XII ETUDE BIOGRAPHIQUE ET LITTERAIRE
faut essayer de combler une des plus regrettables lacunes de notre histoire littéraire.
Si Régnier a immolé sans pitié, dans ses premiers vers, d'obscurs bourgeois auxquels il avait sans doute de justes raisons d'en vouloir, il ne s'est pas montré plus indulgent pour lui-même : il avoue ses faiblesses sans les excuser, ses habitudes de désordre pour qu'on les condamne : sa raison lui montre le mal, mais par faiblesse il y succombe, ou plutôt son instinct l'y pousse ; son tempérament fougueux l'emporte malgré lui, et le précipite tête baissée dans des plaisirs qui le dégoûtent et dont, quand il s'éveille, il trace, comme pour faire amende honorable, le plus hideux tableau.
Que dit-il au marquis de Cœuvres, frère de la belle G-ibrielle?
Comme à mon confesseur vous ouvrant ma pensée, De jeunesse et d'amour follement insensée, Je vous conte le mal où trop enclin je suis, Et que, prest à laisser, je ne veux et ne puis ; Tant il est mal-aisé d'oster avecq' l'estude Ce qu'on a de nature ou par longue habitude. Puis la force me manque, et n'ai le jugement De conduire ma barque en ce ravissement. Au gouffre du plaisir la courante m'emporte : Tout ainsi qu'un cheval qui a la bouche forte, J'obéis au caprice, et, sans discrétion; La raison ne peut rien dessus ma passion; Nulle loy ne retient mon ame abandonnée; Ou soit par volonté, ou soit par destinée, En un mal évident je clos l'œil à mon bien : JNy conseil, ny raison, ne me servent de rien. Je choppe par dessein, ma faute est volontaire; Je me bande les yeux quand le soleil m'éclaire, Et, content de mon mal, je me tiens trop heureux D'estre, comme je suis, en tous lieux amoureux.
(Satire vu.)
On ne saurait demander à un poêle plus de franchise; la confession est pleine et entière; il fait l'aveu complet