‹ uvres complètes de RégnierChapitre 33 sur 89 · A M. MOTIN · texte numérisé non relu

A M. MOTIN

Motin, la muse est morte, ou la faveur pour elle.

En vain dessus Parnasse Apollon on appelle,

En vain par le veiller on acquiert du sçavoir,

Si fortune s'en mocque, et s1 on ne peut avoir

Ny honneur, ny crédit, non plus, que si nos peines 5

Estoient fables du peuple inutiles et vaines.

Or va, romps-toy la teste ; et de jour et de nuict

Paslis dessus un livre 2, à l'appétit d'un bruict

Qui nous honore après que nous sommes souz terre 5,

1 Pierre Motin, de la ville de Bourges, étoit des amis de l'auteur, comme il paroît par l'ode qui est à la tète de ce volume. On a imprimé les poésies de Motin dans divers recueils, avec celles de Malherbe, de Maynard, de Racan, etc. Elles sont pour la plupart un peu libres et un peu licencieuses ; c'étoit, ou le goût du temps, ou le caractère de ce poète et de quelques-uns de ses confrères. Balzac, lettre v, du XXIIe livre, fait mention de certains vers latins, du père Terron, jésuite, qu'Henri IV ordonna à Motin de traduire. Boileau parle de Motin, comme d'un poëte très- froid. (Voyez le vers 40 du chant IV de VArl poétique.) Cette satire tend à prouver que les sciences, et surtout la poésie, bien loin d'être un moyen pour acquérir des richesses, sont presque toujours des obstacles à la fortune.

2 Juvat impallescere chartis.

Pers., sat. iv.

Après cela, docteur, va pâlir sur la Bible. Boileau, sat.vm.

Cineri gloria sera venit.

M art., lib. I, epigr. xxvi.

Et de te voir paré de trois brins de lierre *, . 10

Comme s'il importoit, estant ombres là-bas,

Que nostre nom vescust, ou qu'il ne vescust pas.

Honneur hors de saison, inutile mérite,

Qui vivans nous trahit, et qui morts ne profite;

Sans soins de l'avenir je te laisse le bien, 15

Qui vient à contre-^poil 2 alors qu'on ne sent rien,

Puis que vivant icy de nous on ne fait conte,

Et que nostre vertu engendre nostre honte.

Doncq' par d'autres moyens à la cour familiers, Par vice, ou par vertu, acquérons des lauriers, 20

Puis qu'en ce monde icy on n'en fait différence, Et que souvent par l'un l'autre se récompense. Apprenons a mentir, mais d'une autre façon Que ne fait Calliope, ombrageant sa chanson Du voile d'une fable, aiin que son mystère 25

Ne soit ouvert à tous, ni cognu du vulgaire.

Apprenons à mentir, nos propos desguiser, A trahir nos amis, nos ennemis baiser, Faire la cour aux grands, et dans leurs antichambres , Le chapeau dans la main, nous tenir sur nos membres 5. 30 Sans oser ny cracher, ny toussir, ny s'asseoir, Et, nous couchant au jour, leur donner le bon soir. Car puis que la fortune aveuglément dispose De tout, peut-estre enfin aurons-nous quelque chose Qui pourra destourner l'ingrate adversité, 35

Par un bien incertain à tastons débité :

1 La couronne de lierre étoit donnée aux poètes.

Prima feres hederae viclricis praemia.

Hoiut., lib. I, ep. m.

Pans les derniers temps, on leur a donné des couronnes de laurier, comme enfants d'Apollon.

2 Pour en temps non convenable, ou quand on ne s'en soucie pas.

3 Mauvaise manière de parler : on dit bien se tenir sur ses pieds, mais non pas se tenir sur ses membres.

Comme ces courtisans qui , s'en faisant accroire, N'ont point d'autre vertu, sinon de dire, Voire *.

Or, laissons doncq' la Muse, Apollon, et ses vers; Laissons le luth, la lyre, et ces outils divers 40

Dont Apollon nous flatte; ingrate frénésie, Puis que pauvre et quaymande 2 on voit la poésie, Où j'ay par tant de nuicts mon travail occupé. Mais quoy ! je te pardonne ; et si tu m'as trompé, La honte en soit au siècle, où, vivant d'âge en âge, 45 Mon exemple rendra quelque autre esprit plus sage.

