‹ Œuvres complètes de RollinChapitre 23 sur 33 · Tome V, HlsU anc, a · texte numérisé non relu

Tome V, HlsU anc, a

4l8 HISTOIRE ANCIENNJS.

terreur de son nom jeta par-tout l'épouvante. Supposant qu'il marchait contre des sacrilèges, et non contre des l?nnemis ordinaires, il fit prendre à tous ses soldats des couronnes de laurier, et les mena au combat oomme sous la conduite du dieu même dont ils^engeaient l'honneur. A cet aspect, les Phocéens se crurent vaincus. Us demandent la paix, et se livrent à la merci de Philippe, qui permet à Phalécus, leur chef, de se retirer dans le Péloponnèse avec les huit mille hommes qu'il avait pris à sa solde. Ainsi Philippe, sans qu'il lui en coûtât beaucoup de peine, remporta tout l'honneur d'une longue et sanglante guerre qui avait épuisé les forces des deux partis. Cette victoire lui fit un honneur incroyable dans toute la Grèce '. Il n'y était parlé que de cette glorieuse expédition. On le regardait comme le vengeur du sacrilège et le protecteur de la religion; et l'on mettait presque au nràibre des dieux celui qui en avait défendu la majesté avec tant de courage et de succès.

Philippe, pour ne paraître rien faire de son autorite privée dans une affaire qui concernait toute la Grèce, assemble le conseil des amphictyons, et les établit, pour la' forme , souverains juges de la peine encourue par le:» Phocéenà Sous le nom de ces juges dévoués à ses volontés, il ordonne qu'on ruinera les villes de la Phocide ; qu'on les réduira toutes en bourgs de soixante feux, et que les bourgs seront placés à une certaine distance l'un de l'autre ; que l'on proscrira irrémîssible-

« locredibUe , quantum ea res iuque qui àun proxlams habcfcnv apud omnes naliones Philippo gloriae per quem deorum majeatas TiDdicar^

dédit, nium yindicem sacrilegii, iî- sit. » (JusTiir. ) lam uUorem religiooum. Digaum

ment les sacrilèges, et que les autres ne demeureront possesseurs de leurs biens qu'à la charge d'un tribut annuel, qui s'exigera jusqu'à la restitution entière des sommes enlevées du temple de Delphes. Philippe ne s'oublia pas dans cette occasion. Après avoir soumis les Phocéens rebelles, il demanda qu'on lui transportât le droit de séance au conseil amphictyonique, dont on les avait déclarés déchus. Les amphictyons, dont il venait de servir la vengeance, n'osèrent le refuser, et l'agrégé* rent à leur corps ; ce qui était pour lui d'une grande importance, comme la suite le fera voir, et d'une trèsdangereuse conséquence pour tout le reste de la Grèce. Ils donnèrent aussi à Philippe l'intendance des jeux pythiques, conjointement avec les Béotiens et les ThéssaUens, parce que les Corinthiens, qui l'avaient eue jusque-là, s'en étaient rendus indignes par la part qu'ils avaient prise au sacrilège des Phocéens.

Quand on. apprit à Athènes la manière dont les Phocéens avaient été traités, on comprit, mais trop tard, le tort qu'on avait eu de ne pas déférer aux conseils de Démosthène, et de s'être livré aveuglément aux vaines promesses d'un traître qui avait vendu sa patrie. Outre la honte et la douleur d'avoir manqué au)f devoirs de la confédération à l'égard des Phocéens, ils reconnurent qu'en abandonnant leurs alliés ils avaient trahi leurs propres intérêts : car Philippe, maître de la Phocide , l'était devenu des Thermopyles ; ce qui lui ouvrait les portes et lui donnait les elefs de la Grèce. Les Athéniens donc, justement alarmés pour eux- D«mosth. de mêmes, ordonnèrent qu'on retirerait les femmes et ^pîg.^fa.*' les enfants de la campagne dans la ville, qu'on réta-

i^lkO HISTOIRE AltrClENNK.

blirait les murs, et qu'on fortifierait le Piree, pour se mettre en état de défense en cas d'invasion.

