Tome F, HuL mne
3o6 HISTOIRE ANGIËNNË.
peu de temps après , les Athéniens le déclarèrent seul amiral de leur flotte.
Diod. p. 358. La plupart des projets de la cour de Perse échouaient pour lordinaire par sa lenteur dans l'exécution. Les généraux avaient les mains liées : on ne laissait rien à leur discrétion. Ils avaient dans leurs instructions un plan tout formé , dont ils n'osaient pas s'écarter. Survenait-il quelque accident qu'on n'avait pas prévu , il fallait attendre de nouveaux ordres de la cour; et, avant qu'ils vinssent, l'occasion était perdue. Iphicrate, ayant remarqué que Pharnabaze prenait ses résolutions avec toute la présence d'esprit et la pénétration qu'on pouvait souhaiter dans un habile général j et que
id.p. 357. néanmoins l'exécution ne suivait pas, lui demanda un jour d'où venait que ses vues étaient si vives et ses action si lentes : C'est y lui répliqua Pharnabaze, çue mes vues ne dépendent que de moi y et que V exécution dépend de mon maître.
$ X. Les Lacédémoniens envoient AgésHas au secours de Tachos, qui s'était réi^olté contre les Perses. Actions du roi de Sparte en Egypte ; sa mort. Aépoites de la plupart des provinces contre Artaxerxe.
Piut. Après la bataille de Mantinée, les deux partis,
p"6i6^-1sU. également las de la guerre, avaient fait avec tous les p.*3»7-4oi' ^^^''^^ ^^^ ^® '* Grèce une paix générale, sur le plan du roi de Perse, par laquelle on assurait à chaque ville la jouissance de ses lois et de sa liberté; et les Messéniens y furent compris, malgré tous les mouvements que se donnèrent les Lacédémoniens pour
PEBSES £T GRECS. 3o7
Tempécher. Le dépit qu'ils en eurent les sépara des autres Grecs. Ils furent les seuls qui voulurent Continuer la guerre , dans l'espérance de recouvrer bientôt tout le pays de la Messénie. Cette résolution, dont Agésilas était l'auteur, le fit regarder avec raison comme un homme violent, opiniâtre, insatiable de gloire et de commandements , qui ne craignait point de replonger les sujets de la république dans des malheurs inévitables , par la nécessité où la disette d'argent la met^ trait d'emprunter de grosses somities et de faire de grosses impositions, au lieu de profiter de l'occasion favorable qu'il avait de conclure la paix et de faire finir tous ces maux.
Pendant que ceci se passait en Grèce, Tachos, qui a». M. 3641. était monté sur le trâne de l'Egypte , ramassait autant xrâoph. de de troupes qu'il pouvait pour se défendre contre le roi p^ 6§!'' de Perse , qui songeait à attaquer de nouveau l'Egypte ^^lTa^s?** malgré le mauvais succès des efforts qu'il avait déjà faits ** *: pour réduire ce royaume.
Pour cet effet , Tachos envoya en Grèce , et obtint des Lacédémoniens un corps de leurs troupes, et Agésilas pour les commander : il lui promettait de lé fcire généralissime de ses troupes. Les Lacédémoniens étaient piqués de ce qu'Artaxerxe les avait forcée de comprendre les Messéniens dans la paix qu'ils venaient de conclure, et ils furent ravis d'avoir cette occasion de lui en marquer leur ressentiment. Chabrias , Athénien , se donna aussi à Tachos , mais de son chef, et sans être avoué de sa république.
Cette commission ne fit pas d'honneur à Agésilas. On trouvait indigne qu'un roi de Lacédémone ,'Un grand capitaine comme lui , qui avait rempli la teri^
ao.
3o8 HISTOIRE ANCIENlfS.
du bruit de son nom, im homme phis qu'octogénaire, allât se mettre à la solde d'un Égyptien , et servir sous un Barbare qui s'était révolté contre son maître.
