‹ Œuvres complètes de RollinChapitre 21 sur 33 · Tome y. Hitt. ane · texte numérisé non relu

Tome y. Hitt. ane

386 HISTOIRE ANCIEITNE.

appuyant contre le dos , ils ajoutaient une force et une impétuosité extraordinaire à leur irruption contre l'ennemi : ils leur donnaient une fermeté et une consistance immobile pour résister à l'attaque, et en même temps ils leur ôtaient tout moyen et toute espérance de fuir en arrière; de sorte qu'il fallait nécessairement ùu vaincre, ou périr.

Aussi Polybe avoue que , tant que la phalange conservait son état et son arrangement de phalange, c'est-à-dire tant que les soldats et les rangs demeuraient serrés Comme on l'a dit, il n'était pas possible ni de soutenir son effort, ni de l'enfoncer et de la rompre» Et il le démontre d'une manière sensible. Les soldats romains, dit -il (car c'est eux qu'il compare avec les Grecs dans l'endroit dont il s'agit), occupenl chacun, dans une bataille, trois pieds. Et, comme ils ont beaucoup de mouvement à faire, soit pouç porter leurs boucliers à droite et à gauche en se défendant, soit pour frapper d'estoc et de taille avec leurs épées, on ne peut laisser entre eux moins d'intervalle que trois pieds. Ainsi chaque soldat romain occupe six pieds, c'est-à-dire le double d'espace d'un phalangite ', et par conséquent en a seul en tête deux du premier rang, et par conséquent aussi dix piques à soutenir, selon ce qui a été dit ci-devant. Or, un seul soldat ne peut ni briser dix piques, ni les enfoncer. LiT.iib.3a, C'cst cc quc Titc-Livc marque bien clairement en .peu de mots, en décrivant comment, dans le siège

* On • remarqué auparayant que tend. Dana ce dernier cas » un «ru)

le phalangite n*occupe que trois soldat romain avait vingt piques d

pieds quand il marche contre Tenne- soutenir, mi y et la moitié moins quand il Tat-

d'une ville, les Romains lurent repousses par les Macédoniens. Le consul ' , dit-il, fit marcher ses cohortes pour enfoncer, s'il se pouvait, la phalange des Macédoniens. Quand ceux-ci, serrés l'un contre l'autre, turent avancé devant eux leurs longues piques, les Romains, ayant inutilement tancé leurs javelots contre les Macédoniens, que leurs boucliers extrêmemeift pressés couvraient comme un toit et comme une tortue; le^ Romains, dis -je, tirèrent leur épée : mais ils ne pouvaient ni en venir de près aux mains, ni couper ou briser les piques des ennemis; et, s'ils venaient à bout d'en couper ou d'en briser quelqu'une , le bois rompu de la pique tenait lieu de pointe, et cette haie de piques , dont le front de la phalange était armé et hérissé, subsistait toujours.

Paul Emile avoua que dans la bataille contre Persée, pj^^^ j^^ dernier roi de Macédoine , ce rempart d'airain , et ^•"*- ^"^ cette forêt de piques, impénétrable à ses légions, l'avaient rempli d'étonnement et de crainte. Il ne se souvenait point, disait-il, d'avoir jamais vu un spectacle si capable d'effrayer; et, depuis ce temps -là, il parlait souvent de l'impression que cette terrible vue fit sur lui , jusqu'à le faire presque désespérer de la victoire.

Il s'ensuit de tout ce qui vient d'être dit, que la

' « Cobortea înWcem sob signia , quam emÎMÎs , quum strinxisMnt

qiUK cuneuin MaG«donum ( phalan- gUdios , neque congredl propiàs ,

gem ipsi vocant ) , si possent , ▼! per- neque prsecidere hasUs poterant ; et ,

rampèrent, emîttebat. . . Ubi con- si quam incidissent aut praefiregis-

fertihastasingentislongitudJnupne sent, hastile fragmento ipso acuto ,

M Macedones objecissent, velut in inter spieula integrarum bastarum,

coQstructani densitate clypeorum Telut vallum explebat. » tettudinem , Romani , pilis nequid-

388 HISTOIRE ANGIENIVE*

phalange macédonienne était invincible; cependant l'histoire nous apprend que les Macédoniens, avec leur phalange, ont été vaincus et subjugués par les Romains. Elle était invincible, répond Polybe, tant qu'elle demeurait phalange: mais c'est ce qui arrivait rarement; car, pour cela, il lui fallait un terrain plat et uni, qui eût beaucoup d'étendue, où il ne se trouvât ni arbre, ni haie, ni coupure, ni fossé, ni vallon, ni hauteur, ni ruisseau. Or, est -il bien ordinaire de trouver un terrain de cette sorte, qui ait quinze ou vingt stades ' ou plus d'étendue? car cet espace est nécessaire pour contenir une armée entière, dont la phalange ne fait qu'une partie.