Mais pour moy, mon amy, je suis fort mal payé D'avoir suivy cet art. Si j'eusse estudié 5, Jeune, laborieux, sur un banc à l'escole, Galien, Hippocrate, ou Jason, ou Barthole 4, 50

Une cornette 5 au col, debout dans un parquet, A tort et à travers je vendrois mon caquet 6 : Ou bien tastant le pouls, le ventre, et la poitrine, J'aurois un beau teston pour juger d'une urine 7;

1 Pour opiner toujours du bonnet, ou consentir à tout : c'est l'usage de la cour.

2 Edition de 1608, quémande. On écrit quaimmde, de quaimander, formé du latin mendicare, par transposition de lettres : mendier.

3 Villon avoit dit longtemps auparavant :

Hélas ! se j'eusse estudié

Au temps de ma jeunesse folle,

J'aurois pain cuit, et couche molle.

On se plaint toujours quand il n'est plus temps : il vaudroit mieux se plaindre un peu plus tôt, et tout iroit bien.

4 Jason et Barthole étoient deux célèbres jurisconsultes.

5 On a appelé cornette le chaperon que les docteurs et les avocats portoient autrefois sur leur tête ; dans la suite, on l'a mis autour du cou, comme le dit notre auteur; et maintenant on le porte sur l'épaule. Ce nom de cornette lui est venu de ce que ses extrémités formoient deux petites cornes.

8 Hic clamosi rabiosa fon

Jurgia vendens.

Senec.

7 C'est beaucoup, car autrefois on ne donnoit que cinq sous aux

Et me prenant au nez, loucher * dans un bassin 55

Des ragousts qu'un malade offre à son médecin , En dire mon advis, former une ordonnance, D'un réchape s'il peut, puis d'une révérence, Contrefaire l'honneste; et, quand viendroit au point, Dire, en serrant la main : Dame, il n'en falloit point s, 60

Il est vrai que le ciel, qui me regarda naistre, S'est de mon jugement 3 toujours rendu le maistre ; Et bien que, jeune enfant, mon père me tansast 4, Et de verges souvent mes chansons menassast, Me disant de despit, et bouffi de colère : 65

Badin, quitte ces vers; et que penses-tu faire? La Muse est inutile 5 ; et si ton oncie 6 a sceu S'avancer par cet art, tu t'y verras déceu.

médecins pour chacune de leurs visites. Le teston étoit une ancienne monnoie de France, qu'on a commencé à fabriquer sous le règne de Louis XII, et qui fut abolie en 1575 par Henri III. Elle valoit environ quinze sous, et étoit appelée teston parce qu'elle représentait d'un côté la tête du roi.

1 Loucher, regarder de côté et en divers sens : il n'a plus cette signification.

2 Rabelais, liv. III, chap. xxxm, parlant du médecin Rondibilis, dont le vrai nom étoit Rondelet, dit que Panurge, le voulant consulter, « luy mit à la main, sans mot dire, quatre nobles à la roze (qui étoient quatre pièces d'or). Rondibilis les prmt très-bien ; puis lui dit en effroy, comme indigné : Hé, hé, hé, monsieur, il ne falloit rien. Grand mercy toutesfois. De meschantes gens jamais je ne prends rien, etc. »

3 De mon génie.

Saepe pater dixit : Studium quid inutile tentas? Mœonides nullas ipse reliquit opes.

Ovid., Trist., IV, eleg. x.

* Tansast, me grondât, me reprît; vient de tancer, ou tenser, qui se dit à peine aujourd'hui.

5 Allusion à cette façon de parler : Les muses nous amusent. Voyez Ménage au mot muser.

6 Philippe Desportes, oncle de Régnier, poëte fameux sous le règne de Charles IX et de Henri III, fit une fortune à laquelle aucun autre poëte n'est peut-être jamais parvenu. Claude Garnier, dans sa Muse infortunée, et Colletet, rapportent que Charles IX

Un mesme astre tousjours n'esclaire en ceste terre : Mars tout ardent de feu nous menasse de guerre *, 70 Tout le monde frémit; et ces grands mouvemens Couvent en leurs fureurs de piteux changemens.

