SUR MATHURIN REGNIER. XI
bienveillance que les premiers essais du jeune poëte lui étaient connus, et qu'il augurait plus favorablement de l'avenir de son neveu que ne l'avait fait son beau-frère.
A quelle époque et à quel âge Mathurin vint-il à Paris? Voilà ce qu'on ignore. Toutefois, il est probable qu'il y passa plusieurs années avant de s'attacher au cardinal de Joyeuse, à la suite duquel il lit son premier voyage à Rome en 1593, à peine âgé de vingt ans *.
« Inutilement, dit Brossette, chercherait-on des particularités touchant la vie de cet auteur dans les écrivains contemporains; ils se sont contentés de louer son talent et de citer ses ouvrages, sans parler de sa personne 2. »
Ce n'est, en effet, que dans les œuvres mêmes du poëte que l'on peut trouver des détails capables de nous le faire connaître, et c'est uniquement à l'aide de ses satires qu'il
1 Brossette commet une grave erreur en fixant ce voyage à 1583 et en donnant vingt ans à notre auteur. C'est en 1593 que le cardinal de Joyeuse se rendit à Rome ; Régnier alors avait à peu près vingt ans, et il n'en avait que dix en 1585.
2 Colletet, à qui nous devons quelques notices biographiques fort intéressantes sur les poètes du seizième siècle, à laissé malheureusement inachevées les pages qu'il voulait consacrer à Régnier. Après quelques considérations générales sur la satire, et une appréciation fort juste du talent de notre poëte, il ajoute : « Mais puisqu'elle est assez connue sa gloire, je passerai, pour ne « point m'arrêter davantage sur tout ce que le monde savant et « poli sçait aussi bien que moi, et pour dire ce que peu d'hommes « savent, je passerai de ses écrits en général à sa personne par- <■ ticulière, et dirai là-dessus tout ce que la lecture de ses œuvres, « la tradition et mes exactes recherches m'ont pu apprendre de sa « vie, de sa mœurs à lui-même. » Et le manuscrit s'arrête, et les exactes recherches de Colletet sont perdues pour nous. (Manuscrit (Je la Bibliothèque du Louvre.)