XIV ÉTUDE BIOGRAPHIQUE ET LITTERAIRE
et de très-bonne heure, il fit de son caprice sa seule règle
et son unique loi.
Le jeu de paume, où il passait la plus grande partie de son temps, fut sa première école de morale, et les habitués furent conséquemment ses premiers instituteurs; or on sait combien sont, ou pour parler plus exactement, combien étaient relâchées les mœurs des gens qui hantaient ces tripots : c'étaient des viveurs qui venaient là réparer leurs forces épuisées dans des parties de débauche, et se préparera sortir avec honneur de quelque nouvelle orgie.
Cette société, en inspirant du dégoût au jeune Régnier ; lui inocula cependant ses mœurs; et l'âme de Mathurin était déjà profondément pervertie et viciée, quand il arriva à Paris.
Pour sauver le jeune poëte, l'accueil bienveillant de Desportes était loin de suffire; il lui aurait fallu une forte et intelligente direction que son oncle n'avait ni le temps ni le pouvoir de lui donner. D'ailleurs on n'inspire aux autres de nobles sentiments que lorsqu'on en est animé soi-même, et qu'on peut donner à ses leçons ou à ses conseils l'autorité des bons exemples. Desportes était incapable de ce double enseignement; c'était un abbé de cour qui avait tous les vices de son temps, et qui pour se maintenir en faveur et mériter les grâces du roi, la protection des hauts et puissants seigneurs et l'appui des grandes dames, s'était fait l'apologiste de leurs dérèglements et le complaisant interprète de tous leurs caprices amoureux.
Un pareil guide était plus fait pour perdre Régnier que pour le ramener dans le sentier du bien ; aussi Desportes ne l'essaya-t-il pas : il se contenta de fournir à son neveu les secours d'argent dont il avait besoin, il le recommanda à quelques gens en crédit, le mit en rapport avec les poëtes et les beaux esprits du temps, et lui laissant toute liberté, il ne s'inquiéta pas plus de ce qu'il pourrait faire que de ce qu'il pourrait devenir.
Mathurin eut bientôt discerné, parmi ses nouvelles connais-