Mais supposons qu'on trouve un terrain aussi commode qu'on peut le souhaitée* (c'est toujours Polybe qui raisonne),. de quel usage sera ce corps de troupes rangé en phalange, si l'ennemi, au lieu de s'en approcher et de présenter la bataille , fait des détachements pour ravager la campagne, pour piller les villes, pour couper les convois? Que s'il accepte la bataille, le général n'a qu'à ordonner à une partie de son front, au centre , par exemple , de se laisser exprès enfoncer, et de prendre la fuite, pour donner lieu aux phalangites de la poursuivre. En ce cas voilà la phalange rompue, et une grande ouverture qui y est faite, par laquelle les Romains ne manqueront pas d'entrer pour prendre les phalangites en flanc à droite et à gauclie, pendant que ceux qui sont à la poursuite des ennemis pourront être attaqués de la même sorte.

Ce raisonnement de Polybe me parait fort clair, et

* Trois quarts de lieue, ou une lieue, ou plus encore.

PERSES ET GRECS. SSq

en même temps fort propre à donner une juste idée de la manière de combattre des Anciei^s; ce qui doit certainement entrer dans l'histoire, et en fait une partie essentielle.

On voit par là, comme M. Bossuet le remarque DUconw après Polybe, la différence qu'il y a entre la phalange omyerseUe. macédonienne ' , formée d'un gros bataillon fort épais de toutes parts et qui ne pouvait se mouvoir que tout • d'une pièce, et l'armée romaine, distinguée en petits corps, et par cette raison plus prompte et plus disposée à toute sorte de mouvements. La phalange ne peut conserver long - temps sa propriété naturelle ( c'est ainsi que s'explique Polybe), c'est-à-dire sa solidité et sa consistance, parce qu'il lui faut des lieux propres, et, pour ainsi dire, faits exprès; et que, faute de les trouver, elle s'embarrasse elle-même, ou plutôt elle se rompt par son propro mouvement : joint, qu'étant une fols enfoncée, elle ne sait plus se rallier; au lieu que l'armée romaine, divisée en ses petits corps, profite de tous les lieux, et s'y accommode. On l'unit et on la sépare comme on veut. Elle défile aisément, et se rassemble sans peine. Elle est propre aux détachements, aux raUiements, à toute sorte d'évolutions, qu'elle fait ou tout entière ou en partie, selon qu'il est convenable. Enfin, elle a plus de mouvements divers, et par conséquent plus d'action et plus de force que la phalange.

' « Statarlus uterque miles, or- •< Erant pleraque sylvestria circà ,

dînes serrans ; sed iUa phalanx îm- incommoda phalangi , maxime Ma-

mobilis , et unius generis : romana cedonum , quae , nisi ubi prselongis

acies dîstincfior , ex plurîbus parti- hastis velut vallum ante clypeos ob-

kusconstans; facilis partienti qna- jecit (quod ut fiât, libero campo

cuinquèopusesset,facilisjungenti. » opus est), nullius admodàm usas

(Trr. Liv. lib. 9 , n. 19.) est.» (Id. lib. 3i , n. 39. )

Googk

Plut, in C'est ce qui fit remporter à Paul Emile la célèbre p.*ad5,â(M. victoire contre Persée'. Il avait d'abord fait attaquer ^**^4i!.^' de front la phalange; mais les Macédoniens, serrés les uns contre les autres, tenant à deux mains leurs piques, et présentant à l'ennemi ce rempart de fer, ne purent jamais ni être rompus, ni être entamés. Mais enfin, l'inégalité du terrain et la grande étendue.da front de bataille ne permettant pas aux'Macédoniem de continuer par-tout cette haie de boucliers et de piques, Paul Emile remarqua que la phalange était forcée de laisser des ouvertures et des intervalles. U la fit attaquer par ces ouvertures, non plus de front et d'un commun effort, mais par troupes détachées et par différents endroits tout à-Ia-fois. Dans un moment la plialange fut rompue; et toute sa force, qui ne consistait que dans son union et dans l'impression qu'elle faisait toute ensemble, s'évanouit; et ce fut là la cause du gain de la bataille.

