Tome V. Hisu ttne, I
4oi HISTOIRE ANCIENNE.
mois font un peu plus de trois sous et un liard par jour ' : enfin douze talents pour les deux cents chevaux, à trente dragmes* (quinze livres) par mois pour chaque homme de cheval; lesquelles quinze livres par mois font dix sous par jour ^. J'entre dans ce détail exprès pour faire connaître sur quel pied pour-lors on faisait la > dépense de la guerre. * Démosthène ajoute que, si quelqu'un s'imagine que les seules munitions dé bouche ne soient pas une grande avance, il n'en juge pas sainement : car il est persuadé que , pourvu que les troupes ne manquent point de provisions, la guerre leur fournira tout le reste; et que, sans faire le moindre tort ni aux Grecs , ni aux alliés, elles trouveront à se payer de leur solde entière.
Ck>mme on pouvait s'étonner qu'il se restreignit à un si petit nombre de trompes, il en rend raison : c'est que l'état présent de la république ne permet pas aux Athéniens d'opposer à Philippe des forces capables de l'attaquer en rase campagne, mais qu'ils doivent nécessairement se réduire à de simples courses. Ainsi son dessein est que ce petit corps d'armée voltige sans relâche vers les frontières de la Macédoine, et y tienne en respect l'ennemi, l'observe, le harcèle, et le serre de près, afin qu'il ne concerte pas librement ses entreprises, et n'exécute pas à son aise tout ce qu'il voudra tenter.
On ne sait pas quel fut le succès de cette harangue. Il y a beaucoup d'apparence que les Athéniens, qui n'étaient point attaqués personnellement, s'endormirent, par la nonchalance qui leur était naturelle, sur
' Par jour 87 cent, ou plus de > 37 fr. 5o c. — L.
7 tout. — L. 3 Qa centimes parjoor. — L.
les progrès de Philippe. Les divisions de la Grèce lui étaient fort favorables. Athènes et Lacédémone , d'un coté, ne songeaient qu'à humilier Thèbes leur rivale: de l'autre, les Thessaliens pour se délivrer de leurs tyrans , les Thébains pour se maintenir la supériorité que les batailles de Leuctres et de Mantinée leur avaient acquise, se dévouaient absolument à Philippe, et, sans le vouloir, l'aidaient à forger leurs chaînes.
Philippe, en habile politique, sut bien profiter de toutes ces dissensions. Ce roi, piour la sûreté de ses frontières, n'avait rien plus à cœur que de s'étendre vers la Thrace; et il ne le pouvait guère qu'aux dépens d'Athènes, qui, depuis la défaite de Xerxès, avait en ce pays-là plusieurs colonies, outre divers états alliés ou tributaires.
Olynthe , ville de Thrace dans la péninsule de Pallène, était une de ces colonies. Elle avait eu de grands démêlés avec Amyntas, père de Philippe : elle avait même traversé ce dernier à son avènement à la couronne. Cependant, conime il était encore mal affermi sur son trône, il usa d'abord de dissimulation, et recherclia l'alliance des Olynthiens, à qui , quelque temps après, il céda Potidée, place importante, qu'il ^vait conquise avec eux et pour eux sur les Athéniens. Quand il se vit eiTétat de faire éclore soa dessein, il prit ses mesures pour former le siège d'Olynthe. Les Olynthiens, du plus loin qu'ils entendirent gronder l'orage, recoururent aux Athéniens, et sollicitèrent l'envoi d'un prompt secours. L'affaire fut discutée dans l'assemblée du peuple. L'importance de la délibération augmenta le concours des orateurs dans la tribune. ÎIs y montèrent chacun à leur tour, et leur tour venait
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plus tôt ou plus tard selon leur âge. Démosthène , qui n'avait que trente-quatre* ans ^ ne parla qu'après que ses anciens eurent long-temps agité la matière, a. oiynth. Daus ce discôuTS ' y l'orateur, pour mieux aller à ses fins, épouvante et rassure alternativement les Athéniens. Pour cela, il représente Philippe sous deux faces fort différentes. D'un coté, c'est un ambitieux que l'empire du monde entier ne rassasierait pas ; un superbe, qui regarde tous les hommes, et même ses alliés, comme autant de sujets ou d'esclaves, et qui par cette raison s'irrite de ^obéissance trop lente comme de la révolte déclarée; un politique vigilant, qui, toujours attentif à se prévaloir des imprudences et des fautes d'autrui , saisit avidement les conjonctures avantageuses; un guerrier infetigable, que son activité multiplie, et qui supporte continuellement les plus rudes travaux, sans connaître ni moments de repos ^ ni différences de saisons; un héros intrépide, qui s'élance au travers des obstacles, et se précipite au milieu des hasards; un corrupteur, qui, la bourse à la main, marchande, trafique, achète, et ne met pas moins en œuvre l'or que le fer ; un prince heureux, à qui la fortune prodigue ses faveurs, et pour qui elle parait avoir oublié son inconstance. Mais, d'un autre côté, ce même Philippe est un imprudent, qui mesure ses vastes pro-
^ La harangue que Demôathène ^ul doit èttt ici d'uo grasd poiéâ .
