Tome V, HUt. ohc
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aa6 HISTOIRE ANOiEirirE. ^
Tille. Philidas , sans marquer un air embarrassé , fait tous ses efforts pour détourner la conversation; mais Archias envoie un de ses officiers à Cbaron lui donner ordre de venir le trouver sur l'heure. Il était déjà tard. Pélopidas et les conjurés se préparaient à partir, et avaient pris leurs cuirasses et leurs épées. Tout-à-coup on entend frapper à la porte. Quelqu'un y va; et, ayant appris de Tofficier qu'il venait de la part des magistrats qui demandaient Charon, il va, tout hors de lui-même, lui annoncer ce terrible ordre. Tous conclurent que la conjuration était découverte , et se crurent perdus avant que d'avoir pu exécuter aucun exploit digne de leur courage. Néanmoins ils furent tous d'avis que Charon obéit au commandement , et qu'il se présentât aux magistrats avec assurance , comme n'ayant rien à craihdre, et ne se sentant coupable de rien.
Charon était un homme ferme et intrépide dans les dangers qui ne menaçaient que sa personne; mais alors, effrayé du danger de ses amis, et craignant aussi qu'on ne le soupçonnât de quelque trahison si tant de braves citoyens qu'il avait reçus dans sa maison venaient à périr, il va dans l'appartement de sa femme, prend son fils unique, «âgé tout au plus de quinze ans, et qui surpassait en beauté et en force tous les jeunes gens de son âge, le remet entre les mains de Pélopidas, et lui dit : ce Si vous venez à découvrir que je vous « aie trahis , et que j'aie usé à votre égard de mauvaise tt foi , traitez en ennemi ce fils unique que je vous «abandonne, quelque cher qu'il me soit, et vengez- « vous sur lui de la perfidie du père sans en avoir au- « cune pitié. »
Ce discours les perça jusqu'au cœur : mais ce qui
leur causait la douleur la plus vive, était quHl pût croire que parmi eux il y eût quelqu'un assez lâche et assez ingrat pour former contre lui te plus léger soupçon. Ils le conjurèrent unanimement de ne pas laisser son fils parmi eux, mais de le mettre en lieu de sûreté, afin de conserver à ses amis et à sa ville un vengeur sll était assez heureux pour échapper aux tyrans, a Non , « répliqua le père, il demeurera avec vous, et n'aura «point d*autre sort que le vôtre. Eh! s'il a à périr, «quelle plus belle 6n peut-il faire que de périr avec «son père et les meilleurs de ses amis ? Pour vous, « mon cher enfant, vous élevant au-dessus de votre âge, « montrez un courage digne de vous et de ntoi. Vdus «voyez ici Félite de nos citoyens. Faites sous de tels « maîtres un noble apprentissage de gloire; et apprenez «à combattre, et, s'il le faut, à mourir comme eux « pour la liberté. Au reste, je ne suis point sans espé- « rance, et je compte que la justice de notre cause at- « tirera sur nous les regards et la protection des dieux. » En même temps il leur adresse sa prière, embrasse tous les conjurés l'un après l'autre, et sort.
En chemin il travaille à se remettre, et à composer son visage et sa voix pour ne point faire paraître de trouble. Quand il fut à la porte de la maison du festin, Archias et Philidas viennent au-devant de lui, et lui demandent ce que vent dire un bruit qui se répand qu'il est arrivé dans la ville des gens mal intentionnés, qui sont cachés dans quelque maison. Il fait l'étonné; et, jugeant par les réponses qu'ils faisaient à ses questions qu'on ne savait rien de précis, il prend un ton plus ferme, et leur dit : «Il y a bien de l'apparence que « ces bruits dont vous me parlez ne sont qu'une faussa
aa8 HISTOIRE ANGIErCNE.
«t alarme qu'on aura voulu vous doftner potu- troubler « vos plaisirs. Cependant il ne faut rien négliger; et, « sans perdre de temps, je vais faire l'enquête la plus « exacte qu'il sera possible. » Philidas le loua de sa prudence et de son zèle; et, ramenant Archias dans la salle, il le replonge dans la débauche, et fait durer le repas en faisant toujours attendre aux conviés les fmnmes qu'il leur promettait.
