ACTE III, SCÈNE XII
parceque je n ai pas eu assez de complaisance pour elle.
ARLEQUII^.
Voilà qui est extraordinaire! Cette femme^là prenoit donc les choses bien à cœur?
l'italien.
Un jour d'hirer, elle revient à la maison à deux heures après minuit, heurte comme tous les diables; mais je n^eus jamais la complaisance d'aller lui ouvrir : elle coucha dehors.
ARLEQUIN
Et pour cela, elle mourut?
l'italien.
Oh! quenenni.
arlequin.
Je m'en étonnois aussi; jamais femme n'est morte pour avoir couché dehors.
l'italien.
Une autre fois, je l'^enfermai deui jours et deux nuits dans la cave , avec un pain de six livres; et quoi qu'elle pût dire, je n'eus jamais la con^laisance de lui ouvrir.
ARLEQUIN
Et elle en mourut ?
l'italien.
Point du tout. Elle but tout un quartaut de vin de
Champagne, et mangea les deux tiers d'un jambon
de quinze livres. ^
arlequin.
Cette femme^là étoit bien en colère.
a3o LA FOIRE SAINT-GERMAIN.
l'italien.
Voyant donc qu'elle ne se corrigeoit pas , je Femme* liai promener sur Fean , dans un petit bateau, du côté de Cbarenton; et comme elle ëtoit assise sur le bord du bateau, je la poussai tant soit peu en passant, et elle tomba dana la rivière. La voilà qu^elle commence à crier': A moi! miséricorde! au secours! Je n'eus ja« mais la complaisance de lui tendre la inaiti,
ARLEQUIN
Elle en mourut?
l'italien, Non, monsieur, elle se noya.
arlequin.
Comme s'il y avoit de la différence entre mourir e| se noyer ! Mais de quelle vacation étes-vous?
l'italien.
Je suis musicien italien , monsieur.
ARLEQUIT^.
Je ne m'étonne pas s'il y a quelque déficit k votre personne, et si tous êtes si peu complaisant. Oh bien! j'ai justement ici votre affaire : j'ai une fille qui a été serin dé Canarie autrefois. Vous ferez ensemble de$ concerts adiuirables.
l'italien.
Serin de Canarie ! Vous vous moquez.
arlequin.
Non. Pythagore lui a révélé cela : elle le croit; ç^est sa folie.