proiioiiça pour*lon est comptée or- dérauge Tordre oommonément auivi
dînairement pour la seconde des des harangues de Démosthène, tt
trois Olynthîennes qm regardent le place celle-ci à la fête des Olyn-
mdme siqet. Mais M. de Tourreil , thiennes. Quoique je suive son sen-
fondé principalement sur rautoritc timent, je citerai les harangues selon
de Denys d'HalIcarnassc [ Epist. ad Tordre où elles sont imprimées. 4wm,, t. VI, p. 7a5 y ed« Reisk. ] ,
jets, non à ses forces, mais à son ambition seule; un téméraire, qui par ses attentats creuse lui-même le tombeau de sa propre grandeur, et ouvre devant lui (les précipices oii il ne faut que le pousser ; un fourbe , dont la puissance ne porte que sur les plus ruineux de tous les fondements, la mauvaise foi et la scélératesse; un usurpateur, ha! universellement au-dehors^ qui a soulevé tous les peuples contre lui en foulant aux pieds toutes les lois humaines et divines; un tyran, détesté jusque dans le sein de ses états, où, par Tmfamie de ses mœurs et par ses autres vices, il a lassé la patience de ses capitaines, de ses soldats, et gêné* ralement de tous ses sujets; enfin un parjure et un impie, que le ciel n abhorre pas moins que la terre, et que les dieux vont frapper par la main de qmconque voudra servir leur courroux et seconder leur vengeance.
Voilà le double portrait de Philippe que trace M. de Tourreil, en réunissant tous les traits répandus dans la harangue de Démosthène dont il s'agit : par oii Ton voit avec quelle liberté on parlait à Athènes contre un prince si puissant.
Notre orateur , après avoir ainsi représenté Philippe, tantôt comme redoutable, tantôt comme aisé a vaincre, conclut que l'unique et sûr moyen d'abattre un tel ennemi, c'est de réformer les abus nouveaux, de rappeler l'ancien ordre, de pacifier les dissensions domestiques, et d'étouffer les cabales incessamment renaissantes ; en sorte que tout se réunisse au seul point de l'ifitérét public, et qu'à frais communs, chacun, selon ses talents et ses facultés, concoure à la destruttion àe l*enuemi commun.
4o6 HISTOIRE ANCIENNE.
Snid-iiiToce Dëmade, corrompu par l'or de Philippe, combattit Aïi/AotlSiç. fortement, mais inutilement. Fa vis de Démosthène. On envoya, sous la conduite du général Charès, trente galères et deux mille hommes au secours des Olynthiens, qui dans ce besoin pressant, oii toute la Grèce généralement était intéressée, ne purent rien obtenir que de la seule république d'Athènes.
Aif.M.3655. Ce secours n'interrompit ni les desseins ni les pro- ^' grès de Philippe. Il marche en Chalcide ' , s*einpare de plusieurs places, emporte et rase la forteresse de Gire, et jette l'épouvante dans toute là contrée. Olynthe alors, serjée de plus près, et menacée des derniers malheurs, envoya aux Athéniens une seconde ambassade, et sollicita de nouveaux secours. Démosthène appuie fortement la demande , et prouvé qu'autant par honneur que par intérêt les Athéniens y doivent avoir égard. C'est ce qui fait le sujet de l'olynthienne comptée ordinairement la troisième.