Dès qu'il -fut abordé en Egypte, les principaux capitiadnes du roi et les premiers officiers de sa maison se rendirent à son vaisseau pour le recevoir et pour lui &ire la cour. Les autres Egyptiens n'eurent pas moins d'empressement, à cause de la grande attente qu'avait excitée le nom et la réputation d'Agésilas. Ils accouraient tous en foule sur le rivage pour le voir. Mais , lorsqu'au lieu d'un grand et ma;gnifique prince, selon l'idée que leur en avaient donnée ses beHes actions, ils n'aperçurent aucun. éclat, aucune magnificence, ni sur sa personne, ni dans son équipage, et qu'ils virent seulement un vieillard d'une chétive mine, petit de corps , sans aucune apparence , et vêtu d'une méchante robe d'une étoffe fort grossière ^ il leur prit une envie démesurée de rire , et ils lui appliquèrent la fable d'une montagne en travail.
Quand il fut arrivé auprès du rqi^ Tachos ^ et qu'il eut joint ses troupes à cdles d'Egypte , il fut fort étonné de voir qu'on ne le nomma pas général de toute cette armée comme il s'y était attendu , mais seulement des troupes étrangères; que Chabrias l'Athénien fut fait général des troupes de mer, et que Tachos retenait pour lui le commandement en chef. Ce ne tut pas là le seul déplaisir qu'il eut à essuyer.
Tbchos prit la résolution de marcher vers la Phénicie , aimant mieux faire de ce pays-tà le théâtre de la guerre que d'attendre l'ennemi dans l'Egypte. Agésilas, qui en savait plus que lui, eut beau lui représenter que ses af&ires n'étaient pas assez bien établies au-de-
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PEKSES ET GRECS. SOQ
dans pour s'éloigner ainsi de ses états, qu'il ferait beau* coup mieux d'y demeurer, et de se contenter de &ire agir ses généraux hors de son pays, Tachos méprisa ce sage avis, et ne marqua pas de plus grands égards pour lui dans toutes les autres occasions. Agésilas fut si outré de toute cette conduite , qu'il se joignit aux Egyptiens qui s'étaient soulevés contre lui pendant son absence , et qui avaient mis Nectanébus, son cousin ', à sa place. Agésilas, i^andonnant ainsi le roi au se* cours duquel il avait été envoyé , et entrant au service du rebelle qui favait détrôné, alléguait pour ga justi-* fication qu'il était envoyé pour secourir les Egyptiens, et que, ceux-ci ayant pris les armes contre Tachos, il ne lui était pas permis de servir contre eux sans de nouveaux ordres de Lacédémone. Il y envoya des ex» près, et les instructions qu'il reçut furent qu'il fit ce qu'il jugerait le plus avantageux pour sa patrie. lH n'hésita pas à se déclarer pour Nectanébus. Alors Ta^ chos , obligé de sortir de l'Egypte , se retira à Sidon , d'où il se rendit à la cour de Perse. Artaxerxe, non content de lui pardonner sa faute, lui donna encore le commandement de ses troupes contre les rebelles.
Agésilas couvrait une action si lâdie et si noire du voile de l'utilité publique. Mais, dit Plutarque, que l'on ôte ce voile trompeur , le nom le plus juste et le seul véritable que l'on puisse donner à cette démarche, c'est celui de perfidie et de trahison. U est vrai que les Lacédémoniens, faisant consister la plus grande partie du beau et de Fhonnête dans ce qui est utile à leur patrie, dont ils se font une idole, ne connaissent d'au-
' Sdon DmmIom, e*étftit m» propfefflkjMloii PlsUnpiff , son oowin.