Charon, de retour chez lui, trouve ses amis tout préparés, non à vaincre ni à sauver leur vie, mais à mourir glorieusement après avoir fait un grand carnage de leurs ennemis. La sérénité et la joie qui régnaient sur son visage leur annonça, par avance, qu'il n'y avait rien à craindre. Il raconte tout ce qui s'était passé, et l'on ne songe plus qu'à mettre promptement à exécution un dessein auquel le moindre retardement pouvait apporter mille obstacles.
En effet, dans le moment même survient tout4-coup un second orage bien plus violent et plus dangereux que le premier, et qui paraissait devoir faire échouer infailliblement l'entreprise. Un courrier, parti d'Athènes, arrive en grande hâte chargé d'un paquet qui renfermait un détail circonstancié de toute la conjuration, comme on le reconnut dans la suite. Ce courrier lut mené d'abord à Archias, qui était déjà noyé dans le v^ , et qui ne respirait que la joie. En lui rendant sa dépêche, il dit : « Seigneur, celui qui vous écrit ces « lettres vous conjure de les lire sur-le-champ, parce « qu'il vous écrit pour des affaires sérieuses. » Archias, se mettant à rite, A demain^ y dit-il, les affaires se^
PERSES ET GRECS. jl^gf
rieuses; paroles qui passèrent depuis en proverbe parmi les Grecs: et, prenant les lettres , il les mit sous son chevet % et, continua la conversation et le repas.
Déjà les conjurés étaient sortis partagés en deux troupes : les uns, sous la conduite de Pélopidas, marchaient contre Léontide, qui n'était pas du festin; les autres contre Archias , ayant à leur tête Charon. Ceuxr ci avaient mis sur leurs cuirasses des robes de femme, et sur leurs têtes des couronnes de pin et de peuplier qui leur couvraient tout le visage. Dès qu'ils furent à la porte d^ la salle du festin, tous les convives 6rent un grand bruit, et jetèrent de grands cris de joie. Mais on leur déclara que les femmes ne voulaient point en. trer qu'on n'eût auparavant congédié tous les valets ; ce qui fut exécuté sur*le-champ : on les fit passer dans des maisons voisines, où le vin ne leur fut pas épargné. Les conjurés, devenus par ce stratagème maîtres du champ de bataille, entrent, l'épée à la main, se montrent pour ce qu'ils sont, font main-basse sur tous les convives, et égorgent sans peine avec eux les magistrats, qui tous étaient pleins de vin et hors d'état de se défendre. Pélopidas* trouva plus de résistance. Léon* tide était couché et endormi. Réveillé au bruit qu'il entendit, il sauta brusquement de son lit, s'arma de son épée, en fit tomber à ses pieds quelques-uns : mais enfin il fut lui-même égorgé.
Cette grande affaire exécutée ainsi avec tant de bonheur et de promptitude, ils dépêchent sur-le-champ des courriers aux bannis qui étaient restés à Thriasie; forcent les portes des prisons, et en tirent les prison**
■ Le* Grecs mangeaient couchés sur des liu.
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a3o HISTOIRE ANCIENNE.
niers au nombre de cinq cents; appellent tops les Thébains à la liberté, et arment tous ceui^ qu'ils rencontrent, enlevant des portiques les dépouilles qui y étaient attachées, et enfonçant les boutiques des armuriers et des fourbisseurs. Épaminondas et Gorgidas viennent à leur secours avec leurs armes, accompagnés d'un assez grand nombre de jeunes gens et de quelques vieillards des plus gens de bien qu'ils avaient ramassés.
Toute la ville était remplie de frayeur et de trouble, toutes les maisons éclairées de flambeaux, et les rues pleines de gens qui allaient et venaient Le peuple, tout consterné de ce qui venait d'arriver, et n'étant pas encore bien informé de son sort, attendait le jour avec impatience. C'est pourquoi on trouva que les capitaines des Lacédémoniens avaient fait une grande faute de n'être pas tombés sur eux pendant ce déscMrdre; car la garnison était de quinze cents hommes , sans compter plus de trois mille bourgeois ou autres qui s'étaient réfugiés dans la citadelle. Effrayés des cris qu'ils entendaient, des feux qui paraissaient par toutes les maisons, et du tumulte de tout ce peuple qui courait çà et là, ils demeurèrent en repos, et se contentèrent de garder la citadelle*, après avoir envoyé à Sparte des courriers pour y porter la nouvelle de ce qui venait d'arriver, et pour demander qu'on leur envoyât prompfëment du secours.
