‹ uvres complètes de RégnierChapitre 19 sur 89 · XX"I ÉTUDE BIOGRAPHIQUE ET LITTERAIRE · texte numérisé non relu

XX"I ÉTUDE BIOGRAPHIQUE ET LITTERAIRE

ne pouvait honnêtement décliner la compétence, trouva de bon goût de s'épargner l'ennui d'une pareille lecture. Il confia donc le manuscrit à son neveu, en le priant de l'examiner et de lui en dire son avis. L'examen ne fut pas long ; après la lecture d'un début ridicule, Régnier sauta à la fin et tomba sur ce vers grotesque :

Je bride ici mon Apollon.

Son opinion était faite. Il allait fermer le manuscrit et le renvoyer à Desportes sans observations ni commentaires, lorsqu'il lui prit fantaisie d'écrire en marge, pour l'édification de :on oncle, ces quatre vers :

Faut avoir le cerveau bien vide, Pour brider les Mu.-«es du roy; Les dieux ne portent point de bride, Mais bien les ânes comme toy.

Desportes mil, bien entendu, le manuscrit de côté, sans se donner même la peine de l'ouvrir, et quand l'auteur vint le lui réclamer, il se crut obligé, pour qu'il ne le soupçonnât pas d'une négligence blessante, de lui faire les plus chaleureux compliments. Le poëte s'en retourna enchanté ; mais le lendemain il revient furieux, et, plaçant sous les yeux de Desporles l'épigramme qu'il avait trouvée à la lin de son poème . « On ne se moque pas ainsi du monde, lui dit-il ; et je voudrais bien savoir comment après vos compliments vous m'expliquerez une pareille boutade. — Très-facilement, répondit Desporles, les éloges sont de moi, l'épigramme est de mon neveu ; en poésie comme en beaucoup d'autres choses, nous différons souvent d'opinion, sans en être moins bons amis. Comme vous le dites, ce n'est qu'une boutade, il n'y faut donc pas attacher d'importance ; d'ailleurs vous connaissez mon sentiment, je vous l'ai exprimé en toute sincérité, et vous me devez croire en ces matières un arbitre

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