Tome r. l/iiu. aae. l
a4^ HISTOIRE ANCIENNE.
capacité pour commander des armées et pour manier les affaires publiques. Voyant que tous les députés , par respect pour Âgésilas, qui se déclarait ouvertement pour la guerre , n'osaient le contredire en rien, ni s'écarter de son avis , effet que produit assez ordinairement, d'un côté, une autorité trop impérieuse, et, de l'autre, une soumission trop servile, il fut le seul qui parla avec une sage et noble hardiesse, comme il convient à un homme d'état qui n'a en vue que le bien public. Il fit une harangue , non pour les seuls Thébains, mais en général pour toute la Grèce, faisant voir que la guerre augmentait la puissance des seuls Spartiates, et «pi'elle ruinait et affaiblissait tous les autres Grecs. Il insista principalement sur la nécessité qu'il y avait de fonder la paix sur l'égalité et sur la justice , parce qu'il- ne pouvait y avoir de paix ferme et durable que celle oii toutes les parties trouvaient un avantage égal.
Un discours comme celui-là, fondé visiblement en raison et en justice, et prononcé d'un ton grave et sérieux, ne manque jamais de faire impression sur les esprits. Agésilas s'aperçut bien , par l'attention et le silence qu'on lui avait prêtés, que tous les députés en avaient été extrêmement frappés, et qu'ils ne manqua raient pas de se conformer à son avis. Pour en détourner l'effet, il demanda à Èpaûmnondàss^il estimait qu il fut juste et raisonnable de laisser la Bioiie libre ei indépendante ^y c'est-à-dire s'il consentait que les villes de la Béotie ne dépendissent plus de Thèbes. l^Muninondas tout aussitôt lui demanda à son tour, avec beaucoup de vivacité, jV/ estimait aussi qu' il Jût juste et raisonnable de laisser la Laconie dans la même in-
dépendance et la même UbeHe. Alors Agésilas, se levant de son siège, pl^in de colère , le pressa de déclarer nettement s* il UUssermt la Béoiie libre. Épaminondas lui fit encore la même question, et lui demanda s* il laisserait y de son côté^ la Laconie libre. Agésilas, qui ne cherchait qu'un prétexte pour rompre avec les Th^ains, effaça sur-le-champ leur nom du traité d^al- Hance qu'on était près de conclure; et tous les autres alliés le signèrent, moins par inclination que pour ne pas déplaire aux Lacédémoniehs , dont ils redoutaient le pouvoir.
En conséquence de ce traité, on devait licencier toutes les troupes qui étaient en campagne. Cléom- X€bo^.L6, brote , l'un des rois de Sparte , se trouvait alors en du^. is, Phocide, à la tête de Tarmée; il écrivit aux éphores ^'^î.^''' pour savoir les intentions de la république. Prothoûs, J\^^[^ l'un des premiers sénateurs, représenta qu'il n'y avait ^^^^^^^^' pas lieu de délibérer, et que Sparte ne pouvait se dispenser, selon l'accord qui venait d'être fait, de rappeler ses troupes : ce n'était pas le sentiment d'Agé- silas. Piqué contre les Thébains, et en particulier contre Épaminondas, il voulait absolument la guerre, pour avoir lieu de se venger; et l'occasion lui en parut alors très-Seivorable, toute la Grèce étant libre et unie, et les Thébains seuls exclus du traité de paix. L'avis de Prothoûs fut donc rejeté par tout le conseil , qui le traita de bonhomme et de radoteur ' qui n'y entendait rien; la Divinité, remarque Xénophon, les poussant dès-lors dam le précipice. Les éphores mandèrent sur l'heure à Cléombrote de mener ses troupes contre les
a44 HISTOIRE AX^CIENKE.
Thébains; et, sans perdre un moment, ils envoyèrent par-tout pour assembler les forces de leurs alliés, qui étaient très-fachés de cette guerre, et qui n'y marchaient qu'à contre-cœur, mais qui n^osaient encore contredire les Lacédémoniens , ni leur désobéir. Quoiqu'on ne dût pas s'attendre à un heureux succès dans une guerre entreprise visiblement contre toute justice et toute raison , et par le seul motif de colère et de vengeance, cependant les Lacédémoniens, qui se sentaient beaucoup supérieurs en nombre , comptaient sur une victoire assurée , et se flattaient que Thèbes, délaissée de ses alliés , était hors d'état de leur tenir tête. Air.M.3634. L'alarme fut grande d'abord chez les Thébains; ils ^^' se voyaient seuls, sans alliés, et sans secours. Tous les Grecs alors regardèrent Thèbes comme perdue : on ne savait pas qu'en un seul honune elle avait plus d'une armée. Cet homme était Épaminondas; il est nommé général, et on lui donne plusieurs collègues. Il lève promptement le plus de troupes qu'il lui est possible ( elles ne montaient qu'à six mille hommes, et l'ennemi en avait plus de vingt -quatre mille), et se met en marche. Comme, pour l'arrêter, on lui annonçait plusieurs mauvais augures, il ne répondit que par un vei^ d'Homère , dont le sens est : // ny a qu*un seul bon ait' gurCy qui est de combaltre pour sa pairie ' . Cependant , pour rassurer l'esprit des soldats, naturellement superstitieux, et qu'il voyait intimidés, il suborna plusieurs particuliers, qui vinrent de différents endroits lui annoncer d'heureux augures, ce qui rendit aux troupes le courage et l'espérance.
* EÎ; otwvàc ôtpiçoç, dfiiUVMOat iript irarptiç.
{lUad. II, ▼. 423.)
PERSES ET GRECS. a4>
Pélopidas n'était point alors en charge, mais il commandait le bataillon sacré. Comme il sortait de sa maison pour aller à Tarmée, sa femme, qui l'accompagnait pour lui dire les derniers adieux, fondant en larmes, et le conjurant de se conserver, Voilà y lui dit-il, ce qu'il faut recommander aux jeunes gens; mais pour les chefs j il ne faut leur recommander que de conseruer les autres.
Épaminondas avait pris la éage précaution de s'assurer d'un passage qui aiu*ait épargné beaucoup de chemin à Cléombrote *. Celui-ci, après avoir fait un long circuit, arriva à Leuctres, petit bourg de la Béotie , entre Platée et Thespies. On délibéra , de part et d'autre, si l'on donnerait la bataille. Cléombrote y fut déterminé par l'avis de tous ses officiers, qui lui représentèrent que, si, avec des troupes beaucoup supérieures en nombre, il refusait de combattre, ce refus confirmerait le bruit qui s'était répandu que sous main il favorisait ceux de Thèbes. Ceux-ci avaient une raison essentielle de hâter le combat pour prévenir l'arrivée des troupes cpie les ennemis attendaient de jour à autre. Cependant les avis se trouvèrent partagés entre les six chefs qui formaient le conseil. Un septième, étant survenu fort à propos , se joignit aux trois qui voulaient qu'on allât présenter la bataille à l'ennemi; et cet avis, qui était celui d'Epaminondas , l'ayant emporté, la ba-
' Cléombrote parait avoir habile- qui s'y trouvaient , traverse la chaîne
ment trompé Tattente de renneml. de montagnea qui borde la Béotie k
Au lieu de faire le détour auquel on Touest, et arrive dans la plaine de
croyait Vobliger , il se jette sur Créu- Leuctres, qui dépendait du territoire
sis, port des Béotiens sur le golfe de de Thespies. — L. Corinthe, s'empare de douze trirèmes
246 HISTOIRE AJNCIENlfB.
taille fut résolue : on était pour-Iors dans la seconde année de la cent-deuxième olympiade.