Le lendemain, à la pointe du jour, arrivent les bannis avec leurs armes. On convoque une assemblée du peuple. ÉpamioQndas et Gorgidas y mènent Pélopidas et sa troupe , environnée de tous les sacrificateurs, qui portent dans leurs mains les bandelettes sacrées, et qui exhortent les citoyens à secourir leur patrie et
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leurs dieux. A ce spectacle toute l'asseniUée se lève avec de grands cris et des battements de mains, et reçoit les conjures comme ses bien&iteurs et ses libérateurs. Ce même jour Pélopidas est nommé béotarcjue avec Melon et Charon.
L'arrivée des bannis fiit suivie de près de celle de cinq mille hommes de pied et de cinq cents chevaux que les Athéniens envoyèrent à Pélopidas sous la conduite de Démophon. Ces troupes, avec celles qui arrivèrent bientôt après de toutes les villes de la Béotie, firent une armée de douze mille hommes d'infanterie et de deux mille chevaux, et^ sans perdre de temps, formèrent le siège de la citadelle, pour s'en rendre maîtres avant qu'il pût arriver du secours de Sparte.
Les assiégés se défendaient vigoureusement dans l'espérance d'un prompt secours, et paraissaient déterminés à mourir plutôt que de céder la place : du^ moins c'était la disposition des Lacédémoniens, mais ils ne &isaient pas le plus grand nombre de la garnison. Quand les vivres commencèrent à manquer, et qu'on se sentit pressé de la faim, le reste des troupes les obligea de capituler. Toute la garnison eut la vie sauve, et on lui permit de se retirer où il lui plairait A peine étaitelle sortie, que. le secours arriva. Les Lacédémoniens trouvèrent à Mégare Cléombrote, qui était à la tète d'une puissante armée. Un peu plus de diligence aurait sauvé la citadelle. Mais ce n'est pas là la première fois que la lenteur, naturelle aux Lacédémoniens, leur a fait manquer des entreprises de la dernière importance. Us firent- le procès aux trois harmostes ou commandants qui avaient capitulé : deux furent punis de mort, et le troisième condamné à une si grosse
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^32 HISTOIRE AirciBirirs.
amende, que, ne pouvant la payer, il se bannit luimême du Péloponnèse.
Péloptdas eut tout l'honneur de ce grand exploit , le plus méihorable de tous ceux qui ont été exécutés par surprise et par ruse. Plutarque a raison de le comparer à celui de Thrasybule. L'un et Tautre , bannis et exilés, dénués par eux-mêmes de toute ressource, réduits à implorer un secours étranger, forment le bardi dessein de heurter, avec une petite poignée de gens, une puissance formidable; et, ayant vaincu par leur seul courage tous les obstacles qui s'opposaient à leur entreprise , ils eurent tous deux le bonheur de délivrer leur patrie , et d'y changer entièrement la face des affaires ; car c'est à Thrasybule qu'Athènes dut cet heureux et subit changement , qui , la tirant de l'oppfession où elle gémissait, non^seulement la rétabUt dans sa liberté, mais lui rendit tout son ancien éclat, et la * mit en état d'humilier à son tour et de faire trembler Sparte, son ancienne et perpétuelle rivale. Nous verrons de même que la guerre qui bientôt abaissera l'orgueil de Sparte, et qui lui otera l'empire de la terre et de la mer, fîit l'ouvrage de cette seule nuit, dans laquelle Pélopidas, sans prendre ni château ni place, mais entrant, lui douzième, dans une maison, délia ' et rompit les chahies dont l'empire des Lacédémoniens se se^ vait pour retenir les autres états dans l'esclavage, et qui paraissaient ne pouvoir jamais être ni déUées ni brisées.
' OcXoirt^otc, ti ^tl piiTaçopa rh v(««, aixnwç nia di^pwrouc wv«
^C9uLoù< rnç Aaxt^Ki|i,ovî«iv i&yt{&o-
P£RS£S ST GRECS. a33
§ in. ^hodrias , Lacédémonien y forme une entre'prise inutile contre le Pirée. Athènes se déclare pour les Thébcùns. Divers petits combats entre ceux-ci et les Lacédémoniens.
