‹ Œuvres complètes de Pigault LebrunChapitre 3 sur 20 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Le Baron forme sa maison. Grande Jête au

château.

<i Moir siBCR le Baron , dit Brandi à son réveil , (c j'ai parfois des idées excellentes , qui se perdent « quand f^ ne les communique pas à l'instant. Je « n'étais pas hier tout-à-fait aussi gris que vous , « et je pensais*.. — A quoi^ mon garçon? — C'est a ce que je cherche.*. Ah ! m'y voilà* Vous aves a quatre mille florins de rente, un château superbe; « vous êtes noble comme tous les chapitres d'Aide lemagne réunis^ et vous vivet comme un cancre. « — Comment cela , monûeur ? — Hors vous , moi, « et quelques hiboux, on ne vcHt personne dans « ce châtrau* Il vous faut des courtisans pour vous ce flatter, des parasites pour vous manger ; car entf fin nous ne pouvons pas boire quatre mille flo* a rins à i^ous deux. Je sais vos hauts-£suts par cœur; ce et à qui conterez -vous désormais vos exploits, i< si ce n'est à la noblesse du voisinage? ^ — J'ai déjà « pensé à cela* — Et comment recevrez -vous la « noblesse du voisinage , si vous n'avez personne a pour vous servir ? Je suis vôtre sommelier, votre a cuisinier^ votre pourvoyeur, votre valet-de-cham- « bre , votre écuyer, votre capitaine des chasses et tt volTO trésoi^ier. C'est pitoyable , monsieur le Ba- « ron ; cela ti'a point de mine , point de tournure ,

« et un homme comme vous est fait pour repré- « senter. — Tu as raison. De ce moment je te fais « mon majordome. Choisis tes subordonnés. »

Brandt se lève , s'habille , déjeune , et court le village. Il ramasse une vieille gouvernante de curé, dont il fait une cuisinière ; deux bergers* dont il fait des piqueurs, et quatre mâtins qu'il érige en meute. Le magister savait le plein-chant; il composa la musique de monsieur. Le vicaire du lieu fut nommé grand-aumônier ; six petits drôles , passablement dégourdis, devinrent ses pages, et huit déserteurs ses gardes-du-corps.

Ce domestique nombreux effraya d'abord monsieur le Baron; mais son majordome le rassura, en dressant devant lui le rôle des émolumens destinés à chacun. La cuisinière devait avoir pour gages la desserte et les eaux grasses , sur lesquelles elle fournirait, touS les ans, deux cochons gras pour la table de Monseignein* ; on passait aux piqueurs l'excédant du gibier nécessaire à la consommation du château ; la meute devait vivre aux dépens des troupeaux voisins ; on accordait au magister un demi -florin par chaque romance qu'il chanterait lorscpi'il en serait requis ; le grand-aumônier, qui était d'ailleurs à la portion congrue, se contenterait d'un florin et d'un dîner tous les dimanches , pour célébrer une basse - meàse dans la chapelle du château, et faire ensuite l'oraison funèbre de tous les barons de Felsheim, depuis Ferdinand I*' jusqu'à Ferdinand xv inclusivement ;

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on accordait aux pages un habit neuf, fait avec de vieilles tapisseries de point de Hongrie, que Brandt avait déterrées d'un arrière-cabinet, plus, la soupe et lé pain, et ce qu'ils pourraient dérober à l'office ; les gardes-du*corps seraient équipés en hussards de Felsheim , avec les habits de réforme qui se trouvaient au château; on leur enjoindrait de vivre aux dépens de qui ils pourraient, en se conduisant honnêtement , et en plumant la poule sans la faire crier; enfin, Brandt se chargeait de mettre à la raison ceux des vassaux de Monseigneur à qui ces arrangemens ne conviendraient pas. Ces conditions proposées et acceptées , chacun entra en exercice.

