Tome y. But. ane, Îi
étant né en Egypte, avait toujours conserré de l'amour pour sa patrie et du zèle pour sa religion. Quand son maître en fit la conquête, il s^tait flatté de pouvoir adoucir le sort de Tune , et de garantir l'autre d'insulte : mais il ne put retenir la brutalité de ce prince, et il se fît à l'égard de l'une et de l'autre mille choses que cet eunuque vit avec une extrême douleur , et dont le ressentiment lui resta toujours dans le cœur.
Ochus, non content d'avoir démantelé les villes, pillé les maisons et les temples, comme on l'a déjà vu,
AEiiaii. 1.4, »vait encore emporté toutes les archives, qui étaient
^■P' ^' déposées et gardées religieusement dans les temples des
Égyptiens; et, pour se moquer de leur religion, il avait
fait tuer le dieu Apis, c'est-à-dire le taureau sacré
Plut, de qu'ils adoraient sous ce nomé Ce qui donna lieu à cette
'^*363!'^ dernière action, c'est qu'Ochus étant aussi paresseux et pesant qu'il était cruel, les Égyptiens, à cause de cette première qualité, lui avaient donné le surnom choquaut de l'animal stupide auquel ils trouvaient qu'il ressemblait. Outré d'un tel affront, il dit qu'il leur ferait bien sentir qu'il n'était point un âne, mais un lion, et que " cet âne qu'ils méprisaient tant mangerait leur bœuf. Il fit donc tirer leur dieu Apis de son temple, le fit sacrifier à un âne , et le fît apprêter ensuite p# son cuisinier, et servir aux officiers de sa maison. Ce trait outra Bagoas. Pour les archives, il les racheta dans la suite, et les renvoya dans les endroits où elles avaient coutume d'être gardées; mais l'affront que Ton avait £ût à sa religion ne se pouvait réparer, et l'on croit que ce fut proprement ce qui coûta la vie à son maître,
AEiiau. 1.6, Sa vengeance ne s'en tint pas là. Il fit enterrer un autre corps au lieu de celui du roi; et, pour se venger
cap. 8.
de ce qu'il avait fait manger Âpis par ses gens, il jfit manger son corps mort par des chats, à qui il le don^ nait haché en petits morceaux; et, pour ses os, il en fit faire des manches de couteaux ou d'épées, symboles naturels de sa cruauté. Apparemment que quelque nouveau sujet avait reveillé dans le cœur de ce monstre son ancien ressentiment ; sans quoi il est inconcevable qu'il eût porté si loin la barbarie à Tégard de son maître et de son bienfaiteur.
Après la mort d'Ochus, Bagoas, entre les mains de qui était alors tout le pouvoir, mit sur le trône Arsès, le plus jeune de tous les fils du feu roi, et fit mourir tout le reste, afin de jouir plus sûrement et sans rival de Tautorité qu'il avait usurpée. Il ne donnait à Arsès que le nom de roi , et se réservait tout le pouvoir du gouvernement. Mais, s'apercevant que ce jeune prince commençait à démêler sa scélératesse, et qu'il prenait des mesures pour le punir, il le prévint, le fit assassiner, et détruisit toute sa famille avec lui. Arsès avait régné envif-on deux ans.
g[oas, après avoir rendu le trône vacant par le AN.M.36r>8.
meurtre d' Arsès, le remplit en y mettant Darius, le ^* * " troisième du nom qui ait régné en Perse. Son véritable nom était Codoman. Il sera beaucoup parlé de lui dans la suite.
Darius commença à régner la même année qu'Alexandre-le-6rand.