3jQ histoire ANCIENK'S.
tre justice que ce qui leur paraît pouvoir servir à augmenter la grandeur de Sparte et à étendre sa domination. Jç m'étonne qu'un auteur aussi judicieux que Xénophon ait cherché à pallier une telle conduite, en disant simplement qu'Agésilas s'attacha à celui des deux rois qui lui parut le plus affectionné à la Grèce. Dans le même temps, un troisième prince, de la ville de Mendès, se mit sur les rangs, et voulut disputer la couronne à Nectanébus. Ce nouveau prétendant avait une armée de cent mille hommes pour soutenir sl|p prétentions. Agésilas conseilla de les charger avant qu'ils fussent exercés et disciplinés.. En effet, si son avis eût été suivi, on aurait eu bon marché de gens levés à la hâte et sans expérience dans la guerre : mais Nectanébus se mit dans la tête qu'Agésilas ne lui donnait ce conseil que pour le trahir ensuite corame il avait trahi Tadios. Ainsi il laissa à son ennemi le temps d'exercer et de discipliner ses troupes , qui bientôt après l'obligèrent lui*mdme de se retirer dans une ville fermée de bonnes murailles , et qui avait une fort grande enceinte. Agésilas fut obligé de l'y suivre. Le prince mendésien les y assiégea. Alors Nectanébus voulait charger l'ennemi avant que les travaux qu'on commençait pour enfermer la ville fussent avancés , et pressait Agésilas de le faire. Celui-ci relusa d'abord , ce qui augmenta extrêmement les soupçons qu'on avait pris çcHitre lui. A la fin, quand il vit l'ouvrage assez avancé , et qu'il ne restait plus qu'autant de terrain entre les deux bouts des lignes qu'en pouvaient occuper les troupes de la ville rangées en bataille, il dit à Nectanébus qu'il était temps d'attaquer les ennemis ; que leurs propres lignes les empêcheraient de l'enve-
PERSES ET GRECS. 3ll
lopper ; et que Tentre^deux , encore vide , était justement ce. qu'il lui fallait pour ranger ses troupes de manière qu'elles pussent toutes agir. L'attaque s'exécuta comme Agésilas l'avait imaginées. Les assiégeants fiirent battus ; et depuis ce temps-là Agésilas conduisit toutes les opérations de la guerre avec tant de succès, qu'il battit toujours le prince ennemi, et le fit enfin prisonnier.
L'hiver suivant, après avoir bien établi Nectanébus aii:m.3643.
, * ., r - X , / Ay.J.C.36i.
sur le trône , u se mit en mer pour retourner a Lacedémone. Des vents contraires le poussèrent sur la côte d'Afirique, dans un endroit qu'on appelait le port de MénélaSy où il tomba malade, et mourut âgé de plus de quatre-vingt-quatre ans. Il en avait régné quarante et un à Sparte ; et de ces quarante et un il en avait passé plus de trente dans la réputation du plus grand et du plus puissant de tous les Grecs, et avait été regardé comme le chef et le roi de presque toute la Grèce jusqu'à la bataille de Leuctres. Ses dernières années ne soutinrent pas parfaitement la réputation qu'il s'était acquise; et l'on trouve que Xénophon, dans l'éloge qu'il fait de ce prince , où il lui donne la préférence sur ^us les autres capitaines , a trop exagéré ses vertus et dissimulé ses défauts.
Le corps d' Agésilas fut transporté à Sparte. Ceux qui étaient auprès de lui , n'ayant point de miel, dont les Spartiates avaient coutume de couvrir les corps qu'ils voulaient embaumer, y substituèrent de la cire. Son fils Archidamus lui succéda au trône , qui demeura dans sa maison jusqu'à Agis , qui fut le cinquième roi de sa famille depuis Agésilas.
3l2 HISTOIRE AirCIENNE»
Vers la fin de la guerre d'Egypte éclatèrent les révoltes de la plupart des provinces soumises aux Perses.
