‹ uvres complètes de RégnierChapitre 78 sur 89 · SONNETS. SIS · texte numérisé non relu

SONNETS. SIS

Père immense du jour, dont la clarté vermeille Produit, nourrit, recrée, et maintient ces bas lieux?

Combien t'éblouis-tu d'une flame mortelle Qui du soleil vivant n'est pas une estincelle, Et qui n'est devant luy sinon qu'obscurité?

Mais si de voir plus outre aux mortels est loisible, Croybien, tu comprendras mesme l'infinité, Et les yeux de la foy te la rendront visible.

Cependant qu'en la croix, plein d'amour infinie, Dieu pour nostre salut tant de maux supporta. Que par son juste sang nostre ame il racheta Des prisons où la mort la tenoit asservie ;

Altéré du désir de nous rendre la vie,

J'ay soif, dit-il aux Juifs. Quelqu'un lors appoiia

Du vinaigre et du fiel, et le luy présenta;

Ce que voyant sa mère en la sorte s'écrie :

Quoy ! n'est-ce pas assez de donner le tiespas

A celuy qui nourrit les hommes icy-bas,

Sans frauder son désir d'un si piteux breuvage?

Venez tirer mon sang de ses rouges canaux,

Ou bien prenez ces pleurs qui noyent mon visage ;

Vous serez moins cruels, et j'auray moins de maux.

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