DES PERSES ET DES GRECS, SOUS L£ RÈON£ D'OCHUS
§ I. Ochus monte sur le trône de Perse; ses cruautés. Ré\^oltes de plusieurs peuples.
1: LUS la mémoire d'Artaxerxe Mnémon était honorée et respectée dans tout l'empire , plus Ochus croyait avoir à craindre pour lui-même , persuadé qu'en lui succédant il ne trouverait pas des dispositions si favorables dans les peuples ni dans la noblesse, dont il Poiywn. venait de se rendre l'horreur par la mort de ses deux
*rc*'? 7' frères. Pour empêcher que cette haine ne lui fît donner l'exclusion, il gagna les eunuques et les autres qui se trouvaient auprès de la personne du roi, et fit cacher sa iport au public. Il commença à prendre le maniement des af&ires, donnant des ordres, et scellant des décrets au nom d'Artaxerxe, comme s'il eût toujours été en vie ; et dans un de ces décrets il se fit proclamer roi par tout l'empire, toujours par ordre
An. M. 5644. d'Artaxerxe. Après avoir gouverné ainsi près de dix ' mois, se croyant assez bien établi, il déclara enfin la
P12RSES ET GRECS. ^H^
mort de son père, et monta sur te trône en prenant le nom d'Artaxerxe. L'histoire lui donne néanmoins plus communément celui d'Ochus; et c'est de ce nom que je l'appellerai ordinairement dans toute la suite de cette histoire.
Ochus fut le prince de sa race le plus cruel et le plus méchant. Ses actions le firent bientôt connaître. Dans fort peu de temps il remplit le palais et tout l'empire de meurtres. Pour ôter aux provinces révoU Jwtin. i. lo. tées le prétexte de mettre sur le trône quelque autre *^*^' de la fiunille royale, et se débarrasser tout d'un coup de toutes les peines que les princes ou les princesses du sang pourraient lui causer, il les fit tous mourir , sans aucun égard pour le sexe, l'âge, ou la proximité. Il fit enterrer vive sa propre sœur Ocha, dont il avait vaier. iCax. épousé la fille; et, ayant renfermé un de ses oncles * * ?' *^* ^* avec cent de ses fils et de ses petits-fils dans une cour, il les fit tous tuer à coups de flèches , uniquement parce que ces princes étaient fort estimés par les Perses pour leur probité et leur courage. Cet oncle est apparemment le père de Sisygambis, mère de Darius Codoman; car Quinte-Curce nous apprend qu'Ochus Q.Ciirt.i.io. avait fait massacrer quatre-vingts frères de Sisygambis ^*^' ^ avec leur père en un même jour. Il traita avec la même barbarie, dans tout l'empire, tous ceux qui lui donnaient quelque ombrage , n'épargnant aucun de la noblesse qu'il pouvait soupçonner être tant boit peu ^ mécontent.
Les cruautés qu'Ochus avait exercées ne le délivré- Av.m. jc^ji. rent pas de toute inquiétude. Artabaze , gouverneur dIoJ. Ijs) dune des provinces d'Asie, engagea dans son parti ^** ''*'*''** Charès, Athénien, qui commanda^}; une flotte et un
3a4 HISTOIRE ANCIENNE.
corps die troupes grecques dans ces quartiers-là ; et avec son assistance il défit une armée du roi, de soixante et dix mille hommes, qu'on avait envo)ée pour le réduire. Artabaze , en récompense d'un si grand service, donna à Charès de quoi payer tous les frais de l'armement. I^ roi de Perse ressentit vivement cette conduite des Athéniens à son égard. Ils étaient pour-lors occupés à la guerre des alliés. La menace que fit le roi de se joindre à eux avec une nombreuse flotte obligea les Athéniens de rappeler Charès. A!f.M.365t. Artabaze. abandonné par ceux-ci, eut recours aux
Av J C 153
Thébains , dont il obtint cinq mille hommes qu'il prit à sa solde, avec Pammène pour les commander. Ce renfort le mit en état de remporter encore deux grandes victoires sur les troupes du roi. Ces deux actions firent beaucoup d'honneur aux troupes thébaines,et à celui qui les. commandait. Il fallait que Thèbes fût bien animée contre le roi de Perse pour envoyer à ses ennemis un secours si puissant dans le temps même qu elle était occupée à la guerre contre les Phocéens. Peutêtre était»ce un effet de sa politique , pour se rendre par là plus formidable, et pour faire acheter plus cher D^od. ibid. son alliance. Ce qui est certain , c'est que peu de temps P' ^' après elle se réconcilia avec le roi , qui lui fit compter trois oents talents, c'est-à-dire trois cent mille écus. Artabaze, destitué de tout secours, succomba enfin, et fut obligé de se réfugier chez Philippe , en Macédoine.
Ochus , délivré d'un si dangereux ennemi , tourna
^ toutes ses pensées du coté de l'Egypte, qui depuis
^ long-temps s'était révoltée. Dans le même temps, il se
passa en Grèce ({uelques événements assez remar-
PERSES ET GRECS. m5
quables, qui ont peu de liaison avec les afiaires de la Perse. Je les insérerai ici; après quoi je reviendrai au règne d'Ochus , pour ne plus interrompre le (il de son
histoire.
§ n. Guerre des alliés contre les Athéniens,
Peu d'années après les révoltes de l'Asie Mineure An.m.3646dont je viens de parler, c'est-à-dire la troisième année (le la cent-cinquième olympiade, Chio, Cos, Rhodes, Byzance , se soulevèrent contre Athènes , dont jusquelà elles avaient dépendu. Elle employa, pour les réduire , et de grandes forces , et de grands capitaines , Chabrias, Iphicrate, Timothée. Ce furent les ' derniers des généraux adiéniens qui firent honneur à leur patrie, aucun, depuis eux, ne s'étant distingué par son mérite ni par sa réputation.
Chabrias s'était déjà (ait un grand nom, lorsque, ConcLTCep. envoyé au secours des Thébairis contre ceux de Sparte, "* c. i. ^' et se voyant abandonné dans le combat par les alliés, qui avaient pris la fuite , il soutint seul le choc des ennemis, ses soldats, par son ordre, s'étant serrés l'un contre l'autre, un genou en terre, couverts de leurs boucliers , et étendant en avant leurs piques : de sorte qu'ils ne purent jamais être enfoncés ; et Agésilas > quoique vainqueur, fut obligé de se retirer. Les Athéniens érigèrent une statue à Chabrias dans l'attitude où il avait combattu.
Iphicrate était d'une fort basse naissance , ayant eu Lib»n. io
' •> HaN cxtrenui luit aeUt im- lanim ohitum qnisquam dux in illa ^^ pcntonim atbeniensiom , Ipbicratis, urbe fuit di^us memorift. » (Cork. ^Hiabrlx, Timothci : neque post il- Nep. in Timoth, , cap. 4. )
3^6 HISTOIRE Aircicvin:.
Orat.Dein. pour père Un cordonnier. Mais, dans une ville Ubre ^^p^l^efs^' corons® Athènes, le mérite seul faisait la noblesse des citoyens. On peut dire que celui-ci fîit véritablement fils de ses actions. S'étant signalé dans un combat naval où il n'était encore que simple soldat, il fut bientôt après employé avec distinction, et honoré du commanpiai. in dément. Dans un procès qu'on lui suscita, son accui^g. 87! sateur, Tun des descendants dUarmodius, qui faisait valoir extrêmement le nom de ses ancêtres, lui ayant reproché la bassesse de sa naissance, Ouiy répliquat-il, la noblesse de maJamiUe commence en moi y et celle de la votre finit en vous. Il épousa la fille de G>tys, roi de Thracc.