Les deux armées étaient bien inégales pour le nombre : celle des Lacédémoniens , comme on Ta déjà dit, était composée de vingt-quatre mille hommes d^infanterie et de seize cents chevaux; celle des Thébains n'avait que quatre cents chevaux et six mille hommes de pied, mais tous aguerris et animés par les campagnes . qu'ils avaient faites avec tant de succès, et déterminés à vaincre ou à mourir. La cavalerie des Lacédémoniens, composée dliommes pris au hasard, sans valeur, sans expérience, le cédait autant à celle des ennemis pour le courage , cp'elle l'emportait pour le nambre : ils ne pouvaient pas compter sur leur infanterie, à l'exception des Lacédémoniens; les alliés, comme il à déjà été remarqué, ne s'étant engagés dans cette guerre qu'à contre -cœur, parce qu'ils n'en approuvaient pas le sujet , et que d'ailleurs ils étaient mécontents des Lacédémoniens.
Les deux généraux, par leur habileté, tenaient lieu chacun à leur armée de troupes nombreuses, sur-tout le Thébain, qui était le capitaine de son temps le plus accompli; il était soutenu par Pélopidas, qui commandait le bataillon sacré. Ce bataillon était composé de trois cents jeunes Thébains , unis ensemble d'une étroite et tendre amitié, engagés par un serment particulier à ne prendre jamais la fuite, et à se défendre les uns les autres jusqu'au dernier soupir.
Quand le jour du combat fut venu ' , les deux armées se mirent en bataille dans une plaine. Cléom-
' La baunie se doona le 8 jnfflet 371 aTtnt J.C. — L.
brote était à la droite, composée principalement des Lacédémoniens, sur lesquels il cdhiptait le plus, et qui étaient sur douze de hauteur ; et , pour profiter de la supériorité de sa cavalerie dans un pays ouvert, il la plaça toute en première ligne devant les Lacédémoniens. Ârchidamus, fils d'Âgésilas, était à la tête des alliés, qui formaient l'aile gauche.
Épaminondas, résolu d'attaquer par sa gauche, qu'il commandait en personne, la fortifia de tout ce qu'il avait d'hommes d'élite et pesamment armés, qu'il rangea sur cinquante de hauteur. Le bataillon sacré, placé à sa gauche, fermait cette aile. Le reste de son infanterie s'étendait sur sa droite en ligne oblique, qtii , à mesure qu'elle se prolongeait, s'éloignait davantage du front de l'ennemi. Par cette disposition, qui n'est pas ordinaire, son dessein était de couvrir son flanc droit, d'écarter et de mettre comme en réserve son aile droite, afin de ne point hasarder le succès du combat par ce qu'il avait de plus faible, et de commencer l'action par son aile gauche , oii était l'élite de ses troupes, pour tourner tout l'effort du combat contre le roi Gléombrote et les Spartiates. Il se tenait bien sûr que, s'il pouvait enfoncer la phalange lacédémonienne, tout le reste de l'armée serait bientôt mis en déroute. Pour ce qui est de sa cavalerie, il se régla sur la disposition de celle des ennemis, et la plaça en première ligne devant sa gauche.
L'action commença par la cavalerie. G>mme celle des Thébains était mieux montée et plus aguerrie que celle de Lacédémone, celle-ci ne fut pas long-temps sans être rompue et renversée sur son infanterie , qu'elle commença à mettre en confusion^ Épauninon-
<l48 HISTOIRE ArCCIESKE.
das, suivant de près sa cavalerie, marche à grands pas contre Géombrote, ^ tombe sur sa phalange avec tout le poids de son épais bataillon. Celui-ci, pour foire diversion, détache un corps de troupes, auquel il donne ordre de prendre Épaminondas en flanc, et de Tenve- -Jopper. Pélopidas, s'apercevant de ce mouvement, savance avec une vitesse et une hardiesse incroyables à la tête du bataillon sacré pour prévenir Tennemi, prend Cléombrote lui-même en flanc, et, par cette attaque brusque et inopinée, le met en désordre. Le combat fut très-rude et très-opiniâtre; et, pendant que Cléombrote put agir, la victoire demeura douteuse, et balança long-temps entre les deux partis. Quand il fut tombé mort de ses blessures, les Thébains pour achever leur victoire, les Lacédémoniens pour n'avoir pas la honte d'avoir abandonné le corps de leur roi, firent de nouveaux efibrts de part et d'autre , et le carnage fut grand. Ceux-ci se battirent avec tant de fureur autour du corps, qu'enfin ils vinrent à bout de l'emporter. Animés par ce glorieux avantage, ils voulaient revenir à la charge, et l'auraient peut - être fait avec succès si les alliés avaient secondé leur ardeur; mais l'aile gauche, voyant que la phalange lacédémonienne avait été enfoncée , et croyant tout perdu, sur -tout quand elle eut appris la mort du roi, prit la fuite, et entraîna avec elle tout le reste de l'armée. Épaminondas la poursuivit vivement, et en fit périr un grand nombre. Les Thébains, demeurés maîtres du champ de bataille , érigèrent un trophée , et permirent aux ennemis d'enterrer leurs morts.
Jamais les Lacédémoniens n'avaient reçu un pareil échec. Les plus sanglantes défaites jusqu'alors ne leur
PERSES ET GRECS. a49
avaient coûté guère plus de quatre ou cinq cents hommes de leurs citoyens. On avait vu Sparte, d'ailleurs si animée, ou plutôt si acharnée contre Athènes, racheter d'une trêve de trente années huit cents de ses citoyens, qui s'étaient laissé envelopper dans la petite lie de Sphactérie : ici , il demeura sur la place quatre mille hommes, dont il y avait mille Lacédémoniens, et quatre cents Spartiates ' , de sept cents qui s'étaient trouvés à la bataille ^. Les Thébains ne perdirent que trois cents hommes , parmi lesquels il se trouva peu de citoyens de Thèbes.
La ville de Sparte célébrait actuellement les jeux gymniques, et elle était pleine d'étrangers que la curiosité y avait amenés, lorsque les courriers arrivèrent de Leuctres avec la terrible nouvelle de cette défaite. Les éphores , quoiqu'ils en sentissent parfaitement toutes les suites, et qu'ils vissent bien qu'elle portait un coup mortel à l'empire de Sparte, ne permirent poui^tant ni aux chœurs de se retirer, ni à la ville d^ rien changer dans la célébrati«»n de la fête. Us envoyèrent dans toutes les maisons aux parents les noms des morts qui leur appartenaient, et demeurèrent au théâtre à faire continuer les danses et les jeux jusqu'à la fin.
I On appelait proprement Spar* elle-même. — L.
tlaies f ceux qni habitaient dans ' Les auteurs ne sont pas d'accord
Sparte; et Lacédémoniens , ceux qui sur le nombre des Lacédémoniens
étaient établis k la campagne. morts à la bataille de Leactres; on
= Wesseling prouve très -bien peut Toir k ce sujet les notes de Mo-
(odDiodor, XI, § 4), que les Lacé- ruê {ad Isocrat. Panegyr. § ^4)»
démoniena et les Spartiates difTé- àeZtxaa» {iid XeFiopk. Ages, g II,
nient comme le tout et la partie : les a 4 ) i de Schneider ( ad Xenoph, Hel-
premiers s'entendent des habitants /en. VI, 4, î5). — L. <U la Laconie, y compris Sparte
^5o HISTOIRE ANGIEJfNE.
