réfléchir à ce qu'il allait faire, communiquer cette lettre offensante à madame Blumenthaï. Peut-être crut-il qu'elle cesserait de ménager sa famille, qu'elle s'unirait avec lui contre son beau-père, et qu'elle guiderait son inexpérience. Baltide ne se dissimula point que cette indiscrétion les perdait. Sa mère, dont on méconnaissait //. 3i
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homme comme lui savait se suffire ^ n'avait besoin des secours de personne , et il terminait en donnant à entendre qu'il était capable d'arriver à son but par toutes sortes de moyens y et qu'on devait trembler de Vj contraindre.
Cette lettre fut à peine partie^ qu'il sentit combien çUe était déplacée. Sa cruelle mémoire lui retraça les soins que Wemer avait pris àe son enfance , les peines que lui avait données son éducation. Il convint que ceux qui s'intéressent à nous, peuvent sans crime supposer notre bonheur où il nous est impossible de le trouver jamais. Il se repentit d'avoir suivi son premier mouvement : il était trop tard.
Ses expressions, ses reproches, ses menaces affligèrent sa sensible mère. Son mari , qui n'était plus son amant, mais qui était toujours son meilleur ami , lui accorda volontiers le pardon d^une incartade, tolérable dans un jeune homme, dont l'amour a troublé la raison. Cependslnt Charies ne s'était pas encore porté à de semblables extrémités , et Werner se perisuada que madame Blctmenthal, jalouse de procurer à sa fille un établissement avantag^x, poussait adroitement son amant à des démarches qui pussent alarmer sa famille, et la faire céder à la orainte des excès, pins condamnables , auxquels il pourrait se porter. Cette façon de voir était la suite de la i>ésolation bien prise d'empêcher ce mariage. On aime à trouver des torts à ceux dont on veut s'éloigner; '
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on leur suppose ceux qu'ils n'ont pas, pour s'excuser à ses propres yeux , et on se flatte d'amener les autres à voir comme soi.
La lettre de Charles ne pouvait pas rester sans réponse : elle était adressée à l'époux de sa mère , et elle était gutrageante. Werner écrivit au jeune homme, avec la dignité qui sied à quelqu'un qui n'a pas de reproches à se faire. Son style était sans aigreur; mais il rappelait les torts du baron, et l'avertissait que des parens , comme les siens , savent toujours ramener au devoir un enfant qui s'égare. Il l'invitait à ne pas le contraindre à se servir des moyens de rigueur,, et surtout à se garantir des séductions de certaines femmes y dont la conduite ne lui paraissait pas délicate.
Charles lut les premières lignes avec assez de tranquillité : il s'était déjà dit à peu près tout ce que lui disait son beau-père. Mais la fin de sa lettre , et surtout les derniers mots , le mirent eu fureur. Il ne put souffrir qu'on accusât Baltide , dont il connaissait l'amour pur et désintéressé ; et par une inconséquence inconcevable, il courut, sans réfléchir à ce qu'il allait faire, communiquer cette lettre offensante à madame Blumenthal. Peut-être crut-il qu'elle cesserait de ménager sa famille, qu'elle s'unirait avec lui contre son beau-père, et qu'elle guiderait son inexpérience. Baltide ne se dissimula point que cette indiscrétion les perdait. Sa mère, dont on méconnaissait //. 3i
" les principes, la délicatesse, ne pouvait pardonner cette offense; la jeune personne ne pouvait en solliciter Toubli. Il ne lui restait que la certitude de son malheur.
On n'était pas plus à l'aise à Stavenow. Chaque jour ajoutait à l'inquiétude et aux embarras de madame Werner : Monsieur de Fersen , à la prière de sa sœur, venait aussi de fui écrire. On pense bien qu'il n'eut pas la maladresse de s'exposer à un refus Iblmel : il se garda bien de rien proposer. Il se plaignit de l'amour de Felsheim pour sa nièce; il paraissait craindre que sa conduite, peu réfléchie, ne nuisît à l'établissement de Baltide ; il priait madame Werner de défendre positivement à son fils d'inquiéter davantage une famille , dont elle n'avait pas à se plaindre , et qui méritait des égards.
Le comte de Fersen ne doutait pas qu'on ne l'entendît. En effet , cette manière de s'y prendre amenait naturellement madame Werner à des ouvertures claires et franches, si elle avait eu l'intention de former cette alliance, et dans le cas contraire, personne n'était compromis.
Ce fut avec une douleur véritable que Werner prévit qu'il allait en venir à une rupture ouverte avec son .plus ancien et son meilleur ami. Sa femme et lui balancèrent long-temps. Vingt fois la reconnaissance et l'amitié l'emportèrent sur ^intérêt et l'ambition. A la fin ces deux passions, dominantes lorsque les années nous ont
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rendus insensibles aux sentimens doux , ces deux passions , erreurs de la vieillesse, imposèrent silence à toute autre considération. On répondit, sans rougir, à M. de Fersen qu'on s'empressait de se rendre à ce qu'il demandait ; qu'on défendrait expressément à Charles de se rien permettre qui pût déplaire à madame BlumenthaL II reçut en effet l'ordre de ne plus se présenter chez elle.