On voit ici clairement le funeste effet de la mauvaise politique des rois de Perse, qui, pour se décharger du poids des affaires, abandonnaient toute leur autorité à un eunuque. Bagoas pouvait avoir plus d'habileté et d'intelligence que les autres, et par là mériter quel-
356 HISTOIRE AltClEl^NE.
que distinction. Il est du devoir d'un prince éclairé de distinguer le mérite; mais un prince éclairé doit toujours demeurer pleinement le maître, le juge, et l'arbitre de tout. 13 n prince comme Ochus, à qui les plus grands crimes avaient servi de degrés pour monter sur le trône, et qui s'y était maintenu par de pareilles voies, méritait d'avoir un ministre tel que Bagoas, qui le disputait à son maître en perfidie et en cruauté. Ochus en ressentit les premiers effets^ S'il voulait ne le pas craindre, il ne fallait pas avoir l'imprudence de le rendre formidable en le rendant tout-puissant.
Comme Démosthène jouera un grand rôle dans Hiistoire de Philippe et d'Alexandre , qui fera la matière des deux livres suivants, il est nécessaire d'en donner par avance quelcjue idée aux lecteurs, et de leur faire connaître par quels moyens il cultiva et jusqu'à quel degré de perfection il porta le talent de la parole, qui le fit plus craindre de Philippe et d'Alexandre, et le mit en état de rendre de plus grands services à sa patrie, que n'aurait pu faire toute la bravoure militaire.
§ VI. abrégé de la vie de Démosthène jusqu au temps où il commence à paraître OA^ec éclat dans la tribune aux harangues contre Philippe^ roi de Macédoine.
AH.M.36a3. Démosthène, né deux ans après Philippe ' , et deux Ay.j.c.38i. ç^jj^ quatre-vingts avant Cicéron, eut pour père, non
^ La quatrième année de la 99* Conini a fixé la nalaaaaoe de Dr-
olympiade. = C'est la date donnée mosthène à la 4* année de U \X
parDenys d^Haîicarnaase ( Epiiî. ad olympiade , en 384 avant J. C. — L Ammantm, p. 120, cd. Sylbnrg.).
un forgeron crasseux et enfumé, comme il semble pint. que Ju vénal le veut faire entendre', mais un homme ^ 84 "849. assez riche, et qui faisait valoir des forges. Ce n'est pas que la naissance la plus basse pût faire tort à la réputation de Démosthène. Ses ouvrages sont un titre de noblesse supérieur à tout ce que le monde a de plus brillant. Démostliène nous apprend lui-même que son in Ont. i, père employait à ses forges trente esclaves, qui valaient Aphob. pag. chacun trois mines * , c'est - à - dire cinquante écus , ex- ^* cepté deux, qui étaient sans doute les plus habiles, et conduisaient tout l'ouvrage; ils étaient estimés chacun cent écus '. On sait que les esclaves faisaient partie du bien des Anciens. Ces forges, tous frais rabattus, rappoi^ talent chaque année trente mines, c'est-à-dire quinze cents livres*. A cette première manufacture , destinée à fabriquer des épées et d'autres armes pareilles, il en joignait une autre où l'on travaillait à faire des lits et des tables de bois rare ou d'ivoire, qui lui rapportait par an douze mines ^. Celle-ci n'occupait que vingt esclaves; et leur prix n'était, pour chacun, que deux mines, ou cent livres.
Le père de Démosthène laissa de bien, en mourant, quatorze talents^. Son fils n'avait alors que sept ans. Il eut le malheur de tomber entre les mains de tuteurs \ intéressés et avares, qui ne songeaient qu'à profiter de
> Qaem pater srdentis mass» faligioe lippus, A carbone, et forcipibus, gladiosque parante Incade, et lateo Vnlcano aà rhetora miait.
(JuvEK. &!/. 10 [▼. i3o-i33.] ).
' «74 fr. 90 c. — L. * 600 livres. = i,ioo A-. — L.
^ 5 ou 600 dradmies : 458 ou ^ Quatorze mille écu8.= 77,000
S5o fr. — L. franca. — L.
^ a,75o francs. — L.