Le lendemain matin, chacun sachant le sort des siens, les pères et tous les parents de ceux qui aTaient été tués, s'étant rendus à la place pubfique, se saluaient et s'embrassaient les uns les autres avec un visage plein de joie et de sérénité : au lieu que les autres se tenaient cachés dan3 lem» maisons ; ou , si la nécessité les obligeait de paraître au-dehors, c'était avec une tristesse et un abattement qui marquait d'une manière bien sensible leur vive et profonde douleur. Cette diflférence se remarquait encore mieux dans les femmes. La tristesse , le silence , les larmes découvraient celles qui attendaient le retour de leurs fils : mais on voyait celles dont les fils avaient été tués courir avec empressement aux temples pour rendre grâces aux dieux, et se féliciter les unes les autres de leur gloire et de leur hanheur. On ne peut disconvenir qu'il n'y ait dans de tels sentiments un grand courage ; mais je voudrais qu'il n'étouffât pas entièrement ceux dé la nature , et qu'il eût moins de férocité.
On se trouva dans un grand embarras à Sparte, au sujet de ceux qui s'étaient enfuis de la bataille. Gomme ils étaient en grand nombre et des plus puissants de la ville, on n'osait leur faire souffrir les peines ordonnées par les lois, de peur que le désespoir ne leur fit prendre quelque résolution extrême et funeste à Tétat; car non-seulement les fuyards étaient exclus de toutes sortes de charges et d'emplois, mais c'était encore une honte de s'allier avec eux par des mariages. Tous ceux qui les rencontraient sur leur chemin pouvaient les frapper, et ils étaient forcés de le souffirir. De plus, ils ne pouvaient porter que des robes sales, déchirées, et pleines de pièces de diverses couleurs. Enfin, il fiil-
PERSES BT GRECS. aSi
lait qu'ils se fissent raser la moitié de la barbe, et qu'ils laissassent croître l'autre moitié. C'était faire un grand tort à Sparte que de la priver de tant de gens de guerre dans un temps où elle en avait un si pressant besoin. Pour se tirer de cet embarras, elle choisit Agé» silas pour législateur, et lui donna un souverain pouvoir de faire dans les lois tous les changements qu'il lui plairait. Agésilas, sans y rien ajouter, sans en rien retrancher, sans y rien changer, trouva le moyen de sauver les fuyards et l'état. S'étant rendu à l'assemblée des Lacédémoniens , il dit en plein conseil, qi^ pour ce jour il fattait laisser dormir les loisy et après ce jour leur rendre toute leur autorité. Par ce peu de mots, il conserva à Sparte ses lois entières, et lui rendit aussi ce grand nombre de citoyens qu'il empé* cha d'être pour toujours déshonorés et de devenir inutiles à la république.
Après la bataille de Leuctres, les deux partis travail- x«Doph 1.6, lèrent, les uns à réparer leur perte, les autres à pro- DmS*. 1. 1'^, fiter de leur victoire. ^ Pint. ' *
Agésilas, pour relever le courage des siens, entra p'êisfsi'j; en armes dans l'Arcadie, mais bien résolu d'éviter avec ^-^ ^J** grand soin d'en venir à un combat. Il s'attacha seulement à quelques petites places des Mantinéens, qu'il prit, et fit le dégât dans le pays; ce qui réjouit un peu Sparte, et ranima son courage, en lui faisant croire que son salut n'était pas entièrement désespéré.
Les Thébains , aussitôt après leur victoire , avaient envoyé à Athènes pour y en porter la nouvelle, et pour demander du secours contre l'ennemi commA. Le sénat était actuellement assemblé; il reçut fort froidement le courrier, ne lui fit point les présents ordinaires,
aStl HISTOIRE AirCIEJNNE.
et le renvoya sans lui parler de secours. Les Athéniens, alarmés de l'avantage considérable que Thèbes venait de remporter contre les Lacédémoniens, ne purent ' dissimuler l'ombrage et l'inquiétude que leur donnait l'accroissement prompt et inopiné d'une puissance voisine, qui pouvait bientôt se rendre formidable à toute la Grèce.
A Thèbes, Épaminondas et Pélopidas avaient été nommés gouverneurs de la Béotie ' tous deux ensemble. Ayant réuni toutes les troupes des Béotiens et de leurs alliés, dont le nombre augmentait tous les jours, ils entrèrent dans le Péloponnèse, et firent révolter beaucoup de villes et de peuples contre les Lacédémoniens : Élide, Argos, toute l'Arcadie, et la plus grande partie de la Laconie même. On était alors au solstice d'hiver, et à la fin du dernier mois de l'année; de sorte que dans très-peu de jours ils devaient sortir de charge : car, le premier jour du mois suivant, il fallait qu'ils cédassent leur place à ceux qui seraient nommés, ou qu'ils encourussent la peine de mort s'ils la retenaient au-delà de ce terme. Leurs collègues, craignant la mauvaise saison^ et encore plus les suites redoutables de cette loi, voulaient à toute force ramener l'armée à Thèbes. Pélopidas fut le premier qui, entrant dans le sentiment d'Épaminondas, excita le courage de ses citoyens, et les engagea à profiter de l'alarme où étaient les ennemis, et à poursuivre leur entreprise, en pafssant par^dessus une formalité dont ils se devaient croire légitimement dispensés par l'état •
' Ou Béotarques : cette nomination eat lieu a ans après la bataille de L euctres , en Tannée 369. — L.
PERSES ET GRECS. a5.^
même, puisque rintérét de l'état, quand il est fondé sur la justice, est une loi souveraine pour les sujets.
Ils entrèrent donc dans la Laconie, à la tête d'une armée de plus de soixante et dix mille bons soldats, dont les Thébains ne faisaient pas la douzième partie : mais la grande réputation de ces deux généraux faisait que, même sans ordre et sans décret public, tous les alliés se rangeaient avec un respectueux silence sous leurs enseignes, et marchaient pleins de confiance et de courage sous leur conduite. Il y avait six cents ans que les Doriens s'étaient établis à Lacédémone, et, depuis tout ce temps-là, c'était ici la première fois qu'ils voyaient les ennemis sur leurs terres; auparavant jamais aucun n'avait osé y mettre le pied, bien moins encore attaquer la ville, quoiqu'elle fût sans murailles. Les Thébains et leurs alliés, trouvant donc un pays auquel on n'avait jamais touché, le parcoururent la flamme à la main, le saccagèrent et le pillèrent jusqu'à la rivière d'Eurotas, sans que personne se mît en devoir de les en empêcher.
On avait placé en quelques endroits des corps-degarde pour défendre des passages importants. Isoholas, Spartiate, qui commandait un de ces détachements, s'y distingua d'une manière particulière. Voyant bien qu'avec sa petite troupe il ne pouvait pas soutenir l'attaque des ennemis, mais jugeant qu'il était honteux à un Spartiate d'abandonner son poste, il renvoya dans la ville les jeunes gens qui étment en âge et en état de servir . utilement leur patrie , et ne retint avec lui que les vieillards. Se dévouant tous ensemble au bien public , à l'imitation de Léonide , ils vendirent bien
a54 HISTOIRE ANCIENNE.
cher leur vie; et, après s'être long-temps défendus, et avoir fait un grand carnage^ ils périrent tous.