Artaxerxe Mnémon , sans le vouloir, y avait donné lieu. Ce prince, par lui-même, était bon, équitable, bienfaisant ; il aimait les peuples et en était aimé. U avait beaucoup de douceur dans le caractère, mais une douceur qui dégénérait en mollesse , sur-tout dans les dernières années de sa vie; qui lui donnait de l'éloi* gnement pour toute application et tout travail ; et qui par là rendait inutiles les bonnes qualités qu'il avait d'ailleurs, aussi-bien que ses bonnes intentions. Les satrapes et les gouverneurs de provinces, abusant de sa bonté et de la faiblesse de son grand âge, vexaient les peuples , les traitaient avec hauteur et dureté, les accablaient d'impôts , et disaient tout ce qu'il fallait pour leur rendre le joug de la domination persane in* supportable.
Le mécontentement devint général , et , après une longue patience , il éclata presque en même temps de tous côtés. L'Asie Mineure, la Syrie, la Phénicie, et plusieurs autres provinces, se déclarèrent ouvertement et prirent les armes. Les principaux chefs qui entrèrent dans cette conspiration étaient: Ariobarzane, satrape de Phrygie; Mausole , roi de Carie; Oronte , gou* vemeur de Mysie; Autophradate , de Lydie. Datame, qui commandait en Cappadoce, et dont il a été parlé ailleurs , s'y trouva aussi engagé. Par là toTit d'un coup la moitié des sources des revenus de la couronne se trouva tarie; et le reste n'eût pas suffi pour faire la guerre aux révoltés , s'ils eussent agi de concert. Mais leur union ne dura guère, et ceux qui avaient été les
preinîers et les plus zélés à secouer le joug furent aussi les preinîers à le reprendre et à trahir les intérêts des autres pour fiiire leur paix avec le roi.
Les provinces de l'Asie Mineure, en se retirant de son obéissance, s étaient confédérées, afin de se mieux défendre contre lui. Elles avaient choisi Oronte, gou* vemeur de Mysîe, pour génmil de la confédération. Elles avaient aussi résolu qu'on prendrait vingt mille hommes de troupes étrangères pour joindre à celles du pays, et ce fut le même Oronte qui fut chargé de les levtr. Mais quand il eut entre les mains l'argent nécessaire pour la levée de ces troupes et pour un an de paie, il garda l'argent pour lui, et livra au roi ceux qui le hii avaient apporté des provinces révoltées.
Rhéomithre,uif autre des cheis dans l'Asie Mineure, étant envoyé en Egypte ' pour en tirer du secours , commit ime perfidie et une trahison toute pareille. En effet, ayant apporté de ce pays-là cinq cents talents ^, et obtenu cinquante vaisseaux de guerre, il convoqua à Leueas, ville de l'Asie Mineure, les principaux des révoltés, sous prétexte de leur rendre compte de sa négociation , les arrêta tous , les livra au roi pour faire sa paix, et garda l'argent qu'il avait rapporté d'Egypte pour la confédération. Ainsi cette formidable révolte, qui avait mis l'empire de Perse à deux doigts de sa ruine , se dissipa d'elle-même ; ou , pour parier plus juste , elle fut suspendue pour quelque temps.
' Diodore fVt que ce fut yen Tftf > Cinq cent mille écus.
choi ; mais il y a plus d'apparence := 2,75o,ooo fr. — L.
<1Q« ce fat Yen Nectanébas.
3j4 histoire ancienne.
§ XI. Troubles à la cour d^ArtaxtrxBy au sujet dt son successeur. Mort de ce prince.
Plut. La fin du règne d'Artaxerxe fut pleine de cabales.