Lib. ta. Le même Polybe, dans le douzième livre que j'ai ^^ ' déjà cité, décrit en peu de mots Tordre de bataille de | la cavalerie. Il donne à un escadron huit cents chevaux, rangés pour l'ordinaire sur cent de front et sur huit ! de hauteur. Un tel escadron occupait par son front un

^ ' « Secunda legio immîssa dÎMÎ- tergo , aliquîd tumaltàa inen^t . '

paTÎtphalangeminequeuUa evîden- ruinae modo turbantur. Sicut ton

tîor causa victorise fuit , quàm quôd' ad versos cateiratim irmeiites Rons' 1

raulta passim prselia erant , quse nos, etlnterrupti multUariamade. I

floctuaiitem turbâmnt primo, dein- obviam ire cogebantar : etRomaai.

de disjecerunt phalangem ; cujus quacumquè data intenralla '

confeitse , et iotentis borrentis bas- in^^nuabant ordines aooa. Qui , ^i

tis , intolerabiles vires sunt. Si car- universâ acie in firontem advcnàs

ptim aggrediendo circumagere im- îostructam phalangem oooauriir

raobilem longitudine et gravitate sent.... induissent aehastis,ncccoa-

bastam cogas , confiisà strue implî- feitam aciem sustinaîsBent > (Trr.

cantur : si verô ab lalci-c , aut ab Liv. )

PERSES ET GRECS. SqI .

stade, c'est-àrdire cent toises, sur le pied d'une toise ou six pieds par cavalier, espace qui lui était nécessaire pour faire ses évolutions et ses ralliements. Dix escadrons, qui font huit mille chevaux, occupaient dix fois autant d'espace, c'est-à-dire dix stades ou mille toises, ce qui fait à peu près une demi-lieue.

On peut juger, par ce qui vient d'être dit, du terrain qu'occupait une armée, suivant le nombre d'infanterie et de cavalerie dont elle était composée^

§ II. Guerre sacrée. Suite de Vliistoîre de Philippe. Il tâche en vain de s* emparer des Thermopyles.

La discorde qui tenait continuellement les Grecs a«.m.3S49. dans les dispositions prochaines à une rupture ouverte, se ralluma vivement à l'occasion des Phocéens. Ceux- Diod. i. 16, ci habitaient les environs du temple de Delphes. Ils ^' ^ ' s'avisèrent de labourer des terres consacrées à Apollon, ce qui était les profaner. Aussitôt les peuples d'alentour crièrent au sacrilège, les uns de bonne foi, les autres pour couvrir d'un pieux prétexte leur vengeance particulière. La guerre qui survint à ce sujet s'appela /a Guerre sacrée ^ comme entreprise par un motif de religion, et dura dix ans. On dénonça les profanateurs aux amphictyons, qui composaient les états*généraux de la Grèce. L'affaire bien discutée , les Phocéens furent déclarés sacrilèges, et condamnés à une grosse amende.

Philomèle, un de leurs principaux citoyens, homme audacieux et fort accrédité, ayant prouvé par des vers d'Homère qu'anciennement la souveraineté du temple niad. L a, de Delphes appartenait aux |*hocéens, les révolte contre ce décret les détermine à prendre les armes, et est

39^ HISTOIHE AICCIEirirE.

déclaré général. Il se rend aussitôt à Sparte pour engager les Lacédémoniens dans son parti. Us étaient fort mécontents d'une sentence qu'avaient portée contre euxlesamphictyons, à la sollicitation desThébaiiis,par laquelle ils avaient été condamnés aussi à une amende, pour s'être emparés par fraude et par violence de la citadelle de Thèbes. Archidamus, l'un des rois de Sparte, reçut fort bien Pliilomèle. Il n'osa pourtant pas encore se déclarer ouvertement pour les Phocéens, mais promit de l'aider d'argent et de lui fournir secrètement des / troupes ; ce qu'il exécuta.