Penses-tu que le luth, et la lyre des poètes S'accorde d'armonie avecque les trompettes, Les fifres, les tambours, le canon, et le fer, 75

Concert extravagant des musiques d'enfer? Toute chose a son règne ; et dans quelques années D'un autre œil nous verrons les fières destinées.

Les plus grands de ton temps, dans le sang aguerris, Comme en Thrace seront brutalement nourris 2, 80

Qui rudes n'aymeront la lyre de la muse, Non plus qu'une viéle ou qu'une cornemuse. Laisse donc ce mestier, et sage prends le soin De t'acquérir un art qui te serve au besoin.

Je ne sçay, mon amy, par quelle prescience, 83

Il eut de nos destins si claire connoissance ; Mais, pour moy, je sçay bien que, sans en faire ras , Je mesprisois son dire 5, et ne le croyois pas, Bien que mon bon démon souvent me dist le mesme. Mais quand la passion en nous est si extresme, 90

Les advertissemens n'ont ny force ny lieu, Et l'homme croit à peine aux parolles d'un dieu.

Ainsy me tançoit-il d'une parolle esmeuë. Mais comme en se tournant je le perdoy de veuë,

donna à Desportes huit cents écus d'or pour la petite pièce de Rodomont; et Henri III, dix mille écus d'argent comptant, pour mettre au jour un très-petit nombre de sonnets.

1 Les guerres civiles de la Ligue, qui avoient affligé la France pendant la jeunesse de Régnier. Il paroît, par ce vers et les suivants, que la sage remontrance de Régnier le père à son tils fut vers l'an 1585 ou 1581, que commencèrent les troubles de la Ligue.

2 Mars, le dieu de la guerre, avoit été élevé dans la Thrace, où il étoit particulièrement adoré. Thrace hella furiosa, dit Horace.

3 Ses paroles, ses remontrances .

Je perdy la mémoire avecques ses discours, 95

Et resveur m'esgaray tout seul par les détours

Des antres et des bois, affreux et solitaires,

Où la Muse, en dormant, m'enseignoit ses mystères,

M'apprenoit des secrets *, et, m'eschauffant le sein,

De gloire et de renom relevoit mon dessein : 100

Inutile science, ingrate, et mesprisée,

Qui sert de fable au peuple, et aux grands de risée !

Encor' seroit-ce peu, si, sans estre avancé, L'on avoit en cet art son âge despensé ; Après un vain honneur que le temps nous refuse, 105 Si moins qu une putain Ton n'estimoit la Muse. Eusses-tu plus de feu, plus de soin, et plus d'art Que Jodelle 2 n'eut oncq', Desportes, ny Ronsard, L'on te fera la moue ; et, pour fruict de ta peine, Ce n'est, ce dira-t-on, qu'un poëte à la douzaine. 110

Car on n'a plus le goust comme on l'eust autrefois ; Apollon est gesné par de sauvages lois Qui retiennent souz l'art sa nature offusquée, Et de mainte figure est sa beauté masquée. Si pour sçavoir former quatre vers empoullez, lis

Faire tonner des mots mal joints et mal collez, Amy, Ton estoit poëte, on verroit (cas estranges!) Les poëtes plus espois que mouches en vendanges.

Or que 3, dès ta jeunesse Apollon t'ait apris, Que Calliope mesme ait tracé tes escrits, 120

Que le neveu d'Atlas 4 les ait mis sur la lyre,

1 Ou ses secrets, édition de 1655, 1667.

2 Jodelle, poëte fort élégant, sous le règne de Henri II et de Charles IX. Nous avons plusieurs éditions de ses poésies.

5 Pour quoique.

4 Mercure, fils de Jupiter, et de la nymphe Maïa, fille d'Atlas. Ainsi Mercure étoit petit-fils d'Atlas, nepos Atlantis, Horace, liv. I, ode x. Mais nepos ne signifie pas neveu, comme l'a traduit Régnier. Voyez Ménage, Étymolog. au mot neveu. — Les ait mis sur la lyre. Mercure fut l'inventeur de la lyre : Curv&que lyrse patentent. (Horace, dans la même ode.)

SATYBE IV. 49

Qu'en l'antre Thespéan on ait daigné les lire * ,

Qu'ils tiennent du sçavoir de l'antique leçon,

Et qu'ils soient imprimés des mains de Pâtisson 2 ;

Si quelqu'un les regarde, et ne leur sert d'obstacle, 125

Estime, mon amy, que c'est un grand miracle.