Agésilas se conduisit dans cette occasion avec beaucoup d'habileté et de sagesse. Il regarda cette irruption des ennemis comme un torrent impétueux, auquel il aurait été non-seulement inutile, mais dangereux, de s'opposer ,. et dont le cours rapide, mais de courte durée, après quelques ravages, se dissiperait de lui-même. Il se contenta de distribuer dans le milieu de la ville et dans tous les endroits les plus ini|)ortants ses meilleures troupes, et de bien assurer tous les postes. Du reste, bien déterminé à ne point sortir et à ne point hasarder de combat, il demeura insensible aux railleries, aux insultes, aux menaces des Thébains, qui le défiaient en l'appelant par son nom, et qui le pressaient de sortir pour défendre son pays, lui qui seul en avait causé tous les maux en allumant œtt^ guerre.
Mais ce qui attristait encore davantage Agésilas, c'étaient les mouvements tumultueux et les troubles qui s'excitaient dans la ville , le murmure et les plaintes des vieillards, affligés jusqu'au désespoir d'être témoins de ce qu^ils voyaient, aussi-bien que des femmes, qui paraissaient comme forcenées en entendant les cris menaçants des ennemis, et en voyant les embrasements qu'ils excitaient aux environs, dont la lumière et la fumée, qui venaient presque jusque sous leurs yeux, semblaient leur annoncer un pareil ntalheur. Quelque courage que montrât au -dehors Agésilas, il ne pouvait pas ne point être sensiblement touché d'un si triste spectacle, auquel se joignait la douleur de voir ternir
sa réputation 9 en ce qu ayant trouvé la ville très- florissante et très-puissante quand il fut chargé du gouvernement, il la voyait dépérir entre ses mains, et perdre sous lui tout son ancien éclat. Il avait encore un secret dépit de voir démentir la vanterie dont il avait souvent usé lui-même, que jamais ^ femme de Sparte n'aidait vu la fumée d'un camp ennemi.
Pendant qu il donnait différents ordres dans la ville, on vint l'avertir qu'un certain nombre de mutins s'étaient emparés d'tm poste important oii ils voulaient se cantonner. Agésilas y courut aussitôt; et, comme s'il n'eût rien su de leur mauvais dessein. Camarades y leur dit-il, ce n*est pas là ou je vous avais envoyés. U leur marqua en même-temps différents postes pour les séparer, et ils s'y rendirent, persuadés qu'on n'avait rien soupçonné de leur entreprise. Cet ordre, donné ainsi de sang -froid, montre une grande présence d'esprit dans Agésilas, et fait voir que, dans les troubles, il ne faut pas paraître tout voir, afin de donner lieu au repentir. Il aima mieux supposer cette petite troupe innocente, que de la jeter dans une révolte déclarée par une recherche trop rigoureuse.
L'Ëurotas était alors fort gros et fort enflé par la fonte des neiges; et les Thébains trouvèrent plus de difficulté qu'ils n'avaient cru à le passer, tant à cause de la trop grande froideur de ses eaux, qu'à cause de leur rapidité. G^nune Épaminondas passait tout le premier à la tête de son infanterie, quelques Spartiates le montrèrent à Agésilas. Celui-ci, après l'avoir regardé long -temps et l'avoir suivi des yeux, ne dit que ce seul mot : Quel homme ^ ! admirant le courage qui
n Tou pLtYoXoirpaii&ovoc àvOpiiicou. Je n*ai pa rendre la force du
2JO UISTOIRE ANCIENNE.
lui faisait, entreprendre de si grandes choses. Epami nondas aurait fort souhaité de donner un combat daas Sparte même, et d'y ériger un trophée. Il n'osa pas néanmoins entreprendre de forcer la ville; et, n'ayant pu engager Agésilas à en sortir, il prit le parti de se retirer. Il aurait été difficile que Sparte, sans défense et sans murailles, eût résisté long-temps à une armée victorieuse. Mais l'habile chef qui la conduisait appréhenda de s'attirer sur les bras toutes les forces du Péloponnèse, et plus encore d'exciter la jalousie des Grecs, qui n'auraient pu lui pardonner d'avoir,. pour son coup d'essai, détruit une si puissante république,
Arift. Rhet. et arrache^ comme disait Leptine, un œil a la Grèce.
1.3, CIO. jj gg borna donc à la gloire d'avoir terrassé des superbes, en qui le langage laconique redoublait ia fierté du commandement, et de les avoir, ainsi que lui-même s'en vantait, réduits à la nécessité d'allonger leurs monosyllabes *. A son retour, il fit encore le dégât dans la campagne.
Paiw.iib.4, Dans cette expédition, les Thébains remirent l'Ar-
p. a67.a68. ^jj^ ^^ ^^^ ^^ ^j m^me corps, et ôtèrent la Mes-
. .. . sénie aux Spartiates , qui s'en étaient rendus maîtres depuis fort long-temps ^ après en avoir chassé tous les habitants. C'était un pays qui n'avait pas moins d'étendue que toute la Laconie, et qui ne le cédait point en fertilité aux meilleurs terroirs de la Grèce. Les anmot grec, qoi signifie, â le faiseur mandé , Si j'entre dans 'votre pajSt iie grandes choses! j'jr mettrai tout à feu et à sang, ils
= Quel homme ! quel prodige! repartirent : Si; pour faire entendre ainsi traduit Fabbé Barthélémy. — L. quila mettraient bon ordr« que le
' Les Lacédémoniens quelquefois, cas n'arrivât point, pour toute réponse aux plus impor- ^ H s'était écoulé 287 ans dq>ais
tantes dépêches, n'employaient qu'un que les Messéniens avaient été cfaasmonosyUabe. Philippe leur ayant «es de leur pays.
P£RS£S ET GRECS. 2v)7
nens habitants, qui étaient dispersés en différentes rér gions de la Grèce, de lltaiie, de la Sicile, au premier signal qu'on leur en donna, accoururent tous avec, une joie incroyable, animés par Famour de la patrie naturel à tous les hommes, et presque autant aussi par la haine contre Sparte , que le nombre des années n'avait fait qu'augmenter en eux. On leur bâtit une ville, qui, du nom de l'ancienne, fut appelée Messene. Parmi les tristes événements de cette guerre, celui-ci causa aux Lacédémoniens une vive douleur et un sen* sible déplaisir, parce que, de temps immémorial, il y avait toujours eu, entre Sparte et Messène, une haine irréconciliable, qui paraissait ne pouvoir s'éteindre que par la ruine totale de l'une ou de l'autre.