Pliilomèle, de retour, lève des «oldats^ et commence par attaquer le temple de Delphes, dont il n'eut pas de peine à se rendre maître, les habitants du pays ayant fait une faible résistance. Les Locriens, peuple voisin de Delphes, firent d'inutiles efforts contre lui, et furent battus en plusieurs rencontres. Philomèle, animé par ces premiers succès, augmente de jour en jour ses troupes, et se met en état de soutenir vigoureusement son entreprise. Il entre dans le temple, arrache des colonnes le décret des amphictyons qui condamnait les Phocéens, fait savoir dans tout le pays qu'il n'a pas dessein de toucher aux richesses du temple, et qu'il ne songe qu'à rétablir les Phocéens dans leurs anciens droits et leurs anciens privilèges. Il avait besoin de se fortifier de l'autorité du dieu qui présidait à Delphes, et d'avoir pour lui une réponse favorable de Toracle. La prêtresse refusait de lui prêter son ministère; mais, intimidée par ses menaces, elle répond que le dieu lui permet de faire tout ce qu'il voudra ; et il ne manqua pas d'en donner avis à tous les peuples voisins. Av. jcfaol. L'affaire devint fort sérieuse. Les amphictyons s'étant

PERSES ET GRECS. SqS

assemblés une seconde fois, il fut résolu qu'on ferait la guerre aux Phocéens. Presque tous les peuples de la Grèce entrèrent dans cette querelle, et prirent parti pour ou contre. Les Béotiens, les Locriens, les Tliessaliens, et plusieurs autres peuples voisins, se déclarèrent pour le dieu. Sparte, Athènes et quelques autres villes du Péloponnèse se joignirent aux Phocéens. Philomèle, jusque-là, n'avait point encore touché aux trésors du temple; mais, devenu moins scrupuleux, il cinit que les richesses du dieu ne pouvaient être mieux employées qu'à sa défense, car il couvrait de ce beau nom son ejitreprise sacrilège; et, à la faveur de cette nouvelle ressource, ayant doublé la paie des soldats, il assembla un corps de troupes fort considérable.

Il se donna plusieurs combats, et le succès balança quelque temps entre les deux partis. On sait combien les guerres de religion sont à craindre, et à quels excès un faux zèle, couvert de ce nom respectable, peut se porter. Les Thébains, dans une rencontre, ayant fait plusieurs prisonniers, les condamnèrent tous à mort comme sacrilèges et excommuniés. Les Phocéens,^ par droit de représailles, en firent autant de leur côté. Ceuxci avaient remporté d'abord quelques avantages; mais, ayant été vaincus dans un grand combat, Philomèle leur chef, se voyant poussé sur une hauteur d'où il n'y avait point d'issue, après s'être long-temps défendu avec un courage invincible, se précipita la tête en bas du haut d'un rocher, pour éviter les tourments auxquels il avait sujet de s'attendre, s'il était tombé vif entre les ïnains des ennemis. Onotnarque son frère lui succéda, ^t prit le commandement des troupes.

Ce nouveau chef eut bientôt mis sur pied une nou- ^^-^'^t^l

* Av. J.C.3:>J'

394 HISTOIRE AirCIEiriTE.

velle armée, la solde avantageuse qu'il proposait lui attirant de tous côtés des soldats. U gagna aussi , à force d'argent, plusieurs des chefs qui étaient dans l'autre parti, et les obligea ou à se retirer, ou à agir mollement. Par ce moyen il remporta plusieurs avantages.

ï>ans ce mouvement général de la Grèce , armée en faveur des Phocéens ou des Thébains, Philippe avait cru devoir demeurer neutre. U était de la politique de ce prince ambitieux , d'ailleurs peu touché de la religion et des intérêts d'Apollon , mais toujours attentif aux siens, de ne prendre aucune part à une guerre où il n'y avait rien à gagner pour lui, et de profiter d'une occasion où toute la Grcce, occupée d'une grosse guerre, et devenue distraite sur ses démarches, lui laissait une entière liberté d'étendre ses frontières, et de pousser ses conquêtes sans crainte d'opposition. Il était bien aise aussi de voir les deux, partis s'affaiblir et se consumer, pour tomber ensuite sur eux avec plus de facilité et d'avantage.

