SUR MATHUP.IN REGNIER. XXVII
plus sûr et un juge beaucoup plus sérieux que mon neveu. Le seigneur Jupiter sait dorer la pilule.
Le pauvre auteur s'en alla, sinon convaincu, du moins en partie consolé, et Desportes, d'abord assez mécontent de l'aventure, trouva ensuite qu'il n'avait rien de mieux à faire que d'en rire avec son neveu.
Voilà la seule malice que se soit permise Régnier; si vive qu'elle soit, on n'en peut rien induire de fâcheux sur son caractère.
Il nous reste maintenant à apprécier Régnier comme écrivain et comme poëte : ici la tâche devient plus agréable et plus facile, car la part une fois faite à la liberté ou à la licence du langage du temps, nous aurons très-peu à reprendre et presque tout à louer.
Mais avant d'exprimer notre sentiment personnel, cilons les opinions de quelques écrivains, dont l'autorité ne saurait être contestée.
Commençons d'abord par mademoiselle de Scudéri.
Dans sa Clélie, elle suppose que Calliope apparaît à Hésiode dans un songe, et lui fait connaître les grands poètes qui doivent venir après lui.
« Regarde, lui dit-elle, cet homme négligemment ha- « bille, et assez malpropre. Il se nommera Régnier, sera le « neveu de Desportes, et méritera beaucoup de gloire. Il « sera le premier qui fera des satires en françois, et quoi- « qu'il ait regardé quelques fameux originaux parmi ceux « qui l'auront précédé, il sera pourtant un original lui-même « en son temps. Ce qu'il fera sera excellent, et ce qui sera « moindre aura toujours quelque chose de piquant. Ilpein-