Brandt savait à merveille que la discipline est l'ame des armées, et il s'occupa des moyens d'assurer la régularité du service au château. Au milieu de la cour était un vieux colombier, que la cuisinière voulait repeupler, parce qu'elle excellait surtout dans les compotes de pigeons ; Brandt transforma le colombier en chambre de discipline , à l'usage des pages et des gardes-du-corps. Derrière le château était un vaste jardin, abandonné depuis quinze ans : il était aisé de le remettre en valeur, et la cuisinière voulait y faire une plantation de choux , qui fournirait la provision de l'année. Brandt en fit un manège découvert, où il donna des leçons d'équitation aux pages, et une espknade où il exerçait régulièrement son in&nterie. Quelques arbres firuitiers étaient encore de-

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bout, TOfii^vé la nég^ligenœ des barons de Fel^eim et de leurs agens; Brandt les fit abattre, parée qu'ils gênaient le dével(^>pement de la colonne. La cuisinière, qui voulait du dessert pour la table de monsieur, se permit quelques réclamations : Brandt la menaça de la mettre an colombier, et elle se tut. Comme une bonne idée en amène ordinairement une autre , Brandt ne s'arrêta pas e» si beau chenôn. Il résolut d'ériger le château en place d'afines, tant pour aniuser Monseigneur, que pour l'occuh per et satisfaire . la juste ambition que le prince Eug^e avait constamment humiliée. A l'exemple des Roimains, qui savaient occuper leurs trempes en temps de paix, il employa les gardes et les pages à enlever des fossés les grenouilles et la boue qui les obstruaient depuis un demi-siècle. Il fit rétablir le pont-levis , qui dès-lors fiit tcmjours levé, et deux hommes au moins devaient aller reeof»naitre ceux qui se préseoteraient devant la forte^ resse. Un des garde^du^corps fut planté en faction sur le bord du fossé; nm pag«, armé d'un cornet à bouquin, fiit mis aa vedette sur la tour de Witikind. Brandt rassembla huit ou dix vieilles carabines; il en démonta les canons^ ^ et avec le secours du charron du lieu , il établit sur la plateforme de la tour une batterie qui devait .être d'un grand e£Pet, en cas de siège. Enfin y il se pronsut au grade de majoir-généra^ ; meaifiieiir le Baron fut nommée par acclamation^ généralissime, et pendant quelque temps tout aUa fort bien dans le château.

BE FJBI.&HEIM. 3l

Cependant 1er genre de vie que nwnait babiftuell€iment monsieur le Baron n'étant propre qu'à précipiter la destruction d'un corps cacochyme et usé ^ rii:|conuxK>d(ité qu'il ressentait à )a jambe augix^nta coiasidérstblement. Monsieur le Baron n'en accola pas oioins tendarement sa dame- Jeanne, et sa jambe refusa un beau matin de soutenir ces ruines respectathles^Brandt prit la jambe , la tourna, la retourna ^ la frotta , et décida qu*elle était paralysée. Il manda une seconde fois le charron du lieu , qu'on hoiEiora du titre de carrossier de Monseigneur, et; qui fixa le fauteuil de bois d'érable sur qu^re roiues^ neuve» et soHdes. C'est dans cette voiture que Ferdinand xv, traîné ou poussé par ses pages, voyageait d'un appartement à un autre -^ visitait les postes, et passait la parade.

La xoaison établie enfin sur ce pied respectable, chacun étant pénétré de l'importance et de la dignité de ses fonctions , et- tous les r^nplissant avec la plus scrupuleuse exactitude , Brandt crut qu'il était tesapa de déployer aux yeux des voisins étonnés toute la magnificence de 9on seigneur. Il j&t , soiU& la dictée de monsieur le Baron,^ uqe liste de ceux qu'on pouvait recevoir sans •s'enca^ailleir , et on exclut tout ce qui n'avait pas tjçente-deux quartiers rigoureusement prouvés. Ueureui^ tanaps , heureux pays , où , torsqu^on comptq \m grand homm^ parmi ses ancêtres , on est ^snepre honoré pour ses vertus qu'on n'a pas , et (jMi'il est iimtile d^acquértr' puisque des titres tiennent lieu de tout!

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La liste terminée , examinée , commentée , épurée , les billets d'invitation furent faits , et quatre pages expédiés à l'orient, à l'occident, au nord et au midi, pour les porter à leurs adresses.