Air.M.365r. Voulant s'assujettir la Thrace, et assurer les con- Drôd.p.434' ^"^'^^ ^"''' y vivait déjà faites, il songea à se rendre maître de Méthone, petite ville incapable de se soutenir par elle-même, mais qui l'inquiétait, et mettait obstacle à^ses desseins , quand elle se trouvait entre les mains des ennemis. U en forma le siège, la prit, et la SBidas,Toc« rasa. C'est devant cette ville qu'il perdit un œil par Kapavoc ^^^ aventure fort singulière. Aster , d'AmphipoIis, s'était offert à lui sur le pied d'un excellent tireur, qui ne manquait pas les oiseaux, lors même qu'ils volaient le plus vite. Philippe lui répondit : Eh bien , je vous prendrai a mon sen^ice lorsque je ferai la guerre

PERSES ET GRECS. SqS

aux étourneaux. La raillerie piqua au vif l'arbalétrier. Souvent un bon mot coûte bien cher, et ce n'est pas un petit mérite que de savoir contenir sa langue. Aster, s'étant jeté dans la place, tira contre lui une flèche où il y avait écrit, A Tœil droit de PhUippe, et lui prouva cruellement qu'il savait bien tirer, car en effet il lui creva l'œil droit. Philippe lui renvoya la même flèche avec cette inscription : Philippe fera pendre Aster ^ s* il prend la ville; et il lui tint parole.

Un habile chirurgien tira la flèche de l'œil de Phi- PUn. lib. 7, lippe avec tant d'adresse et de délicatesse, qu'il ne ^^' '" resta aucune trace de la plaie; et, ne pouvant lui saaver l'œil, du moins il lui sauva la difformité. Ce prince D«m€tr. néanmoins, depuis, eut toujours la faiblesse de se Eiocat.c.3. fâcher toutes les fois qu'il échappait à quelqu'un de prononcer devant lui le mot de cyclope^' ou seulement le mot Sœil, On ne rougit pourtant guère d'un défaut honorable. Une femme lacédémonienne pensait plus en homme, lorsque, pour consoler son fils, qu'une blessure glorieuse avait rendu boiteux, elle lui disait : Va y monJUsy tu ne saurais plus faire un pas qui ne te fasse soui^enir de ta valeur.

Après la prise de Méthone , Philippe , toujours at- D^od. tentif ou à affaiblir ses ennemis par de nouvelles con- P" 4^*-*^^ quêtes, ou à s'attacher de nouveaux amis par des services importants, marcha en Thessalie, qui avait imploré sqn secours contre les tyrans. \jà mort d'Alexandre de Phères semblait avoir assuré la liberté du pays ; mais les frères de Thébé, sa femme , qui l'avaient niassacré de concert avec elle, las d'avoir joué quelque temps le personnage de libérateurs , firent revivre sa tyrannie, et accablèrent les Thessaliens d'un nou-

veau joug. Lycophron , l'aîné des trois frères, qui a . ai« succédé à Alexandre, s'était fortifié de la protectior des Phocéens. Onomarque, leur chef, lui mena Ui. gros corps de troupes, et remporta d'abord contre Philippe un avantage assez considérable; mais, dans une seconde action , il fut •entièrement vaincu , et «mi armée mise en déroute. Les fuyards furent powrs . .is jusqu'au bord de la mec. Plus de six mille hommes demeurèrent sur la place, du nombre desquels était Onomarque, dont le corps fut attaché à une potence; et trois mille prisonniers qu'on avait feits furent précipités dans la mer, par ordre de Philippe, comme des sacrilèges et des ennemis de la religion. Lycophron livra la ville de Phères, et, par sa retraite, laissa la Thessalie en liberté. Par l'heureux succès de cette expédition Philippe se concilia pour jamais raiTection des Thessaliens, dont l'excellente cavalerie, jointe à la phalange macédonienne , eut depuis tant de part à ses victoires et à celles de son fils.

Phaylle, qui avait succédé à son frère Onomarque, trouvant les mêmes ressources que lui dans les richesses immenses du temple, leva une armée nombreuse; et, soutenu par les troupes des Lacédémoniens , des Athéniens, et des autres alliés, qu'il payait grassement, il passa dans la Béotie, et attaqua les Thébains. Les avantages et les pertes furent long -temps balancés de part et d'autre; mais enfin Phaylle, saisi d'une maladie subite et violente, après avoir souffert de cruels tourments, finit sa vie d'une manière digne de ses impiétés et de ses sacrilèges. On mit à sa place Plialécus, fils d'Onomarque, encore tout jeune; et on lui

Av.J.C.35a.

. . ;ia pour conseil' Mnaséas, qui avait beaucoup d'expérience, et était fort attaché à sa famille.