L'orateur, toujours animé d'un zèle vif et ardent pour la sûreté et la gloire de sa patrie, tâcbe d^intiinider les Atliéniens par la vue des maux qui les menacent, leur montrant un avenir terrible pour eux, s'ils persévèrent dans leur nonchalance. Car, si Pliilippe se rend maître d'Olynthe, il ne manquera pas, après cette entreprise, de venir tomber sur Athènes avec toutes ses forces.
Le principal embarras roulait sur le moyen de fournir à la dépense nécessaire pour secourir les Olynthienfr, parce que les fonds de la caisse militaire étaient divertis ailleurs, et employés à la célébration des jeux publics.
' Rollin Teut dice dans la Chalddique, — L.
Quand les Athéniens, à la fin de la guerre d'Égine, eurent fait une paix de trente ans avec les Lacédémoniens, ils résolurent de mettre en réserve dans leur trésor mille talents' chaque année, avec défense, sur peine de la vie, qu'on parlât jamais d'y toucher, à moins qu'il ne s'agit de repousser les ennemis qui tenteraient d'envahir l'Attique. Cette loi s'observa d'abord avec toute la ferveur qu'on a pour les nouveaux règlements* Périclès ensuite, dans le dessein de faire sa coiu* au peuple, proposa de lui distribuer, en temps de paix, les mille talents, et de le défrayer par là aux spectacles en donnant à chaque citoyen deux oboles^, sauf à reprendre ce fonds en temps de guerre. La proposition fut agréée et la restriction aussi. Mais, comme tout relâchement dégénère tôt ou tard en licence, on . prit un tel goût à cette distribution, appelée par Démade une glu où les citoyens allaient se prendre y qu'ils ne voulurent plus qu'on la retranchât en aucua cas. L'abus fut poussé à un tel point, qu'Éubule, un des principaux chefs de la faction opposée à Démosthène, fit défendre, sous peine dfe mort, qu'on proposât de rendre à la guerre ce que Pérîclès avait prêtéaux jeux et aux plaisirs : on punit même Apollodore pour avoir ouvert et appuyé l'avis contraire.
Cette folle dissipation eut d'étranges suites. On ne pouvait la réparer que par u. : impositions, dont l'inégalité purement arbitraire perpétuait de vives querelles, et mettait dans les préparatifs de guerre une lenteur qui, sans épargner la dépense, en ruinait tout.
' 5,500,000 fr. — L. unto, entraînaient beaucoup d'au-
* Ces jeux , outre le» deux obole» très dépenses. qu*on distribuait à diacun des assis-
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le fruit. Gnnine les artisans et les gens de marine, qui composaient plus des deux tiers du peuple d'Athènes, ne contribuaient point de leur, bien, et n'avaient qu'à payer de leur personne, le poids des taxes tcnnhait uniquement sur les riches. Ceux-ci ne manquaient pas de murmurer, et de reprocher aux autres que les deniers publics se consumaient en fêtes, en comédies, et en superfluités semblables. Le peuple, qui se sentait le maître, se mettait peu en peine de le^rs plaintes, et n'était pas d'humeur à prendre sur ses plaisirs de quoi soulager des gens qui possédaient, à son exclusion, les emplois et les dignités :. d'ailleurs il s'agissait de la vie, si l'on osait seulement prendre sur soi de lui en faire la proposition d'une manière sérieuse et dans les formes.