Polybe relève, dans la conduite des Messéniens à Poiyb. i. 4. l'égard de Sparte, un ancien défaut qui fut la cause ^* *^' de tous leurs malheurs : c'était de trop rechercher une tranquillité présente, et, par un amour excessif de la paix, de négliger les moyens de ^ l'assurer pour tou* jours. Ils avaient pour voisins deux des plus puissants peuples de la Grèce, les Arcadiens et les Lacédémoniens. Ceux-ci, dès leur premier établissement dans le pays, leur déclarèrent une guerre ouverte; les autres, au contraire, s'attachèrent toujours à eux, et entrèrent dans tous leurs intérêts. Mais les Messéniens n'eurent ni le courage de s'opposer fortement et constamment à des ennemis acharnés et irréconciliables, ni la prudence de ménager avec soin des amis fidèles et affectionnés. Quand ces deux peuples se faisaient là guerre lun à l'autre, ou qu'ils portaient ailleurs leurs armes, les Messéniens, peu prévoyants pour l'avenir, et qui ne songeaient qu'à se procurer un repos présent, se fai-
a58 HISTOIRE AirCIENITE.
saient un devoir de n'épouser les querelles ni des uns ni des autres , et de garder une exacte neutralité. Ib se félicitaient alors eux-mêmes sur leur sagesse et sur leur bonheur, de demeurer ainsi tranquilles au milieu des troubles qui agitaient tout leur voisinage. Cette tranquillité n'était pas de longue durée. Les Lacé^ démoniens, délivrés de leurs ennemis,, retombaient sur eux avec toutes leurs forces, et, les trouvant seuls, sans, secours et sans défense, les obligeaient ou de subir le joug d'une dure servitude , ou de s'exiler euxmêmes de leur patrie. C'est ce qui leur arriva plusieurs fois. Us devaient faire réflexion, dit Polybe, que, comme il n'y a rien de plus désirable ni de plus salutaire qu'une paix fondée sur la justice et sur l'honneur S aussi n'y a-t-il rien de plus honteux ni de plus pernicieux en même temps qu'une paix ménagée par de mauvaises Voies et achetée au prix de la liberté.
§. V. Les deux chefs thébainSy à leur retour ^ sont accusés et absous. Lacêdémone implore le secours d^ Athènes, Les Grecs députent vers Jrtaxerxe. Crédit de Pélopidas à la cour de Perse.
Il semble que les deux grands généraux thébains, à leur retour dans leur patrie après de si roémcNrables actions, devaient être reçus avec un applaudissement général , et comblés de toutes sortes d'honneurs. Il n'en fiit pas ainsi. On les appela tous deux en justice, comme criminels d'état, sur ce qu'ils n'avaient pas
* Eîpinwi fk^ \L%Tk\LVi roû ^i- xaxîo^ il ^cuXiiaç lirovti^iCcu.KSv-
obéi à la loi, qui ordonnait de remettre au comment cernent du premier mois le commandement aux nou^ veaux officiers , et qu'ils l'avaient retenu quatre mois entiers au-delà du terme , pendant lesquels ils avaient exécuté, dans la Messénie, dans l'Arcadie et dans la Laconie, toutes les grandes choses dont nous avons parlé. t
On est étonné d'une pareille conduite, et Ton ne peut en lire le récit sans une secrète indignation. Mais cette conduite avait un fondement plausible. Les ama* teurs z^és d'une liberté nouvellement recouvrée pou* vaient craindre la contagion de cet exemple, en autorisant quelque autre magistrat à se maintenir dans le commandement au-delà du tefate expiré , et à tourner ensuite ses armes contre sa patrie même. H n'y a pas à douter qu'on n'en eût fait autant à Rome; et , si les Romains étaient si sévères contre un officier, quoique vainqueur, qui aurait cqmbattu sans l'ordre de son général , qu'aurait-ce été contre un général qui sa serrait conservé, contre les lois , toute l'autorité du commandement pendant quatre mois?
. Pélopidas fut cité le. premier devant le tribunal. H 2,ûde^*5?o se défendit avec moins de force et de grandeur d'ame [Wcpo» in
^ Epamtn. $ 8.
qu'on n'avait sujet de l'attendre d'un homme de son AEiian Hist. caractère, car il était vif et bouillant. Ce courage, fier Vaj. et intrépide dans les combats, l'abaiidonna dans le ju- . gement. Son air et son discours, qui avaient je ne sais quoi de timide et de rampant, annonçaient un homme qui craignait la mort, et ne disposèrent point les juges en sa fiiveur ; ce ne fat point sans peine qu'ils le renvoyèrent absous. Épaminondas parut d'un air et parla d'un ton tout différents; et il se présenta, pour ainsi
• a6o HISTOIRE ANCIENNE.
dire , de front au péril sans changer de contenance. Aa lieu de se justifier, il fit son éloge. Il raconta en termes magnifiques comment il avait ravagé la Laconie, réubli laMessénie, réuni l'Arcadie en un seiil corps; et conclut en disant qu'il mourrait avec joie si les Thébains voulaient' bien lui laisser à lui seul la gloire de toutes ces actions, et déclarer qu'il les avait &ites de son chef et sans leur aveu. Tous les suffrages furent pour lui; et il sortit de ce jugement, comme il avait coutume de sortir des combats, couvert de gloire et généralement applaudi; tant le véritable courage a de grandeur, et enlève comme par force l'admiration des hommes !
Il était né pour les grandes choses, et donnait luiput-dePr» même un air de grandeur à tout ce qu'il fiiisait. Un ^rp.l7i. j**"** ^s ennemis, jaloux de sa gloire, et pour lui foire injure , l'avaient fait nommer téléarque ; c'était une commission peu digne d'an homme de son mérite. Il ne s'en tint nullement déshonoré, et dit qu'il ferait voir que non^seulement la charge montre quel est V homme ' , mais aussi que Vhomme montre quelle est la charge. En effet il éleva à une grande dignité cet office, qui n'était rien auparavant, et dont les fonctions ne consistaient qu'à faire nettoyer les rues, emporter les fumiers, et prendre soin des égouts pour faire écouler les eaux. Xenoph. 1.6, Lcs Lacédémonicus, ayant tout à craindre de la part p. 609^13. ^^^ ennemi que la victoire qu'il venait de remporter rendait encore plus fier et plus entreprenant que jamais , et se voyant exposés à chaque moment au péril d'une nouvelle irruption , eurent recours aux Athéniens,
' 06 («.ovGv àsxiq dlv^poi ^«Uvuaiv» àXXà xat àpxiv à?âi^.
Googk
PERSES ET GRECS. a6l
et députèrent vers ce peuple pour implorer son secours. Celui qui porta la parole commença par décrire d'une manière touchante le triste état et l'extrême danger où Sparte se trouvait réduite. Il exp4>sa la fierté insolente des Hiébains, et leurs vues ambitieuses , qui n allaient à rien moins qu'à se rendre maîtres de la Grèce. Il fit sentir au peuple ce qu'Athènes avait à craindre pour elle-même de Thèbes, si on lui laissait prendre de nouveaux accroissements par le nombre des alliés qui de jour en jour s'attachaient à son parti et grossissaient ses troupes. Il rappela le souvenir de ces temps heureux ou l'union étroite d'Athèi^es et de Sparte avait sauvé la Grèce et comblé également de gloire les deux peuples. Il finit en ajoutant que c'en serait une grande pour les Athéniens , de venir au secours d'une ville anciennement amie et alliée, qui plus d'une fois s'était sacrifiée généreusement pour Jjflkrêt et le salut commun. ,
Les Athéniens ne {Misaient disconvenir de tout ce que le député avait avancé dans son discours ; mais aussi ils n'avaient pas oublié les mauvais traitements qu'ils avaient reçus de Sparte en pl^is d'une occasion , et sur-tout depuis la déroule de Sicile : cependant la compassion du malheur présent de Sparte l'emporta sur le ressentiment des anciennes injures. Il lut résolu qu'Athènes secourrait les Lacédémoniens de toutes ses forces. Peu de temps après , les députés de plusieurs peu- xenoph. i. 7, pies s'étant assemblés à Athènes, on y conclut même '' ' contre les Thébains une ligue et une confédération, conforme à l'ancien traité d'Antalcide et aux intentions du roi de Perse, qui ne cessait d'en demander l'exécution.