M. de Fersen n'eût pas écrit , s'il ne se fût flatté de réussir, et tout devait Iç lui faire croire. Le résultat de sa démarche l'irrita d'autant, qu'il était plus loin de s'y attendre. Il enjoignit à sa sœur de rompre sans délai avec le jeune Felsheim, et cette dame lui interdit sa maison.
Tout Siutre que Felsheim eût cédé à tant de difficultés réunies : il se roidit contre les barrières qu'on lui opposait , et il jura ^de les franchir. II respecta l'asile de madame Blumenthal ; dès ce moment il cessa de la voir. Mais son courage lui présenta dès ressources, et l'espérance les multiplia. Il pouvait gagner sa mère ; il serait toujours le maître de solliciter l'entremise du roi; le temps enfin amènerait sa majorité. Il ne s'occupa alors qu'à conserver la tendresse de Baltide. Il craignait que l'affroftt qu'elle avait reçu n'influât sur ses sentimens : qu'il était loin de rendre à ce cœur, toujours plein de lui , la justice qu'il méritait ! L'aimable enfant tremblait de son côté que Charles , découragé par tant de traverses , ne se refroidît bientôt , et ne finit
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par l'oublier. Des objets nouveaux qui s'empresseraieut de lui plaire , des jouissances faciles , la réputation d'homme à bonnes fortunes, devaient le détacher d*une jeune fille , qui n'avait pour elle que son extrême sensibilité. Elle pleurait en faisant ces réflexions , et ces réflexions , et ces larmes solitaires la préparaient à tout faire pour son amant.
Charles s'était attaché , par quelques cadeaux , la marchande de mo(}es , qui , quelques mois auparavant , avait facilité leur correspondance. Cette femme et Brandt étaient les seuls au monde qui s'intéressassent à leurs amours. Tous les matins, le hussard, touché des chagrins de son jeune ami, déposait tristement une lettre sur le comptoir, et s'en retournait plus tristement encore , sans la réponse , qu'il attendait tous les jours, et qui ne venait point. Ce n'est pas que ce moyen eût échappé à Baltide : fille qui aime n'oublie rien. Mais elle craignait la surveillance de sa mère ; elle redoutait surtout la vivacité du jeune Blumenthal. Il était trop raisonnable pour s'en prendre à Charles des procédés ofFensans de sa famille; mais il partageait le ressentiment de la sienne , et il avait déclaré à sa sœur qu'il en viendrait à un éclat avec M. de Felsheim , si elle conservait la moindre relation avec lui. Elle était seule, sans consolation , sans espoir. Elle n'avait encore osé ni écrire, ni sortir sans sa mère. Certain pressen-
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timent lui disait néanmoins d'aller chez la marchande de modes. Elle se flattait d'y trouver des lettres de Charles; elle sentait le besoin qu'il avait des siennes : mais comment faire ?
Elle résista quelques jours; mais peut-on à seize ans combattre sans cesse ? La prudence la retenait ; l'amour seul fut écouté. Elle épia un moment favorable, et, à la hâte, eUe griffonna quelques lignes. Peu de mots ; mais que de choses ! Elle était comme la feuille qui s'agite au moindre vent; elle s'arrêtait, elle courait à la porte de sa chambre , elle passait sa charmante petite figure , elle revenait sur la pointe du pied , elle se remettait à son secrétaire. Le bruit de sa robe , un coup d'aile de son franc-moineau , un mouvement de son fidèle Pyrame , tout la fait frissonner; elle abrège.... « Enfin je t'adore, et « je t'adorerai toujours ». Elle termine son billet et son supplice. Les cordons du corset de basin se détachent , et c'est entre deux boules d'ivoire , qui commencent à se prononcer, qu'on dépose l'objet de tant dlnquiétudes. Heureux corset ! tu ' cachas à Spandaw les secrets de l'amour, dérobeles encore à tous les yeux.
Il fallait un prétexte pour aller chez la marchande , et il n'était pas difficile d'en trouver : une jeune demoiselle à toujours besoin d'un ruban, d'un bonnet. Mais il fallait en parler à sa mère , avec ce ton indifférent et fi:'oid , qui écarte le soupçon , et cela n'est pas si aisé. Elle
rougit, elle balbutia. Madame Blumenthal crut démêler quelque intention : elle résolut d'accompagner sa fille. Elle était loin de penser que la marchande fut d'intelligence avec elle, et elle n'avait d'autre bu t. que d'empêcher Charles de l'aborder, oïl de la suivre. Elle prétexta à soa tour la finesse de son gout*dans le choix de ces jolis riens. .
Baltide aimait tendrement sa mère ; mais il est des circonstances où une mère est vraiment incommode. Elle suivait la sienne d'un petit air boudeur, qui fut encore remarqué , et qui rendit la surveillance plus active. Madame Blumenthal regardait à droite , à gauche , et ne vit personne de suspect. Enfin on arriva chez la marchande ^ sans s'être dit quatre mots.
