SUR MATHURIN REGNIER. IX
tion de Nicolas de Tliou, évêque de Chartres, et de son oncle Desportes, abbé très-bien en cour, et pourvu de fort gros bénéfices.
Mais, par malheur pour les projets du père, cet oncle était particulièrement connu comme poète, et à Chartres on s'entretenait beaucoup moins de ses bonnes œuvres que de ses vers.
Le jeune Mathurin entendait très-souvent lire et même réciter les poésies de Desportes : chaque production nouvelle de l'abbé excitait l'enthousiasme des Chartrains, qui tous exaltaient leur compatriote au-dessus de tous les autres poètes. Une pareille admiration était plus que suffisante pour éveiller dans une jeune tête la passion des vers et pour inspirer à Mathurin le désir de s'illustrer à son tour.
Mais à l'encontre de ce qui arrive à la plupart de ceux qui entrent dans cette difficile carrière, en cédant plutôt à l'entraînement de l'exemple qu'à leurs propres inspirations, le neveu de Desportes ne s'engagea pas en docile imitateur dans les voies battues, et ne s'amusa pas à rimer des sonnets galants et des rondeaux amoureux ; il s'essaya tout d'abord dans le seul genre qui lui permît de se livrer en toute liberté à la mobilité de son humeur et aux vives et joyeuses fantaisies de son esprit.
Ses premiers vers furent donc des boutades satiriques contre quelques-uns des honnêtes et pacifiques Chartrains qui venaient, sans s'en douter, poser chaque jour devant lui, entre deux parties de paume.
La discrétion, qui, comme on le sait, n'est pas la vertu des poètes, est loin d'être celle des débutants : Mathurin fit confidence de ses essais à ceux des habitués du tripot qu'il n'avait pas atteints de ses traits railleurs; ils trouvèrent la plaisanterie spirituelle et amusante; ils louèrent les vers, qui leur parurent assez bien tournés, et, pour que rien ne manquât au triomphe du jeune poète, ils se hâtèrent de colporter ses épigrammes dans toutes les sociétés de la ville. Ceux aux dépens desquels il s'était le plus librement égayé furent bientôt