Un léger avantage que les Lacédémoniens rempor- piat. tèrent sur leurs ennemis les tira de l'abattement où ils p!'éi4,'6i5.
u6!l HISTOIRE ANCIENNE.
xenoph 1.7, avaient été jusqu'alors; comme il arrive ordiDairement Diod!^i. i5, <[ue, dans une maladie mortelle, le .moindre rayon dt ^' ^'' santé ranime l'espérance et rappelle la joie. Archidamus, (ils d'Agésilas^.ayant reçu un grand secours que lui envoyait Denys-le-Jeune , tyran de Sicile , se mit à la tête des troupes , et défît les Arcadiens dans une bataille qui fut appelée la bataille sans larmes^ parce qu'il ne perdit pas un seul homme , et qu'il tua beau- (x>up de monde aux ennemis. Les Spartiates auparavant étaient tellement accoutumés à vaincre , qu ik étaient devenus presque insensibles au plaisir de la victoire. Mais quand on apprit U nouvelle de ce combat d'Archidamus, et qu'on le vit revenir vainqueur, personne ne put se contenir ni demeurer dan$ la ville. Son père sortit le premier au-devant de lui , pleurant de joie et de tendresse. Il était suivi des officiers et des magistrats. La foule des vieillardsJ^les femmes descendit jusqu'au bord de la rivière ^IRendant les mains au ciel , et en remerciant les dieux , comme si par cette action Sparte eût lavé l'opprobre dont elle était couverte, et qu'elle eût commencé à revoir ces beaux jours dont la gloire avait autrefois porté si loin sa réputation, xenoph. Philiscus , cnvoyé de la part du roi' de Perse pour Dwd.p.38r. concilier entre eux les peuples de la Grèce, s'était rendu à Delphes, oii-il convoqua leurs députés. Le dieu ne fiit point du tout consulté. On discuta Tafiaire dans l'assemblée. Les Lacédémoniens demandaient qu'on remit sous leur puissance Messène et ses habitants. Sur • le refus que firent les Thébains d'y consentir, l'assemblée se rompit, et Philiscus se retira, après avoir laissé aux Lacédémoniens des sommes considérables pour le-
PERSES ET GRECS. l63
ver des troupes et continuer la guerre. Sparte, hupiiliée et af&iblie par ses pertes , ne donnait plus de crainte et d£ jalousie aux Perses : mais Thèbes^ victorieuse et triomphante , leur causait de justes inquiétudes.
Pour former avec plus de sûreté une ligue contre xenoph.i.?, les Thébains , les alliés avaient député yers le grand- ^' pi^t ^^' roi. Ceux de Thèbes y env(^èrent aussi de leur coté ^^igj.* Pélopidas; choix plein de sagesse à cause de la grande réputation du député, ce qui n'est pas indifférent pour le sucoès d'une ambassade. La renommée , après la bataille de Leuctres, avait porté son nom et fait retentir le bruit de sa victoire jusqu'aux provinces de l'Asie les plus reculées. Quand il ftit arrivé à la cour et qu'il parât devant les satirapes : f^oilà , s'écriaient-ils pleins d'admiration^ voilà cet homme qui a oté aux Lacédé^ moniens V empire de la tepie et de la mer y et réduit Sparte a se renfermer entre le Taygete et VEurotas; • Sparte^ qui depuis peu encore^ sous la conduite d^Agésilasy ne tendait à rien moin^ qu'à nous venir at^ toquer dans Suse et dans Ecbatane.
Arta^erxe, ravi de son arrivée, lui rendit des bon* neurs extraordinaires, et prit à tâche de le relever devant les grands seigneurs de sa eour, par estime, à la vérité, pour son grand mérite, mais encore plus par vanité et par amour-propre, pour fiiire entendre à ses sujels que les plus grands et Les plus illustres personnages venaient lui faire la cour, et rendre hommage à son bonheur et à sa puissance. Mais après qu'il l'eut admis à son audience et qu'il eut entendu ses discours, selon lui plus forts que ceux des ambassâdwrs d'Athènes, et plus simples que ceux des Lacédémoniens (c'était beaucoup dire), il l'aima encore davantage; et.
a64 HISTOIRE AirCIEMNE.
comme il est assez ordinaire aux rois % qui savent peu 6e contraindre , i) ne dissimula point l'extrême considération qu'il avait pour lui , et la préférence qu'il lui donnait sur tous les autres.
Pélopidas, en habile politique, avait ùit sentir au roi de quelle importance il était, pour les intérêts de sa couronne de protéger une puissance naissante qui n'avait jamais porté les armes contre les Perses , et qui, formant une espèce d'équilibre entre Sparte et Athènes 9 pouvait faire une utile diversion contre ces deux républiques, ennemies, perpétuelles et irréconciliables de la Perse, et qui, tout récemment encore, lui avaient causé tant d'inquiétudes et de dommages. Timagore, Athénien, fîit le mieux reçu après lui, parce que^ fortement occupé du désir d'humiUer Sparte, et aussi de plaire au roi, il avait paru ne pas s'éloigner des vues de Pélopidas.
Le roi ayant pressé Pélopidas de marquer quelle faveur il voulait de lui, il demanda « que Messène de- « meurât libre et affranchie du joug de Laoédémone ; « que les Athéniens, qui s'étaient mis en mer pour inu fester les côtes de la Béotie, retirassent leurs galères, « ou qu'on leur déclarât la guerre ; que ceux qui ne « voudï'aient pas entrer dans la ligue , ou marcher « contre les réfractaires , fussent attaqués les premiers. » Tout cela fut ordonné, et les Thébains déclarés amis et alliés du rot. Lorsqu'on fit la lecture de ce décret aux ambassadeurs, Léon, collègue de Timagore, dit assez haut pour qu'Artaxerce pût l'entendre : j^iAènes ri a qu'a chercher maintenant un autre alUé que le roi.
Pélopkias, après avoir obtenu tout ce qu'il pouvait souhaiter, partit de la cour sans avoir accepté de tous les présents du roi que ce qu'il Êtllait pour porter dîez liû une marque de sa faveur et de sa bienveillance; et ce fut œ qui aggrava les plaintes qu'on 6t contre les autres ambassadeurs des Grecs ^ qui n'avaient pas été si réservés ni si délicats sur l'ayticle de l'intérêt. Un d'eux, c'était celui des Arcadiens, de retour chez lui, dit qu'il avait vu à la cour du roi forœ esclaves, mais point d'hommes. U ajoutait que toute sa magnificence n'était qu'une vaine montre, et que le platane d'or' , tant vanté, et que l'on faisait si fort valoir, ne pouvait pas faire ombre à une cigale.
De tous les députés , Tiniagore était celui qui avait reçu le plus de présents. Il n'accepta pas seulement de Tor et de l'argent, mais il prit encore un lit magnifique et des esclaves pour le faire, les Grecs ne lui paraissant pas assez adroits pour ce ministère ; ce xjai marque que la mollesse et les délices étaient peu connues à Athènes. Il reçut aussi quatre-vingts vaches et des esclaves pour les soigner, comme ayant besoin de prendre du lait pour quelque maladie. Enfin, à son départ , il se fit porter en chaise jusqu'à la mer aux dépens du roi, qui donna quatre talents^ à ses porteurs. Quand il fut arrivé à Athènes, Léon, son collègue, Taccusa de n'avoir eu aucune communication avec lui, et de s'être joint en tout à Pélopidas. On lui fit son procès, et il fut condamné à mort.
