X ETUDE BIOGRAPHIQUE ET LITTERAIRE
dans le secret; ils estimèrent naturellement les vers médiocres et du plus mauvais goût, et résolurent de tirer du jeune insolent une prompte et éclatante vengeance. Rien ne leur était plus facile : ils menacèrent Jacques Régnier d'abandonner son tripot s'il ne châtiait publiquement le coupable, et s'il ne mettait, par un acte vigoureux d'autorité paternelle, ses habitués à l'abri de toute insulte nouvelle.
Le maître du jeu de paume, voyant ses intérêts mis en péril par suite de l'étourderie d'un jeune fou, comprit qu'il ne pouvait se montrer trop sévère; aussi le pauvre Mathurin fut-il si vertement et si rudement tancé que ceux qui lui en voulaient le plus eurent tout lieu de se trouver satisfaits.
Il est vrai que le ciel, qui me regarda naistre, S'est de mon jugement toujours rendu le maistre: Et bien que, jeune enfant, mon père me tansast, Et de verges souvent mes chansons menassast, Me disant, de despit, et bouffi de colère : '< Badin, quitte ces vers; et que penses-tu faire? La Muse est inutile ; et si ton oncle a sceu S'avancer par cet art, tu t'y verras déceu. »
(Satire iv.)
Mais, comme il est certains caractères que les obstacles irritent et exaspèrent, il en est aussi qui se cabrent et rebondissent sous les châtiments. Loin de réprimer l'esprit railleur de Mathurin, les menaces et les mauvais traitements le rendirent beaucoup plus acre et plus incisif, et sa verve, excitée par les criailleries de quelques bourgeois ridicules, devint plus mordante et plus caustique. Dès lors, sans se préoccuper ni se soucier de ce qu'il en pourrait résulter de fâcheux pour les siens et pour lui, Mathurin continua de rimer, et tout le jeu de paume y passa.
Enfin, pour échapper aux effets violents du courroux de son père, auquel il fournissait chaque jour de nouveaux motifs de mécontentement, Ptégnier quitta Chartres et se rendit à Paris auprès de son oncle. Celui-ci l'accueillit avec d'autant plus de