Diod. 1. i5. On le met de pair avec les plus grands honuDes
pag. 36o. * -11»
coni«L Nep. de la Grèce * , sur-tout pour ce qui regarde la science 'cap^ T/ de la guerre et la discipline militaire. Il fit plusieurs changements utiles dans Tarmure des soldats. Avant lui, les boucliers étaient fort longs et fort? pesants , et par cette Daiison les chargeaient et les embarrassaient extrêmement; il les rendit plus courts et plus légers, de sorte que, sans découvrir le (x>rps, ils lui dcmnaient plus de vitesse et d'agilité. Au contraire, il allongea les piques et les épées, afin de pouvoir porter de plus loin des coups à l'ennemi; il changea aussi les cuirasses, et, au lieu qu'auparavant elles étaient de fer ou d'airain, il les fit faire de lin. On a de la peine à concevoir comment de telles cuirasses pouvaient défendre les soldats et les mettre en sûreté contre les coups qu'on
* « Iphicrates, Atheaienaîs , non liim «tatia sac cum primis cmopo-
Um maipûtudine renim geitanmi, nretor, aed ne 4c m^ofibaa natn
qu^ diaciplinà miliurâ nobilitatua qnidem quiaquam antepooaredir. •
est. Fuit enim talîa dm , ut non 90^ (Gonv. Nip.)
leur portait. Mais ce lin , trempé dans du vinaigre mêlé de sel, était tellement préparé, qu'il se durcissait, et devenait impénétrable au fer aussi-bien qu'au feu. L'usage en était commun chez plusieurs nations.
Jamais troupes ne furent ni mieux exercées, ni mieux disciplinées que celles dlphicrate. Il les tenait toujours en haleine : et en temps de paix ou de repos il leur faisait faire toutes les évolutions nécessaires , soit pour attaquer l'ennemi , ou pour se défendre; soit pour dresser des embuscades, ou pour les éviter; soit pour conserver leurs rangs dans la poursuite même des fuyards, et ne pas trop s'abandonner à une ardeur qui souvent devient pernicieuse, ou pour se rallier à propos aprA un commencement de déroute. Ainsi, quand il s'agissait de donner un combat, au premier signal, tout se mettait en mouvement avec une promptitude et un ordre admirables. Les officiers et les soldats d'eux-mêmes se rangeaient en bataille, et jusque dans le feu de l'action ils prenaient leur parti comme l'aurait pu ordonner le plus habile général ; mérite fort rare, à ce que j'entends dire, mais bien estimable, qui contribue, plus qu'on ne peut croire^ au gain d'une bataille, et qui marque dans le chef une supériorité de génie non commune.
Timoihee était fils de G>non, si célèbre par ses grandes actions et par les services importants qu'il rendit à sa patrie. Il ne dégénéra point ' de la réputa-
' « Hic a patfe acceptam glomm « Tûnodieafl , Cononîs fiUus , qnum
""dtù amût TÎrtmîbas. Fuit «nun b«lU kude non inforîor lîiiaaet qvài|i
^''^itas , impîger , laboriociu , rei pater , ad eam laudem doctrinae et
i&ilitarii peritus, néqti« miniis civi- ingenU glprlam acQecît. » (Cic. de
Sad HISTOIRE ANCIENNE.
tion de son père, soit pour le mérite guerrier, soit pour l'habileté dans le gouvernement; mais il y ajouta la gloire qui vient des talents de Tesprit, s'étant distingué particulièrement par le don de la parole et par le goût pour les sciences:
piuLinSyii», Aucun Capitaine n'éprouva moins que lui au comi»*6- 4î>4. mencement l'inconstance du sort des armes. Il n'avait qu'à tenter pour réussir ; le succès suivait toujours ses vues et ses désirs. Un si rare bonheur ne manqua pas d'exciter la jalousie. Ses envieux, comme je Tai déjà observé, le firent peindre dormant, tandis que la Fortune, près de lui, prenait des villes dans des filets. A cela Timothée répondit froidement : Puisque tout endarmi je prends les villes y que Êb/erai-je point éveiUè? Il prit ensuite la chose plus sérieusement; et, indigné contre ceux qui prétendaient ainsi rabaisser la gloire de ses actions, il protesta en public qu'il ne la devait qu'à lui-même, et non à la Fortune. Cette déesse, dit Plutarque, blessée d'un orgueil si fier et si insolent, l'abandonna entièrement dans la suite, et il n'eut plus aucun heureux succès* Voilà quels chefs furent employés dans la guerre des alliés.
Biod.iib.x6, L'ouverture de la guerre et de la campagne se fit Cornai. Nep. par Ic siége de Chio. Charès oonmiandait l'armée de 'aip.4r terre, et Chabrias celle de mer. Tous les alliés s'empressèrent de porter du secours à cette île. Oiabrias, ayant forcé l'entrée du port, y entra malgré l'effort des ennemis. Les autres galères n'osèrent pas l'y suivre, et l'abandonnèrent. Il fut bientôt enveloppé de toutes parts, et son vaisseau percé de coups. Il aurait pu se sauver à la nage vers la flotte athénienne , comme firent ses soldats; mais, par un principe de glœre mal
PEASES ET GRECS. 3^9'
entendu, il ne crut pas qu'il fût permis à un générai d'abandonner ainsi son vaisseau; et il préféra une mort, glorieuse selon lui, à une fuite honteuse.
Cette première entreprise ayant mal. réussi, on fit de part et d'autre de nouveaux efibrts. Les Atliéniens avaient équipé une flotte de soixante galères, et nommé Charès pour la commander ; ils en armèrent encore soixante autres, sous le commandement dlf^icrate et de Timothée. La flotte des alliés était de cent voiles. Après avoir ravagé plusieurs îles qui appartenaient aux Athéniens, et en avoir tiré un grand butin, ils s'attachèrent au siège de Samos. Les Athéniens, de leur coté, ayant réuni toutes leurs forces, assiégèrent Byzance. Les alliés accoururent aussitôt pour la défendre. Les deux flottes étknt en présence, on se préparait au combat, lorsqu'il survint tout-àHM>up une violente tempâle^ malgré laquelle Qiarès voulait qu'on s'avançât contre Tennemi. Les deux autres chefs, plus prudents et plus expérimentés que lui, ne crurent pas que dans une telle conjoncture on dût hasarder le combat. Charès, indigné de voir qu'on ne se rendait point à son avis, prit les soldats à témoin qu'il ne tenait pas à lui qu'on ne battît les ennemis. C'était un homme naturellement vain, plein d'ostentation et d'estime de lui-m^e, qui exagérait ses services, méprisait ceux des autres, et i^ppelait à Jui seul toute la gloire des bons succès. Il écrivit à Athènes contre ses deux collègues, les accur sant de lâch^ et de tralûson. Sur ses plaintes, le peuple % qui était, léger, vif, soupçonneux, et natu* Tellement jaloux à l'égard de quiconque se distinguait
' «Populos ac«r, sospicax, mo- tend», domum rerocat. » (Gobx. oHU , advenarias , invidus etiam po- Nsp. )
330 HISTOIRE AlfClENITE.
par un crédit et un mérite éclatant, rappelle ces deux chefs, et leur fait leur procès.