Les Lacédémoniens, après l'injure qu'ils prétendaient AH.M.3697. avoir reçue par l'entreprise de Pélopidas, ne demeuré- '^xenoph!'' rent pas en repos, et songèrent sérieusement à s'en ^*]JÎ,'.Ç^' venger. Agésilas, sentant bien qu'une telle expédition, P- ^-57»dont le but était de soutenir des tyrans , ne lui ferait « Âge», pas beaucoup d'honneur, la laissa à Cléombrote, qui &.inPe)op.' venait de succéder au roi Agésipolis mort depuis peu, ^' sous prétexte que son grand âge ' le dispensait de s'en charger. Cléombrote entra donc avec son armée dans les terres de Béotie. Cette première campagne fut assez languissante, et se termina à quelques ravages de terres, après quoi le roi se retira. Il remit une partie de ses troupes à Sphodrias , qui commandait dans Théspies, et retourna à Sparte.
Les Athéniens, qui ne se croyaient pas en état de tenir tête aux Lacédémoniens, et qui craignaient les suites de la guerre dans laquelle la ligue qu'ils avaient faite avec les Thébains allait les engager, se repentirent d'y être entrés, et y renoncèrent. Ils mirent en prison ceux qui tenaient encore leur parti, firent mourir les uns, bannirent les autres, et condamnèrent les plus riches à de grosses amendes. Les affaires des Thébains paraissaient donc presque désespérées, personne ne se présentant pour les secourir. Pélopidas se trou-
' Selon l« calcul de Dodwell Agéailas deTait alors a^oir 63 ans. ( Ckronoloff. Xmopk, ad amn. 378), — X*,
vait alors en charge avec Gorgidas. Ils cherchaient ensemble un moyen de commettre encore les Athéniens avec les Lacédémoniens; et voici la ruse qulk imaginèrent.
Le Spartiate Sphodrias avait été laisse à Thespies avec un corps de troupes , pour recevoir et protéger les Béotiens qui voudraient se révolter contre Thèbes. Il avait de la réputation parmi les gens de guerre, et ne manquait ni d'audace ni d'ambition; mais c'était un homme étourdi, léger, plein de lui-même; et, par cette raison , porté naturellement à se repaître de vaines espérances. Pélopidas et Gorgidas lui envoient secrètement un marchand de ses amis , qui lui offrit comme de lui-même une somme d'argent assez considérable, et qui lui, tint des discours plus propres encore à le persuader que l'argent , parce qu'ils flattaient sa vanité. Affcès lui avoir représenté « qu'avec le mérite et la ré- «c putation qu'il avait, il devrait former quelque grande « entreprise qui le rendit mémorable à jamais, il lui a propose de s'emparer du Pirée , en attaquant les Athéc( niens à l'improviste et lorsqu'ils s'y attendraient le c< moins : que rien ne pouvait être si agréabl/s aux La- « cédémoniens, que de se voir maîtres d'Athènes; et a que ceux de Thèbes, irrites contre les Atliéniens, ff qu'ils regardaient comme des déserteurs et des traite très, ne leur donneraient aucun secours. »
Sphodrias, cherchant à se faire un grand nom, et jaloux de la gloire de Phébidas, qui, selon lui, s'était rendu très-illustre et très-célèbre par l'attentat qu'il avait commis contre Thèbes, s'imagina que ce serait un exploit bien plus glorieux et plus éclatant si de sod propre mouvement il se saisissait du port du Pirée, et
P£AS£S 8T GRECS. a35
qu'il ôtât aux Athéniens lempire de la mer en les attaquant inopinément du coté de la terre. Il s'engagea donc avec joie dans cette entreprise^ qui n'était ni moins ii^uste , ni moins horrible que celle^ de la Cad« mée , mais qui ne fut exécutée ni avec autant de prudence , toi avec le même succès : car, étant parti la nuit de Thespies dans l'espérance de surprendre le Pirée avant le point du jour, l'aube le surprit dans la plaine de Xhriasie près d'Eleusis ; et , se voyant découvert , il s'en retourna honteusement à Thespies avec quelque butin qu'il avait fait
£n même temps les Athéniens envoyèrent des ambassadeur^ porter leurs plaintes à Lacédémone. Ces ambassadeurs trouvèrent que les Ijacédémoniens n'avaient pas attendu qu'on vint d'Athènes accuser Sphodrias devant eux , et qu'ils l'avaient déjà cité devant le conseil pour lui fiiire son procès. Il n'osa comparaître, crai- . gnant l'issue du jugement, et la juste colère de ses citoyens. Il avait un fils, qui était lié d'une étroite, et tendre amitié avec celui d'Agésilas. Celui-ci sollicita si vivement son père, ou plutôt le tourmenta avec tant d'importunité et de persévérance , qu'il ne put refuser sa protection à Sphodrias, et il le fit absoudre pleinement. Agésilas était peu délicat, comme on l'a déjà vu, sur les devoirs de la justice , quand il s'agissait de servir ses amis. On sait d'ailleurs qu'il était le père du monde le plus tendre et le plus complaisant pour ses enfants. On dit que, pendant qu'ils étaient petits , il jouait avec eux et se divertissait à aller à cheval sur un bâton ; et qu'ayant été surpris un jour en cet état par un de ses amis, il le pria de n'en rien dire à personne avant qu'il fut lui-même devenu père."