Celle-ci, femme adroite et intelligente, charge son comptoir de chiffons. Pendant que la mère et la fille retournent tout , et mettent de coté ce qui leur convient , une fille de boutique , qui prcHnettait , roulait quelques aunes de ruban rose autour des lettres de Charles, qu'on avait provisoirement déposées dans un carton. Elle fait un signe à Baltide, et glisse le ruban avec les autres emplettes. Madame Blumenthal dit qu'on n'a pas choisi de ruban rose , qu'on n'en a pas besoin , qu'on n'en veut pas. La marchande est obligée de retirer le pi^édeux rouleau ; la fille de boutique plaisante sur son étourderie; Baltide se mord les lèvres , et , pour cette fois ,. la .prévoyance de sa mère se trouve en défaut.
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Ces dames sortent, et selon toute apparence, Baltide, rapportera son billet, et les lettres de son. amant resteront chez la marchande. Mais on a un éventail, et ée meuble -là sert à tant de choses ! Combien de fois à l'église , au spectacle , à la promenade, d'innocens bâtons ont-ils favorisé l'œil curieux , tendre , ou inquiet de la beauté timide ? Combien de fois la fenune qui ne rougit plus, a -t- elle eu l'air de rougir, grâce à son éventail? Combien de fois a-t-il dérobé la véritable rougeur au père, à l'époux qu'elle eût éclairés , à l'amant qu'elle eut rendu téméraire ? Quelle ressource qu'im éventail pour le maintien , pour les grâces , et pour la minauderie ! Quelle facilité pour la conversation ! Le doux aveu, le rendez-vous accordé s'échappent à travers la gaze légère , qui se déploie à propos , et trompe l'attention des fâcheux. Quel attrait que ces petits coups stu* des - doigts entreprenans , que la faiblesse même de l'arme encourage à de nouveaux larcins ! Je ne finirais pas , si je détaillais tous les avantages de l'éventail.
« Ah, mon dieu, s'écrie Baltide à quinze pas « de la boutique , j'ai oublié ! .^. — Quoi , ma fiUç ? » Vous vous doutez bien de ce qu'elle à oublié : le meuble qui sert à tout. Il est resté sur le comptoir. £Ue court , saps en dire davantage ; elle revient en quatre secondes ,*'éventail à la main , les lettres de Charles dans sa poche , et son billet est tombé dana le carton.
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Jusque-là tout allait bien. Mais l'extrême précipitation a toujours ses inconvéniens. La jeune personne n'avait pas pris garde que l'épingle qui tenait le ruban rose s'était détachée, et le bout perfide du ruban sortait par la fente de sa poche. Malheureuse Baltide ! ta mère l'a aperçu , et tu ne le soupçonnes point ; tu te flattes en vain d'un instant de bonheur. Non , tu ne t'enfermeras pas dans ton cabinet de toilette ; tes yeux ne dévoreront pas ces lettres, après lesquelles tu as tant soupiré, tu ne les couvriras pas de tes baisers.
Madame Blumenthal monta à son appartement, et dit à sa fille de la suivre. La, elle lui reprocha sévèrement de tromper sa confiance, et d'employer des moyens bas, pour entretenir une liaison, que sa fierté devait lui faire rompre. Baltide, interdite, déconcertée , veut cependant s'excuser et mentir. Une fille honnête est si gauche quand elle ment ! sa mère, indignée, lui reproche plus durement encore sa dissimulation, et lui ordonne de tirer de sa poche le paquet de ruban rose. Baltide, convaincue et presque défaillante^ n'a pas la force d'obéir. Madame Blumenthal s'avance ; la tendre et inconsolable fille est dépouillée de sou trésor. Elle se couvre le visage de ses mains , et sort pour cacher sa honte et sa douleur.
La marchande {^ aussitôt mandée. On craignait qu'elle ne divulgeât Ce qu'on avait tant d'intérêt à cacher : on lui parla avefc ménagement ; mais on employa tous les raisonnemens propres
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à la détourner de se prêter davantage à cette intrigue. Elle protesta n'avoir aucune connaissance de ce qui se passait ; elle rejeta tout sur sa fille de boutique ; elle promit de la renvoyer, et elle la renvoya en effet. Mais elle l'adressa au prerûier magasin de modes de Breslaw, où elle arriva avec une bourse assez bien fournie, que le jeune baron eut soin de lui faire tenir.
Madame Blumenthal lut ensuite les lettres qu'elle avait saisies. Elle n'y trouva que l'amour pur et innocent , et elle se rassura sur le passé ; mais elle n'était pas sans alarmes pour l'avenir. Il fallait sauver sa fille de sa propre imprudence , éviter l'éclat , qu'amèneraient tôt ou tard ses démarches inconsidérées, en la mettant dans l'impossibilité de s'en permettre de nouvelles. On abandonna les appartemens qui donnaient sur la rue, et on en brouilla les serrures; Baltide«fut gardée à vue ; on lui ôta tous les moyens d'écrire ; elle ne sortit presque plus, et si sa mère, toujours prévoyante , permettait qu'elle se rendît quelquefois aux instances de ses jeunes amies , à qui des refus réitérés auraient pu donner des soupçons, elle ne la quittait pas un instant. C'est auprès d'elle qu'il fallait que Baltide s'assît ; c'est de quelque ouvrage de mains qu'elle devait sans cesse s'occuper; les mots à l'oreille Paient sévèrement interdits. Ce furent ces précautions même , qui semblaient soutenir la sagesse , qui causèrent les malheurs, dont les deux familles furent bientôt accablées.