La faction de Charès, qui était très-puissante à Athènes, s'étant déclarée contre Timodiée, il fiit condamné à une amende de cent talents * : digne récompense du noble désintéressement qu'il avait fitit paraître dans une autre occasion, en rapportant à sa patrie, du butin pris sur lennemi, douie cents talents ^, sans en rien réserver pour lui-même. Il ne put pas soutenir plus long-temps la vue d'une ville ingrate; et, hors detat, pauvre comme il était, de payer une si forte amende, il se retira à Chalcide ^. Après sa mort, le peuple, touché de repentir, réduisit l'amende à dix talents, qu'il fit payer à son fils G>non pour rétablir une certaine partie des murs. Ainsi, par un événement assez bizarre <. ces mêmes murs que son grand-père avait rebâtis des dépouilles des ennemis, le petit-fils, à la honte d'Athènes, les répara en partie de son propre bien.
ArUt. Rbet. Iphicratc fut aussi appelé en jugement. Ce fut dans cette occasion qu'Aristophon, autre capitaine athénien, l'accusa d'avoir trahi et vendu la flotte qu'ii cotnmandait. Iphicrate, avec la confiance qu'inspire une réputation établie, lui demanda : Auriezrvous été homme àfaitfune trahison de cette nature? Non y répondit Ari^ophon,/p suis trop homme d* honneur pour cela? Quoi! repartit alors Iphicrate, ce qu* Aristophtm. n^awraitptisjàit, Iphicrate V aurait pu faire? Poiyaen. U ^e sc coutcnta pas d'employer pour sa défense ia
fc's^^.oO ^^^^ ^^^ raisons, il appela aussi à son secours celle
' Cent nulle écus. ^ 6,600,000 fr. — L.
= 55o,ooo fr. — L. * En Eubée. -;- L.
* Doaze cent mille écns.
lib.a, c. a3.
PERSE^ET GRECS. 33l
des armes. Instruit par le mauvais succès de son collègue, il vit bien qu'il ne fallait pas tant songer à convaincre ses juges qu'à les intimider. Il avait placé autour du lieu où ils étaient assemblés une troupe de jeunes gens armés de poignards, qu'ils avaient soin de &ire entrevoir de temps en temps. Ils ne purent résister à cette sorte d'éloquence pressante él victoHeuse, et renvoyèrent l'accusé absous. Comme on lui reprck^hait dans la suite ce violent procédé, J'aurais éié bienfoUy disait-il, .r/^ réussissant à faire la guerre pour les Athéniens ^ fausse négUgé de la faire pour moi-même.
Charès, par le rappel de ses deux collègues, se trouva seul général de toute l'armée ; et il était en état d'avancer beaucoup les affaires d'Athènes dans l'Hellespont, s'il eût su se défendre des promesses magnifiques d'Artabaze. Ce satrape, qui s'était révolté dans l'Asie Mineure contre le roi de Perse son maître, investi par soixante-dix mille hommes, et près de succomber par rinégahté de ses forces, débaucha Charès. Celui-ci, qui ne songeait qu'à s'enrichir, marcha aussitôt au secours d'Artabaze, le dégagea, et reçut une'récompense proportionnée au bienfait. On traita de crime capital l'action de Charès. Il avait non -seulement abandonné le service de la république j>our une guerre étrangère, mais encore irrité le roi de Perse, qui par ses ambassadeurs menaça d'armer trois cents voiles en faveur de» insulaires soulevés et ligués contre Athènes. Le crédit de Charès le sauva encore dans cette occasion , comme il l'avait déjà fait en plmieurs autres semblables. Les Athéniens, intimidés par les menaces du roi , songèrent sérieusement à en prévenir les effets par une paix générale.
SocuUs.
33a UISTOIBE ANCIEinfE.
DePace.seu C'est à quoi Isocrate, indépendamment de ces menaces, les avait vivement exhortes par un beau discours qui nous reste encore, où il leur donne d'excellents avis. Il leur r^roche, avec beaucoup de liberté, comme Démosthène le fait dans presque toutes ses harangues, de se livrer aveuglément à la flatterie des ora- .teurs qui entrent dans leurs passions, pendant qu'ils n'ont que du mépris pour ceux qui leur donnent les conseils les plus salutaires. Il s'applique sur-tout à refréner en eux ce désir violent d'augmenter leur puissance, et de dominer sur les peuples de la Grèce, qui avait été la source de tous leurs malheurs. Il rappelle dans leur mémoire ces beaux temps, si glorieux pour Athènes, où leurs ancêtres, par un noble et généreux désintéressement, sacrifièrent tout pour maintenir la liberté commune et pour sauver la Grèce; et il les compare avec ces temps funestes où l'ambition de Sparte, et ensuite celle d'Athènes, avaient plongé successivement ces deux villes dans les maux les plus extrêmes : il leur représente que la solide grandeur d'un état ne consiste point à augmenter son domaine, ni à étendre au loin ses conquêtes, ce qui ne se peut guère faire sans violence et sans injustice, mais à gouverner sagement ses sujets et à les rendre heureux, à protéger ses alliés, à se faire aimer et respecter des voisins, et à se faire craindre des ennemis. <x Un état, leur dit-il, ne peut a manquer de devenir l'arbitre de tous les états voisins <c quand il sait réunir en soi deux grandes qualités, la «justice et la puissance, qui se prêtent un mutuel <K secours et ne doivent point être séparées; car la puis- (c sance qui ne se conduit point par des motifs de jus- « tice et de raison, se porte aux dernières violences
I»£RSES £T GRECS* 333
«pour accabler et écraser tout ce qui lui résiste; «comme aussi la justice, si elle est désarmée et im- « puissante, se trouve exposée à l'injure, et hors d'étt tat de se défendre elle-même et dé protéger les au* « très. » La conclusion que tire Isocrate de tout ce raisonnement, c'est qu'Athènes , si elle veut être heu* reose et tranquille, doit renfermer son domaine dans de justes bornes; ne point affecter d'avoir l'empire de la mer pour dominer sur tous les autres; condure une paix qui laisse chaque ville, chaque peuple, dans la jouissance d'une pleine liberté; et se déclarer l'ennemie irréconciliable de quiconque osera troubler cette paix et renverser cet ordre.
La paix fut conclue en effet à ces conditions; et il fut arrêté que Rhodes, Byzance, Chio et Gos jouiraient d'une entière liberté. Ainsi se termina la guerre des ^"J*^^^* alKés, après avoir duré trois ans.
§in. Démœûiène rassure les jithéniens alarmés par les préparatifs de guerre que faisait Artaxerxe. Il harangue en faveur des MégalopoUtains , puis des Rhodiens. Mort de Mausok. Douleur extraor^ dinaire dArtémisey sa femme. j
Cette paix ne rassura pas les Athéniens par rapport au roi de Perse. Les grands préparatifs qu'il faisait leur donnaient de l'ombrage, et leur faisaient craindre que le but de ce formidable appareil ne fût d'attaquer la Grèce , et que l'Egypte ne fût un prétexte apparent dont le roi couvrait son véritable dessein.
