ACTE II, SCÈNE II. i
Vos attraits sont à vous sans contestation.
LA COMTESSE
Et je puis en user à ma discrétion.
ANGÉLIQUE
Sans doute. Et je tois bien qu'il n'est pas impossible Que Valère pour vous ait eu le cœur sensible. L'or est d'un grand secours pour acheter un cœur ; Ce métal, en amour, est un grand séducteur.
En vain vous m insultez avec un tel langage ;
La modération fut toujours mon partage :
Mais ce n'est point par l'or que brillent mes attraits ;
Et jamais, en aimant, je ne fis de faux frais.
Mes sentiments, ma sœur, sont différents des vôtres ;
Si je connois l'amour, ce n'est que dans les autres.
J'ai beau m'armer de fier, je vois de toutes parts
Mille cœurs amoureux suivre mes étendards :
Un conseiller de robe, un seigneur de finance,
Dorante, le marquis, briguent mon alliance ;
Mais si d'un nouveau nœud je veux bien me lier ,
Je prétends à Valère offrir un cœur entier.
Je fais profession dune vertu sévère.
ANGÉLIQUE
Qui peut vous assurer de l'amour de Valère?
LA COMTESSE
Qui peut m'en assurer? mon mérite, je crois.
ANGÉLIQUE
D'autres sur lui, ma sœur, auroient les mêmes droits.
i66 LE JOUEUR.
Il n eut jamais pour vous qu'une estime stérile, Un petit feu léger, vagabond , volatile. Quand on veut inspirer une solide amour, 11 faut avoir vécu, ma sœur, bien plus d'un jour; Avoir un certain poids, une beauté formée Par l'usage du monde, et des ans confirmée. Vous n'en êtes pas là.
ANGÉLIQUE
J'attendrai bien du temps
NÉRINE
Madame est prévoyante , elle a pris les devants. Mais on vient.