Monsieur le Baron , qui était à-la^fois magnifique et parcimonieux, ordonna une chasse générale dans ses domaines , et enjoignit à ses vassaux de se tenir prêts à faire une battue sous la conduite de son major - général. Le jour indiqué , Brandt sortit à la tête de toutes ses troupes , à la réserve de ce qui était indispensable pour la garde du château. Vingt ou trente paysans , armés tant bien que mal, se joignirent respectueusement à lui ; les piqueurs tenaient en lesse les quatre mâtins de Monseigneur; le cornet à bouquin sonna, et on marcha pompeusement vers un bois d'une lieue et demie de circonférence , dans lequel on s'enfonça.

On va , on vient , on retourne , on marche deux . heures , on ne voit rien , on n'espère rien. Brandt fronce le sourcil , et commence à jurer entre ses dents. Il entend un cri perçant ; il se retourne : c'était un page de Monseigneur, qu'un loup affamé avait happé par la fesse , et qui lui faisait faire des grimaces de possédé. L'intrépide Brandt accourt le coutelas au poing , et jette l'animal sur le carreau. Homme à toutes mains , il déboutonne le haut de chausses du petit malheureux , et se met en devoir d'étancher le sang. Un paysan lui apprend qu'à cinquante pas de là, il trouvera

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une mare environnée de broussailles, firandt remonte à cheval , prend le blessé en croupe , et , à travers des épines entrelacées et très • épaisses, il arrive au bord de la mare. Il se disposait à commencer son pansement , lorsqu'il aperçoit les oreilles d'un énorme sanglier , dont le corps était caché sous les ronces. Il saisit un pistolet d'arçon, pique au monstre , lâche son coup , et lui effleure simplement les cotes. L'animal furieux marche à son ennemi , s'élance , et d'un coup de boutoir , qu'il destinait à Brandt , il éventre le meilleur d«s deux chevaux du Baron , qui tombe spus le major^ général. Celui-ci se relève lestement , prend son second pistolet, et poursuit le sanglier , qui se dérobe dans les broussailles.

Furieux à son tour , Brandt veut faire donner la meute ; il anime ses chiens du geste et de la voix. Les chiens , qui ne se connaissent qu'en moutons et en- viandes cuites , ne sentent rien , .le regardent et n'avancent pas. Il en saisit un de chaque main par la peau du cou , il les traîne , il les porte sur la piste ; ils s'arrêtent et le regardent encore. Indigné de leur lâcheté ou de leur ineptie , Brandt tempête , jure , les sabre , et voilà Monseigneur sans meute , et réduit à un seul cheval.

Brandt , que rien ne peut déconcerter , jure tous ses jurons à la fois que le sanglier sera servi sur la table de monsieur le Baron. Il rassemble tout son monde , et il donne l'ordre d'une attaque générale. Les vassaux , tremblans , sont incapables

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d'ob^. Brandt , qui ne connaît pas de dangeiv^ , les regarde avec un rire d'amertume et de pitié, recharge ses pistolets , et s'enfonce dans las épines , suivi de messieurs les gardes^du-corps» Les pointes déchirent ses bottines , mettent en lambeaux sop pantalon et ses jambes. U s'arrête , il trépigne. , il veut avancer encore ; la douleur l'emporte sur s<Mi opiniâtreté ; il reciile pour ]a première fois de sa vie ; le sanglier est sauvé , et Biandt est au désespoir.

. t On applique une poignée de tabac sur le postérieur du page , qui crie comme un enragé y et à qui Brandi impose silence à coups de plat de sabre ; on écorche les morts ; leurs peaux soi^t portées en chasubles par autant de paysans ; on boit un coup , et on se dispose à sortir de ce bois malencontreux.

Au milieu de tant de désastres , Brandt n'était affecjié que de la nécessité de tirer du trésor de quoi faire face aux frais du repas , et il . roulait dans sa tête mille projets différens pour régaler ses hôtes sans écorner sa finance. On aUait sortir du bois , lorsqu'on aperçut sur la lisière une vache et son veau , qu'un malheureux paysan nourrissait aux dépens de son seigneur. Brandt casse la tête au veau , et le charge sur son épaule. Les gardesrdu-corps traitent la mère aussi cruellem^it, la coupent en quartiers, et l'emportent. Le paysan se plaint , murmure ; Brandt lui fait un trèsbeau discourir sur le respect dû aux propariétés ,

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et llii prouve clairement qm , lorsqu'une vache et son veau ont goûté de l'herbe de leur Beigneiir , ils ddivetit être confisquée à son profit.