Le nouveau chef, marchant sur les traces de ses prédécesseurs, pilla comme eux le temple, et enrichit tous ses amis. Les Phocéens ouvrirent enfin les yeux, et nommèrent des commissaires pour faire rendre ce ^e à tous ceux qui avaient touché les deniers publics- Phalécusfut déposé; et il se trouva, par l'enguête exacte que l'on fit, que, depuis le commencement de la guerre, on avait tiré du temple plus de dix mille talents ' , c'elst-à-dire plus de trente millions de notre monnaie.

Philippe, après avoir délivré la Thessalie, songea à Air.M.3(>5a. porter ses armes dans la Phocide. Voici la première tentative qu'il fait pour mettre le pied dans la Grèce, et pour entrer dans les affaires générales des Grecs ^ dont les rois de Macédoine avaient toujours été exclus comme étrangers. Dans ce dessein, sous prétexte de passer en Phocide, et d'y aller punir les Phocéens sacrilèges, il marche vers les Thermopyles. pour s'emparer d'un passage qui lui donnait une entrée libre dans la Grèce, et sur- tout dans l'Attique. Les Athéniens, au bruit de cette marche, qui pouvait avoir d'étranges suites et pour eux et pour toute la Grèce, accoururent aux Thermopyles , et se saisirent à propos de ce passage important, que Philippe n'osa pas même entreprendre de forcer; ainsi il fut obligé de retourner en Macédoine.

' Environ 55,ooo,ooo francs. — L.

3g8 HISTOIRE ANCIENNE.

$ ni. Démosthènef à V occasion de V entreprise de Philippe sur les Thermopyles , harangue les Athéniens , et les anime contre ce prince. Il est peu écouté. Oljmthe , à la veille d'être assiégée par Philippe , implore le secours des Athéniens, Démosthène tâche , par ses harangues , de les tirer de leur assoupissement. Ils n'em^ient que de faibles secours. Philippe enfin se rend tnaitre de la place.

G>mine la suite va nous montrer Philippe aux prises avec les Athéniens, et que, par les vives exhortations et les sages conseils de Démosthène, ils deviendront ses plus grands ennemis et les plus puissants obstacles à ses desseins ambitieux , il ne parait pas hors de propos, avant que d'entrer en matière, de tracer un portrait abrégé de l'état présent d'Athènes et de la disposition actuelle de ses citoyens.

Il ne faut pas juger du caractère des Athéniens dans le temps dont nous parlons, par celui de leurs ancêtres du temps des batailles de Marathon et de Salamine, de la vertu desquels ils avaient extrêmement dégénéré. Ce n'étaient plus les mêmes hommes, ni les mêmes maximes, ni les mêmes mœurs. On ny voyait plus le même zèle pour le bien public, la même application aux affaires , le même courage pour essuyer les fatigues de la guerre sur terre et sur mer, le même soin de ménager les finances, la même docilité pour les conseils salutaires, le même discernement dans le choix des généraux d'armée et dts magistrats a qui ils confiaient l'administration de l'état.

Googk

PERSES ET GllECS. SqQ

A ces dispositions si utiles et si glorieuses avaient succédé Tamour du. repos, la nonchalance pour les affaires publiques , l'aversion des travaux militaires dont ils se déchargeaient sur des troupes mercenaires, la dissipation du trésor public en jeux et en spectacles, le goût pour les flatteries de leurs orateurs , et la malheureuse facilité d'accorder les charges à la brigue et à la cabale, tous avant- coureurs ordinaires de la ruine des états. Voilà ce qu'était Athènes, lorsque le roi de Macédoine commença à attaquer la Grèce.

Nous avons vu que Philippe, après plusieurs con* AH.M.365a. quêtes, avait Ikit une tentative inutile pour s'avancer jusque dans 'la Phocide, parce que les Athéniens, justement alarmés du péril qui les menaçait, lui avaient fermé le passage des Thermopyles. ÎDémosthène , profi- i>«aMMth. tant d'une si favorable disposition, monte sur la tribune '' ^^ aux harangues, pour tracer à leurs yeux une vive image du danger prochain dont les menace l'ambition démesurée de Philippe, et pour les convaincre de l'absolue nécessité qu'elle leur impose d'user des plus promptes précautions. Or, comme le succès de ses armes et la rapidité de ses progrès répandaient dans Athènes une espèce de terreur fort approchante du désespoir, l'orateur, par un artifice merveilleux, s'attache d'abord à relever les courages abattus, et rejette uniquement sur leur mollesse et sur leur nonchalance la cause de leurs désastres; car, si jusque-là ils s'étaient acquittés exactement de leur devoir, et que, malgré toute leur activité et tous leurs efforts, Philippe l'eût emporté sur eux , il ne leur resterait plus en effet de ressource ni d'espérance. Mais, et dans ce discours -ci, et dans. <^eux qui suivront, Démosthène insiste fortement sur