a36 HISTOIRE ANCIENNE.
xenoph.!. 5, Le jugement injuste prononcé à Sparte en faveur c Plat, in ' Sphodrias irrita extrêmement les Athéniens, et les dé- 6io^iTf ' termina à renouveler dans le moment même l'alliance
p.'aSsX^. A^^^ ^u^ ^^ Thèbes, qu'ils résolurent de secourir de tout leur pouvoir. Us équipèrent une flotte de soixante voiles, et ils en donnèrent le commandement à Timothée , fils de l'illustre Conon , dont il soutint bien la réputation par son courage et ses grandes actions. C'est
îî"^ '"^*" lui que ses ennemis , jaloux de la gloire que lui avaient attirée ses heureux succès , firent peindre dans un tableau où ils le représentaient dormant , et la fortune à ses pieds qui prenait pour lui des villes dans des filets. Il fit bien voir ici qu'il n'était pas endormi. Après avoir ravagé les cotes de la Laconie , il attaqua l'île de Corcyre ' , et s'en rendit maître. Il eh traita les habitants avec beaucoup de bonté, leur laissa leur liberté et leurs lois, ce qui rendit les villes voisines fort &vorables aux ' Athéniens. Les Spartiates , de leur côté, armèrent puissamment^. Avant toutes choses, ils songèrent à reprendre Corcyre. Son heureuse situation , entre la Sicile et la Grèce, rendait cette île fort importante. Us intéressèrent Denys-le-Tyran dans cette expédition, et lui demandèrent du secours. En attendant, ils firent partir leur flotte , commandée par Mnasippe ^. Les Athéniens en même temps en envoyèrent une de soixante voiles
^ Corfou. brade, 3 Ivrte 1muQI« à Timotbêe
* Aollm paue sons tileiice on fait qui le défiiit camplétament (Xjuron-
asses important. Les Lacédémoniens HeUen. Y. 4» 65, 66). Cet i^iac'
enyoyèrent une flotte de 55 trirèmes ment est fixé par Dodwell i la s'
commandée par Nicolochitty homme année de la lo l'olympiade. — L.
plus distingué par son courage que ^ Ce général Tint bloquer la ville
par ses talents. Sans attendre un de Corcyre parterre et par mer. — L. rmibrt qui devait lui arrÎTer d*Am-
PERSES ET GRECS. n3j
a secours de Gorcyre. D'abord on en avait donné le commandement à Timothée ; mais bientôt après , sur ce qu'il parut agir trop lentement, on lui substitua Iphicrate* Mnasippe, s'étant rendu odieux à ses troupes par sa hauteur, sa dureté et son avarice, en fut trèsmal servi, et il perdit la vie dans un combat '. Ce fut après sa mort qulphicrate arriva *. Il apprit que les dix galères de Syracuse approchaient. Il les attaqua si à propos , qu'aucune n'échappa ^. Il avait demandé qu'on lui donnât pour adjoints l'orateur Callistrate et Chabrias, l'un des chefs les plus renommés de ce temps. En quoi Xénophon admire sa sagesse et sa grandeur d'ame , d'avoir bien voulu paraître avoir besoin de con* seil , et de n'avoir point appréhendé que d'autres vins* sent partager avec lui la gloire de ses heureux succès. On avait engagé A^ésilas à se mettre à la tête des troupes qui devaient marcher contre Thèbes. Il entra dans la Béotie, où il fit beaucoup de mal aux Thébains, et ne Ait pas lui-même exempt de pertes. Les deux armées étaient tous les jours aux mains, et donnaient à tout moment des combats, qui n'étaient pas des batailles en forme, mais plutôt des escarmouches, et servaient comme d'apprentissage de guerre aux Thébains, à qui ces différentes rencontres donnaient du courage, de la hardiesse et de l'expérience. C'est pourquoi on rapporte que le Spartiate Ântalcide lui dit fort à propos, un jour qu'on le rapportait de la Béotie fort blessé : Seigneur jigésUas ^ vous recevez un beau salaire des
> Dansiuie •ortie deftaMÎégéi. — ^L. proTuioni considérables. -* L.