Baltide souffrait cruellement; Charles se désolait , et évitait les maisons qu'elle fréquentait , de peur de rendre sa position plus pénible. Il n'osait s'ouvrir au jeune Blumenthal, qui le voyait peu, et lui .marquait cette froideur qui inspire l'éloignement. La marchande était devenue inutile depuis que Baltide ne sortait plus ; Brandt frimait quelquefois sa pipe , en se promenant dans la rue qu'habitait madame Blumenthal , et perdait son temps et ses espérances. Nos amans, dans la même petite ville , étaient isolés l'un de l'autre , comme s'ils eussent été séparés par les mers.
Pendant que ces incidens se succédment , plusieurs régimens s'organisaient à Lignitz. Celui auquel . Charles était attaché , se distinguait par la précision des manœuvres , la belle tenue et sa bonne conduite : le jeune major l'avait formé. Il s'était fait aimer de ses soldats , en tempérant ce que la disdplLne a d'austère , par l'affabilité qui la fait supporter. Il se flattait avec raison , que le roi distinguerait ce régiment, et lui tiendrait compte de ses travaux et de ses succès : c'est à la tête de sa troupe , qu'il oubliait quelquefois les peines de l'amour.
On était au mois d'avril. Encore quelques semaines , et ces différentes masses allaient s'ébranler. Le • comte de\îolberg, colonel du baron, arriva à Lignitz, peu de jours après que madame Blumenthal eut rompu toute conununication entre sa fille et son anaant. Il voulut voir son régiment
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SOUS les armes ; Felsheim cominanda Texercice et les félicitations de son chef furent le premier fruit de ses soins.
Le comte de Colberg était un homme de quaraifte ans, d'une belle taille, d'une figure noble , inflexible sur tout ce qui avait rapport au service , d'un commerce aimable dans la société , immensément riche , généreux jusqu'à la prodigalité , et bien convaincu de son mérité.
Il se fit présenter dans les meilleiyces maisons de la ville. Madaiïie Blumenthal , veuve d'un officier de marque ^ et sœur d'un général , fut celle qu'il vit la première , qui parut lui plaire davantage , et chez qui il revint de préférence. Il avait entrevu Baltide, et on ne la voyait *pas sans chercher à la revoir.
C'est à cela seulement que se bornaient alors les désirs du baron. Un instant avec Baltide, même en présence de sa mère ^ eut comblé tous ses vœux. Il était assez bien avec son colonel pour hà ouvrir son cœur , et lui demander ses bons offices auprès de madame Blumenthal. Il pouvait «croire que le ressentiment qu'elle affectait n'était pas sincère, qu'il céderait à la première démarche que ferait enfin sa famille , que les sollicitations d'un officier supérieur hâteraient ce nEtoment , et adouciraient son sort. Il fut retenu , qttelques jours, par la carainte de se mettre plus mal dans l'esprit de Cette dame , en confiant à uti étranger ce que personfi^ ne savait encore à
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Lignitz. L'amour malheureux l'emporta enfin sur de vaines considérations ; mais lorsqu'il voulut s'expliquer avec son colonel, il n'était déjà plus temps.
Il entra chez lui , assez embarrassé sur *la manière dont il s'y prendpait, pour le faire entrer dans ses vues. Monsieur de Colberg lui-même le reçut avec une sorte d'embarras.^Tous deux voulaient parler ; mais dans certains cas , le difficile c'est de commencer. Le comte demanda enfin à Charles s'il n'avait jamais été chez madame Blumenthal. a J'y ai été souvent. — Ah ! tant mieux !... « Sa fille est jolie. — Charmante. — Un esprit « naïf... — Mais plein de grâces. — Peu de forte tune. — Qu'importe ? — C'est ce que je pense. « Mon ami , au métier que nous faisons , on n'est « pas sûr du lendemain! Il faut se hâter d'être « heureux , lorsqu'on n'a qu'un moment à l'être. « -r- Que voulez-vous dire , moïlsieur le comte ? « -— Mon cher baron , j'attends de vous un série vice de quelque importance. J'aime mademoi- « selle Blumenthal. » Charles pâlit, et le colonel eût parlé deux heures , 'qu'il ne l'eût pas interrompu. « J'aime mademoiselle Blumenthal; on à plaît encore à -mon âge, quand on joint, à un a physique heureux , les avantages du rang et de « la fortune ; d'ailleurs une jeune personne bien « née ne sait qu'obéir à ses parens : mais il est « des démarches qu'on ne fait pas soi-même sans a une sorte de répugnance. J'ai besoin de quel-
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i( qu'un qui se charge de pressentir madame a Blumenthal , et j'ai jeté les yeux sur vous. « Vous ferez cela pour moi, n'est-il pas vrai?» Charles, atterré par cette confidence, irrésolu, muet , se fit répéter plusieurs fois la même question. Forcé enfin de répondre , et incapable de dissimuler, il déclara franchement ce qui s'était passé entre lui, madame Blumenthal , sa fille, et madame Werner. «-Mon cher baron, « reprit le comte en souriant , j'espère que notre a rivalité n'aura pas de suites fâcheuses. Écoutez- (c moi. Si vos parens et ceux de Bakide donnaient ce les mains à cette union , je me retirerais sans c( plaintes , sans murmure : imitez-moi. Puisqu'il ce n'est pas possible que les deux familles se rap- « prochent , qu'il l'est bien moins encore qu'une ce demoiselle aussi intéressante reste fille, qu'il « faut enfin que quelqu'un l'épouse , il doit vous « être égal que ce soit moi ou un autre. — Mon- « sieur le comte, je ne crois pas qu'elle con- « sente!... — Une jeune personne est toujours a soumise, je vous l'ai déjà dit. Au reste, nous a verrons. » Jusque-là , on s'était renfermé dans les bornes de la décence; mais des rivaux les franchissent promptement. La conversation prit une autre tournure. Le comte y mit du persififlage, Charles de l'emportement; des expressions dures lui échappèrent, et son colonel l'envoya aux arrêts.
