XVIII ETUDE BIOGRAPHIQUE ET LITTÉRAIR E
Isoler Régnier des poètes et du public de son temps, c'est donc s'exposer à le mal comprendre et à le mal juger; son siècle, nous ne dirons pas le justifie, mais l'excuse et l'explique, et il nous semble à peu près impossible qu'avec une nature aussi intempérante que la sienne, il eût pu, à une époque pareille, vivre autrement qu'il n'a vécu.
En 1601, Mathurin fit un second voyage à Rome, à la suite de Philippe de Réthune, que Henri IV y envoyait comme ambassadeur. Il avait alors vingt-huit ans. Y resta-t-il jusqu'à la fin de l'ambassade du frère de Sully, c'est-à-dire jusqu'en 1605? cela est probable, mais rien ne le prouve. Toutefois les avantages qu'il retira de ce dernier voyage ne semblent pas avoir été plus grands que ceux que lui rapporta le premier. Il revint triste et dégoûté de tout et de luimême ; et sa sixième satire, écrite à Rome, nous révèle l'état de son esprit et son profond découragement, quoiqu'en certains passages il affecte une sorte d'indifférence philosophique.
Or ce n'est point de voir en règne la sottise,
L'avarice et le luxe entre les gens d'église,
La justice à l'encan, l'innocent oppressé,
Le conseil corrompu suivre l'intéressé,
Les estats pervertis, toute chose se vendre
Et n'avoir du crédit qu'au prix qu'on peut despendre
rVy moins, que la valeur n'ait ici plus de lieu,
Que la noblesse courre en poste à l'Uostel-Dieu,
Que les jeunes oisifs aux plaisirs s'abandonnent,
Que les femmes du temps soient à qui plus leur donnent,
Que l'usure ait trouvé (bien que je n'ay de quoy),
Tant elle a bonnes dents, que mordre dessus moy :
Tout ceci ne me pèze et l'esprit ne me trouble.
Que tout s'y pervertisse, il ne m'en chaut d'un double.