1094-1027^ Tout le monde à sa cour prenait parti pour quelqu'un ^^.' 400?' ^^ ^^ fi'^9 V^^ prétendait à sa succession. Il en avait ^r^'^ie/a' ^^^^ cinquante de ses concubines, lesquelles étaient au nombre de trois cent soixante; et trois d'Atossa, sa femme légitime, Darius , Ariaspe et Ochus. Pour arrêter tous ces mouvements, il désigna Darius, q«i était l'aîné, pour son successeur; et, afin d'ôter tout lieu de lui disputer son droit après sa mort, il lui- permit dès* lors de prendre le titre de roi, et de porter la tiare royale '.Mais ce jeune prince voulait quelque chose de plus réel : d'ailleurs, le refus que fit Artaxerxe de lui donner une de ses concubines, qu'il lui avait demandée, le piqua vivement; et il fit une conspiration contre la vie de son père, où il engagea cinquante de ses frères. Ce fut Tiribaze, dont il a été parlé plusieurs fois dans le volume précédent, qui contribua le plus à lui faire prendre une résolution si dénaturée, et cela pour un pareil sujet de mécontentement contre le roi, qui, ayant promis de lui donner en mariage une de ses filles, ' puis une autre , lui manqua toutes les deux fois de pa-
role, et les épousa lui-même. Ces incestes abominables étaient pour-lors permis en Perse , sans que la religion qu'on y professait réclamât contre.
* Celle tiare était un turban , ou était couchée, et en avant. Tous les
une espèce de coiffure dont Taigrette autres la portaient couchée, et eu
était droite. Les sept conseillers arrière, avaient aussi une aigrette ; mais elle
PCRSES ET GRECS. 3l5
' Déjà le nombre des conjurés était grand , et le jour pris pour l'exécution , lorsqu'un eunuque, bien instruit de tout, en donna avis au roi. Sur cette dénonciation, Artaxerxe pensa que ce serait une fort grande imprudence de mépriser un si grand danger, en négligeant d'approfondir l'avis; mais que c'en serait Picore une plus grande d'y ajouter foi sans aucune preuve certaine et indubitable. Il s'en assura par ses propres yeux. On laissa venir les conjurés jusque dans la chambre du roi , puis ils furent arrêtés. Darius et tous ses complices furent punis comme ils le méritaient.
Après la mort de Darius, les cabales recommencèrent tout de nouveau. Trois de ses frères se mirent sur les rangs: Ariaspe, Ochus, et Arsame. Les deux premiers prétendaient à la couronne par droit de naissance , parce qu'ils étaient fils de la reine ; te troisième avait pour lui la faveur du roi, dont il était le plus tendrement aimé, quoiqu'il ne fût fils que d'une concubine. Ochus , dévoré d'ambition , chercha à se défaire de ses deux rivaux. G>mme il était également cruel et rusé, il employa sa cruauté contre Arsame, ses ruses et ses finesses contre Ariaspe. Connaissant ce dernier pour un homme fort simple et fort crédule , il lui fit faire , par des eunuques du palais , qu'il avait gagnés , de si terribles menaces de la part du roi son père, que, s'attendant à tout moment d'être traité comme l'avait été Darius, il s'empoisonna lui-même |>our l'éviter. Il ne restait plus après cela qu'Arsame qui lui fît ombrage, parce que son père, aussi-bien que tout le monde en général , le regardait comme le plus digne du trône, à cause de son habileté et de ses
3l6 HISTOIRE AirCIEJfKE. ^ .
autres belles qualités. II le fit assassiner par Harpate. fils de Tiribaze.
Cette perte , qui suivit l'autre de fort près , et la scélératesse qui les avait accompagnées toutes deux, eausèrent une douleur mortelle k ce vieux roi. A son âge, il n'est pas surprenant qu'il ne se trouvât pas assez de force pour soutenir le poids d'une telle affliction; elle Av. M. 3643. l'accabla, et le mit au tombeau après un règne de qua* rante-trois ans , qui pourrait passer pour heureux s'il n'avait été troublé par beaucoup de révoltes. Le règne suivant ne le sera pas moins.
§ XII. Causes des soulès^ements et des révoltes qui arrivaient si fréquemment dans Vempire des Perses,
J'ai eu .soin, en rapportant les séditions arrivées dans l'empire des Perses, de marquer de temps en temps tes abus qui y donnaient lieu; mais comme ces révoltes ont été plus fréquentes que jamais dans les dernières années, et qu'elles le seront encore, sur- tout sous le règne qui va suivre, j'ai cru qu'il était à propos de réunir ici sous un même point de vue les différentes causes de ces soulèvements , qui annoncent pour Fempire des Perses une prochaine décadence.