Il ne parait pas que ce fut l'acceptation des présents
I Cétait un arbre d'or, travaillé curioaitr. avec beaucoup d'art, qui était d'un * Quatre miU^ écna. =: 93,000
grand prix , et qu*on allait voir par francs. -:— L«
a66 HISTOIRE ANCIEITNZ.
qui irrita le plus les Athéniens contre Timagore; car Épicrate, simple portefaiix^ qui avait été du voyage, et qui avait aussi reçu des présents, ayant dît en pleine assemblée qu'il était d'avis qu'on fît un décret par le* quel il serait ordonné qu'au lieu de neuf archontes qu'on élisait tous les ans, on élirait neuf ambaasadeun qu'on prendrait parmi les plus pauvres du peuple, et qu'on les enverrait au roi afin qu'ils en revinssent riches, le peuplé ne fit que rire de cette plaisanterie. Mais ce qui le piqua davantage , ce fut que les Thébains avaient obtenu tout ce qu'ils avaient demandé : en quoi, dit Plutarque, ils ne considéraient pas assez la grande réputation de Pélopidas, et ne comprenaient pas combien elle était plus fôrte et plus efficace pour persuader, que toutes les harangues et tous les traits de rhétorique des autres ambassadeurs, sur-tout auprès d'un prince accoutumé à caresser et à ménager les plus forts, et les Thébains pour-tors l'étaient sans contredit ; et d'ailleurs il n'était pas f&ché d'humilier Sparte et Athènes, anciennes et mortelles enneneûes de son trône.
L'estime et la considération que les Thébains avaient pour Pélopidas ne furent pas peu augmentées par l'heureux succès de cette ambassade, qui avait procuré l'affranchissement des Grecs et le rétablissement de Messène; et il en fut extrêmement loué à son retour.
Le théâtre oii le couitage de Pélopidas parut avec le plus d'éclat fut la Thessalie, dans l'expédition dont il fut chargé par les Thébains contre Alexandre^ tyran de Phères. Je la rapporterai de suite, en réunissant sous un seul point de vue. tout ce qui regarde cej grand événement; et je n'en interromprai le récit que
PERSE5 £TIGRECS. 267
pr le voyage que Gt Pélopidas en Macédoine^ dans ce même temps, pour y apaiser les troubles dont la cour était agitée.
S VI. Pélopidas marche contre Alexandre^ tyran de Phèresj et le met h la raison. Il passe en Macédoine pour jr apaiser les troubles qui agitaient la cour y et en amène à Tkèbes Philippe pour otage. Il retourne en Thessalie. Il est arrêté par trahison^ et fait prisonnier *^ Épaminondas le délii^re. Pélopidas remporte une victoire contre le tyran j et est tué dans le combat. Honneurs • singuliers rendus à sa mémoire. Fin tragique d'Alexandre.
LafTaiblissement de Sparte et d'Athènes, qui depuis xenopb.i.6, tant d années étaient en possession de dominer sur toute et 598-601. la Grèce, ou toutes deux ensemble, ou séparément, p. 371.373.' avait inspiré le désir et fait naître Tespérance à quelques peuples voisins, de supplanter ces deux villes, et de s arroger la primauté. Il s'était élevé dans la Thessalie une puissance qui commençait à devenir fbrmi* dable. Jason, tyran de Phères, avait été déclaré gêné- Air.M.3634. ralissime des Thessaliens, du commun consentement ^* ' ' ^^' de tous les peuples de la province ; et c'était à son mé* rite, généralement reconnu, que cette dignité avait été iccordée. Il était à la tête d'une armée composée de |>lus de huit mille chevaux, et de vingt mille hommea pesamment armés, sans compter ceux qui étaient ar* nés à la légère. Que n'aurait-il point pu entreprendre tvec des troupes aguerries et intrépides comme étaient es siennes, et qui avaient une entière confiance dans
1268 HISTOIRlr AirCI£inf£.
la valeur et la prudence de leur chef? La mort arrêta ses desseins; il fut assassiné par des particuliers qui avaient conspiré sa perte.
Ses deux frères, Polydore et Polyphron, furent substitués à sa place. Celui-ci, pour régner seul, tua Polydore, et bientôt après fut tué lui-même par Alexandre de Phères, qui s'empara de la tyrannie, sous prétexte ak.m.3635. de venger la mort de Polydore son père. Cest contre lui que Pélopidas fut envoyé.
Mut. Comme ce tyran faisait ouvertement la guerre a plu-
p!aox^-39a. sicurs peuples de Thessalie, et s'ouvrait secrètement un ^w^?!*^' chemin pour les assujettir tous, les villes envoyèrent à Thèbes des ambassadeurs pour demander des troupes et un général. Pélopidas, voyant Épaminondas occupé êàns le Péloponnèse, se chargea volontiers de cette expédition. Il part donc pour la Thessalie avec une armée, se rend maître de Larisse, et oblige Alexandre de venir à ses pieds. Là il travaille par douceur et par amitié à le changer, et à le faire devenir de tyran un prince humain et juste. Mais, le trouvant incorrigible et d'une brutalité sans exemple, et voyant qu*on se plaignait tous les jours de sa cruauté, de ses débauches et de son avarice insatiable, il commença à employer contre lui de vifs reproches et de fiertés menaces. Le tyran, alarmé, se dérobe avec ses gardes; et Pélopidas, laissant les Thessaliens à couvert des entreprises du tyran, et en bonne intelligence les uns avec les autres, prend le chemin de la Macédoine, où on l'appelait.
Amyntas II venait de mourir. Il avait laissé tix)i> enfants légitimes, Alexandre, Perdiccas, Philippe, cl un fik naturel appelé Ptolémee. Alexandre ne régna
PERSCS ET GRECS. 2169
qu'un an, et eut pour successeur Perdiccas^ à qui scm frère Ptolémée disputa la couronne ^ Ces deux frères appelèrent Pélopidas pour le faire l'arUtre et le juge de leurs querelles, ou pour le prier d'embrasser le parti de celui qui aurait raison et à qui on aurait fait injustice.
Pélopidas n'est pas plus tôt arrivé, qu'il termine tous leurs différends, et rétablit les bannis de part et d'autre. Ayant pris pour otages Philippe, firère du rpi Perdiccas, et trente autres enfamts des plus grandes maisons de la Macédoine, il les mène à Thèbes pour faire voir aux Grecs jusqu'où s'étendait l'autonté des Tbébains par la réputation de leurs forces et par la confiance entière que l'on avait en leur justice et en leur fidélité. Ce fut ce Philippe, père d'Alexandre-le- Grand, qui,.dans la suite, fit la guerre aux Grecs pour les asservir.
Les troubles et les factions recommencèrent, quelques années après., dans la MacÀloine, à l'occasion de la mort de Perdiccas, qui avait été tué dans une ba* taille. Les amis du mort appelèrent Pélopidas. Celuici, voulant arriver avant que Ptolémée, qui entreprenait encore de s'établir sur le trône, eût le temps de se reconnaître, et n'ayant point d'armée, leva à la hâte des soldats mercenaires, et avec ces troupes il marcha, contre Ptolémée. Quand ils furent en présence, Ptolémée, à force d'argent, corrompit ces soldats mer-
' Plutarque met cette qaerel)e mort d'Alexandre , et que je cftppoi>-
entre Alexandre et Ptolémôe ; ce qui terai dans Thistoire de Philippe,
ne peat s^aocorder avec le récit Gomme Eschine était contemporain»
(p^Eschine {défais, Leg, p. 400) fait j'ai cm deyoir aubstituer Perdiccas à
de ce qui arriva i Perdiccas après la Alexandre.
a^O HISTOIBE ANCIENNE.
cenaireS) et les obligea à passer de son coté. En ménif temps, craignant la réputation et le nom de Pélopidas, il alla au-devant de lui comme au-devant de son supérieur et de son maître, eut recours aux caresses et aux prières 9 et promit solennellement qu'il garderait le royaume pour le fils du défunt ; qu'il reconnaîtrait pour amis et pour ennemis tous ceux qui le seraient des Thébains; et, pour sûreté de ses promesses, il donna en otage son fils Philoxène et cinquante jeunes enfants qui- étaient nourris avec lui. Pélopidas les envoya à Thèbes.