Brandt rendit compte de sbn expédition à monsieut^ le Baron , qui fit une mifiè épouvantable , et qui jura coinme un psdfen. Brandt découvrit ses jambes, dont les blessures attestaient sa valeur , et il jura plus haut que monsieur le Baron: Comme il avait sur lui un ascendant extraordinaire , celui-ci se calma un peu , et sa fureur se tôuitia contrer le sanglier. Brandt , qui avait toujours un expédient à son service, hii dit qu'il avait un moyen sûr de lui livrer l'animal tout cuit : c^était de mettre le feu à là foi^t. Pour la première fois^^ le général ne fut pas de Favis de ton major.

Cette boutade passée , on ne s'occupa plus que de^ firépatatifs. Brandt fit comparaître lai cuisinière. « Tu prendras , lui dit-il , une cuisse de la vache , « tu la mettras dans la chaudière , et ce sera le pot- ^ àu-feu : les gardes pourl*ont fricasser le corps pcw « leur conk>mmatioh. Tu rôtiras deux gigots du « Veau ,' tù feras bouillir sa tête , et tu mettras le <t reste? en ragoût. Tu emprunteras dans le Village ^ douze douzaines d'oetif», que myas rendrons « quand xious autoàs des poules , et tu en feras « une omelette. Tout cela ne sufi&ra pas ; mais ^ le surplus me regardé. »'

II attafcha des hameçons à des fiféelles , et les ficêdies à des bâtons , qu'il enfonçai dans le fumier qné tes pages portaient de Técurie à ^extérieur

du château. Il mit à chaque .hameçon xme boulette de pain , et il planta un piqueur , un sac sous le bras , à quatre pas du tas de fumier; « A. mesure , «lui dit-il^ que les poules* s'accrocheront , .tu les « décrocheras, et tu les.jeteras dans. ton. sac; Quand «tu en auras six, tu détendras tes lignes, et tu « porteras ta pèche à la cuisine. Je vais yoir dans le « village si je ne trouverai pas quelque chose, de « délicat pour mesdames et mesdemoiselles les C0mc( tesses et les baronnes. » \

A peine Bràndt fut -il sorti du. château , (ju'il aperçut la cuisinière )aùx prises avec un villageois , qui n'entendait pas raison, et. qui ne voulait pas prêter ses oeufs à Monseigneur. Il entra dans la maison , s'assit sur le fauteuil du maîti'e , et lui dit que , puisqu'il ne voulait pas prêter , il était tout simple d'acheter. En pérorant , Brandt lorgnait un vieux cygne , qui se promenait majestueusement dans la boue, en attendant qu'il plût Xi ciel de lui envoyer de l'eau. Plus il convoitait le cygne , plus il s'efforçait d'être aimable envers le paysan , qui , charmé de ses manières , et comptant sur de l'argent frais , descendit enfin à la cave pour aller chercher ^es œu& Brandt saute dans la cour», prend le cygne par le cou , l'étouffé , lève les. jupons de la cuisinière ébahie , et lui pend la volaille entre les jambes. Le paysan remonte avec ses œufs ; Bràndt le conduit au château , parce qu'il n'a pas d'argent dans sa poche ; il lui propose à déjeuner; lé paysan répond que c'est bien

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de rhônneur:pour lui. Oii lui met sur le gsil uiîe entre coite devache; on le sert, et Brandt lui-même lui verse à boire. Le paysan, ravi de tant d'honnête-tés, s'en donne à cœur * joie. « Comptons , lui tf dit Braiidt, quand il eut déjeuné. Douze dou- « zaines d'œufs... A combieù ? — A deux florins « le tout, et ^ c'est donné, — Allons, tu es raisonce liablei, et je veux l'être .aussi.* Un florin 'pour «ton déjeuner ; pltis un duoat pour l'honneur « inappréciable d'avoir déjeuné chez- monsieur le uBolVotï : rend^moi mton» reste , et va-t-»en. ^ Le paysan se récrie , Brandt insiste. Le premier s'emporte, le second 'menace; les^gardes arrivent au bruit , et le: paysan, tremble. > B^andt 'proteste qu'il est incapable d'abuser /de ses forces ^ et • qu'il va Éatire -un acte inoui de générosité. Il veut bien qu'on se sèjMire .quitte i à quitte ; et le: paysan s'esquive , en s^ promettant: bien de 'ne plus déjeuner ^ chez tai (baron. - • t i. : :.-