Sur ce bruit, Atliènes prit l'alarme; et, les orateurs AH.M.3649. augmentèrent par leurs discours la frayeur du peuple,
Googk
BemosUi. in Ont. de
334 HISTOIRE ANCIEirirE.
et l'exhortèrent à prendre les armes sans délai , à prévenir le roi de Perse, en lui déclarant les premiers la guerre, et à faire une ligue avec tous les peuples de la Grèce contre l'ennemi commun. Démosthène parut cbMiW alors pour la première fois en public, et. monta sur la tribune aux harangues pour dire son avis. Il était âg<* de vingt-huit ans. Je me réserve à en parler bientôt avec ([uelque étendue. Dans roccasion dont il s'agit, plus sage que ces fougueux orateurs, et songeant dèslors sans doute à ménager i sa république le secours des Perses contre Philippe, il n'osa pas, à la vérité, s'opposer de droit fil à l'avis qu'on avait proposé, de peur de se rendre suspect; mais, posant d'abord pour principe qu'il fisillait regarder le roi de Perse conmie l'ennemi perpétuel de la Grèce, il représenta qu'il était de la prudence, dans une affaire aussi importante que celle-ci, de ne rien précipiter; qu'il ne &llait pas, par une résolution prise à la hâte sur des bruits vagues et incertains , et par une déclaration de guerre prématurée, fournir à un prince si puissant im juste sujet de tourner ses armes contre la Grèce; que ce qui était nécessaire pour le présent, c'était de songer à équiper une flotte de trois cents voiles ( et il marque en détail ' comment on doit s'y prendre), et de tenir des troupes toutes prêtes , pour être en état de faire une bonne et vigoureuse résistance en cas qu'ils fussent attaqués; qu'alors tous les peuples de la Grèce, sans autre invitation, seraient assez avertis, par le danger commun, de se joindre a eux, et que le seul bruit de cet armement
I J'ai rapporté ailleurs ce détail , équipaient et faisaient aubsister leoi^ qui est assez curieux , et fort propre flottes, à expliquer eomment les Athéniens
PERSES ET GAXG8. . 335
serait capaUe de faire perdre au roi de Perse Tenvie d'attaquer la Grèce, supposé qu'il en eût formé le
Au reste 9 il n'est pas d'avis que^ pour subvenir aux frais de cette guerre, on commence actuellement à im-^ poser une taxe sur les biens des particuliers, laquelle ne monterait pas à une grande somme, et ne serait pas suffisante pour les dépenses nécessaires, a II faut, dit-il, tf s'en reposer sur le tèle et sur la générosité de nos tt citoyens. On peut dire que notre ville est presque <c aussi riche, elle seule, que toutes les autres villes de « la Grèce ensemble. ( Il avait marqué auparavant que « restimation des terres de l'Attique montait à six mille a talents , c'est-à-dire à dix-huit millions '. ) Quand on « verra le péril réel et prochain, il n'y aura personne « qui ne contribue de bon cœur aux frais de la guerre, « et qui soit asses insen^ pour aimer mieux hasarder ^ie perdre, avec la liberté, tout son Uen, cpie d'en < sacrifier une partie pour conserver sa patrie et pour « se conserver soi-m^e.
« Et il ne faut point craindre, comme quelques-uns « vous l'insinuent, que les grandes richesses du roi de «Perse le mettent en état de lever contre vous un «grand nombre de troupes auxiliaires, qui rendraient «son année formidable. Nos Grecs, quand il s'agit de « marcher contre l'Egypte, ou contre Oronte et les autres «Barbares, servent volontiers sous les Perses, dans «l'espérance de s'enrichir; mais aucun, j'ose l'assurer, « aucun ne se résoudra jamais à porter les armes contre « la Grèce. »
' 33,000,000 fanes. — L.
336 HISTOIRE ATr€IE]fKE.
Cette harangue eut tout son effet. La manière adroite et délicate dont, l'orateur s'y prit, en conseillant de dif* férer l'imposition de la taxe , et laissant entrevoir qu'elle ne tomberait que sur les seuls riches, dont il loue le zèle, était fort propre à fiûre échouer cette af&ire, qui n'avait de fondement que dans l'imagination édiaufiëe de quelques orateurs, intéressés peut'-être à la guerre qu'ils conseiUaient.
Av.M365i. Deux années après, une entreprise des Lacédono-
ÀT.J.C. 353. r 7 r
Diôd. i'. i5,' niens contre Mégalopolis, ville de l'Arcadie, donna en- ^^' ^'' core lieu à Démosthène de signaler son zèle et de fiiire paraître son éloquence. Cette ville, établie nouvellement par les Arcadiens, qui y avaient fait entrer une nombreuse colonie tirée de différentes villes, et qui leur pouvait servir de place forte et de rempart contre Sparte, causait beaucoup d'inquiétude aux Lacédémoniens, et leur donnait de vives alarmes; ils résolurent donc de l'attaquer , et de s'en rendre knattres. LesMégalopolitains, qui apparemment avaient renoncé à l'ai- Uance de Thèbes, eurent recours à Athènes, et implorèrent sa protection ; les autres peuples intéressés y envoyèrent aussi leurs députés, et l'affiiire fttt débattue devant Le peuple.
Demotth. Démosthène pose d'abord pour fondement de tout Me^op. ^^ discours, qu'il est de la dernière importance d'empêcher que ni Sparte ni Thèbes ne deviennent trop puissantes, et ne se mettent en état de £iire la loi à toute la Grèce. Pour cela il est nécessaire de balancer leurs forces, et de conserver toujours entre elles un juste équilibre. Or, il est évident que, si l'on abandonne Mégalopolis aux Lacédémoniens , ils se rendront bientôt maîtres de Messène, deux villes voisines et puissantes,
qui tiennent Sparte en échec, et lui servent comme de bride. L'alliance que nous ferons avec les Arcadiens^ en nous déclarant pour Mégalopolis, est donc le plus sûr moyen de conserver l'équilibre si nécessaire entre Sparte et Thèbes, parce que, quelque chose qu'il arrive, ni Tune ni l'autre ne pourra nous nuire tant que nous aurons pour alliés les Arcadiens, dont la puissance, jointe à la nôtre, l'emportera toujours sur celle de chacun des deux autres peuples.
Une raison puissante combattait l'avis de Démosthène; c'était l'alliance qu'on avait actuellement avec les Lacédémoniens ; car enfin , disaient les orateurs opposés à Démo^hène , quelle idée aura-t-on d'Athènes , si elle change ainsi selon les temps? Et la justice permetelle de compter pour rien la religion des' traités? ail « faut, répliquait Démosthène, dont je crois devoir ici «rapporter les paroles mêmes, il faut avoir toujours ff en vue la justice % et la prendre pour règle de sa con- « duite; mais il faut aussi en même temps que la justice « se trouve jointe avec le bien et l'intérêt de l'état.- » Notre maxime a toujours été d'aller au secours de ceux qui étaient opprimés. (Il cite pour exemples les Lacédémoniens eux-mêmes, les Thébains, les Eubéens.) Nous n'avons jamais varié dans ce principe : ainsi ce n'est pas sur nous que doit tomber le reproche de changement, mais sur ceux qui, par leurs injustices et leurs usurpations , nous obligent de nous déclarer contre eux.
