‹ uvres complètes de Regnard (volume 5)Chapitre 181 sur 200 · ACTE II, SCÈNE XV · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE XV

Qui ne furerit jamais faits dans cotte boutique; Enfants du pur hasard; et, sans aller plus loin, J'en trouverois peut-c^tre ici plus d'un témoin.

DEUXIÈME BOHÉMIENNE

Non, rhymen, quel qu'il soit, est un dur esclavage, Une mer où Flionneur bien souvent fait naufrage, Un grand chemin rempli de voleurs dangereux, Une terre fertile en bois malencontreux, Un magasin de fraude, où Ton fait de commande Marchandise mêlée et bien de contrebande; C'est recueil du plaisir : pour tout dire en un mot^ C'est une souricière où l'on attrape un sot.

ARLEQUIN, à la première Bohémienne.

Cet avis, à mon goût, vaut bien l'autre, madame.

PREMIÈRE BOHÉMIENNE

Un homme ne sauroit vivre content sans femme,

Sans elle une maison iroit tout de travers :

Elle sait du destin partager les revers ;

Elle sert Un mari, soulage sa vieillesse :

La femme est dans le monde un miroir de sagesse '

Le temple de l'honneur, le chef-d'œuvre des cieux;

La beauté fut son lot, l'esprit son apanage,

La vertu son domaine, et l'honneur son partage,

ARLEQUIN

Oui, cela se disoit du temps de Jean-de-Vert,

DEUXIÈME BOHÉMIENNE

Plutôt que prendre femme, épousez un désert :

(t) Dans toutes les éditions qui ont été faites de cette pièce, il n'v a point de vers qui rinac avec le suivant.

Par elle une maison va tout en décadence, Elle ne met jamais de frein à sa dépense; Elle accroît les chagrins, loin de les partager : La femme est en tout temps un éminent danger, Un vaisseau sur lequel le nocher le plus sage Appréhende le calme autant qu'il fait l'orage; C'est l'arsenic du cœur : la fureur la conduit; L'inconstance en tout temps ou l'esïîorte, ou la suit, Et la vengeance, enfin, est toujours devant elle.

ARLEQUIN

Oh ! vous avez raison ; je sais qu'une femelle Qui prétend se venger d'un époux offensif Devient des animaux le plus vindicatif.

PREMIÈRE BOHÉMIENNE

Quand on le nomme un mal et doux et nécessaire,

C'est qu'on lui voit toujours quelque vertu pour plaire;

Si le ciel ne la pas faite avec un beau corps.

Il aura sur l'esprit répandu ses trésors ;

Si des Liens de fortune elle n'est pas fournie.

Elle se fait un fonds de son économie :

La sotte d'ordinaire a l'esprit complaisant,

La folle volontiers plaît par son enjouement;

Dans une femme, enfin, toujours quelque^ nuérite

De ses petits défauts aisément nous racquitte.

ARLEQUIN

Qui nous racquittera, dites-nous, s'il vous plaît. Lorsque de notre honneur elle tire intérêt?

DEUXIÈME BOHÉMIENNE

Si de quelques vertus les femmes sont pourvues ,

actf: II, scKNK XV. 357

Ces vertus de défauts sont souvent corrompues; La belle est toujours béte, ou croit qu'un teint fleuri Est un trop bon morceau pour un sot de mari ; La savante ne dit que vers, métamorphose, Et méprise un époux qui ne parle qu'en prose : Celle qui d'un beau sang voit ses pères issus Vous compte ses aïeux pour toutes ses vertus. Non, quelque qualité qui régne dans son ame, Quelque vertu quelle ait, c'est toujours une femme; C'est-à-dire attentive à l'amant qui languit. Et, vous savez, casta quant nemo rogauit.

ARLEQUIN

Voilà, je vous l'avoue, un extrait de sorcière Que les femmes devroient jeter dans la rivière : Elle en dit peu de bien.

DEUXIÈME BOHÉMIENNE

Touchez là, j'en dirai, Foi de fille d'honneur, sitôt que j'en saurai. ARLEQUIN, à la première Bohémienne.

Mais parlez-moi françois;... là, si je me marie , Ne serai-je point ,... là...

PREMIÈRE BOHÉMIENNE

Quoi, là?

ARLEQUIN

Je vous en prie, Ne me déguisez rien.

PREMIÈRE BOHÉMIENNE

Quoi donc?

ARLEQUIN

# Là,cequétoit

Peut-être votre époux, dans le temps qu'il vivoit?

PREMIÈRE BOHÉMIENNE

Voilà donc l'enclouiire et le mot pérem.ptoire : Sur ce point douloureux on en fait bien accroire, Et Ton en dit bien plus qu'on n'en fait à Paris ; Ce sont là des terreurs pour les petits esprits...

ARLEQUIN

Et pour les grands parfois.

PREMIÈRE BOHÉMIENNE

Des visions cornues, Que les hommes vont mettre en leurs têtes fourchues.

ARLEQUIN

Ce sont elles, morbleu ! qui nous les plantent là, De par Belzébut.

PREMIÈRE BOHÉMIENNE

Bon ! approchez, venez çà; Regardez-moi bien. Non, vous n'avez point la mine De recevoir échec de la gent féminine.

DEUXIÈME BOHÉMIENNE

Moi je dis, à vous voir seulement par le dos...

Ah , ciel ! nous y voilà.

DEUXIÈME BOHÉMIENNE

Je vous dis en deux mots Que vous avez tout l'air, la physionomie, - L'œil, le nez, la façon, la métoposcopie D'un homme à qui l'on doit faire un mauvais parti. Je vois sur votre teint bien du brouillamini. Vos aspects sont malins, vous avez le front large ; Vous me portez tout Fair d'en avoir une charg#i

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