‹ uvres complètes de Regnard (volume 4)Chapitre 173 sur 181 · SCÈNE X. My · texte numérisé non relu

SCÈNE X. My

M""* J ACQI3EMA no.

Je crois que voilà mon baron île Groupijjiiac!

C O L O M D I N E , en Clciopàtrc , »ort Je sa loiiil»e , cl dit , d'un tou trai'iquc :

Quel éclat vient frapper ma débile paupière? Quel Dieu crue! me force à revoir la lumière, Moi qui, me dérobant aux rigueurs de mon sort, Trouvai tant de douceur à me donner la mort? J'ai triomphé du coup dont vous vouliez m abattre, Grands dieux ! que voulez-vous encor de Cléopâtre? Mais, quevois-jeen ces lieux? l'ombre de mon époux! Marc- Antoine, est-ce vous?

ARLEQUIN, en Marc-Antoine , se lève , étend les bras , se fiottc les yeux, et dit, d'un ton comique :

Ah! que j'ai bien dormi! Bonjour, Cléopâtrine. Quelle heure est-il? J'ai soif et faim. Va vite me tirer chopine; Mais ne la bois pas en chemin.

COLOMBINE

Cet indigne discours rend ma douleur plus vive. iSe te souvient-il plus que tu fus roi des rois; Un héros?

ARLEQUIN

Moi, héros! Dame! j'ai quelquefois

La mémoire un peu laxative.

Étions-nous morts tous deux? Par ma foi , je croypis

Qu'en bons et francs époux bourpeois, Tous deux, au même lit, le ragoût d'Hyménée

Nous avoit fait dormir la grasse matinée.

COLOMBINE

De son esprit troublé que puis-je soupçonner?

ARLEQUIN

Déchausse le cothurne, et songe au déjeûner. Ton œil me met en goût , et me sert d'échalotte. Cette anguille est dodue, et vaut bien un poulet';

Au lieu d'en faire un bracelet j

Va m'en faire une matelotte.

COLOMBINE

J'ai toujours conservé, sur mon bras étendu,

Ce sûr témoin de ma vertu.

Quand ta mort eut brisé nos conjugales chaînes, Cet aspic fit glisser son venin dans mes veines.

ARLEQUIN

On a fait courir ce bruit-là; Mais tu connois la médisance :

L'un le crut, l'autre s'en moqua; Dis-moi la chose en conscience.

Fut-ce un aspic qui le piqua; Ou bien si tu mourus de rage De n'avoir pu chanter un bis de mariage ?

Tout l'univers a su mon trépas éclatant.

ARLEQUIN

Je le tiens apocryphe. Euh! petit charlatan, A quelque autre que moi va vendre ta vipère,

Pour faire de l'orviétan , Ou pour pendre au plancher de quelque apothicaire. Si de cette vipère on faisoit, à Paris,

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