‹ uvres complètes de RégnierChapitre 18 sur 89 · SUR MATHURIN REGNIER. XXV · texte numérisé non relu

SUR MATHURIN REGNIER. XXV

jugea donc prudent de se renfermer dans sa dignité, et se contenta de rompre avec Desportes et avec ses amis, que dès lors il ne revit jamais.

En résumé, Malherbe eut tous les torts dans cette querelle et tout l'honneur fut pour Régnier. Celui-ci se montra fort justement blessé d'une grossièreté faite à son oncle, et s'il en prit occasion pour châtier un orgueil devenu insupportable à tous, et pour secouer l'autorité d'un homme qu'il ne pouvait regarder comme un maître : il lit bien, et nul ne l'en saurait blâmer. D'ailleurs, dans tous les cas, on a gain de cause assuré, quand on peut, comme Régnier sut le faire en cette circonstance, donner à un incontestable talent l'autorité d'une haute raison et d'une grande dignité de caractère.

Notre poète ne se permit qu'en cette occasion une attaque directe et personnelle contre un de ses confrères; sa bienveillance et sa douceur étaient même si bien connues de tous, qu'on lui donna le surnom de Bon.

Je ne suis point entrant; ma façon est rustique; Et le surnom de bon me va-t-on reprochant, D'autant que je n'ay pas l'esprit d'estre meschant. (Satire ni.)

Ce n'est pas qu'il manquât d'une certaine malice et qu'il n'eût parfois l'esprit assez caustique, ses épigrammes en l'ont foi; mais il ne se permettait jamais le moindre trait qui pût blesser un ami ou un confrère : il s'était en cela bien corrigé; et l'on peut dire qu'après ses premiers essais contre les bourgeois de Chartres, il s'interdit toute personnalité et même toute allusion blessante ou maligne.

Une fois cependant il sortit de sa réserve habituelle.

Un avocat qui s'était fait poëte par désœuvrement, comme tant d'autres rimeurs justement oubliés aujourd'hui, avait soumis au jugement de Desportes, dont chacun alors sollicitait le suffrage, un poëme parfaitement ridicule qu'il regardait probablement comme un chef-d'œuvre. Desportes, qui

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