* Le reste de» aiaiégeMiU n'avaient ^ Excepté un bâtiment rbodien
pas attendu son arrivée : ils s'éuient qui s'était enfial pour éviter le corn-
retirés à Leucade , abandonnant des bat(Xsvora. HéUen. Vl,a, 35). —L.
^ a38 HISTOIRE ANCIENïrK.
leçons que vous avez données aux Thébains du métier de la guerre y qu*avant vous ils ne voulaient ni ne pouvaient apprendre. C'était pour prévenir cet inconvénient , que Licurgue , dans une des trois ordonnances qu'il appelait rhetres ' , avait défendu aux Lacédémoniens de faire souvent la guerre contre les mêmes ennemis, de peur de les aguerrir en les obligeant trop souvent à se défendre.
Il se passa ainsi quelques campagnes, sans qu'il y eût ni de part ni d'autre aucune action décisive. C'était prudence, de la part des commandants thé- , bains, de ne point encore hasarder de bataille , et de donner le temps à leurs soldats de se fortifier et de s'enhardir. Lorsque l'occasion était favorable , ils les lâchaient à propos comme de généreux chiens de chasse; et, après leur avoir fait goûter la victoire comme une curée , ils les rappelaient , contents de leur courage et de leur ardeur. Et c'est Pélopidas à qui était due Ja principale gloire de ces succès et de cette sage conduite.
Le combat de Tégyre, qui fut comme le prélude de la bataille de Leuctres , éleva bien haut sa réputation. Ayant manqué son entreprise contre Orchomène, qui avait pris le parti des Lacédémoniens, à son retour les ennemis se trouvèrent sur son chemin près de Tégyre. Dès que les Thébains les aperçurent hors des défilés, quelqu'un, courant de toute sa force à Pélopidas, lui dit : Nous sommes tombés entre tes mains des ennemis. Eh! pourquoi ^ répondit-il, ne dirions^nous pas plutôt qu^ ils sont tombés entre les nôtres? En même
' Ainsi appelées, tSirpai. parce oracle, arrêté verhal {^onaovkVÊ., qu'eUes n^éuient point écrites. Le jénimadv. ad Inscripe. Eiiac, âântU mot ihir^A signifie parole, discours, classical Journal, t. XX, p. a88).— L
PERSES ET GRECS. sSq
temps il commanda à la cavalerie, qui faisait Farrièregarde , de passer de la queae à la tête pour commencer le combat. Il se tenait bien sûr que son infanterie , qui n était que de trois cents hommes, et qu'on appelait îe bataillon sacré y par-tout où elle donnerait , enfoncerait les ennemis , quoique supérieurs en nombre : ils avaient au moins le triple de ses forces. Le choc commença par Tendroit où étaient les chefs des deux partis , et il fiit très-rude. D'abord les deut généraux des Lacédémoniens, qui s'étaient jetés sur Pélopidas, furent tués, tous ceux qui étaient autour d'eux étant en fiiite , ou morts, ou hors de combat. Les troupes de Lacédémone furent tellement épouvantées , qu'elles s'ouvrirent pour donner passage aux Thébains. Ils auraient pu conti* nuer leur route , et se sauver, s'ils avaient voulu : mais Pélopidas , dédaignant de se servir de cette ouverture pour se sauver, marcha contre ceux qui étaient encore en bataille, et il en fit un si grand carnage , que tout le reste, effrayé, se mit à fuir en désordre. Les Thébains ne les poursuivirent pas fort loin , de peur de surprise. Us se contentèrent de les avoir rompus et de faire une retraite glorieuse, qui valait une victoire, puisqu'ils la Êdsaient au travers des troupes ennemies dissipées et défaites.