Dcmosthène hasarda, à deux différentes r^M-ises, d'entamer cette matière; mais il le fit avec beaucoup d'art et de circonspection. Après avoir démontré l'indispensable nécessité où l'on est de mettre sur pied une armée pour arrêter les entreprises de Philippe, il laisse entrevoir qu'il n'y a point d'autre fonds pour lever et entretenir ces troupes, que celui qui était destiné aux distributions du théâtre* Il dêmanife qu'on nomme des commissaires ^ non pour établir de nouvelles lois, il n'y en avait déjà que trop, mais pour examiner et abolir celles qui se trouveraient contraires au bien de la république. Il n'encourait pas la peine capitale portée par ces lois, parce qu'il n'en demandait pas actuellement l'abolition, mais qu'on nommât des commissaires pour en faire l'examen* Il laissait seulement entrevoir la nécessité qu'il y avfidt d'abolir une loi qui faisait gémir les plus zélés citoyens, el les
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réduisait à Taltemative, ou de se perdre eux-mêmes par un conseil fidèle et courageux, ou dé laisser périr leur patrie par un silence timide et prévaricateur.
Il paraît qae ces remontrances n'eurent pas le succès qu'elles méritaient, puisque, dans l'olynthienne suivante , qui dans Farrangement ordinaire est la première, lorateur se vit obligé de revenir encore à la charge sur la dissipation des deniers militaires. Olynthë, vivement |Mressée par Philippe , et jusqu'alors mal secourue par la milice vénale d'Athènes,' danlanda, par une troisième ambassade, des troupes composées, non de mercenaires et d'étrangers comme auparavant, mais de vrais Athéniens, animés d'une sincère ardeur pour 1 mtérêt et de leur propre gloire et de la cause commune. Sur les vives instances de Démosthène, les Athéniens envoyèrent une seconde fois Charès avec un secours de dix-sept galères, de deux mille hommes de pied, et de trois cents cavaliers, tous citoyens d'Athènes , tels qu'Olynthe les desirait.
Philippe, l'année suivante, s'empara d'Olynthe. Le Aw.M.sese. secours et les efforts d'Athènes ne purent la défendre dI^. i. xâ , contre ses ennemis domestiques; car deux de ses ci- ^^ "* ^' toyens, Euthycrate et Lasthène, qui étaient les premiers de la ville, et actuellement en charge, la trahirent. Ainsi il entra par la brèche que ses largesses avaient feite. Il saccade cette malheureuse ville, enchaîne, une partie des habitants, vend l'autre, et ne distingue les traîtres que par le souverain mépris qu'il leur témoigne. Philippe aimait la trahison, et n'aimait piks les traitées* Et quelle foi peut-on avoir à des gens Plut, iu qui en manquent pour leur patrie ? Tout, jusqu'au ^ri78? simple soldat de l'armée macédonienne, fit honte à
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Euthycrate et à Lasthène de leur perfidie. Ils en demandèrent justice à Philippe, qui les paya de cette ironie, plus sanglante que l'injure même : Ne prenez pas garde h ce que disent des hommes grossiers^ qui nomment chaque chose par son nom.
, La prise de cette ville lui causa une grande joie. Cétait une des places les plus importaiite& pour lui, et dont les forces pouvaient le plus balancer sa pubr Diod-Lis, sance. Elle. avait, quelques années auparavant, résisté pendant un as&ez long temps aux forces de la Macé> doine et de Lacédémone jointes ensemble; et Philippe l'avait enlevée presque sans aucune résistance, ou du moins sans beaucoup de perte.
Il donna des spectacles, et fit célébrer des jeux publics avec une magnificence extraordinaire. Il les accompagna de repas et de festins où il se rendait popujiaire, et comblait tous les conviés de. présents et de . marques d'amitié.
§ IV. PhiUppe se déclare pour ceux de Thèbes contre les Phocéens , et commence ainsi à prendre part à la guerre Sacrée. Il endort les j4ihéniens par une fausse peux et^de fausses promesses j malgré les remontrances de Démosthène. Il s'empare des Thermopjrles ^ réduit les Phocéens ^ et termine la guerre Sa>crée. Il est admis dans'le Conseil Amphictyonique.