J'admire le langage des politiques. A les entendre parler, c'est toujours la raison, c'est l'équité toute pure
Atl 9xoirtTv p,iv ait xat icpàr- ^ir«»c fyot. xal oupkçépovTa fçxt Tomtr. Ifist.anc. a a
338 HISTOIRE AUCIENNS*
qui les conduit : à les voir agir, il est clair que l'intérêt seul ou l'ambition est leur règle et leur guide. Ce langage est un effet et un reste du respect que la nature a gravé dans le cœur de tous les hommes pour la justice. Il en est peu qui osent démentir ce sentiment par leurs discours, et qui le contredisent ouvertement; mais il en est peu aussi qui le suivent avec fidéli^ et constance dans leurs actions. Jamais on ne vit en Grèce tant de traités d'alliance que dans le temps dont nous ]>arlons, et jamais ils n'y furent moins respectés. Ce mépris de la religion des serments dans les états est une preuve de leur dépérissement, et souvent une marque et une cause de leur ruine prochaine. J Dtod.p.403. Les Athéniens, touchés par l'éloquent discours de Démosthèné , envoyèrent au secours des; Mégalopolitains trois mille hommes de pied, et trois cents chevaux, sous la conduite de Pammène '. Mégalopolis fut rétablie dans son premier état, et les habitants qui s'en étaient retirés pour retourner dans leur patrie furent obligés d'y revenir.
La paix qui avait terminé la guerre des alliés ne leur procura pas à tous le repos qu'ils avaient lieu d'en attendre. Les Rhodiens, et ceux de Cos, qui avaient été déclarés libres par ce traité, ne firent que dianger de maître. Mausole, roi de Carie, qui leur avait aidé à secouer le joug d'Athènes, leur imposa le sien. S'étant déclaré ouvertement pour les riches et les puissants, il AM.M.3e5o. asservit le peuple, et le fit beaucoup souffrir. Il mounit Diod.^i.M5', ^^ seconde année depuis le traité de paix , après avoir V- 0^> régné vingt-quatre ans. Artémise, sa femme, lui suc-
> Ce Pammène eat difTérent de celui de Thcbea doot il a été pacU ci-devant.
céda; et, comme elle était soutenue par tout le crédit du roi de Perse, elle maintint sa domination dans les îles nouvellement soumises.
£n parlant ici d'Artémise, je dois avertir qu'il ne la faut pas confondre avec une autre Ârtémise qui vivait plus de cent trente ans auparavant sous Xerxès, et qui se distingua si fort par son courage et sa prudence dans ie combat naval de Salamine. C'est une erreur où sont tombés par inadvertance plusieurs écrivains célèbres.
CeUe-ci s'est immortalisée par les honneurs qu'elle pun.i. 36, rendit à la mémoire de Mausole, son mari. Elle lui fit ^^' bâtir, dans Halicarnasse,un superbe tombeau, que l'on appela Mausolée , dont la beauté l'a fait passer podr une des sept merveilles du monde, et a fait donner le nom de Mausolée à tout ce qui se fait dans ce genre de grand et de magnifique.
Elle chercha aussi à éterniser le nom de Mausole par AuL OeU. d'autres monuments qu'elle croyait plus durables que ' ' piu^t* ' le marbre et le bronze, mais qui souvent ne résistent ^^%, pas davantage à l'injure du temps : je parle des ouvrages d'esprit. £lle fit &ire d'excellents panégyriques à l'honneur de son mari , et elle proposa un prix de grande valeur à celui qui s'en acquitterait le mieux. Le célèbre Isocrate, et Théopompe son disciple, parurent sur les rangs avec beaucoup d'autres.
Théopompe l'emporta sur tous , et il eut la faiblesse Enseb. Pr^e-
1 • / i 1 •• i> • ' par.cTftngel.
et la vanité de se vanter publiquement d avoir remporte i. xo, c. 3. le prix sur son maître, préférant , comme il n'est que trop ordinaire, la gloire du bel*esprit à celle du bon cœur. Il avait représenté, dans son histoire, Mausole suidas. comme un prince d'une avarice sordide, et à qui tout moyen était bon pour amasser de l'argent. Il le peignit
34o HISTOIRE ANCIENNE.
sans doute par des couleurs bien différentes dans son
panégyrique, qui, sans cela, n'aurait pu plaire à la
princesse, cic. Tuscui. Cette illustre veuve prépara à Mausole un autre ^"r*75. ^* tombeau que celui dont j'ai parlé. Ayant recueilli ses r*/ ^"e' cciidres , et fait broyer ses os , elle mettait tous les jours.
de cette poudre dans sa boisson, jusqu'à ce qu'elle eût
Sut bu, voulant par là faire de son propre corps le pulcre de son époux. Elle ne lui survécut que deux ans , et sa douleur ne finit qu'avec sa vie.
Au lieu des pleurs où la plupart des écrivains plongent Artémise durant sa viduité , il y en a qui lui fhnt faire des conquêtes très-considérables. Il paraît, Dcmosth. par une harangue de Démosthène, qu'on ne la regar- Rto<LpT45. ^^^^ point à Athènes comme une veuve désolée, qui négligeât les af&ires de son royaume. Mais nous avons vîtruT. de sur ce point quelque chose de plus décisif. Yitruve nous L^atc^^^s. ^^^ qu'après la mort de Mausole les-Rhodiens, indignés qu'une femme dominât dans la Carie, entreprirent de la détrôner. Ils partirent donc de Rhodes avec leur flotte, et entrèrent dans le grand port d'Halicamasse. La reine, avertie de leur dessein, avait ordonné aux habitants de se tenir sur les murailles, et, quand les ennemis seraient arrivés, de leur témoigner, par leurs cris et leurs battements de mains , qu'ils étaient prêts à leur livrer la ville. Les Rhodiens descendirent tous de leurs vaisseaux, se rendirent avec hâte dans la place, et laissèrent leur flotte vide. Pendant ce temps-là , Artémise fît sortir ses galères du petit port par une saignée, une ouverture qu'elle avait fait préparer exprès, entra dans le grand port, se saisit de la flotte ennemie qui était sans défense, et, y ayant fait monter ses soldats et
PERSES ET GBECS. 34l
sa chiourme, elle se remit en mer. Les Rhodiens, ne trouvant point d'issue pour se sauver , furent tous égorgés. La reine cependant s'avança vers Rhodes. Quand les habitants aperçurent de loin leurs vaisseaux ornés de couronnes de laurier, ils jetèrent de grands cris, et reçurent avec des marques de joie extraordinaires la flotte victorieuse et triomphante. Elle l'était en effet, mais dans un autre sens qu'ils ne le pensaient. Arlémise , n'ayant point trouvé de résistance , se rendit maîtresse de la ville, et fit mourir les principaux citoyens. Elle y fit dresser un trophée de sa victoire, avec deux statues de bronze , dont l'une représentait la ville de Rhodes, et l'autre représentait Artémise qui marquait cette ville d'un fer chaud. Vitruve ajoute que les Rhodiens n'osèrent jamais oter de sa place ce trophée , parce que c'était une chose que la religion défendait, mais qu'ils l'environnèrent d'un édifice qui en dérobait la vue.
Tout cela, comme l'observe Bayle dans son Dictionnaire', ne sent point une veuve désolée et inconsolable, qui ne fait que gémir et soupirer; ce qui lui fait soupçonner que tout ce qu'on dit de merveilleux de la tristesse d' Artémise pourrait bien avoir été d'abord avancé sans fondement et hasardé par quelque écrivain, et ensuite copié par tous les autres.