358 HISTOIRE ANGIENIfE.
son bien. Us poussèrent leur sordide avarice jusquà refuser aux maîtres de leur pupille le juste honoraire qui leur était dû. Il ne fut donc pas élevé avec autant de soin que le demandait un naturel aussi excellent que le sien ; outre que la faiblesse de sa complexion et la délicatesse de sa santé, jointes à l'excessive tendresse d'une mère qui l'aimait uniquement, ne permettaieDt pas à ses maîtres de le presser beaucoup pour Tétude.
L'école d'Isocrate ' , d'où sortirent tant de grands hommes, était pour -lors à Athènes la plus renommée. Mais, soit que l'avarice des tuteurs de Démosthène ne lui permît pas de profiter des leçons d'un maître qui les faisait payer fort cher * , soit que l'éloquence douce et paisible dlsocrate ne fut point dès -lors de son goût, il étudia sous Isée, dont le caractère était la force et la véhémence. Il trouva pourtant le moyen d'avoir les préceptes de la rhétorique que le premier enseignait ^. Platon fiit , à proprement parler, celui qui contribua le plus à former Démosthène : il lut avec grand soin ses ouvrages, et reçut même de ses leçons ; et il est aisé de reconnaître dans les écrits du disciple * le style noble et sublime du maître.
Aui. GcU. M^s il quitta bientôt l'école dlsée et celle de Platon i.3,c«p.i3. p^^jj. passer à une autre, où les premières le condui-
1 « Isocrates... cujiu e lado, tan- 4 « Lectitavisse Platoncn atodio-
quam ex equo trojano , innumeri aè , aDdiviase etiam DcmoaUiciM» di-
prindpea exienint. » (^De Orat», cîtur : idqne apparet ex: génère et
n. 94. ) granditate aermonia, ■• (Cicùt BrntsK,
* Dix minea, 5oo livrea. n. xi i. )
=: 916 francs. — L. «< Illud juajurandum per cttuom in
^ Plutarque dit que Gallîaa de Sy- Marathone ac SalaBoine propaignaio-
racuse lui donna en aecret oomaau- rea reip. aatia wanifruA dooet ynt-
nication du Traité Oratoire d'Iao- ceptorem qua Platonem fiiîwr •
crate ( in Denwsth, $ 5 ). — L. ( Qcisit. lib. la , cap. xo. )
PRRSBS ET GRECS. SSq
saient Je veu^dire pour fréquenter le barreau; et voici ce qui y donna lieu. L'orateur Callistrate devait plaider en pleine audience la cause de la ville d'Orope, située entre la Béotie et l'Âttique. Chabrias ayant porté les Athéniens à marcher au secours des Thébains, qui étaient fort pressés, ils y coururent, et les délivrèrent. Les Thébains, oubliant ce grand service, enlevèrent aux Athéniens la ville d'Orope, qui était sur leurs frontières. Il tomba même quelque soup^^n sur Chabrias , et ce Democth. in général fut accusé de trahison. Callistrate fut choisi p- ' * pour plaider contre lui. La réputation de l'orateur et rimportance de la cause excitèrent la curiosité, et firent grand bruit dans la ville. Démostliène, âgé pour- lors àii.m.3639. de seize ans , pressa vivement ses maîtres de vouloir le ^' * ' mener avec eux au barreau, afin qu'il pût assister à cette fameuse plaidoirie. L'orateur fut écouté avec une grande attention ; et, ayant eu un succès extraordinaire , il fut reconduit chez lui en cérémonie au milieu d'une foule de citoyens illustres, qui s'empressaient à l'envi de lui prodiguer les louanges et les applaudissements. Le jeune homme fut extrêmement touché des honneurs qu'il vit rendre à l'orateur, et Picore plus du souverain pouvoir qu'a l'éloquence sur les esprits, dont elle dispose en maîtresse absolue. Il en sentit lui-même l'efiet; et, ne pouvant résister à ses charmes, il s'y livra entièrement dès ce jour, renonça à toute autre étude et à tout autre plaisir, et, tant que Callistrate demeura à Athènes, il s'attacha à lui, et profita de ses conseils.