Charles ne s'était pas trouvé encore dans une
position aussi affligeante. Il s'était désespéré, lorsqu'on le sépara de Baltide, et cependant il savait qu'elle ne vivait que pour lui , et la certitude d'être aimé rendait son malheur supportable. Non-seulement il ne la verrait plus ; mais elle allait , selon les apparences , passer dans les bras d'un autre , et cette idée le jetait dans des accès de fureur.
Il avait promis à madame Blumenthal , de ne s'adresser au roi que de son aveu. Mais ce moyen était l'unique qui lui restât. Il pouvait réussir, et ce n'était pas le moment de se piquer d'une fausse délicatesse. Il écrivit donc à Frédéric^ et fit sa lettre aussi courte que le lui permit la surabondance d'idées qui s'accumulaient dans sa tête : il savait que le prince n'aimait pas les longues phrases. Il l'instruisait de la mésintelligence des deux familles , des causes qui l'avaient produite ; il se plaignait de la conduite peu généreuse de son colonel , et il finissait en protestant qu'il se ferait tuer à la première occasion , si sa majesté n'atrrangeait pas tout cela.
L'infortuné jeune «homme attendait avec l'impatience d'un amant l'efEet que produirait sa lettre. Il se promenait dans sa chambre ,. il faussât des châteaux en Espagne, il se désolait, il espérait. Un officier entre , et lui saute au cou : c était Théodore. Il arrivait à petites journéesi du fond des états de Brandebourg, et venait prendre une compagnie dans un des régimens de
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Lignitz. Il ignorait que Charles y fût; mais il avait rencontré Brandt, et le brave homme lui avait tout conté , en ornant son récit d'imprécations contre les colonels qui abusent de leur autorité y et de plaintes contre les mères qui ne veulent pas marier un jeune homme d'assez bonnes mœurs pour vouloir bien se marier. Théodore était accouru. Charles oublia qu'il lui avait donné le goût du jeu et des filles ; qu'il lui devait sa retraite de Spandaw ; il ne vit que les services qu'il pouvait lui rendre alors. Il le pressa de s'introduira chez madame Blumenthal, et d'engager Balti4e à une résistance opiniâtre. Théodore se prêta à ce qu'on attendait de lui , avec la facilité dont on le connaît capable. Oter à une mère l'autorité que la nature lui a donnée sur sa fille , était pour lui une véritable jouissance : il n'y a que les imbécilles qui aiment l'ordre et qui connaissent des devoirs. Il fut arrêté entre les deux amis qu'ils n'auraient pas l'air de se connaître, de peur de rendre Théodore suspect. Brandt fut nommé intermédiaire, et devait s'entendre alternativement avec ces» deux messieurs.
Le comte de Colberg, brouillé avec Charles, avait fait ce que tout autre eût fait comme lui. Il s'était adressé à un officier plus complaisant , et qui n'ayant aucun intérêt dans cette affaire , saisit avec empressement l'occasion de se mettre bien dans l'esprit de son colonel. Il fut trouver
madame Blumenthal; il l'instruisit des desseins honorables du comte, fit un grand étalage de ses qualités , loua son désintéressement , et vanta son alliance. Il se tut quand il n'eut plus rien à dire , et attendit humblement la réponse qu^il devait rendre littéralement à son colonel.
Madame Blumenthal éprouvait, depuis quelque temps, la difficulté et le dégoût de garder une fille qui aime. Elle n'avait jamais été fort éprise de feu son époux, et n'en avait pas été moins heureuse. Elle crut qu'un prompt établissement , en la déchargeant d'un fardeau inoommode, distrairait Baltide d'une passion dangereuse. Elle se flatta que le devoir ramènerait enfin à son époux un cœur qui avait besoin d'aimer : elle reçut donc les ouvertures de l'officier, avec ime politesse affectueuse, et, le jour même , elle présenta le comte à sa fille , comme un homme qu'elle autorisait à prétendre à sa main.
Baltide accablée de ce coup inattendu, ne trouva pas un mot , pas un geste qui exprimât ce qui se passait dans un cœur déchiré par l'amour, et combattu par le respect filial. La tête baissée, l'œil fixe , les genoux tremblans , elle était prête à défaillir. Sa mère courut à elle; elle la reçut dans ses bras. Le comte , qui s'estimait infini* ment , dit à madame Blumenthal qu'il s'était attendu à quelque résistance, et qu'il ne s'en effrayait point ; que le mérite qu on voulait bien lui accorder, ses égards soutenus, le luxe, les
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plaisirs effaceraient bientôt jusqu'au souvenir (l'une fantaisie d'enfance , qui passe ordinairement comme l'éclair, dont elle a la vivacité. «Jamais, « jamais je ne l'oublierai » , dit Baltide d'une voix étouffée y et elle s'évanouit.
