‹ uvres complètes de RégnierChapitre 17 sur 89 · XXIV ETUDE BIOGRAPHIQUE ET LITTERAIRE · texte numérisé non relu

XXIV ETUDE BIOGRAPHIQUE ET LITTERAIRE

Et voyant qu'un beau feu leur cervelle n'embrase. Ils attifent leurs mots, enjolivent leur phrase, Affectent leur discours tout si relevé d'art, Et peignent leurs défaux de couleur et de fard.

Il était impossible de se montrer à la fois plus sévère et plus juste: les mérites et les défauts de Malherbe sont appréciés ici sans aigreur et avec le sentiment le plus exact d'un talent qui consistait uniquement dans l'arrangement des mots, la cadence des vers et l'harmonie de la période.

Ce manifeste éloquent dut blesser d'autant plus profondément Malherbe dans son orgueil, que chacun des traits était lancé d'une main plus sûre et l'atteignait directement là où il se savait lui-même le plus faible et le plus vulnérable.

Ce n'était pas une critique futile et légère, une boutade spirituelle écrite dans un moment de mauvaise humeur et de dépit, comme la parodie que Berthelot s'était permis de faire d'une de ses odes, mais l'appréciation exacte, nette, précise de ses facultés et de sa valeur poétiques, la mise en pleine lumière des qualités de second ordre, au moyen desquelles il s'élait acquis à la cour et même parmi ses confrères un renom et une autorité qui résultaient plutôt d'une surprise que d'un droit légitime et incontestable.

Malherbe sentit la vigueur de l'attaque, et comprit aussitôt les désastreux effets qu'elle pourrait avoir pour sa considération comme poëte ; nul doute qu'il n'ait éprouvé un ardent désir de se venger d'une pareille irrévérence; mais il y avait danger à le tenter : employer le bâton contre Régnier, comme il l'avait fait avec Berthelot, était chose impossible; quant à relever le gant et à entrer en lutte avec un tel jouteur, c'était plus impossible et plus dangereux encore. Il

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