SCÈNE IX
DORANTE, PASQUIN
PASQUIN
Monsieur! monsieur!
DORANTE
Ne m'arrête point; Agathe m'attend.
PASQUIN
Ce n'est plus de mes affaires que je veux vous parler à présent.
DORANTE
Je meurs d'impatience de la voir. L'amour , Pasquin , l'amour ! Ah ! quand on a le cœur pris...
PASQUIN
Fait comme vous êtes, monsieur, je n'eusse jamais deviné que l'amour vous fcroit perdre votr*" fortune.
43o ATTENDEZ-MOI SOUS L'ORME.
DORANTE
Que veux-tu dire par là ?
Que votre amour pour Agathe vous fait manquer cette veuve de cinquante mille écus.
DORANTE
Hé! ne t'ai-je pas dit que la sotte est devenue invisible à Poitiers?
PASQUIN
Apparemment elle vouloit éprouver votre con-" stance. L'heureux moment est venu; elle est ici, monsieur.,
DORANTE
Est-il possible?
PASQUIN
Il n'y a rien de plus vrai; et depuis que vous m'avez quitté... Mais n'en parlons plus, vous avez le cœur pris pour Agathe.
DORANTE
Achève, Pasquin, achève.
PASQUIN
Amoureux comme vous êtes, vous ne voudriez pas rompre un mariage d'inclination pour vingt mille écus plus ou moins.
DORANTE
Il faudra se faire violence. Avec vingt mille écus on achète un régiment , on est utile au prince ; tu sais qu'un gentilhomme doit se sacrifier pour les besoins de l'état.