J'aimerais assez, pour l'honneur d'Artémise, qu'on dît, et rien n'empêche de le croire, que, par une force et une grandeur d'ame dont son sexe fournit plusieurs exemples, elle sut joindre la douleur amère d'une veuve avec le courage agissant d'une reine, et que les affaires
' Ce dictionnaire renferme beau* beaucoup de principes foil dangeconp de tralu d'éniditiou y mais reux . . .
34î4 HISTOIRE ANCIENNE.
Ticit. lui tinrent lieu de consolation : Negotia pro solatiis accipiens.
Air. H. 3653. Les Rhodiens, traités par Artémise de la manière Dlmôsih!a« dont je l'ai dit, et ne pouvant plus souffrir cette dure ' ' ' et honteuse servitude, eurent recours aux Athéniens* et implorèrent leur protection. Ils s'en étaient rendus absolument indignes par leur révolte : cependant Démosthène ne laissa pas de parler au peuple en leur faveur. Il met d'abord leur faute dans tout son jour; il exagère leur injustice et leur perfidie; il semble entrer dans les justes sentiments de colère et d'indignation du peuple, et l'on dirait qu'il va se déclarer fortement contre les Rhodiens. Mais tout cela n'était qu'un artifice de l'orateur, qui cherchait à s'insinuer dans l'esprit de ses auditeurs , et à y exciter des sentiments tout contraires de bonté et de compassion pour un peuple qui reconnaissait sa faute, qui avouait son indignité^ et qui néanmoins venait avec confiance implorer sa protection. Il étale les grandes maximes qui dans tous les temps ont fait la gloire d'Athènes, d'oublier les injures, de pardonner à des rebelles, et de prendre la défense des malheureux. Aux motifs de gloire il ajoute ceux de l'intérêt, en montrant combien il leurimporte de se déclarer pour une ville qui favorise la démocratie, et de ne pas abandonner aux ennemis une île aussi puissante qu'est celle de Rhodes. C'est ce qui fait le sujet du discours de Démosthène, intitulé : Pour la Liberté des Rhodiens.
strab. 1. u, La mort d' Artémise, qui arriva cette année-là même, ^*' ■ rétablit apparemment les Rhodiens en liberté. Elle eut pour successeur son frère Idriée, qui épousa sa propre sœur Ada, comme Mausole avait épousé Artémise. Ce-
(ait la coutume dans la Carie que les rois épousassent ainsi leurs sœurs, et que les veuves succédassent à leurs maris, préférablement aux frères et même aux enfants du défunt.
§ IV. Expédition heureuse d'Ochus contre la Phéniciey contre CyprCy et ensuite contre l'Egypte.
Ochus songeait sérieusement à réduire au devoir l'Ë- Av. m. 3653. gypte, qui depuis long- temps prétendait se maintenir dans l'indépend^ce. Lorsqu'il faisait de grands préparatifs pour cette importante expédition, il apprit le soulèvement de la Phénicie. Les peuples, opprimés par ^^^' \*^' ceux que le roi de Perse envoyait pour les gouverner, résolurent de secouer un joug si dur, et firent une ligue avec Nectanébus, roi d'Egypte, contre lequel la Perse faisait marcher ses armées. Comme il n'y avait point d'autre passage pour cette invasion, que la Phénicie, cette révolte vint bien à propos pour Nectanébus. Aussi^ pour soutenir les rebelles, il envoya Mentor, Rhodien, à leur secours, avec quatre mille hommes de troupes grecques. Il voulait par là se £ure une barrière de la Phénicie, et y arrêter les Perses. Les Phéniciens, avec ce renfort, se mirent en campagne, battirent les gouverneurs de Syrie et de Cilicie, qu'on avait envoyés contre eux, et chassèrent tout -à -fait les Perses de la Phénicie. ,
Les Cypriotes, qui n'étaient pas mieux traités qu'eux, niod. ibid. voyant l'heureux succès qu'avait eu cette révolte, sui- ^' 4^°''^'virent leur exemple, et entrèrent dans leur ligue avec l'Egypte. Ochus envoya ordre à Idriée, roi de Carie, de leur faire la guerre. Celui-ci équipa aussitôt une
344 HISTOIRE ANCIETTÏTE,
flotte, et l'envoya avec huit mille Grecs commandés par Phocion l'Athénien , et par Évagore qu'on croit avoir été le fils de Nicoclès. Il y a de l'apparence qu'il avait été chassé pan Protagore, son qncle, et qu'il avait embrassé avec plaisir cette occasion de remonter sur le trône. La connaissance qu'il avait du pays, et les partisans qu'il y avait encore , l'auront fait choisir fort sagement par le roi de Perse pour y commander dans cette expédition. On fit une descente dans l'île : leur armée sy grossit du double par les renforts qui leur vinrent de Syrie et de Cilicie. L'espérance de s'enrichir des dépouilles de cette île, qui était fort opulente, y attira beaucoup de troupes, et on forma le siège de Salamine par mer et par terre. L'île de Cypre avait en ce temps-là neuf villes assez considérables pour avoir chacune un petit roi ; mais tous ces rois étaient pourtant sujets de la Perse. Dans cette occasion ils s'étaient tous unis pour secouer ce joug et se rendre indépendants.
Ocbus, ayant remarqué que les guerres d'Egypte étaient toujours malheureuses par la mauvaise conduite des généraux qu'on y envoyait, résolut d'y aller luimême en personne ; mais auparavant il fit encore signifier aux peuples de la Grèce de mettre fin à leurs divisions, et de cesser de se faire la guerre les uns aux autres.
On est étonné, et avec raison, de voir la cour de Perse insister si fortement, et à tant de reprises, sur l'ordre qu'elle donne aux peuples de la Grèce de viyrt en repos, et de s'en tenir religieusement aux articles de la paix d'Antalcide, dont le principal but était detablir entre eux une ferme union. Elle avait employé autrefois une politique toute contraire. Depuis le mal-
PÏRSES £T GRECS. 345
heureux succès de son entreprise contre la Grèce, sous Xerxès, jugeant l'or et l'argent plus propres à la dompter que le fer, elle ne Tattaqua plus à forces ouvertes, mais par la voie des intrigues sourdes et cachées. Elle y Élisait couler furtivement des sommes considérables, pour gagner ceux qui avaient le plus de crédit dans les grandes villes ; elle avait une attention continuelle à les armer les unes contre les autres pour leur oter le temps et le moyen de la venir attaquer elle-même. Son grand soin sur- tout était de se déclarer tantôt pour l'une, tantôt pour l'autre, pour maintenir entre elles une sorte d'équilibre qui mît chacune de ces républiques hors d'état de trop s'agrandir, et de se rendre par là formidable même à la Perse.
Elle garde ici une conduite tout opposée, en interdisant toute guerre aux peuples de la Grèce, et leur commandant à tous de garder la paix, sous peine, aux contrevenants, de s'attirer son indignation et ses armes. La Perse sans doute ne prit point une telle résolution au hasard , et elle avait ses raisons pour en user ainsi à l'égard de§ Grecs.
Son dessein pouvait être d'amollir peu -à -peu leurs esprits en désarmant leurs mains; d'émousser cette pointe de courage qui les piquait sans cesse par une noble émulation ; d'éteindre en eux tout désir de gloire et de conquête; d'amortir par une longue inaction et par un loisir forcé cette activité qui leur était naturelle ; enfin de les réduire au nombre de ces peuples qu'une vie douce et tranquille énerve, et à qui elle fait perdre cçtte ardeur martiale que les combats et les périls même ont coutume d'allumer.
