‹ uvres complètes de RégnierChapitre 25 sur 89 · XXXII ETUDE BIOGRAPHIQUE ET LITTERAIRE · texte numérisé non relu

XXXII ETUDE BIOGRAPHIQUE ET LITTERAIRE

s'essaye et tâtonne, et que trahit parfois son inexpérience et son inhabileté.

Mais peu à peu son expression se colore et prend du relief; sa période se développe d'une manière plus libre, et devient mieux assurée dans sa marche; enfin l'art qui constitue l'écrivain, l'heureuse inspiration qui fait le grand poëte, se montrent avec tant d'éclat dans quelques-unes de ses satires, qu'en comparant ses œuvres avec celles de ses contemporains les plus illustres, on reste convaincu qu'il n'en est aucun, sans excepter Malherbe, qui puisse lui être comparé, et qu'il y a entre eux et lui toute la distance qui séparera éternellement le talent du génie.

Voilà ce que maintenant l'on reconnaît et qui est établi dans les meilleurs esprits, et, pour s'être fait attendre longtemps, la justice rendue à notre poëte n'en est aujourd'hui que plus éclatante,

Le juge sans reproche est la postérité.

C'est Piégnier qui l'a dit, avec le pressentiment peut-être que son mérite et sa gloire seraient d'abord contestés, et qu'ils finiraient par triompher, dans un avenir plus ou moins éloigné, des fausses délicatesses et des ridicules préventions du mauvais goût et de la sottise.

Les œuvres de Mathurin abondent en pensées fines et profondes; il sut donner aux vérités morales une forme si heureuse et si vive, qu'une foule de ses vers sont devenus proverbes,

Nous ne saurions mieux terminer cette étude qu'en citant ici quelques-uns des traits dont sont parsemées ses satires et ses épîtres :

Qui ose a peu souvent la fortune contraire.

^Satire ni.) Avecque la science, il faut un bon esprit.

(Même satire.) Ce qui plaist à l'œil sain offense un chassieux, (Satire vi.)

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