SUR MATHURIN REGNIER. XXXI
Nous ne voulons pas cependant passer sous silence la vigoureuse analyse qu'a faite du génie et du talent de Régnier un critique moderne, M. Jules Levallois :
« Une nature fougueuse et généreuse, de la verve jusqu'à « la grossièreté, de la promptitude et de la négligence jus- « qu'à l'incorrection, de la bonté, de la franchise, une naï- « veté mêlée de finesse gauloise, de l'éclat, mais sans élé- « vation contenue, de beaux vers, d'admirables morceaux, « et, dans tout cela, presque rien de parfait, une seule pièce « immortelle, — un poète enfin, un vrai poète, mais tout « de passion, et qui n'est maître ni de lui-même ni de son « art, tel est pour moi Malhurin Régnier, avec ses défauts et « ses mérites... »
« Une fois cependant dans Régnier l'accord du sentiment « et de l'expression s'est rencontré si juste, si parfait, qu'il « en est sorti un chef-d'œuvre, je parle de Macette. Mais « aussi Macette, l'horrible vieille qui engage une jeune fdle « à trafiquer de sa candeur, de sa grâce, de sa beauté, de « son innocence; cette fausse dévote, qui se fait la mission- « naire du vice, et qui veut introduire le calcul et l'hypo- « crisie dans l'amour, quel monstre ce devait être pour « Régnier! Il en a tracé un portrait admirable, vrai mainte- « nant comme alors, plus vrai peut-être. On ne compte pas « les beaux vers dans Macette; d'un bout à l'autre tout se « tient et se soutient, c'est un chef-d'œuvre. » {Revue moderne, lre année. — Novembre 1857.)
La plus large part est faite ici à la critique; mais avec quelle vigueur de traits sont mis en relief le génie original, l'esprit naïf et fin, le mérite éminent de Régnier!
Maintenant résumons-nous et terminons.
Dans ses premières satires, Régnier se révèle déjà comme un écrivain et un penseur. Toutefois son vers est alors plutôt remarquable par la concision et la netteté que par la correction et l'élégance; sa phrase a, dans son allure, quelque chose de contraint et d'embarrassé; on sent le poète qui