L'on a beau faire bien, et semer ses escris De civette, bainjoin, de musc, et d'ambre gris; Qu'ils soient pleins, relevez, et graves à l'oreille, Qu'ils facent sourciller les doctes de merveille : loO

Ne pense, pour cela, estre estimé moins fol, Et sans argent contant qu'on te preste un licol, Ny qu'on n'estime plus (humeur extravagante!) Un gros asne pourveu de mille escus de rente.

Ce malheur est venu de quelques jeunes veaux 5 135

1 Près du mont Hélicon, dans la Béolie, province de la Grèce, il y avoit une ville nommée Thespies, Thespise, consacrée aux muses, en 1 honneur desquelles on y célébroit des jeux, et l'on dpnnoit des prix à ceux qui les avoient mérilés par la beauté de leurs chants et de leurs vers. Cicéron dit qu'on alloit voir par curiosité dans la ville de Thespies une belle figure de Cupidon, faite par Praxitèle. (In Verrem, lib. IV, de Siynis.) L'analogie semble demander qu'on dise Thespien, de Thespies, et non pas Thespéan. Cependant, comme la ville de Thespies est nommée Ç^iaizzicx., Iliad., II, vers 5, du dénombrement des vaisseaux, Régnier a trèsbien pu former Thespé/m, à la manière de Ronsard, qui a dit Grynéan, Pataréan, etc. L'antre Thespéan, c'est la grotte où les Muses font leur séjour. Le mot antre donne souvent, parmi les Grecs et les Latins, une idée fort agréable.

2 Mamert Pâtisson, natif d'Orléans, imprimeur à Paris, trèshabile dans sa profession, et savant en grec et en latin. Il avoit épousé la veuve de Robert Estienne, père de Henri, en 1580, et imprima plusieurs livres qui sont tort recherchés, moins pour la beauté des caractères et du beau papier qu'il y employoit que pour l'exactitude et la correction. 11 mourut avant l'année 1606, laissant Philippe Pâtisson, son fils, aussi imprimeur. Mamert Pâtisson a fait de très-belles éditions de la plupart des poêles de son temps.

3 Pour jeunes sots, ou quelques mauvais poëtes, sots et étourdis. Ce terme est fort employé par Clément Marot, dans son épître xn. Et le célèbre historien Arnould Le Féron a dit dans son Histoire de France, lib. III : « Galli socordes et stultos vituli nomine desi-

Qui mettent à l'encan l'honneur dans les bordeaux;

Et ravalant Phœbus, les Muses et la Grâce,

Font un bouchon à vin du laurier de Parnasse ;

A qui le mal de teste est commun et fatal,

Et vont bizarrement en poste en l'hospital : 140

Disant, s'on n'est hargneux, et d'humeur difficile,

Que l'on est mesprisé de la troupe civile ;

Que pour estre bon poëte il faut tenir des fous ',

Et désirent en eux ce qu'on mesprisé en tous.

Et puis en leur chanson, sottement importune, 145

Ils accusent les grands, le ciel, et la fortune,

Qui fustez • de leurs vers en sont si rebattus,

Qu'ils ont tiré cet art du nombre des vertus;

Tiennent a mal d'esprit leurs chansons indiscrètes,

Et les mettent au rang des plus vaines sornettes. 150

Encore quelques grands, afin de faire voir, De Mœcene rivaux, qu'ils ayment le sçavoir, Nous voyent de bon œil, et, tenant une gaule, Ainsy qu'à leurs chevaux nous en flattent l'espaule, Avecques bonne mine, et, d'un langage doux, 155

Nous disent souriants : Eh bien, que faictes-vous? Avez-vous point sur vous quelque chanson nouvelle? J'en vy ces jours passez de vous une si belle, Que c'est pour en mourir : ha, ma foy, je voy bien Que vous ne m'aymez plus, vous ne me donnez rien. 100

Mais on lit à leurs yeux et dans leur contenance

gnare soliti sunt. » Aussi Marot, ennemi des ignorants qui éloient en Sorbonne, a soin de placer celte maison dans la place aux Veaux, dans son épigroinme.