La trahison des soldats mercenaires lui tenait fort au cœur. Il apprit qu'ils avaient retiré dans la ville de Pharsale ' la plus grande partie de leurs biens avec leurs femmes et leurs enfants. Il jugea que c'était une | belle occasion de se venger de leur perfidie. U as* semble donc quelques troupes de Thessaliens, et marche à Pharsale. A. peine y est-il arrivé, que le tyran Alexandre se présente devant lui avec une puissante armée. Pélopidas, qui avait été envoyé vers lui comme ambassadeur, croyant qu'il venait pour se justifier et pour répondre aux plaintes des Thébains, va à lui avec Isménias seul , sans autre précauticm. Ce n'est pas qu il ne le connût pour un scélérat et pour un homme sans foi et sans honneur; mais il se flattait que le respect qu'il aurait pour Thèbes, et la considération de sa dignité et de sa réputation, l'empêcheraient de rien entreprendre contre sa personne. U fut trompé : le tyran, les voyant seuls et sans armes, les prend prisonniers, et se saisit de Pharsale.
> Ville d« Thesaalie.
Polybe blâme ésLtrémement cette imprudence de Pé- Lib.8, ' lopidas. Il y a, dit-îl , dans le commerce de la société^ ^^* ^"' des assurances et comme des liens de la bonne foi, snt lesquels on peut raisonnablement compter : tels sont la sainteté du serment, le gage de femmes et d'enfants livrés en otage, et, plus que tout cela encore, la con* dnite passée et uniforme de ceux avec qui Ion traite. Quand, malgré toutes ces preuves, on est trompé, c'est un malheur, mais non une faute. Mais se fier & un perfide et à un scélérat connu pour tel , c'est une témérité qui n'est point pardonnable.
Cette noire perfidie d'Alexandre remplit de terreur Piut. et de défiance l'esprit de tous ses sujets, qui se dou- p.'"a9a 293. tèrent bien qu'après une injustice si criante et une si p.' ^s^l^s. grande audace, le tyran n'épargnerait plus personne, et se comporterait en toutes rencontres, et contre toutes sortes de gens, en homme désespéré et qui n'avait plus rien à ménager. Quand on eut appris cette nouvelle à Thèbes, les Thébains, irrités d'un si criminel attentat, envoyèrent sur-le-champ une armée en Thessalie; et, comme ils étaient fêchés contre Epaminondas , qa*ï]s soupçonnaient , quoique sans raison , d'avoir été dans une occasion particulière trop favorable aux Lacédémonjens, ils nommèrent d'autres généraux: ainsi il n'alla à cette expédition que comme simple particulier. L'amour de la patrie et du bien public étouffait dans le cœur de ces grands hommes tout ressentiment , et ne leur permettait pas, comme cela n'est que trop ordinaire, de cpiitter le service pour quelque pique dlionneur, ou pour un mécontentement personnel.
Le tyran mène cependant Pélopidas à Phères , et les premiers jours il permet à tout le monde de le voir,
%'J^ UISTOIRK ANCIENIfE.
s'imaginant qne cette aventure aurait humilié sa fierté et abattu son courage. Mais Pélopidas , voyant les habitants de Phères tout consternés , ne cessait de les consoler et de les exhorter à avoir. bonne espérance, leur promettant quc^ le tyran serait bientôt puni. U lui fit dire à lui-même qu'il était bien imprudent et bien injuste de tourmenter et de faire mourir tous les jour» tant de bons citoyens qui ne lui avaient &it aucun mal , et de l'épargner, lui, sachant bien qu'il ne serait pas plus tôt sorti de ses mains, qu'il lui ferait porter U peine due à ses crimes. Le tyran, étonné de cette grandeur d'ame, lui ayant fait demander pourquoi il cherchait ainsi la mort : C'est ^ lui fit dire son illustre ptisonnier y qfin que tu périsses d'autant plus tot^ devenu encore plus V ennemi des dieux et des hommes.
Depuis ce jour -là le tyran défendit que personne le vit et lui parlât. Mais Thébc, sa femme, et fille de Jason, qui avait été aussi tyran de Phères, ayant appris la constance et le courage de Pélopidas , sur le rapport de ceux qui le gardaient, eut la curioâté de le voir et de Fentrelenir ; et Alexandre ne put lui refuser cette permission. Il l'aimait tendrement (si pourtant on peut dire qu'un tyran aime quelqu'un); mais, malgré cette tendresse, il la traitait fort durement, et était dans une défiance continuelle même à son égard. Il n'entrait jamais dans son appartement que précédé d'un esclave qui tenait à la main une épée nue ; et il envoyait auparavant quelques-uns de ses gardes fouiller dans tous les coffres, pour voir si l'on n'y trouve- . ^^ Q^ rait point quelque poignard caché. Malheureux prince, li a,n.a5. s'écrie Cicérou , qui se fiait plus à un esclave et à un Barbare qu'à sa propre femme !
PEHSES £T GRECS. 2^3
Thébé eut donc envie de Voir Pélopidas. Elle le trouva dans un triste état, couvert d'un méchant habit, les cheveux fort négligés , et dénué de toute consolation. Ne pouvant retenir ses larmes à un tel spectacle , Ah! secria-t-elle, infortuné Pélopidasy que je plains votre famre femme] Non y lui répliqua -t- il, c*est vousmême qui êtes à plaindre , Thébé ^ de pouvoir souffrir un monstre conmte Alexandre^ n'étant point sa prisonn&re. Ce mot toucha Thébé jusqu'au vif; car elle ne supportait qu'avec beaucoup de peine la cruaur té, les violences , et les débauches infâmes du tyran. C est pourquoi, allant souvent voir Pélopidas, et se plaignant librement devant lui de tous les outrages quelle souffrait, elle s'aigrissait de plus en plus contre son mari, et sentait croître dans son cœur de jour en joar les sentiments de haine et le désir de se venger.
Les généraux des Thébains, qui venaient d'entrer dans la Thessalie, n'y firent rien, et furent obligés, par leur incapacité et leur mauvaise conduite, d'abandonner le pays. Le tyran les poursuivit dans leur retraite, les harcela honteusement, et leur tua beaucoup de monde. Toute l'armée aurait été défaite, si les sol^ dats n'eussent obligé Épaminondas, qui était parmi eux comme particulier, de prendre le commandement Épaminondas, avec la cavalerie et l'infanterie armée à la légère, se mit à l'arrière-garde. Posté de la sorte, tantôt soutenant l'ennemi, et tantôt le chargeant à son tour, il acheva heureusement la retraite, et sauva les Béotiens. Les généraux, à leur retour, furent condamnes à une amende -de dix mille dragmes ' , et Épaminon-
^ Gnq mUIe U?res. = 9,166 fr. — L.