Aif.M3S57. Les Thébains, hors d'état de terminer par eux- ^^* mêmes la guerre qu'ils soutenaient depjuis long-temps contre les Phocéens, eurent recours à Philippe. Jusqu'ici, comme nous l'avons déjà remarqué, il avait
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gardé une espèce de neutralité par rapport à la guerre sacrée, et il semblait attendre, pour se déclarer, que les deux partis se fussent mutuellement affaiblis par la longueur d'une guerre qui les épuisait également. Les Thébains pour-lors avaient beaucoup rabattu de cette &eKé et de ces ambitieuses prétentions. que leur avaient inspirées les victoires d'Épaminondas. Aussitôt donc qu'ils recherchèrent l'alliance de Philippe, ce prince résolut d'épouser la querelle de cette république contre les Phocéens. Il n'avait point perdu de vue le projet qu'il avait formé de se ménager une entrée dans la Grèce pour y dominer. Pour faire réussir son dessein, il devait se déclarer bour Tun des deux partis qui partageaient alors toute^a Grèce , ou pour celui des Thébains, ou pour celui des Athéniens et des Spartiates. 11 n'était pas assez insensé pour se flatter que ce dernier parti voulût contribuer à l'introduire dans la Grèce. Il ne lui restait donc qu'à embrasser le parti des Thébains, qui venaient d'eux-mêmes s'offrir à lui, et à qui sa puissance devenait nécessaire ^pour se soutenir dans la décadence de leurs affaires. Il n'hésita donc point à se déclarer pour eux. Mais, pour donner une couleur avantageuse à ses armes, outre la reconnaissance dont il affectait de se piquer pour Thèbes, oii il avait été élevé , il prétendait se faire honneur de son zèle pour le dieu outragé, et était bien aise de se faire la réputation d'un prince religieux, qui embrassait vivement les intérêts du dieu et du temple de Delphes, afin de s'attirer par là l'estime et l'amitié des Grecs. Les politiques font usage de tout, et cherchent à couvrir les entreprises les pluâ injustes du voile de la probité, et quelquefois même de la religion , quoi-
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que souvent, dans le fond, ils ne fassent aucun cas lu de Tune ni de l'autre. i
Pemoêth. Philippe n'avait rien plus à cœur que de s'assuret î^gatioiie. des Thermopyles, qui lui ouvraient un passage dans la Grèce, de s'approprier tout l'honneur de la guerre sacrée, depu^aître y avoir tranché en maître, et de présider enfin aux jeux pythiques. Il voulait porter du secours aux Thébains , et par leur moyen se i maître de la Phocide : mais, pour mettre en éxéc #u cette double vue , il fallait en déipber la connai8:Mince aux Athéniens, qui étaient actuellement déclarés contre Thèbes, et qui depuis long-temps étaient alliés des Phocéeus. Il s'agissait donc de leur faire prendre le change, en leur montrant un autre objet; ^et c'est à quoi la politique de Philippe réussit merveilleusement Les Athéniens, qui commençaient à se lasser d'une guerre qui leur était fort onéreuse et peu utile , avaient chargé Ctésiphon et Phrytion de sonder les intentions de Philippe, et de le pressentir sur là paix. Us rapportèrent que Philippe ne s'en éloignait pas, et témoignait même beaucoup de bonne volonté pour la république. Sur quoi l'on résolut d'envoyer une ambassade solennelle pour s'instruire de la vérité plus à fond, et pour avoir les derniers édaircissements que demandait une semblable négociation. Eschine et Démosthène furent du nombre des dix ambassadeurs , qui en ramenèrent trois de Philippe, Antipater, Pannénion, EUrylochus* Tous dix s'acquittèrent fidèlement de leur commission , et en rendirent un fort bon compte. On les renvoie aussitôt avec un plein pouvoir de conclure la paix , et de la cimenter par la religion des serments. Alors Démosthène, qui dans la première ambassade
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avait rencontré en Macédoine quelques Athéniens pri- V liers, et leur avait promis qu'il reviendrait les acheter à ses dépens, se met en devoir de tenir sa parole, et conseille cependant à ses collègues de s'embarquer au plus tôt, comme la république l'avait ordonné, pour aller incessamment cherdier Philippe par-taut où il serait. Ceux-ci, loin de iaire la diligence < M leur a recommandée, marchent à pas d'ambassà^fi'TSj vont par terre en Macédoine, s'y arrêtent troTff^mois entiers, et donnent le temps à Philippe de prendre encore plusieurs places sur les Athéniens dans la Thrace. £n&n, s'étant abouchés avec le roi de Macédoine, ils conviennent avec lui des conditions de la paix. Celui-ci, Content de les avoir endormis par un projet de traité, en différait de jour en jour la ratifia cation. Il avait trouvé le moyen de corrompre à force de présents tous les ambassadeurs, à l'exception de Démosthène , qui , se trouvant seul , s'opposait en vain à ses collègues.