Le roi de Perse qui régnait alors a>^it un intérêt
346 HISTOIRE AirciEirirE.
personnel, comme Favait eu son prédécesseur , d^mposer cette loi aux peuples de la Grèce. L'Egypte depuis long-temps avait secoué le joug, et donnait de justes inquiétudes à l'empire. Ochus avait résolu d'aller en personne soumettre les rebelles* Il avait extrêmement à cœur cette expédition, et il ne négligeait rien de ce qui la pouvait faire réussir. La &meuse retraite des Dix -Mille, sans parler de beaucoup d'autres actions de ce genre, avait laissé dans la Perse une grande idée du courage des Grecs. Ce prince comptait infinimait plus sur un petit corps de troupes grecques qu'il aurait à sa solde, que sur l'armée entière de ses Perses, quelque nombreuse qu'elle fût; et il sentait bien que les divisions intestines de la Grèce mettraient les villes hors d'état de lui fournir le nombre de soldats dont il avait besoin.
Enfin, en bonne politique, il ne devait point s'engager dans l'Egypte, qu'il n'eût pacifié tout ce qu'il laissait derrière lui , l'Ionie, sur-tout, et les autres provinces voisines. Or, le moyen le plus sûr de les contenir dans le devoir était de leur ôter toute espérance de pouvoir attendre du secours des Grecs, qui était leur ressource Diod. i 16, ordinaire dans les temps de révolte, sans quoi ils étaient p. 441-44 • p^^ ç^ ^^^ j^ former de grandes entreprises.
Quand Ochus eut pris toutes ses mesures et fait tous ses préparatifs, il se rendit sur les frontières de la Phénicie, oii il trouva une armée de trois cent mille hommes d'infanterie , et de trente mille de cavalerie, à la tête de laquelle il se mit. Mentor était à Sidon, avec les troupes grecques. La tête lui tourna à lapproche d'une si grande armée. Il envoya traiter secrètement avec Ochus, et lui offrir, non-seulement de lui li-
vrer Sidon, mais de le servir encore en Egypte, dont il connaissait fort bien le pays, et où il pouvait lui être très'Utile. Ochus lui fit le parti qu'il voulut, et là-dessus il engagea Tenue, roi de Sidon, dans la même trahison, et, de concert, ils livrèrent la place à Ochus.
Les Sidoniens avaient mis le feu à leurs vaisseaux dès qu'ils avaient vu approcher les troupes du roi, afin de mettre tout^e monde dans la nécessité de se bien défendre, en leuf ôtant toute autre espérance de salut. Quanti ils virent qu'ils étaient trahis, que l'ennemi était maître de la ville, et qu'il n'y avait plus moyen de se sauver ni par mer ni par terre, réduits au désespoir, ils se renfermèrent dans leurs maisons, et y mirent le feu. Quarante mille hommes, sans compter les femmes et les enfants, périrent de cette manière. Le sort de Tenne, leur roi, ne fut pas meilleur. Ochus, se voyant maître de Sidon, et n'ayant plus besoin de lui, le fit mourir; digne récompense de sa trahison, et preuve éclatante qu'Ochus ne lui cédait point en perfidie. Il y avait dans Sidon, quand ce malheur arriva, des richesses immenses. Le feu ayant Êiit fondre l'or et l'argent, Ochus en vendit les cendres, dont il tira une somme fort considérable.
La terrible destruction de cette ville jeta une si grande épouvante dans tout le reste de la Phénicie, qu'elle se soumit, et obtint du roi des conditions assez raisonnables. Ochus ne se rendit pas fort difficile à leurs demandes, parce qu'il ne voulait pas perdre là le temps dont il avait besoin pour exécuter ses projets contre l'Egypte.
Avant que de se mettre en marche pour y entrer, il lui vint encore un corps de dix mille Grecs. Dès le
commencement de cette expédition , il avait fait demander des troupes en Grèce. Les Athéniens et les Lacédémoniens s'étaient excusés d'en fournir alors sur l'impossibilité où ils étaient de le faire, quelque envie qu'ils eussent, disaient-ils, d'entretenir une bonne correspondance avec le roi. Les Thébains lui envoyèrent mille hommes sous le commandement de Lâcha rès; ceux d'Argos, trois mille, sous celui de Nicêstrate : le reste venait des villes d'Asie. Ces troupes l^oignirent toutes précisément après la prise de Sidon.
Soiîn. c. 35. Il faut que les Juifs aient eu part à cette guerre des chron. etc. Phénicicus coutrc la Perse ; car Sidon ne (ut pas plus tôt prise, qu'Ochus entra en Judée, et y assiégea et emporta la ville de Jéricho. Outre cela, il paraît qu'il emmena quantité de Juifs captifs en Egypte, et qu'il en envoya beaucoup d'autres en Hyrcanie, où il les établit le long de la mer Caspienne.
Diod. 1. i6, Ochus termina aussi alors la guerre de Cypre. Celle d'Egypte était si bien devenue son seul objet, qu'afin que rien ne l'en détournât, il voulut bien s'accorder avec les neuf rois de Cypre, qui se soumirent à lui sous de certaines conditions, et lurent tous conservés dans leurs petits états. Évagore demandait d'être rétabli dans le royaume de Salamine. On le convainquit d'y avoir commis des injustices criantes, et l'on fit voir qu'on ne l'avait pas détrôné injustement. Ainsi l'on confirma à Protagore la royauté de Salamine , et le roi donna à Évagore un gouvernement d'un autre côté. Il ne s'y conduisit pas mieux, et s'en fit encore chasser. Il retourna à Salamine : on l'y arrêta, et on l'y fit mourir. Quelle différence entre Nicoclès et son fils Évagore!
Après la réduction de l'île de Cypre et ceUe de la Diod. ibid. Phénicie , Ochus s'avança enfin du côté de l'Egypte. ^' *^*"*^**'
Quand il fut arrivé, il alla camper devant Péluse. De ce camp il fit trois détachements. Il donna à chacun un Grec et un Persan d'égale autorité pour le commander. Le premier eut Lacharès, Thébain , et Rosace , gouverneur de Lydie et d'Ionie ; le second fut donné à Nicostrate, d'Argos, et à Aristazane, l'un des premiers officiers de la couronne; le troisième eut pour commandants Mentor le Rhodien, et Bagoas, un des eunuques d'Ochus. Chaque détachement eut ses ordres particuliers. Le roi demeura avec le gros de l'armée dans le camp qu'il avait choisi d'abord, pour attendre les événements , et être à portée de secourir les autres corps de troupes en cgs de malheur, ou de profiter des avantages qu'ils pourraient avoir.
Nectanébus s'attendait depuis long-temps à cette invasion, dont les préparatifs avaient fait assez de bruit. Il avait cent mille hommes sur pied, dont vingt mille étaient Grecs, vingt mille autres Libyens, et le reste étaient des troupes égyptiennes. Il en mit une partie dans les places frontières, et avec le reste il se posta dans les passages pour disputer à l'ennemi l'entrée de l'Egypte.