ï. Après le règne d'Artaxerxe-Longue-Main, les rois de Perse s'abandonnèrent de plus en plus aux charmes de la volupté et du luxe, et à la douceur d'une vie indolente et désoccupée. Renfermés ordinairement dans leurs palais au milieu des femmes et d'une foule de courtisans flatteurs, ils se contentaient de goûter dans
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une moBe oisiveté le pJaisir d'être les maîtres de tout; et ils Élisaient consister leur grandeur dans f éclat des ricbesses, et dans une. somptueuse magnificence.
II. Cétaient d'ailleurs des princes sans grands talents pour le maniement des afibires, sans grande capacité pour le gouvernement , sans goût pour la gloire. Ne se sentant pas assez d'étendue d'esprit pour anima: toutes les partie» de«ce vaste empire, ni assez de force pour en soutenir le poids, ils se déchargeaient sur leurs officiers du soin des affaires, des fatigues du commandement des anaées, et des dangers qui accompagnent l'exécution des grandes entreprises ; et leur ambition se bornait à porter seuls le titre fastueux de grand" roi^ et de roi des rois.
III. Les premières charges de la couronne, les gouvernements des provinces, les commandements des armées, étaient ordinairement donnés à des gens sans service et sans mérite; c!était le crédit des favoris, les intrigues secrètes de la cour, les sollicitations des femmes du palais^ qui décidaient du choix des sujets pour remplir les plus importantes places de l'empire, et qui disaient tomber sur leurs créatures les récompenses dues aux officiers qui avaient le plus utilement servi letat.
IV. Souvent ces courtisans, par une basse jalousie contre le mérite qui leur faisait ombrage, et qui leur i^prochait leur peu d'habileté, éloignaient leurs rivaux des affaires, et rendaient leurs talents inutiles à l'état': quelquefois même ils rendaient leur fidélité suspecte par d'artificieuses délations, les faisaient oiter en j.uge-
' Pbamabase. Tblbaze.
3l8 HISTOIRE AKGIENlfE.
ment comme des criminels d état, et forçaient les plus fidèles serviteurs 'du roi, pour se défendre contre leurs calomniateurs, de chercher leur sûreté dans la révolre, et de tourner contre leur prince les armes qu'ils avaient si souvent fait triompher pour sa gloire et pour le service de Tempire.
V. Ces ministres, pour retenir les généraux dans leur dépendance, les gênaient par des ordres bornés, qui les mettaient dans la nécessité de laisser échapper les occasions de vaincre , et les empêchaient, par l'attente de nouveaux ordres, de pousser leurs avantages : souvent ils les rendaient responsables des mauvais succès, après les avoir laissé manquer de tout ce qui était nénessaire pour réussir.
VI. Les rois de Perse avaient extrêmement dégénéré de la frugalité de Cyrus et des anciens Perses, qui se contentaient de cresson pour nourriture, et d'eau pour boisson. Toute la noblesse avait été entraînée par la contagion de cet exemple. £n conservant l'unique repas de leurs ancêtres , ils le faisaient durer pendant la plus grande partie du jour, et le prolongeaient jusque dans la nuit par l'ivrognerie, dont, bien loin d'en rougir , ils se faisaient gloire , comme on le voit dans le jeune Cyrus.
vil. L'extrême éloignement des provinces, qui s'étendaient depuis la mer Caspienne et lé Pont-£uxin jusqu'à la mer Rouge et à l'Ethiopie, depuis les fleuves de llnde et du Gange jusqu'à la mer Egée , était un grand obstacle à l'attachement et à l'afFection des peuples, qui n'avaient jamais la satis&ctîon de jouir de la
, etc.
PERSES ET GRECS.' Sig
présence de leurs maîtres; qui ne les connaissaient que par la pesanteur des impôts, par l'orgueil et l'avarice de leurs satrapes; et qui, en se transportant même à la cour pour y porter leurs demandes et leurs plaintes j m pouvaient espérer de trouver accès auprès des princes, qui croyaient qu'il était de leur majesté de se rendre invisibles et inaccessibles.