Le premier essai qu'il fit de son éloquence fut contre ses tuteurs, qu'il obligea de lui restituer une partie de son bien. Animé par cet heureux succès, il se hasarda de parler devant le peuple. Il y réussit tout-à*fait mal.
36o HISTOIRE AlfCIEWWE.
II avait une voix faible, la langue embttrassée, et la respiration fort courte ; et cependant ses périodes étaient si longues, qu'il était souvent obligé de les interrompre pour respirer. Il fut donc sifflé de tout l'auditoire , et s'en retourna entièrement découragé, et résolu de renoncer pour toujours à une fonction dont il se croyait incapable. Un de ses auditeurs, qui, au travers de ses défauts, avait aperçu en lui iln excellent fonds de génie et une éloquence assez approchante de celle de Périclès, lui fit reprendre courage par l'idée flatteuse d'une si glorieuse ressemblance , et par les salutaires avis qu'il lui donna. "
Il parut donc une seconde fois devant le peuple , et n'en fut pas mieux reçu. Comme il s'en retournait la tête baissée et plein de confusion, un des plus excellents acteurs de ce temps, nommé Satyrus, qui était son ami, le rencontra; et, ayant appris de lui-même la cause de son chagrin , il lui dit que le mal n'était point sans remède , et que tout n'était pas si désespéré qu'il le croyait. Il lui demanda seulement de réciter devant lui quelques vers d'Euripide ou de Sophocle ; ce qu'il fit sur-le-champ. Satyrus, les ayant répétés après lui, leur donna tout une autre grâce par le ton, le geste et la viv^icité avec lesquels il les prononça, en sorte que Démosthène lui-même les trouva tout différents. Il sentit bien ce qui lui manquait, et il s'appliqua à l'acquérir.
Les efforts qu'il fit pour corriger le défaut naturel
qu'il avait dans la langue, et pour se perfectionner dans
la prononciation dont son ami lui avait &it connaître
le prix, paraissent presque incroyables, et font bien
cic.deOrat, voir qu'uu travail opiniâtre surmonte tout. Il bégayait
n. 260/261. à ^^ point, qu'il ne pouvait exprimer certaines lettres.
PERSES ET GRECS. 36l
entre autres celle qui commence le nom de l'art qu'il étudiait '; et il avait l'haleine si courte, qu'il ne pouvait suffire à prononcer une période entière sans s'arrêter. Il vint à bout de vaincre tous ces obstacles en mettant dans sa bouche de petits cailloux, et prononçant ainsi plusieurs vers de suite à haute voix sans s'interrompre, et cela même en marchant, et en montant par des endroits fort roides et fort escarpés : en sorte que dans la suite nulle lettre ne l'arrêta, et que les plus longues périodes n'épuisaient point son haleine. Il fit plus : il allait sur le bord de la mer, et, dans le Qnînt-i. lo, temps que les flots étaient le plus violemment agités, il y prononçait des harangues pour s'apprivoiser, par le bruit confus des flots, aux émeutes du peuple et aux cris tumultueux des assemblées.
Démosthène ne prit pas moins de soin du geste que h. lih. h , de la voix ; il avait chez lui un grand miroir, qui était ^^' ^' son maître pour l'action, et devant lequel il déclamait avant que ^e parler en public. Pour se corriger d'un défaut qu'il avait contracté par une mauvaise habitude, qui était de hausser continuellement les épaules, il s'exerçait debout dans une espèce de tribune fort étroite où pendait une hallebarde, afin que, si dans la chaleur de l'action ce mouvement venait à lui échapper, la pointe de cette hallebarde lui servît d'avertissement et de punition tout ensemble.