La scène était trop forte. Madame Blumenthal pria le comte de se retirer, secourut sa fille, et lui laissa le temps de se remettre. Elle employa alors les plus douces caresses, elle fit valoir les agrémens du comte, elle exagéra les avantages de l'union projetée, elle rappela les sujets de plainte que lui avait donnés madame Werner ,' enfin elle conjura sa fille de ne pas l'affliger par une résistance qui abrégerait sa carrière.
lia jeune personne était timide, et par conséquent docile. Elle n'osa se prononcer nettement : elle employa les armes de la faiblesse, les supplications et les larmes. Madame Blumenthal était mère. Elle ne vit pas sa fille à ses pieds sans une forte émotion. Elk se sçntit touchée, elle s'attendrit; elle allait céder peut-être, lorsque son fils entra.
Il avait rencontré le colonel, et il revenait irrité de ce qu'il appelait les mauvais procédés de sa sœur. Il lui reprocha de sacrifier , à une obstination ridicule , le repos de sa mère , l'avancement de sa famille, et son propre bonheur. Il protesta que si elle ne se rendait , il s'en prendrait à l'auteur de tous ces troubles, et qu'il ferait repentir
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monsieur de Felsheim des cb<igrtiisqu'il'répan(lait sur toute sa maison.
Baltide avait à peu près gagné sa mère ; elle essaya de fléchir son frère. Le jeune homme ne répondit qu'on prenant ses armes'. Elle ne put soutenir l'idée d'un frère et d'ûu amant, s'entre égorgeant pour elle. Elle prononça d'une voix éteinte ce mot. terrible : Je consens^ et elle tomba encore sans connaissance sur le parquet.
Voilà où en étaient les choses, lorsque ïhéo- <lore se fit présenter chez madame Bluraenthal. •Il lui rendit quelques visites, sans pouvoir approcher Baltide. Elle ne quittait plus son appartement, où M. de Colberg seul était admis, et lorsque sa mère recevait du monde, son frère l'obsédait , sous le prétexte honnête de lui tenir (X)mpagnie.
Cependant le funeste mariage était fixé à la fin de la semaine : il ne restait plus que cinq jours. Felsheim, toujours aux arrêts, ne pouvait rien ; mais Théodore agissait. Il se rendit chez lui, au milieu de la nuit, et lui déclara qu'il n'était plus temps de soupirer, de se plaindre; qu'il fallait en venir aux grandes mesures, et qu'il n'y avait pas un moment à perdre. -Il ajouta qu'il allait se loger dans une maison adossée à celle de madame Blumenthal , en occupei* tout le haut , percer le mur mitoyen, enlever Baltide, la remettre à Brandt, et. la faire conduire chez son ami Fridberg, qui, ennemi juré du despotisme
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royal /devait haïr aussi l'abus de l'autorité maternelle.
Charles était disposé à disputer sa maîtresse à. son rival par tous les moyens possibles. Cependant le projet d'un rapt lui répugna. « Si elle y « consent, répondit Théodore, que t'importent a ses parens ? Est-il possible d'ailleurs qu'ils te la « refusent, quand cette escapade sera publique ? a Ta mère pourra - 1 - elle t'empécher de rendre « l'honneur à une fille de ce rang? — Mais j'ai « écrit au roi, et peut-être... — T'imagines-tu que a, le roi se mêlera de tes amourettes, et en le « supposant, agira-t-il avec assez de célérité « pour prévenir ton colonel ? Tu peux demain « t'assurer de ta maîtresse : enleveras-tu , dans « quatre jours , l'épouse de ton chef ? Te flattes- « tu qu'elle s'y prête , quand elle sera engagée ? « D'ailleurs , que gagneras-tu à cela ? Tu te ren- « dras odieux à toute l'armée; les lois s'armeront « contre toi; tu seras obligé de fiiir, de passer, a avec ta belle, dans une terré étrangère, sans « état, sans ressources : cela n'a pas le sens a commun. Il faut l'avoir demain , ou l*abân- « donner pour jamais à un autre... Ton choix est « fait ; je lis dans tes yeux. Bon soir, mon ami. « Demain matin , je m'établis dans la maison dont te je t'ai parlé, et j'espère employer utilement la « journée. »
Frédéric avait pris, aux chagrins de Charles , un intérêt beaucoup plus fort que le jeune homme
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eût osé l'espérer. Il était k un degré de faveur, tel , que rien de ce qui le touchait ne paraissait indifFérent au roi. Il écrivit aussitôt à M., de Colberg.
Monsieur le comte,
« Un colonel punit son inférieur qui manque « au service ; mais je ne • connais aucun article « du code militaire qui l'autorise à mettre son t( rival en prison. Vous ferez sortir le baron de <f Felsheim. ».