-:^ Le jour du' festin, Brandt se lève au point du jour, bat la générale i, r passe une revue de propreté , et, décidé à' combler d'honneurs ses nobles convives , il charge'^ à double charge toutes lés pièces qui composent la batterie de la tour de Widkind ; enfin iLse livre^uniq^ment-aux affaires de la cuisine. Il choisit la chambre la plus vaste et la moins délabrée , et donne ordre de mettrela table.. Il n'y en avait qu'une dans le château; quatre pwsonnes pouvaient à peine y manger àf^I'aise,'dPcm en attendait quarante. &randt

3(8 hBS BAEoairs

&it metlre debout lea fuutttes quHl a yîdées aTeù son général ; il mo^te au Renier ; il détâdbe du plaacher une vingtaine de planches ; le carrossier de Monseigneur les cloue ^r les futailles, et voilà uae table. Le fijaron , accoutumé à se passer de tout à l'armée , n'avait pas encore de linge d'office ; Brandt prend une paire de draps ^ la cuisiinîère les faufile y et voilà une nappe* U eoupe une ^conde paire de draps, fn vingt ou trente morceaux, et voilà des serviettes ; mais il ne resta de diïips au château ^e ceux <}ui étaient dans le lit du Aaron et dans celui de son major.

Il commençait à faire froid ; Qrandt lait clouer siar le carreau les paaux du loup , du, cheval, , des chiens , de la vache et du veau , et voilà un tapis digne die. Timpératrica de: toutes les Russiea. Il ne se ti?a^va que dox^^e chaises en. état de soutenûif leur homme; o^ rernooite au grenier, on lève ^^re quelques planches , et , en un tour de mam , le oairrossier en fait des bancs. Qa manquait de v^sselle ; les gardes-du-coip^ , la caarabiiie sur l'ép^ule^ vont met^ en réquisition la poterie du village , a^^eo injonction aux propj^étaires de isenîs le leiH detsKsim r^oimaibre leui» prç|»nétés> Cto n'avait pas de bouiteiUes; oa monita de la cave, dans la saUç à manger , une jwce. die vin du Rhin; oa la dressa, on b défonça,, et les pages eurent ordre de remplir les poll|s y à mesure qu'on. les vidfexwt. lExiÊûà y Brandt prit (piad^e assii^ttes ; il' les empbt d'huife y y mit des méchès , et les^isuspeiiditi aux

DB FELftHEIM. 3^

(piafete coins de la seille scrte ésB fieelles : c'était poixF FiikiMitiatioii. Tout en cooTMit , en agissant , Brandt jurait à monsietir le Baron- qu'on n'aunôt jamais vu, danslafiassei^xe, une fête aussi umh gmfique ^ aussi bien entendue.

A iftiidi , le gard&<lu»corp5 , qui était en fono* tion , cria werdcm d'une manière qui fit trembler li^ ponl^te^s' et sa «harpenfte. C'est la noblesse des efimàrons^ répondit une vieille baronne à la grande: bouèbe ^ au long^ noz y aux jsourdils épais , à la peau ridée. Elle portait uû singé sous un liras , un perroquet sur l'épaule ; elle avait du rouge et des moijtebes ; sa modeste étedt chargée de tabac d'Espagn€r,,et son chignon était retroussé jusqu'à* k racine de ses étteveax^ pouar ne pas salir sa robe àt gros de Tours ponceau , broché en- op^ qu'elle ^'étak ftite avec les rideaux du lit de feu Féleelèur de Bavière , lesquels , dfencasi en encan , et de tapissier en tapissier , étaient arrivés jusqu'à elle. Aussitàt le page en vedette fiât retentir son cornet ; ^Monseigneur monte dans son feuleuîl à roulettes ; quatl^e pages: enlèvent le suzerain sur lensrs é|mules , et descendent les degrés qui eana^ diûsent à la cour. C'est ainsi qu'au bon^ vieux temps éti ^vait sur \e pavois empereurs , rots et^géné^ nÉUx ; et ceit» cérémonie leur tenait lieu des qua* lit^ qu'ils n'avaieaït pas, car enfin , quoi qu'en dise le critique , on ne peut pas tout avoir.