Il fut bien payé de toutes ses peines, puisque ce fut par ce moyen qu'il porta l'art de déclamer au plus haut degré de perfection oîi il puisse aller. C'est qu'il en connaissait bien le prix et l'importance. Aussi *, quand
* La rhétorique. natur. Sine hac, sommas orator eue
^ « Actio !n dicendo ana domi* in numéro nollo potest : mediocris ,
363 HISTOIRE ANCIEirirE.
. on l'interrogea à trois différentes reprises sur la qualité qu'il jugeait la plus nécessaire à l'orateur, il ne dit autre chose sinon que c'était la prononciation, voulant insinuer, par cette réponse répétée jusqu'à trois fois, que cette qualité était celle dont le défaut pouvait le inoins se couvrir et qui était la plus capable de couvrir les autres, et que la prononciation seule pouvait faire valoir extrêmement un orateur même médiocre, au lieu que sans elle le plus habile ne pouvait point espérer d'avoir jamais aucun succès. Il fallait qu'il en fit grand cas, puisque, pour s'y perfectionner et pour recevoir les leçons de Néoptolème, le plus habile comédien qui fût alors , il consacra jusqu'à dix mille dragmes ' , quoiqu'il ne fût pas fort riche.
Son application à l'étude n'était pas moins étonnante. Pour être plus éloigné du bruit et moins sujet aux distractions, il se fit faire un cabinet souterrain, qui subsistait encore du temps de Plutarque, oii il s'enfermait quelquefois des mois entiers, se gisant raser exprès la moitié de la tête pour se mettre hors d'état de sortir. C'est là qu'à la lueur d'une petite lampe il composa ces haiangues admirables dont ses envieux disaient qu'elles sentaient l'huile, pouf marquer qu'elles étaient travaillées avec trop de soin. « On voit bien, a répliquait-il , que les vôtres ne vous ont pas coûté «c tant de peines. » Il se levait extrêmement matin ^ , et il avait coutume de dire qu'il était bien fâché quand
hAc instructus, siimmos s«p« su- * Cinq mille Ut. = 9,1 66 £r. — L
perare. Hiric primas dédisse Démo- * « Cui non sont aaditae Dcno-
■tlMnes dicitur , quum rogarctar quid sthenis TigiUse P qui dolere ae aiebat .
in dicendo esset primum ; huic se- si qnandà opificum antelocana rie-
cundas,huictertias. «(Ciciltf Oraf. tus esset industriâ. •• (Id. in 7)ur.
lib. 3,n. 2x3.) QiMvaf. lib. 4» n. 44.)
Googk
un ouvrier ravait devancé dans le travail. On peut juger des efforts qu'il fit pour se perfectionner en tout genre, par la peine qu'il prit de copier de sa propre LneUui.,admain jusqu'à huit fois l'histoire de Thucydide, pour se p.* 639. rendre plus familier le style de ce grand homme.
Démosthène, après avoir exercé son talent pour la parole dans quelques causes particulières, se produisit au grand jour, et parut sur la tribune aux harangues pour y traiter des affaires publiques. La suite nous montrera avec quel succès il le fit. Au jugement de Cicéron ' , ce succès alla si loin, qu'il se faisait un concours de toute la Grèce à Athènes pour entendre parler Démosthèn^ ; et il ajoute qu'avec un mérite comme le sien, la chose ne pouvait pas être autrement. Je n'examine point ici le caractère de son éloquence, je Manière l'ai fait ailleurs avec assez d'étendue ; je n'en considère ***^*«^'"que les effets merveilleux.