Il fit venir le général Fersen , et lui dit, sans détour, qu'on le désobligerait en mariant sa nièce à tout autre qu'à Charles. M. de Ferseu rendit compte au roi de la démarche qu'il avait faite auprès de Werner, et la manière désobligeante dont il lui avait répondu. « J'écrirai à Sta- « venow, lui dit Frédéric. Vous, écrivez à votre « sœur de rompre sur-le-champ avec Colberg. « Je ne veux pas que mon jeune major soit tource mente plus long-tems. » Ils s'entretinrent ensuite, une partie du jour, des opérations arrêtées pour l'ouverture de la campagne. Le général se retira tard. Le. courrier était parti. La poste de Berlin à Lignitz ne part que de deux jours Tuii- La lettre de M. Fersen ne fut renduç à madame Blumenthal , que quarante-huit heures après celle du roi au comte de Colberg.
Werner reçut en même temps une invitation qui équivalait à un ordre. Frédéric, qui voulait
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fortement, et qui agissait à la minute, lui mandait que c'était avec son agrément que Charles* avait recherché mademoiselle Blumenthal; qu'il désirait que ce mariage se fît à la fin de la campagne prochaine , et qu'il lui saurait gré de se rapprocher sans délai du comte de Fersen et de madame Blumenthal.
Werner et sa femme pouvaient encore se faire un mérite de leur prompte obéissance : ils voulurent au moins avoir celui-là. Des excuses honnêtes , des protestations affectueuses , la demande positive de la main de Baltide, furent adressées à une famille qu'on avait d'abord dédaignée. Ea félicité des jeunes amans paraissait assurée. Deux jours encore et les obstacles étaient levés. La précipitation de Théodore les replongea dans de plus affreuses calamités.
Le comte de Colberg avait jugé -d'après le style du roi, que son major était un homme à ménager. Le jour même où Théodore se logea près de madame Blumenthal , il fut lui-même lever les arrêts ; il chercha à «e réconcilier de bonne foi avec le baron ; mais îj ne dit rien de Baltide , et c'est là que Charles l'attendait. Il* conclut de son silence qu'il persistait dans son dessein. Il dissimula, et profita de sa liberté pour exécuter le sien.
Des habits d'homme furent préparés pour la demoiselle ; une voiture et deux bons chevaux envoyés dans le faubourg. Brandt reçut ses ins-
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tructioiis , et s'obligea , sur sa tête , à conduire Baltide partout où il plairait à son cher Baron. Hantz devait courir en avant , et préparer les celais. M. Fridberg se chargerait du reste.
Pendant que Charles faisait ses dispositions, Théodore travaillait sans relâche. Il détachait à petit bruit le ciment qui liait les pierres. La première levée, les autres n'opposèrent plus de résistance , et vers les quatre heures- du soir, il y avait au mur qui séparait les deux greniers , un trou par lequel un homme pouvait passer avec facilité. Les gravas étaient ramassés et cachés dans deux mannes d'osier, qui paraissaient n'avoir pas servi depuis long-temps, et être tout-à-fait oubliées. L'ouverture , du côté de madame Blumenthal , fut masquée avec des futailles vides , et de celui de Théodore , par les mannes qui renfermaient les débris de la muraille.
Dès que Charles eut cessé d'agir^ il pensa aux dangers dans lesquels il allait s'engager. Mille circonstances imprévues pouvaient faire manquer l'entreprise : le succès ipéme l'exposait. Il était impossible qu'on ne le crût pas l'auteur de Tévasion de Bàltide , et comment oser se présenter devant son colonel ? comment soutenir les reproches d'une mère , dont il ne se. rappelait alors que les marques de la plus sincère tendresse ? La probité , la délicatesse , lui faisaient une loi de renoncer à son projet. Il le sentait , il en convenait intérieurement ; mais quand il se représentait son
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rival heureux , la possibilité de l'être lui-même , les scrupules s'éteignaient; ses craintes lui semblaient une faiblesse ; l'amour aveugle et furieux obscurcissait sa raison : Baltide ou la mort, il ne vit plus que -cela.
Décidé à poursuivre i une inquiétude d'une autre espèce le tourmentait encore. Baltide se livrerait-elle à lui ? abandonnerait-elle sa mère ? mépriserait- elle les bienséances, oublierait -elle la modestie pour n'écouter que son amour? Il était incapable de la contraindre f et le lieu, l'heure ne le permettaient pas. Que ferait-il , que deviendrait-il ^ si elle résistait ?
La nuit vint, pendant qu'il était en proie à tous les combats, à tous les mouvemens opposés, qui peuvent bourreler le cœur humain. Théodore le joignit et l'emmena dans son appartement, où Brandt les attendait. Les habits destinés à Baltide étaient là. Hantz était déjà dans le faubourg, où il veillait sur les. postillons et la voiture.
On arrêta que Charles , qui avait vécu familièrement chez madame Blumenthal, s'introduirait dans la maison qu'il connaissait parfaitement ; que Théodore le suivrait et s'arrêterait sur l'escalier, où il se tiendrait prêt à tout événement , et que Brandt , dont on connaissait la mauvaise tête , resterait où il était jusqu'à nouvel ordre.
