SUR MATHURIN REGNIER. XXIX
« S'il faut donner le caractère de nos poètes, je compare a Corneille à Michel-Ange, Racine à Raphaël, Marot au Corce rége, la Fontaine au Titien, Despréaux au Dominiquin
« Régnier au Georgion. »
Dans son Histoire de la satire en France, M. Viollet Le Duc, à qui nous devons plusieurs éditions de Régnier, parle ainsi de ce poëte :
« L'expression de Régnier est toujours énergique, parce « qu'elle est pittoresque; elle fait image ; ses peintures sont « inaltérables encore aujourd'hui, quoique la différence des « mœurs semblerait avoir dû les effacer. Ses raisonnements « forcent le rire par leuKS conséquences inattendues, ou « étonnent par la profondeur qu'elles cachent souvent sous « une apparence frivole. Passons-lui ce que son langage, qui « était celui de son siècle, nous offre de barbare; ou plutôt « lisons nos vieux poètes pour nous habituer graduelle- « ment à son style, qui alors nous paraîtra pur et même « élégant. Pardonnons-lui quelques scènes qui révoltent la puce deur, mais qui, en ne les considérant que comme un objet « d'étude, ne toucheront pas plus nos sens que le modèle « nu de l'académie ne fait rougir le studieux amant des arts. »
« On a dit de notre langue que c'était une gueuse fière. « Sans vouloir ici adopter ou combattre cette opinion, je «r crois que l'on ne l'eût point avancée si, au lieu de prendre « pour seul guide la muse de Malherbe, nos grands écrivains « du dix-septième siècle eussent également suivi celle de « Régnier. »
Une part beaucoup plus large encore est faite ici au génie de notre satirique; mais citons toujours.
Dans son Tableau historique et critique de la poésie française au quinzième siècle, M. Sainte-Beuve fait vivement ressortir les qualités originales et tout à fait personnelles de Régnier; écoutons-le :
a Régnier, aussi bien que Malherbe, et même à un plus « haut degré que lui, a le mérite d'avoir régénéré en France « l'imitation des anciens, et d'en avoir fait enfin, de servile