Si l'on en croit Philippe, et sur cette matière c'est Lucian. un témoin certainement digne de foi et non récusable, Democthen. l'éloquence de Démosthène lui faisait plus de tort, elle ^" ^®'^** seule, que toutes les troupes et toutes les flottes des Athéniens. Ses harangues, disait -il, étaient comme des machines de guerre et des batteries dressées de loin contre lui , par lesquelles il renversait tous ses projets, et ruinait toutes ses entreprises, sans qu'il fût possible d'en arrêter l'effet; car moi-même (c'est Philippe qui parlait ainsi), si j'avais assisté à l'assemblée, et que j'eusse entendu haranguer ce véhément orateur, j'aurais conclu tout le premier qu'il ÊiUait me déclarer
' «Ne 31ud quidem intelligant , Demosthenes dlcturus eMet,utconnon modo iu mémorise proditiim cnrsus , audiendi causa , ex tota Gne- ^M , aed ita nccesae fuisse, «jumn oiA fièrent. » (Id. in Bmto, n. 289. )
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364 HISTOIRE AWCIENWE.
la guerre. Nulle ville ne paraissait imprenable à c ■ prince, pourvu qu'il y pût faire monter un mulet chargé d'or; mais il avouait avec douleur qu'à cet égard Démosthène était invincible, et qu'il l'avait toujours trouvé inaccessible à ses présents. Après la bataille de Chéronée, Philippe, quoique vainqueur, frissonnait encore de crainte à la vue du danger extrême où cet orateur, par la puissante ligue dont il avait été l'ame et le mobile, l'avait exposé lui et son royaurtie. Lucian. Ântjpatcr en parlait de même. Je ne compte pour
Demosth^. rien, disait-il, ni le Pirée, ni les galères, ni les armées p. 934-936. jgg Athéniens. Et qu'aurions - nous à craindre d'un peuple continuellement occupé de jeux, de festins, de bacchanales? Démosthène seul nous alarme. Sans lui, les Athéniens ne différeraient en rien des peuples de la Grèce les moins estimables. Lui seul les excite, les anime, les tire de leur sommeil et de leur léthargie, leur met les armes et les rames à la main presque malgré eux; et, ne cessant de leur représenter les célèbres journées de Marathon et de Salamine, il les transforme en d'autres hommes par ses discours enflammés, et leur inspire un courage et une audace incroyables. Rien n'échappe à ses yeux clairvoyants, ni à sa prudence. Il prévoit tous nos desseins, il évente toutes nos mines, il déconcerte tous nos projets; et, si Athènes le croyait en tout et suivait ses conseils , nous serions perdus sans ressource. Rien ne peut tenter ni affaiblir son amour pour la patrie. Tout l'or de Philippe ne trouve non plus d'accès auprès de lui que celui de Perse n'en trouvait autrefois auprès d'Aristide.
C'est le glorieux témoignage que la nécessité d'une juste défense l'oblige de se rendre à lui-même dans le
beau discours contre Eschine, son accusateur et son ennemi déclaré, a Pendant que tous les orateurs s'étalent « laissé corrompre aux présents de Philippe et d'Att lexandre, on sait, dit-il, que ni conjonctures délica- (( tes, ni paroles engageantes, ni promesses magnifiques, « ni espérance, ni crainte, ni faveur, ni rien au monde u n'a jamais pu m'induire à rien relâcher de ce que j'es- « timais favorable, soit aux droits, soit aux avantages a de la patrie. » Il ajoute qu'au lieu que les mercenaires, en proposant leurs avis, se déclaraient toujours pour celui qui les payait le mieux , semblables en cela à la balance, qui penche toujours du côté qu'elle reçoit le plus , lui , dans tous les conseils qu'il a donnés, il n'a jamais ^eu en vue que l'intérêt et la gloire de la patrie, et qu'il s'est toujours conservé invincible et incorruptible à l'or de Macédoine. La suite fera voir s'il se soutint jusqu'au bout dans cette incorruptibilité.
Voilà quel était l'orateur qui va désormais monter sur la tribune aux harangues, ou plutôt l'homme d'état qui va entrer dans le maniement des affaires publiques, et qui sera l'ame et le mobile de toutes les grandes entreprises qu'Athènes formera contre Philippe.
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366 HISTOIRE AirCIEIfllE.