1 Oui, oui; c'est bien dit: il faut être un peu fou pour être bon poëte.

2 Qui sont fournis de leurs vers. Un homme futé est celui qui. ne manquant de rien, est en état de parer à tout. Fust, du lai in fustis, bâton, s'est pris généralement pour arme; et ffder, pour armer, affûter, (jumir. équiper. Qu'il me soit permis de dire néanmoins que fusiez ne veut pas dire ici fournis ou. remplis, mais accablez, comme si on les voyait battus à coups de bâtoû; fustibus fer ire.

Ou:; la bouche ne parle ainsy que lame pense; Et que c'est, mon amy, un grimoire et des mots Dont tous les courtisans endorment les plus sots.

Maisjenem'aperçoyque,trenchantdupreudUiomme,16c> Mon temps en cent caquets sottement je consomme; Que mal instruit je porte en Brouage du sel1, Et mes coquilles rendre à ceux de Sainct-Michel2.

Doncques, sans mettre enchère aux sottises du monde, Ny gloser les humeurs de dame Frédégonde 5, 170

Je diray librement, pour finir en deux mots, Que la plus part des gens sont habillez en sots.

1 Brouage, ville du pays d'Aunis, très-célèbre par l'abondance et la bonté du sel qu'on y fait, dans des marais salants, disposés à recevoir l'eau de la mer Océane. Ce vers et le suivant répondent à ce proverbe : Ferre noctuam Athenas.

- Le mont Saint-Michel en .Normandie est un rocher au milieu d'une grande grève, que la mer couvre deux fois le jour de son reflux. Cette grève est toute semée de coquilles, dont les pèlerins et les voyageurs font provision.

3 François Ogier, dans son Jugement et censure du livre de la Doctrine curieuse de François Garasse, imprimé à Pari> en 1625, blâme fort le père Garasse d'avoir cité plusieurs vers de Régnier, et particulièrement ceux-ci, qu'Ogier ne rapporte pas exactement :

A vouloir mettre enchère aux sottises du monde, Ou gloser les humeurs en dame Frédégonde.

« Je vous prie, dit Ogier, page 24, dites-moi ce que vous entendez par dame Frédégonde. Votre poëte a-t-il mis ce mot pour rimer seulement, et parce que carmen laborabat in fine? Ce mot de dame, duquel on nomme de bonnes dames, et ce mot de Frédégonde, nom d'une reine très-impudique et très-cogneue, n'étoient-ils point capables de vous faire soupçonner de qui il enlendoit parler? » J'ai vu un exemplaire de ce livre d'Ogier, à la marge duquel un homme très-habile avoit écrit : De la reine Marguerite. Cette pensée n'e>t pas hors de vraisemblance.

NOUVELLES REMARQUES

Vers 14. Qui vivons nous trahit, et qui morts ne profite; la suppression du second qui et la répétition de nous eût mieux marqué l'opposition : Qui vivons nous trahit, et morts ne nous profite.

Vers 16. Alors qu'on ne sent rien, c'est-à-dire, quand on est mort, quand on a perdu tout sentiment.

Vers 51. Toussir, pour tousser, était la forme alors en usage.

Vers 127. Escris; telle est la forme que donnent toutes les éditions, quoique alors on écrivît escript et au pluriel escripts, conformément à l'étymologie scriptum. L'e initiale est ajoutée par euphonie, comme dans échafaud, qui s'écrivait primitivement schaffaud.

Vers 150. Qu'ils facent sourciller les doctes de merveille, c'est-à-dire, qu'ils émerveillent les savants, les bons juges.

Vers 151, 132. Fol, licol; ces formes ne sont usitées aujourd'hui que quand Je mot qui suit commence par une voyelle.

Vers 158. Un bouchon à vin est une masse de feuillages que, dans les campagnes, les marchands de vin attachent encore aujourd'hui comme enseigne au-dessus de leurs portes.

Vers 141. S'on, pour si on; on disait aussi scelle, pour si elle; aujourd'hui Yi de si ne s'élide que devunt il.

Vers 156. Nous disent souriants; toutes les éditions portent souriant, pour en souriant; souriants (subridentes) nous semble présenter une construction plus poétique et plus familière à notre auteur.

Vers 166. Follement je consomme , le verbe est employé' ici dans le sens qu'exprime seul aujourd'hui consumer.

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