HISTOIRE DE PHILIPPE
AVAIfT-PROPOS.
J^ES règnes de Philippe, roi de Macédoine, et d'Alexandre son fils j qui font la matière des li\^pes XIV et XV , contiennent l'espace de trente-six ans, le premier vingt-quatre, l'autre douze, et s'étendent depuis la première année de la io5^ olympiade ou l'an du monde 3644 9 jusqu'à la première année de la ii4^ olympiade ou l'an du monde 368o.
Les rois qui régnaient alors en Perse sont, Artaxerxe^ Ochus, Arsès, et Darius Codoman. L'empire des Persçs périt avec ce dernier.
Nous ne savons, de tout ce qui s'est passé pendant ces trente -six ans chez les Juifs, que ce qu'on en lit dans l'historien Josèphe, livre XI, chap. 7 et 8 des Antiquités judaïques, sous les grands-prétres Jean ou Johanan , et Jaddus. Il en sera parlé dans le cours de cette histoire , avec laquelle celle des Juifs se trouve liée.
Ce même espace de trente -six ans, par rapport i l'histoire romaine , s'étend depuis la 3gi^ année de la fondation de Rome jusqu'à la 4^9^ année. Les grands hommes qui ont paru le plus à Rome , pendant cet
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espace de temps, sont : Âppius Claudius, dictateur; T. Quinctius Capitolinus, Tit. Manlius Torquatus, L. Papîrius Cursor,M. Vaiérius Corvinus, Q. Fabius RuUus, le premier Décius, qui se dévoua pour sa patrie. Les noms de Philippe et d'Alexandre, dont nous avons à parler, sont trop connus pour qu'il soit besoin d'avertir combien leur histoire doit être intéressante.
Il serait à souhaiter que nous eussions la vie de Philippe écrite entière et de suite par quelque auteur ancien, ou que du moins quelque moderne en eût ramassé avec soin toutes les circonstances répandues de coté et d'autrç. Au défaut de ce secours, je me suis aidé principalement de Démosthène et des interprètes qui ont travaillé sur cet orateur, et, en particulier, des notes de M. de Tourreil, et de celles de Lucchesini ', noble patricien de Lucques, qui sont fort savantes.
Pour ce qui regarde Alexandre, sans parler de Diodore de Sicile et de Justin, Quinte-Curce, Plutarque et Arrien le font suffisamment connaître. Ce dernier, disciple d'Épictète, était de Nicomédie en Bithynie. Il vi* vait sous l'empereur Adrien et sous les deux Antonins. Il était homme de guerre aussi-bien que philosophe et historien; et l'on s'en aperçoit bien dans les des* criptions de combats, "qui sont beaucoup plus exactes que celles de Quinte-Curce. Son style est simple, sans ornements, et presque sans réflexions : mais cette simplicité l'emporte infiniment sur la parure de l'historien latin. Il a écrit les campagnes d'Alexandre en sept livres, à l'imitation de Xénophon, qui a écrit celles du jeune Cyrus en autant délivres; ce qui, joint à quelque
« Ces notes sont Imprimées à Rome en 17 3a.
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ressemblance de style, lui a &it quelquefois donner le nom de nouveau Xénophon. Son Histoire des Indes, renfermée en un seul livre, parait être en quelque sorte la suite et la fin de celle d'Alexandre.
Quinte-Curce a écrit la même histoire en dix livres, dont les deux premiers ne sont pas venus jusqu'à nous, mais ont été suppléés par Freinshémius. On ne sait point précisément dans quel temps cet historien a vécu, et c'est le sujet d'une grande dispute parmi les savants, les uns le plaçant sous Auguste ou Tibère , d'autres sous Vespasien, quelques-uns sous Trajan', Son style est fleuri, agréable, rempli de réflexions sensées et de harangues fort belles , mais pour l'ordinaire trop longues, et qui sentent le déclamateur. Ses pensées ingénieuses, et souvent très-solides, ont néanmoins un éclat et un brillant affecté, qui ne parait pas marqué au coin da siècle d'Auguste. Il serait assez étonnant que Quinûlien, dans le dénombrement qu'il fait des auteurs latins, n'eût fait aucune mention d'un historien aussi recommandable que Quinte-Curce, s'il avait vécu avant lui. Quoi cpi'il en soit, car je laisse aux savants à décider cette question, j'ai fait grand usage de cet auteur, et de l'ex- . cellente version \\ae nous en a donnée M. dé Vaugeias.
§ I. Naissance et enfance de Philippe. Commence- ^ment de son Règne. Ses premières conquêtes. Naissance d^ Alexandre.
La Macédoine était un royaume héréditaire, situé
« L*opia!on qui place Quinte- men crû, des Hist, d'Alejcaiére, Carce sous le règne de Claude est p. zo4). — L. la plus répandue (Ste-Ghoix, Exub-
PERSES ET GREOS. SGq
dans l'ancienne Thrace , et borné au midi par les montagnes de la Thessalie, à l'orient par la Bottie et la Piérie ' , au couchant par les^Lyncestes, au septentrion par la Mygdonie et par la Pélagonie. Mais, quand Philippe eut conquis une partie de la Thrace et de miyrie , ce royaume s'étendit depuis la mer Adriatique jusqu'au fleuve Strymon. Édesse d'abord en fut la ca-, pitale; puis elle céda cet honneur à Pella, célèbre par la naissance de Philippe et d'Alexandre.
Philippe, dont l'histoire va nous occuper, était fils d'Amyntas II, que l'on comptait pour le seizième roi de Macédoine depuis Caranus, qui avait fondé ce royaume, il y avait quatre cent trente ans, c'est-à-dire l'an du monde 3aio, et avant Jésus-Christ 794* L'histoire de tous .ces rois est assez obscure, et ne renferme presque. que quelques guerres particulières avec les Illy riens, les Thraces, et d'autres peuples voisins. .
Les rois de Macédoine prétendaient descendre d'Hercule par Caranus, et par conséquent être Grecs d'ori-, gine. Démosthène néanmoins les traite souvent de Barbares, sur-tout en parlant de Philippe. Il est vrai que les Grecs donnaient ce nom à. toutes les autres nations, sans en excepter les Macédoniens. Alexandre, Herod. 1. 5, roi de iVIacédoine du temps de Xerxès,se vit exclu, comme Barbare, des jeux oljrmpiques, et ne parvint enfin à y entrer qu'après avoir fait ses preuves qu'il était originaire d'Argos. Le même Alexandre, lorsqu'il id. ia>. 9, passa du camp des Perses à celui des Grecs pour avertir ces derniers que Mardonius avait résolu de les
' Là Bonite et la Pîérle étalent situées , non pas k Forient, mais au deux provinces de la Macédoine, sud, voisines de la lliessalie. — L.