Monseigneur, efnivé au^pied du pont-levis , ses pageâ autour de son fia^éuil, et se$ gardes rangés

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en. haie y voit défiler devant lui vingt chariots de Hongrie, ou voitures • d'osier, chargées das armoiries des titulaires. A leur entrée , Brandt les salue d'une triple décharge de la batterie de la tour ; ce qui fut trouvé très-galant. Us sont reçus au haut du perron par monsieur le grand -anmônier, qui leur fait une harangue latine, où personne ne com^ prit rien , ni lui non plus. Enfin , on entra dans un vaste vestibule , où était une cheminée de huit pieds de large sur six de haut. Brandt y avait allumé un bûcher inquisitorial ou malabarois^ dont la* volumineuse ardeur invita la noblesse saxonne à décrire un nouveau cercle, qui n'a pas encore été compté dans la constitution germanique.

Pendant que mouiseigneur complimentait ses hôtes le moins mal qu'il lui était possible , le zélé , l'infatigable Brandt s'occupait d'autre chose. Il restait au magasin à fourrages sept à huit bottes de foin, deux ou trois boisseaux d'avoine , et quarante dievaux environ venaient d'entrer dans les écuries* Brandt , qui ne comptait pas sur ce surcroît de convives , fut embarrassé, un -moment ; mais son in^uisable imagination venant toujours à son secours , il laissa-* la valetaille crier au foin*, à la paille , à l'avoine , et dédaignant d'entrer en explication avec cette canaille , il ne répondit qu'en faisant circuler dans les mangeoires trente boisseaux de bled froment ^ dont monsietùr ;le Baron avait fait emplette pour son approvisionnement d'hiver. Étonnement, stupéfaction de la part des

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kquaîs ; firandt leur dit avec emphase : « C'est « ainsi que les chevaux sont traités au château de « Felsheim ; les laquais y boivent à discrétion : « jugez du traitement qu'on réserve aux maîtres. » On servit, et cinq cents quartiers, en quarante volumes , se mirent à table. Monsieur le Baron , dans son fauteuil à roulettes, occupait le haut bout. Il avait à sa droite la dame au sin^ et au perroquet, et à sa gauche, mad^oiselie Heidelberg , la plus jeune , la plus jolie , la plus inno-r cente et la plus pauvre des baronnes saxonneis. Le reste se plaça selon l'antiquité de sa race', sans autre démêlé que celui qui s'éleva, entre deux femmes, dont l'une prétendit que son quint^aïeul avait été chambellan de Lothaire, roi de Lorraine, et qu'ainsi la suprématie lui apparteinait. L'autre lui prouva Fimpossibilité.^de son assertion , en ce qu'il s'était écoulé vingt-cinq àù.trénte générations depuis le roi Lothaire', qui vivait en 86a , et qu'il était très-douteux que: lé roi Lothaâre eut des chambellans; mais elle certifia que sa vigéisimè - sext - aïeule avait été dame d'honneur de la reine Teutberge , épouse de ce même LothaÂre. Son adversaire la d^a de prouver, et elle x;ita des faits. « Teutberge fut répudiée , dk-elle , pour avoir « couché avec son frèiie. Lé roi, son mari, n'en « savait riéii; mais; ma vigésime-sext-aïeule le sacc vait fort bien , puisque tous lés soirs, elle intro- « duisait le frère dans la chambre de la sœur.Ja- « louse de la gloire du roi son maîU'e , qui gHU

4!^ hB9 BAROirS

<c lait &épojMS€T sa maitFesse Yalrade, elle ravertîft «• de ce cmasûÊtrce illicite ; et le roi ^ aultorisé par « deux conciles, répudia la reine, qui n'a.Tait pas « eu bescnn de tant de formalités pour £ûre ce « que font encore tant de fennnes, sans que pour (c cela les maris assemblent des conciles, i»

U futi décidé à runamanîté que Filiustre rej^onde la dame <¥honiietir de la reine Teuâierge prendrait place au-dessus de sa cadette en titres, qui rougit, se mordit les lèvreSi^ et se détermina pourtaiaft à boire et à manger. Son exem|de fut suivi par le reste desi convives, que Fiweugle et injuste nature avait soumisaiix mêmes besoins que les roturiers..