VIII. Cette multitude de provinces assujetties aux Perses ne composait pas un -empire uniforme , ni un corps d'état régulier, dont tous les membres fussent unis par des liens communs d'intérêts , de mœurs , de langage et de religion; qui fussent animés d'un même esprit de gouvernement, et conduits par des lois sem* blables : c'était plutôt un assemblage confus, mal as« sorti , tumultuaire , et même forcé , de différents peuples, autrefois libres et indépendants, dont quelques-uns , ar*radiés de leur patrie et des sépulcres de leurs pères, se voyaient avec peine transportés dans des contrées inconnues ou ennemies, où ils continuaient de se gouverner par des lois particulières et par une police propre. Ces différentes nations, qui non-seulement vivaient sans avoir de liaison ni de relation entre elles, mais qui conservaient une diversité d'usages et de culte, et souvent même une antipathie de caractères et d'inclinations , ne soupiraient qu'après la liberté et qu'après le i^blissement dans leur patrie. Tous ces peuplés ne smtéressaient donc point à la conservation d'un empire qui seul mettait un obstacle à de si vifs et de si justes désirs; et ils ne pouvaient s'affectionner à un gouvernement qui les traitait toujours en étrangers et en vaincus, et qui ne leur donnait jamais part à son autorité ni à ses privilèges.
3aO HISXOJAE ANCIEICNE.
IX. L*étendue de Fempire et réloignement de la cour obligeaient de donner aux vice-rois des provinces froih tières une très-grande autorité poiu* toutes les parties du gouvernement, pour lever et soudoyer des armées; pour imposer des tributs; pour juger les différends des villes, des provinces, et des rois vassaux; pour &ire des traités avec les états voisins. Une puissance si étendue et presque indépendante, dans laquelle on les continuait plusieurs années sans les relever, et sans leur donner ni adjoints ni conseil pour délibérer sur les affaires, les accoutumait au plaisir de commander absolument et de régner : ils souffraient ensuite avec peine qu'on les retirât de leurs gouvernements, et souvent ils cherchs^ent à s'y maintenir par les armes.
X. Les gouverneurs de provinces , les généraux d'armée , et tous les autres officiers et ministres , se faisaient un honneur d'imiter dans leurs équipages, dans leurs tables, dans leurs meubles et dans leurs habillements, la pompe et l'éclat de la cour où ils avaient été élevés. Pour soutenir uïi faste si ruineux, et fournir h des dépenses qui passaient la fortune et les forces des particuliers, ils étaient réduits à vexer les sujets de leurs départements par des taxes arbitraires, par des concussions criantes, par le trafic honteux d'une vénalité publique qui faisait acheter à prix d'argent des places qui n'auraient, dû être accordées qu'au mérite. Tout ce que la vanité prodiguait , tout ce que le luxe épuisait, était remplacé par les artifices et par la violence d'une avarice insatiable.
Ces excès , et beîaucoup d'autres encore , qui demeuraient sans remède, et que l'impunité augmentait tous les jours , lassèrent enfin la patience des peuples , et
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répandirent dans les esprits un mécontentement général, avant-GOureur ordinaire de la ruine des états. Leurs justes plaintes , long-temps m^risées^ en précipitèrent plusieurs dans une rébellion ouverte, et les portèrent à se rendre eux-mêmes la justice qui leur était refiisée. Us manquaient en cela contre la soumission et la fidélité que les sujets doivent à leurs souverains : mais le paganisme ne portait pas si loin ses lumières , et n'était pas capable d'une perfection si sublime, réservée à une religion qui enseigne que nul prétexte y nulle injustice, nulle vexation, ne peuvent jamais autoriser la rébellion contre le prince.
Toniê y. But, anc. 2 1
32a HISTOI&E ANCIEirVK.