Cependant Philippe faisait toujours avancer ses troupes. Étant arrivé à Phères en Thessalie, W ratifie enffai le traité de paix, où il refiise' de comprendre les Phocéens. Quand on eut appris à Athènes que Philippe avait signé le traité , cette nouvelle y répandit beaucoup de joie, sur*tout parmi les personnes qui avaient de l'éloignement pour la guerre et qui en redoutaient les suites. Isocrate était de ce nombre. C'était un ci-r isocr.Orar. toyen zélé pour le bien public , et plein de bonnes * * *^ intentions. La faiblesse de sa voix, jointe à une timidité naturelle, l'avait empêché de se produire en public, et de monter, comme les autres, sur la tribune
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aux harangues. Il avait ouvert à Athènes une école où il donnait des leçons sur la rhétorique et formait les jeunes gens à Téloquence; et il le faisait avec un grand succès et une grande réputation. Il n'avait pas néanmoins renoncé entièrement au soin des afiaires publiques^ et le service que les autres rendaient de vive voix à la patrie dans les assemblées, il tâchait de le lui rendre par des écrits où il exposait ses sentiments; et ces écrits devenaient bientôt publics , et étaient lu^ avec beaucoup d'empressement.
Dans l'occasion dont il s^agit, il en fit un assez long, qu'il adressa à Philippe, avec qui il était en liaison, mais de la manière qui convient à un bon et fidèle citoyen. Il était alors fort âgé, et avait au moins quatre-vingt-huit ans. Le but de ce discours est d'exhorter Philippe à profiter de la paix qu'il venait de conclure pour concilier entre eux tous les peuples dé la Grèce , et à porter ensuite la guerre contre le roi des Perses. Il s'agissait de faire entrer dans ce plan quatre villes, dont toutes les autres alors dépendaient; savoir, Athènes, Sparte, Thèbes, Argos. Il avoue que, si Sparte ou Athènes étaient dominantes comme autrefois , il n'aurait garde de faire une telle proposition, qui ne serait point certainement de leur goût, et que la fierté de ces deux républiques, nourrie et augmentée par d'heureux succès, rejetterait avec hauteur. Mais maintenant que les plus puissantes villes de la Grèce, fatiguées et épuisées par de longues guerres , et humiliées chacune à leur tour par des revers fâcheux, ont un intérêt égal à poser les armes et à vivre en paix, selon l'exemple qu'Athènes avait commencé à leur en
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donner, c'est l'occasion du monde la plus favorable à Philippe de concilier ensemble toutes les. villes de la Grèce.
S'il avait le bonheur de réussir, dans un tel projet , un succès si glorieux et si avantageux relèverait audessus de tout ce qu'il y a eu jusqu'ici de plus grand dans la Grèce. Mais le dessein et le projet seul, quand il n'aurait pas tout l'effet qu'il en peut attendre, lui at. tirerait infailliblement l'estime, l'affection et la confiance de tous les peuples de la Grèce, avantages infiniment préférables à toutes les prises de villes et à toutes les conquêtes dont il pourrait se fkttar.
Il est vrai que plusieurs personnes, prévenues contre Philippe, le représentent et le décrient comme un prince artificieux qui couvre sa marche sous des prétextes plausibles, mais qui, dans le fond, n'a d'autre vue que d'opprimer la Grèce et de s'en rendre maître. Isocrate, soit trop facile crédulité, soit désir de gagner Philippe, suppose que des bruits si injurieux n'ont aucun fondement, n'étant pas vraisemblable qu'un prince qui fait gloire de descendre d'Hercule, le libérateur de la Grèce, songeât à l'envahir et à s'en rendre le tyran. Abiis ce sont ces bruits-là mêmes, si capables de noircir son nom et de ternir toute sa gloire, qui doivent l'engager à en démontrer la fausseté aux yeux de toute la Grèce par des preuves non suspectes, en laissant et maintenant chaque ville dans la possession de ses lois et de sa liberté, en écartant avec soin tout soupçon de partialité, en n'épousant point les intérêts d'un peuple contre un autre, en s'àttirant la confiance de tous par un noble désintéressement et par un amour inaltérable de la justice, enfin en n'ambitionnant que la qualité de pacifi-
/|IÛ HISTOIRE AITGIEKNE.
catenr de la Grèce, titre infiniment plus glorieux que celui de vfiinqueur et de conquérant.