Quoique majôi^^énéral du ehâteftu , Brandt , qui . n!étaBt pas noble du tout ^ se garda biénde se.mettiie: à table; La manche retroussée jusqu^au^ coude, son satire de bataille à la main, il décoÉrputt grairement la cuisse de vaclifô, qu'il jucait être un^ quartier de boeuf que son maîti^ avait fiât v^nir de Westphalie : il présentait aux dames,; d'im àir tout^à-feitî gracieux , les mendn*es des vimttes'iKmles ,. qu^ii gfli^ rantissûiit poulmdes de ]Vfogdd;»oui^.\€Affiiciûi amti mordu au^ boeuf de Wes1|>balî«r, et peiaoniiie n'ar' vait pn le mâchéit : le diable , avec^sds éënts ih^ females, n'aurait pas incoiporé laKplus'petite|Hffti& des poulardes de Magdebourg;: elles étaimt dures comme là cuirasise: de V^tâkînd. Brandt se plai«* gain, en termes én6rgû|ues,;de la- friponnerie. ou de l'ignorance des pourvoyeurs de monsieur le Bai-

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ron; il jura qu'il les changerait, et il invita les convives à se dé^çmrmgev sur la tête et le train de devant d'^n veau de Gluokstadt, qui devait être délicieux. Il donna un coup d'œil aux pages , qui versèrent à boire avec grâce et vivacité* Le veau se trouva mangeable; on but beaucoup, personne ne se plaignit; le Baron regarda Brandt d'un air de bienv^lanœ^ et le second service r^iif>laça le premier.

Quelques comlesy ou barons, qui b<Mveut, à la mérité , tous les jours , mais qui ne n^mgent de la viande irsaçhe que les dimanches, se disaient des mots à l'oreille , et paraissaient &îre les dUficiles, bien que cela ne leur allât pas dm tout. Quelques petitefr-maîtresses , car il y en a partout , même en SfDce, regardaient, en souriant, monsieur le Baron , qui trouvait tout au mieux, et qui re-. mesGÎa œs dames des marques d'approMtion qu'il crofyait en avoir reçues.

Pendant que ces petits incidens se passaient, le» pages mettasçnt sur table deux plats composés cha^ ciaa|i d'une fesse de veau rôtie; ils étaienlj flanqués de quatre conelettes de trente - six œufs , éb smi milieu figurait le c^^gne en pâté. Sa tête et somoou , garnis de. toutes leurs plumes , s'élevaient majesr tueusement au-dessusi de la erooite supérieure ; au cou pendaient ks armes de micmseîgneur, dessinées, sur cartoBi, de la main de Brandt, et elie» étaient répétéea en bas-relief sur tout le poiuPtcTar du pâsé.

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< Un cri générald'àdmiïktion s'éleva' de toutes les f>arties de la table , et on se disposa à- festoyer ce service étonnant. D'tin coup de sabre, Brandt fait sauter la tête et le cou du cygne , et les présente à mademoiselle Hèidtelberg; monsieur; le Baron sourit à Brandt, mais les autres dames' rougissent d'indignation. Brandt, tout à son af&irè ,' frappe le pâté d'estoc et de taille; le cygne est en morceaux; les assiettes sont couvertes : mais le diable n'eut pas » plias i aisément mangé "du cygne que dès poules, et les iomeléttes sur lesquelles on se rejeta^ avaient un autre inconvénient : presque tous les oeufs éta;iettt couvés^ et la cuisinière, dont les années avaient affeîbli les yeux, né s -en étaitipàs ajperçu. On: fut îobligé de se ven^r sur* le: veau; on' ne dîna- qû'a^^ec du Teati; mais' de quoi ne "se consôle-t-^on pas dans la vie? Le vin idu Rhin «tait: excellent ', les pages emplissaient les vidercornes y les convives les vidaiei^t , et on îles remplissait de niMïveau. ' ' ' " , > j ;