Minuit sonna, et Charles tremblant marcha à ip perte. Les pieds nuds, l'œil hagard, le sein palpitant, il franchit le mur, au-delà duquel il violait
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déjà l'asile de l'innocence, la sécurité d'une mère , des droits qu'on n'enfreint nulle part sans s'exposer au supplice. Egaré, incertain, il cherche, il avance. La fatalité qui le poursuit , le pousse à la porte , qui devait être sacrée pour lui ; il ouvre, il entre , il approche du lit que fuyait le sommeil , et que Baltide arrosait de ses larmes : il appelle à voix basse. La surprise, la joie, la terreur, ne permettent pas qu'on lui réponde. Il trouve, il presse, il couvre de baisers une main qu'on lui abandonne. L'obscurité , le silence , la force de l'âge , tout ajoute à son délire L'ivresse passe, de son cœur, dans celui de Baltide; elle ne pense pas à se défendre; le dernier attentat est commis. Ils se repentent tous deux ; il est trop tard.
Il attesta vainement le ciel de la pureté de ses intentions; il la pressa inutilement de le suivre. Ce moment était tout entier au remords, et Baltide rejeta .avec horreur la proposition d'un second crime. Elle l'accusa de celui qu'elle venait de commettre, elle, le rejeta tout entier siu* lui, elle le repoussa , loin d'elle , elle le maudit. Son amant terrifié , marchant d'infortune en infortune, restait anéanti sous la malédiction de la vertu outragée. Théodore , qi^i sait combien les minutes sont précieuses, descend et arrive guidé par les sanglots étouffés, par les accens du désespoir. Malheureux jeune homme,- si tu entraînas to|^ ami dans le précipice, ta présence du moins lui sauvera la vie.
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Le comte de Colberg avait donné à souper au jeune Blumenthal. On avait passé les bornes de la sobriété , et lorsqu'on quitta, la table , les têtes étaient échaufifées. Le colonel reconduisit son convive, et celui-ci l'invita à entrer. Le bruit qu'on faisait au-dessus deux fixa leur attention. Blumenthal crut que sa sœur, incommodée , avait besoin de secours. Il allume des flambeaux, il monte. Le désordre de la victime ne lui permet plus de douter ; la présence de Felsheim achève de le convaincre ; il avait son épée : le Baron était sans arnîes.
Déjà le fer est levé sur sa poitrine.^ Théodore se précipite, il est en garde. Il faut que Blumenthal passe sur son corps pour arriver à son ami. Le tumulte , les cris , attirent le colonel. La mère, éveillée eu sursaut, s'élance de son lit; elle accourt, elle entre chez sa fille... ses sens se glacent.^ Elle tombe entre son fils et Théodore, en invoquant leur pitié.
Blumenthal et Colberg ne voient dans le major qu'un lâche ravisseur, qui ne mérite pas qu'on suive avec lui les loix de l'honneur. Tous deux attaquent et pressent Théodore , qui le couvre. Il peut à peine parer les coups multipliés qu'on lui porte. 11 oe lui reste qu'un moyen de salut. Il fait une volte, il soulève la mère inanimée, il la présente au fer des assaillans ; Blumenthal et Colberg s'arrêtent ; Brandt paraît le sabre à la main.
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Étonné de ne pas revoir les .deuK jeunes gens, ledoutant les hasards de cette nuit dangereuse, il s'était glissé dans les ténèbres , et bientôt le cliquetis des armes lui avait indiqué la route qu'il devait suivre. Il se range à côté de Charles, qui, indigné de voir ses amis prodiguer leur vie pour mie cause qui. leur est étrangère , saisit le poignet du hussard , lui arrache son sabre , et se met en ligne avec Théodore. Celui-ci jette martame Blumenthal dans les bras du bon homme, et le combat recommence avec fureur. Le Baron a en tête le frère de sa maitresse ; il ménage le sang de.Baltide; mais Blumenthal furieux s'abandonne ; il fond tête baissée sur son adversaire, il se perce lui-même de part en part. Colberg, désarmé par Théodore, demande et obtient la vie, en promettant , sur son honneur , de ne pas donner de suite à cette affaire.
Charles s'arrête à l'instant où Blumenthal
tombe. L'état où il le voit , celui , peut-être aussi déplorable, de sa mère et de sa sœur? tous lès objets qui s'offrent à lui, portent dans son sein, l'épouvante et l'horreur. IL jette son sabre sanglant , il sort en détournant la vue , il se trouve dans une rue qu'il ne reconnaît point, il avance, il court, poursuivi par l'image de Blumenthal mourant. Il est sorti dç la ville , il erre dans b campagne et ne s'en aperçoit, pas. Une forêt se présente ; il s'y enfonce , y tombe de lassitude et de douleur. Le soleil reparaît ; il vient rendre b
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vie à la nature , et ne peut le ranimer. Celui qui n'a pas l'habitude du crime , ne sait plus supporter la lumière. 11 aperçoit un enfoncement sous une roche; il s'y traîne, il cherche les ténèbres: il lui semble qu'elles le déroberont à lui-même, jeunes gens, qui de vous réunit autant d'avan tages que Charles ? qui de vous est plus que lui incapable d'un forfait ? Réfléchissez et tremblez. Aujourd'hui peut -être, un passion, que vous croyez innocente, vous portera aux mêmes excès.