C'est dans les états du roi de Perse qu'il doit aller chercher et mériter ces derniers titres. La conquête lui en est ouverte et assurée, s'il -vient à bout de pacifier la Grèce. Il doit se souvenir qu'Agésilas, avec les seules troupes de Sparte, fit trembler le trône persan , et l'aurait certainement renversé, sans les divisions domestiques de la Grèce qui l'y rappelèrent. La victoire signalée des Dix-Mille, sous Cléarque, et leur retraite triomphante à la vue d'une armée innombrable, marquent ce qu'on doit attendre des Macédoniens et des Grecs réunis ensemble, et commandés par Philippe, contre un prince inférieur en tout à celui que Cyrus allait attaquer.
Isocrate finit en témoignant qu'il paraît que les dieux n'ont accordé jusqu'ici à Philippe tant dlieureux succès que pour le mettre en état de former et d'exécuter la glorieuse entreprise dont il lui trace le plan. Il jpéduit ses avis à trois points : gouverner son propre empire arec sagesse et justice, pacifier les peuples voisins et la Grèce entière sans y rien prétendre pour soi. porter ensuite ses armes victorieuses datis un pays ennemi de tout temps des Grecs, et qui avait souvent juré leur perte. Il faut l'avouer , voilà un plan bien magnifique , et bien digne d'un grand prince : mais Isocrate connaissait mal Philippe, s'il Yen croyait capable. Il n'avait ni l'équité, ni la modération, ni le désintéressement que demandait un tel projet. Il songeait réel* lement à passer dans la Perse, et sentait bien qu'auparavant il fallait s'assurer de la Grèce; mais c'était par la force, et non par des bienfaits, qu'il voulait ses
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assurer. Il ne songeait point à gagner les peuples ni à les persuader, mais à les abattre et à les dompter. Comme, de son côté, il ne faisait aucun cas des al** liances et des traités, 'il mesurait les autres sur luimême, et voulait les retenir par des liens plus forts, , selon lui, que ceux de l'amitié, de la reconnaissance et de la bonne foi.
Démosthène, qui était plus au iait des affaires qulso^ crate, jugeait plus sainement aussi des dispositions de Philippe. A son retour de l'ambassade , il déclare nettement qu'il n'approuve ni les discours ni ia conduite du roi de Macédoine, et qu'on a tout à craindre de sa part. Ëschine, au contraire, qui était entièrement gagné, assure qu'il n'a remarqué dans les promesses et dans le procédé de ce prince que candeur et bonne foi. Il avait promis que l'on repeuplerait Thespiés et Platée malgré l'opposition des Thébains; qu'en cas qu'il parvint à subjuguer les Phocéens, il les conserverait, et ne leur ferait aucun mauvais traitement ; qu'il rétablirait l'ordre dans Thèbes; qu'Orope demeurerait en propre aux Athéniens; et que, pour équivalent d'Amphipolis, on leur livrerait l'Eubée: Démosthène eut beau représenter que Philippe, malgré toutes ses belles promesses, cherchait à se rendre maître absolu de la Phocide, et que de la lui abandonner c'était trahir l'état et lui livrer la Grèce entière, il ne fut point écouté ; et le discours d'£schine, qui répondait de la bonne volonté de Philippe, prévalut.
Toutes ces déUbérations donnèrent le temps à ce Air.M.365jS. prince de s'emparer des Tliermopyles, et d'entrer dans la Phocide. Jusque-là on n'avait pu réduire les Pho- Diod. 1. 16, céens à la raison. Philippe n'eut qu'à se montrer; la '^'