Cette petite rencontre, car on ne peut pas l'appeler autrement, fut comme le germe et la semence des grandes actions et des grands événements dont il sera bientôt parlé. Il n'était jamais arrivé jusque-là dans aucune guerre, soit contre les Barbares, soit contre les Grecs, que les Lacédémoniens, ayant l'avantage du nombre, eussent été déftiits, ni même qu'à forces égales ils eussent été battus en bataille rangée. C'est pourquoi ils étaient
a4o HISTOIRE AirCIENIfE.
d'une fierté qu'on ne pouvait soutenir ; et leur réputation seule étonnait leurs ennemis, qui, en nombre égal , n'auraient osé se présenter contre les Spartiates. Cette gloire maintenant leur est enlevée. Les Thébains, à leur tour, vont devenir la terreur et l'effroi de ceui même qui , jusqu'à ce temps, s'étaient rendus partout si formidables.
Av. M 36^7. L'entreprise d'Artaxerxe Mnémon contre l'Elgypte, Av.M.363o. ^t 1& mort d'Évagore, roi de Gypre, devraient naturellement trouver ici leur place ; mais, pour ne point couper et interrompre ce qui regarde les Thébains^, je diffère à parler de ces deux articles.
§ IV. Nouveaux troubles dans la Grèce, Les Lacédémoniens déclarent la guerre à ceux de Thèbes, Ils sont vaincus et mis en fuite à la bataille de Leuctres. ÉpaminondAzs ravage la Laconie, et s'avance jusqu'aux portes de Sparte. ,
Biod. 1. 15, Pendant que les Perses faisaient la guerre en Egypte, p. 36x-36x jj g^gxcita beaucoup de troubles dans la Grèce. Ce fut dans cet intervalle que les Thébains, s'étant rendus maîtres de Platée ' , et ensuite de Thespies, ruinèrent entièrement ces deux villes, après en avoir chassé tous les habitants. Les Platéens se retirèrent à Athènes avec leurs femmes et leurs enfants. Us y furent reçus avec bonté , et adoptés au nombre des citoyens.
< Platée 9 viUe d« Béotie ; Thes^ loui la dominatioii romaine vpt Ir
]^ , TÎUe d*Achaïe. nom d'Achaïe prit tme extension
= Thespies cteit également située plus grande , et servit à désirer mt
dans la Béotie. UAchaie était une des d«pa: grandes diTÎaions de b
proTince du Péloponnèse; ce fut Grèce. — L.
PERSES ET CîlECS. ^4^
Arlaxerxe, apprenant l'état où était la Grèce , y Air. m. 3673. envoya une nouvelle ambassade pour exhorter les états Xfôoph.' et les villes qui se faisaient la guerre à mettre bas les "*îib.Çf*^* armes , et à s'accorder , suivant le plan du traité d'An- p* ^^^^^^^' talcide. Par cette paix, comme on l'a dit en son lieu p- 365-366. il était réglé que toutes les villes de la Grèce jouiraient de la liberté, et se gouverneraient par leurs propres lois. En vertu de cet article, les Lacédémoniens pressaient les Thébains de mettre en liberté toutes les villes de la Béotie, de rebâtir Platée et Thespies, qu'ils y avaient démolies, et de les rendre, avec les terres qui en dépendaient, à leurs anciens habitants. Les Thébains, de leur côté, voulaient que les Lacédémoniens rendissent la liberté à toutes celles de la Laconie, et que la ville de Messène fut restituée à ses a*nciens ^ maîtres. L'équité le demandait : mais les Lacédémoniens, se croyant toujours fort supérieurs à ceux de Thèbes, prétendaient les soumettre à une loi qu'ils ne voulaient pas suivre eux-mêmes.
Tous les peuples de la Grèce , las et fatigués d'une guerre qui avait déjà occupé plusieurs campagnes , et qui n'avait d'autre cause que l'ambition et l'injustice de Sparte, ni d'autre but que son agrandissement, songeaient sérieusement à faire une paix générale , et , dans cette vue, avaient envoyé à Lacédémone des députés pour concerter ensemble les moyens de parvenir ' à une fin si désirée et si nécessaire. Parmi ces députés piut.inAge*. EpaTiinondas tenait un des premiers rangs. Il était p*^"* dès -lors très -célèbre pour sa grande érudition, et pour la profonde connaissance qu'il avait de la philosophie; mais il n'avait point encore été en situation de donnet des preuves bien éclatantes de sa grande