A^ * quelques désagrémeiis ppès , jamais r dîner ne ftit plus 'distingué que celui-ci : onn'y parla que de. noblesse.) Les fumées du vin du Rhin., se^ joignant à fcfellès' de l'extraction, les- taroîisv a la fin du répais , se métamorphosèrent eaexcdieiîccs, et chacune de: leurs excellences fût' descendue 'au moins de'Romulus, dû roifiriam, 'ou'.de Bélus, si lèu#s excellences eiissent connu l'histoire. • Les îentreiôeti^ n'étaient pas 'encore très^ônniis ; Brandt n'en avait jamais entendu parler : il n^y â

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pas de dessert à l'armée , et Brandt avait passé sa vie. dans les camps; il n'y eut donc ni entremets, ni dessert. Quelques dames, qui avaient vu:mangw le duc de Mecklembourg et le marquis de Lus£|ce, parlèrent légèrement entremets et dessert. Le Baron regarda Brandt d'un air qui voulait dire :*« De « quoi nous parle-t-on là ? » Brandt lui ; répondit d'im coup d'œil , qui signifiait : « Je ssiis ce que (( c^ëst , » etaussitôt on apporta des pipe$ , -du tabsvc et des crachoirs 9 pour. ne. pas gâter les tapis. On y joignit, dix à douze pintes, de rogomme , et l^l pain de sucre pour faire l'eau -de -vie brûlée. Lje magister se présenta humblement , et chanta d'une voix chevrotante sept ou huit romances connues dans le pays, lesquelles furent accompagnées des voix glapissantes de ces dames. Leurs nobles époux, dont les estomacs commençaient à être surchargés., s'unirent d'intention aux chanteurs.

Mesdames et mesdemoiselles les baronnes, que rien ne. retenait plus à table , pas même une figure d'homme supportable , se levèrent pour passer dans une salle voisine, que Brandt avait échauffée avec ce qui restait des pommiers et des pruniers coupés, dans^ le jardin de monseigneur.

Monseigneur avait toujours été un peu libertin. Il n'avait, plus rien de libertin que l'imagination, et cependant il avait lorgné pendant tout le repas mademoiselle Heidelberg , à qui il faisait peur, qui était trop jolie et trop intéressante pour devoir être saerifiée à un mari éclopé ; mais les

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dien% et Brandt en oi^donn^rent autrement Monseigneur avait eu vingt fois l'envie d'adresser à son aimable voisine un complimwt passableilient tourné ; mais quand il était fortement ému , il ne Ut)uvait que ses jurons , et il ne voulut pas jurer devant mademoiselle Heidelberg. Lorsqu'elle se leva de table ^ il essaya de se lever aussi pour lui présenter la main ; mais Baccbus, l'ennemi juré de ï'Ainôur 5 ne lui peniitt pas de pt^ndré l'équilibre. Il retomba dans son fauteuil , où Brandt l'attacha irrec son cdnturon, pour l'empêcher de rouler sou^ la table.

Ces dames ne sachant que dire , car on ne peut pas foujôtii^s parier lioblesse, s^ennùyaîent mortellement, en attendant qu'il plût à teurs époux de partiit. Mademoiselle Heidelberg, la plus raisonnable comme la plus jolie, essaya de distraire ces dames, sans pouvoir y réussir. Elle prit le parti de penser pour elle seule. Fille qui pense s'amuse toujours : les pensées qui viennent dû cœur sont si ktléressantes !

Brandt s'occupait à rétablir l'ordre à la cuisine. Vingt laquais déguenillés , et six femmes suivantes s'arrachaient les morceaux. Les gardes-du-cdrps et les pages s'étaient mêlés à la Valetaille, et caressaient alternativement le boeuf de Westphsdie , les poulardes de Magdebourg , et les soubrettes de leurs excellences. Brandt retroussa sa moûstaéhe, jura tr<Hs fois, et le hesia i^exe fut respecté un moment. On s'assit par ten'e, feute de sièges;

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