4oO HISTOIRE ANCIENNE.

cette réflexion, que la négligence des Athéniens est l'unique cause de l'agrandissement de Philippe v et que c'est elle qui le rend hardi, entreprenant, et plein d'une insolente fierté, qui va jusqu'à insulter aui Athéniens.

ce Yoyez^ leur dit Démosthène en parlant de Phi- « lippe, à quel point monte l'arrogance du personnage, « qui ne vous donne point le choix ou de l'action, ou « du repos, mais qui use de menaces, et, selon le bruit c( commun, tient les discours les plus insolents; et^ non « content de ses premières conquêtes, incapables de « le satisfaire, il se porte chaque jour A quelque nou- « velle entreprise. Vous attendez peut-être que quelle que nécessité vous force d'agir. En est- il une plus « grande pour des hommes libres que la honte et Im- K famie ? Voulez - vous donc vous promener étemellex< ment dans la place publique en vous demandant les « uns aux autres, Dit-on quelque chose de aouv€€ui?'Eh\ <c quoi de plus nouveau qu'un homme de Macédoine, <( vainqueur des Atliéniens, et souverain arbitre de la « Grèce ? Philippe est mort y dit l'un. Non^ il n'est que « malade^ répond l'autre ^ Mort ou malade, que vuib « importe. Athéniens? A peine le ciel vous en aurait-il « délivrés, qu'à vous comporter de la sorte vous voa< « feriez bien vite vous-mêmes un autre Philippe; pui>-

■ La blessare qu'il avait reçue à les Athéniens , qui «raient équip-

Méthone avait donné lieu à tous ces une flotte , commandée par Ciuri-

bruits. dèmc , se désistèrent de Texpéditioa .

=: n est plus yraisemblable que sur la nouvelle que Philippe et^iii

t:eft bruits avaient pris naissance à ti'ès-inalade , et même, selon qur!-

Vépoque du siège SHerœum^ ville ques-uns, qu*îl était mort. C'est r

de Tlirace : Philippe tomba dange- que Démosthène leur reproche ri«^

reuseraent malade pendant le siège, ment dans la troisième Olynthiaqur

la 4* année de la xo6* olympiade ; ( p. 29 , 1. 2a , éd. JteisÂ.), — L.

PERSES ET GRECS. ^6ï

(( que celui -ci doit ses accroissements bien moins à s^ « force qu'à votre indolence. »

Démosthène ne s'en tint pas à de simples remontrances, ni à des 'avis généraux; il proposa un projet qui lui paraissait propre à arrêter les entreprises de Philippe. Il demande aux Athéniens, en premier lieu, qu'ils arment une flotte de cinquante galères, eti}u'ils prennent une ferme résolution de les monter euxmêmes. Il veut qu'on y ajouté dix galères légèrement armées, pour servir d'escorte aux convois de la flotte et aux vaisseaux de transport. Quant à ce qui regarde les troupes, au lieu que de son temps le général élu par la faction la plus puissante np formait l'armée que d'un assemblage confus d'étrangers et de mercenaires qui servaient mal , il demande qu'on lève seulement deux mille hommes de troupes choisies, dont il y en aura cinq cents Athéniens, et le reste tiré des alliés ; avec deux cents cavaliers , dont cinquante aussi seront Athéniens.

L'entretien de ce petit corps d'armée pour ce qui regarde seulement les munitions de bouche et la subsistance des troupes, indépendamment de leur solde ^ ne devait coûter par an guère |Jlus de quatre-vingtdix talents' ( quatre-vingt-dix mille écus*), savoir: quarante talents pour dix galères d'escorte, à raison de vingt mines ^ (mille livres) par mois pour chaque galère : autres quarante talents pour les deux mille hommes de pied , à dix dragmes ^ ( cinq livres ) par mois pour chaque fantassin; lesquelles cinq livres par

< Le talent valait mille écus. ^ i833 fr. — L.

= 5,5oo fr. — L. 4 9 fr. 17 c. — L.

* 495^00 fraiics. — L. .

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