Le premier détachement d'Ochus s'alla poster devant Péluse, oit il y avait cinq mille Grecs en garnison : Lacharès en forma le siège. Celui de Nicostrate, s'étant mis sur une escadre de quatre-vingts vaisseaux de la flotte de Perse, entra cependant dans une des bouches du Nil, et alla jusque dans le cœur de l'Egypte, où il débarqua, et se fortifia bien dans un camp dont la situation était fort avantageuse. Toutes les troupes ^'Egypte qui se trouvèrent dans ces quartiers-là s'as-
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35o HISTOIRE ANCIENNE.
semblèrent aussitôt soiis Clinius, Grec de Itle de Cos, et se mirent en devoir de chasser l'eimeini. U y eut une action des plus chaudes, où Clinius fut tué avec cinq mille de ses gens, et le reste fut entièrement rompu et dissipé.
Cette action Ait décisive pour le succès de cette guerre. Nectanébus, craignant qu'après cette victoire Nicostrate ne remontât le Nil, et ne prît Memphis, la capitale du royaume, accourut en diligence pour la défendre, et abandonna les passages, qu'il était de U dernière importance de bien garder pour fermer rentrée à l'ennemi. Quand les Grecs qui défendaient Péluse apprirent cette retraite précipitée, ils crurent tout perdu, et traitèrent avec Lacharès, à condition qu'on les renverrait en Grèce, avec t«ut ce qui leur appartenait, sans leur faire souffrir aucun mauvais traitement.
Mentor, qui commandait le troisième détachement, trouvant les passages débouchés et sans garde, entra dans le pays, et s'en rendit le maître sans aucune opposition : car, après avoir fait courir le bruit dans tout son camp qu'Ochus ordonnait de bien traiter tout ceux qui se soumettraient, et d'exterminer ceux qui feraient de la résistance, comme on avait détruit les Sidoniens, il laissa échapper tous ses prisonniers, afîn qu'ils en portassent la nouvelle dans tout le pays d'alentour. Ces pauvres gens répandirent dans leurs villes et dans leurb villages ce qu'ils avaient oui dire dans le camp ennemi : la brutalité d'Ochus le fit croire; et la terreur fut si grande, que, dans les garnisons de toutes les villes, c'était à qui viendrait le plus tôt se soumettre, les Grecs aussi^bien que les Égyptiens.
PERSES ET GBECS. 35l
Nectanébus, désespérant de se pouvoir défendre, ra- an.m.3654. massa ses meilleurs effets , et se sauva avec ses trésors en Ethiopie, d'où il ne revint jamais. C'est le dernier roi de race égyptienne qu'ait eu l'Egypte. Elle a tou- Kxech. 39, jours été depuis sous une domination étrangère, selon '^^ '*'* qu'Ëzéchiel l'avait prédit.
Ochus, ayant ainsi copqUis entièrement l'Egypte, fit démanteler les villes, pilla les temples, et retourna en triomphe à Babylone, chargé des dépouilles de l'Egypte, et sur-tout de l'or et de l'argent, dont il emportait des sommes immenses. Il en laissa le gouvernement à Phérendate, Perse de la première qualité.
C'est ici que Manéthon finit ses Commentaires, ou STnceii. son Histoire d'Egypte. Il était prêtre d'HéliopoUs en vfsc'de Egypte, et avait écrit en grec l'histoire des différentes ?"%^. dynasties, depuis le commencement de cet état jusqu'au temps où nous sommes. Son histoire est souvent citée par losèphe, Eusèbe, Plutarque, Porphyre, et par d'autres encore. Cet historien vivait sous Ptolémée Philadelphe, roi d'Egypte; car c'est à lui qu'était dédié son ouvrage. Syncellus ' nous en a conservé l'abrégé.
Ce qui fit perdre la couronne à Nectanébus, Ait la trop bonne opinion qu'il avait de lui - même. Il avait été porté sur le trône par Agésilas. Il y avsut été soutenu ensuite par la valeur et la prudence de Diophante. Athénien, et de Lamius, Lacédémonien , qui, tandis qu'ils avaient eu le commandement de ses armées et la direction' de la guerre, avaient rendu ses armes victorieuses contre les Perses dans toutes les entreprises qui s'étaient formées contre lui. Il est fâcheux
' On appelle ainsi George , moine ou vicaire da patriarche Taraae vers "S Constantinople, qui fut sjncelU la fin du neuvième siècle.
Googk
At.J.C.349.
35l2 HISTOIRE A.jyGI£NN£.
qu'on en ignore le détail, et que Diodore ne nous en apprenne rien. Ce prince, enflé de tant de succès, s'était imaginé dans la suite qu'il était devenu capable de conduire seul ses propres affaires, et avait renvoyé ceux à qui tous ces succès étaient dus. U eut tout le temps de s'en repentir, et de reconnaître que la qualité de roi n'en donne pas te mérite.
Ak. M. 36554 Ochus récompcusa fort généreusement les services que lui avait rçndus Mentor le Rhodien dans la réduction de la Phénicie et la conquête de l'Egypte. Il avait déjà renvoyé les autres Grecs comblés de présents, avant que de partir de l'Egypte. Pour Mentor, comme c'était à lui principalement qu'était dû le succès de toute l'expédition, non - seulement il lui fit présent de cent talents en argent ' , outre plusieurs bijoux de grand prix; il le fit encore gouverneur de toute la cote d'Asie, le chargea de la guerre contre quelques provinces qui s'étaient révoltées au commencement de son règne, et le déclara généralissime de toutes les troupes de ce côté -là.
Mentor se servit de sa faveur pour remettre bien dans l'esprit du roi son frère Memnon, et Artabaze qui avait épousé leur sœur. L'un et l'autre avaient porté les armes contre Ochus. On a déjà vu la révoUe d'Artabaze, et les victoires qu'il avait remportées sur les troupes du roi. A la fin pourtant il avait été accablé, et obligé de se réfugier auprès de Philippe, roi de Macédoine; et Memnon, qui avait eu part à ces guerres, avait aussi part à son exil. Depuis cette réconciliation, ils rendirent à Ochus et à ses succes-
< Cent mille écu<. = S5o,ooo (t. — L.
seurs des services signalés , sur-tout Memnon , qui était un des hommes de ce temps-là qui avaient le plus de valeur, et qui entendaient le mieux l'art de la guerre. Mentor ne se démentit pas non plus, et répondit parfeitement à la confiance que le roi avait en lui ; car à peine fut-il fixé dans son gouvernement, qu'il rétablit par-tout l'autorité du roi, et ramena à la soumission tout ce qui s'était révolté dans son voisinage. Il réduisit les uns par son habileté et par ses stratagèmes, et les autres par la force. £n un mot, il sut si bien se servir de tous ses avantages, qu'enfin il les remit tous sous le joug, et rétablit les affaires du roi dans toutes ces provinces.
La première année de la io8^ olympiade mourut Air.M 3656. Platon , le fameux philosophe d'Athènes. Je diffère à '^' ' ' en parler ailleurs, pour ne point trop interrompre le fil de l'histoire.
S V. Mort d'Ochus. Arsès lui succède y et à celui-ci Darius Codoman.
Ochus, après la conquête de l'Egypte et la réduction Diod. i. i6, des provinces i^voltées de son empire, s'abandonna aux ^* ^' plaisirs et à la%iollesse; et il y passa le reste de sa vie, laissant entièrement le soin des affaires à ses ministres. Les deux principaux étaient l'eunuque Bagoas, favori du prince, et Mentor le Rhodien, qui partagèrent le pouvoir entre eux, de manière que le premier eut toutes les provinces de la haute Asie, et le dernier toutes celles de la basse.
Après un règne de vingt-trois ans, Ochus mourut du Ak.m.3666. poison que lui donna Bagoas son fisivori. Cet eunuque,