S AT Y B E
Voilà ce qui m'a fait et poëte et satyrique, Réglant la mesdisance à la façon antique. Mais, à :e que je voy, sympatisant d'humeur, J'ay peur que tout à fait je deviendray rimeur, 250
J'entre sur ma louange, et, Louffy d'arrogance, Si je n'en ay l'esprit, j'en auray l'insolence. Mais retournons à nous, et, sages devenus, Soyons à leur despens un peu plus retenus.
Or, comte, pour finir, ly doncq' ceste satyre, 255
Ht voy ceux de ce temps que je pince sans rire '. Pendant qu'à ce printemps retournant à la cour, J'iray revoir mou maistre, et luy dire hou jour-.
< Ces derniers mots l'ont allusion à un jeu d'enfants assez connu : Je vous pince sans rire. Cette manière de parler a même passé en proverbe pour dire, un homme qui. d'un air froid et sans affectation, ne laisse pas de lâcher son trait de satire.
2 Ainsi Régnier était encore auprès du prélat.
NOUVELLES REMARQUES
Vers 2. Facile à mes vers, favorable, propice.
Vers 3. Cher soucy de la muse, cher objet de l'amour de la muse; c'est dans ce sens qu'Ovide a dit : Tua cura, Lycoris.
Vers 10. Auclorisê, qui a du crédit, de l'autorité, puissant.
Vers 12. Et en, hiatus fréquent dans les poètes du seizième siècle.
Vers 13. Mais c'est trop sermonné, cest avoir déjà trop discouru; l'infinitif serait plus conforme au génie de notre langue : c'est trop sermonner; mais le latinisme : cest trop sermonné ne manque pas de grâce et de charme.
Vers 17. Joint que, ajoutons déplus. Voir sat. i, vers 85.
Vers 27. Rimasseurs; on a dit rimasser et ri-masseur, puis rimailler et rimailleur.
Vers 28. N'approuvent impuissans; nous avons déjà signalé ce latinisme. Voir sat. i, vers 106.
Vers 50. A eux, hiatus permis du temps de Régnier.
Vers 55. Le niant, c'est-à-dire niant qu'ils en tirent profit.
Vers 54. Cest eux qui, pour ce S07it eux qui; construction admise alors, et condamnée aujourd'hui.
Vers 46. Et qui soit mal en point. Être bien en point, se disait pour être bien équipé; être paré; et, par opposition, être mal en point, pour être mal vêtu.
Vers 49. Si mon habit partout cicatrice. Nous rétablissons ici l'orthographe de la dernière édition donnée par l'auteur, en 1615. Cicatrice signifie couvert, sillonné de cicatrices; et son homonyme cicatrisé && dit particulièrement d'une plaie qui se ferme, qui se cicatrise. — Boileau, après Piégnier, a fait cette juste distinction, quand il a dit :
Son front cicatrice rend son œil furieux. El l'ardeur des combats étincelle en ses yeux. Épilre iv.
Nous l'avons établie dans notre Nouveau Dictionnaire universel de la langue française, en regrettant que l'Académie n'en ait pas tenu compte.
Vers 51. Parmi la misère. Parmi, suivi d'un singulier non collectif, n'était pas, au seizième siècle, une expression vicieuse; parmi, formé de per médium, se disait au propre et au figuré pour dans, à travers : Parmi le guichet, parmi la fenêtre. (Nicot.)
Vers 54. Un chacun (unus quisque) , aujourd'hui chacun.
Vers 66 et 81. Je me suis asservy; je m'asservy pourtant, c'est-à-dire je me suis attaché à son service.
Nous écrivons aujourd'hui je m'asservis, avec une s; mais cette lettre, essentielle à la seconde personne du singulier, ne s'est ajoutée que plus tard à la première personne; c'est pour cela que les poètes la retranchent quelquefois à la lin du vers : Je voi, je croi
Quant à la suppression de Ys à la seconde personne, c'est plus qu'une licence, c'est une faute grossière que ne doivent pas se permettre les écrivains qui ont le moindre respect de la langue.
Vers 82. Et sans eslre avancé, sans avoir obtenu d'avancement ou d'avantage.
Vers 84, 85, et suiv. Qui s'abandonne; qui relève; et qui
par ses larcins se rend authorisé, etc.; cette suite de qui exprimant des rapports différents présente une construction tout à fait vicieuse.
Vers 89. Ces gens icij; on dit aujourd'hui : ces gens-ci, par analogie avec celui-ci, celle-ci.
Vers 92. Je n'entends de, je n'ai pas l'intention, la prétention.
Vers 95. Qu'on face, orthographe conforme à l'étymologie, faciat.
Vers 97. De tort et de travers, à tort et à travers, s'employaient indifféremment alors, même en vers.
Vers 100. Voire, et qui plus est.
Vers 125. Vont leurs vers grimassans; le participe présent précédé d'un nom, complément direct, était autrefois considéré comme un véritable adjectif.
Vers 127. Le prenant sur le vostre; le sens de cet hémistiche est tout à fait obscur.
Vers 151, 152. Vous viennent accoster et disent- Ces deux verbes n'ont pas de sujet; l'emploi de ils avant le premier était de rigueur.
Vers 157. Vous parlent de fortune, et qu'il faut acquérir; il y a ici ellipse de vous disent qu'il faut.
Vers 144. S'assient en prélats; on disait : ils s'assient et Us s'asseoient.
Vers 149. Au partir de là, après, ensuite.
Vers 154. J'en demeure opilé, étouffé.
Vers 157. Pensant venir au point, espérant de réussir.
Vers 167. Que leur gloire il desrobe; ils disent, ils prétendent qu'il dérobe leur gloire.
Vers 176. Un chacun d'eux. Voir même sat., vers 54.
Vers 178. Que, pour estre vivans, etc.; que je ne nomme pas dans mes vers, parce que vous vivez encore.
Vers 201 . Grimper au coupeau; on disait coupeau et coupet d'une montagne, pour sommet.
Vers 207 et 208. Ces deux vers ne terminent pas heureusement la période, et l'infinitif servir se lie mal aux quatre formes personnelles qui le précèdent.
Vers 226. Si je sçay rien, si je sais quelque chose; rien est pris dans le sens affirmatif, toutes les fois qu'il n'est pas précédé d'une négation.
2S POESTES DE RÉGNIER.