Us n'avaient point eu de part au décret qui avait reçu Philippe au nombre des amphictyons. Peut-être s'absentèrent-ils pour ne pas l'autoriser par leur présence; ou, ce qui paraît plus vraisemblable, Philippe, en vue d'éloigner les obstacles et d'éviter les traverses qu'il pouvait rencontrer dans l'exécution de son dessein, assembla tumultuairement les seuls amphictyons qui lui étaient dévoués. Enfin il mena si bien son intrigue, qu'il obtint ce qu'il desirait. On pouvait contester cette élection comme clandestine et comme irrégulière. Il en demanda la confirmation aux peuples qui, en qualité de membres de ce corps, avaient droit ou de rejeter le nouveau choix , ou de le ratifier. Athènes reçut l'invitation circulaire. Dans l'assemblée du peuple qui fut convoquée pour délibérer sur la demande de Philippe, pliisieurs étaient d'avis qu'on n'y eût aucun égard. Oémosthène fut d'un avis contraire. Il n'approuvait point du tout la paix qu'on avait conclue avec Philippe : mais il ne croyait pas qu'on dût la rompre dans la conjoncture présente; ce qui ne pouvait se faire sans susciter contre Athènes le nouvel amphictyen et eeux qui l'avaient élu. Il conseille donc de ne point s'exposer hors de saison aux suites dangereuses du refus opiniâtre de condescendre au décret presque unanime des amphictyons, et proteste qu'il fiiut sensément, de crainte de «pis, céder au temps, c'est-À-dire consentir à ce qu'on ne peut empêcher. C'est ce qui jEait le sujet du discours de Danosthène, intitulé Harangue sur la Paix. Il y a beaucoup d'apparence que son avis fut suivi

§ V. Philippe, de retour en Macédoine, pousse ses conquêtes dans Vlllyrie et la Thrace. Il pro* jette une ligue a\^ec les Thébains, les Messéniens et les Argiens,pour attaquer ensemble le Péloponnèse. Athènes, s^ étant déclarée pour les Lacédé" moniens, rompt cette ligue. Il fait de nouvelles tentatives sur l'Eubée; Phocion l'en chasse. Ca^ racâre de ce célèbre Athénien. PhiUppeJorme le siège de Périnthe et de Bjzance. Les AÔiénieus, animés par les harangues de Démosthène , envoient du secours à ces deux villes, sous la con^^ duite de Phocion, qui enfuit lever le siège à Phi-^ lippe.

Quand Philippe eut réglé tout ce qui regardait le Air.M.366o. culte du dieu et la sûreté du temple de Delpties, il Diod.i.i6/ retourna en Macédoine, oomblé de gloire, et rempor- ^*' tant la réputation de prince religieux et d'intrépide conquérant. Diodore remarque que tous ceuK qui avaient pris part à la profanation et au pillage du temple périrent misérablement, et firent une fin tra-* gique.

Philippe, opntent de s'être ouvert une entrée dans la. îbid. la Grèce par la prise des Tliermopyles, d'avoir soumis la Phocide, de s'être rendu un des juges de la Grèce par la nouvelle qualité d'amphictyon , de s'être acquis l'estime et les louanges de tous les peuples par son zèle pour venger l'honneur de la, Divinité, crut sagement devoir s'arrêter pour ne pas soulever contre lui tous les peuples de la Grèce en découvrant trop t6t les vues d'ambition qu'il avait sur elle; et, afin de dissiper ses

4^3 ^ HISTOIRE AirCIENITE.

soupçons et de calmer ses inquiétudes, il tourna ses armes contre llUyrie pour étendre ses frontières de ce côté-là, et pour tenir toujours ses troupes en haleine par quelque nouvelle expédition.

Le même motif le fit ensuite passer en Thrace. Dès les premières années de son règne, il y avait déjà en- Tn Toce levé plusicurs places aux Athéniens. 'Il y poussa touapavoç. j^^,,g ggg conquêtes. Suidas marque qu'avant la prise d'Olynthe il s'était rendu maître de trente-deux villes dans la Chatcide ' , qui faisait partie de la Thrace. La Chersonèse était aussi fort à sa bienséance. C'était une presqu'île fort riche, où il y avait plusieurs villes puissantes et d'excellents pâturages. Elle avait autrefois appartenu aux Athéniens. Ses habitants se mirent sous la protection de Lacédémone quand Lysandre eut pris Athènes, et retournèrent sous la domination de leurs premiers maîtres quand Conon, fils de Timothée, eut . relevé sa patrie. Cotys, roi de Thrace, conquit ensuite Diod. 1. 16, la Chersonèse sur les Athéniens ; et ils y rentrèrent en- ^^' ^ *• fin par la cession de Cersoblepte, fils de Cotys, qui, se trouvant trop faible pour la défendre contre Philippe, la leur abandonna, la quatrièmeannéedel olympiade io6^, en se réservant néanmoins Cardie, qui était la ville la plus considérable de la presqu*île, et id. ibid. qui en formait comme la porte et l'entrée. Quand Phi* ^' lippe eut dépouillé Cersoblepte de son royaume , ce qui

Aif.M.366f. arriva la seconde année de l'olympiade 109*, ceux de * Cardie, dans la crainte de tomber entre les mains des Athéniens, qui revendiquaient leur ville dont ils avaient été autrefois les maîtres , se jetèrent entre les bras de

> "LkChalcidiqve, — L.

Philippe, qui ne manqua pas de les prendre sous sa protection.

Diopithe.chefde la colonie que les Athéniens avaient Aif.M.366a.

r 1 , ^, > , w , AT.J.C.34a.

envoyée dans la Cliersonese, regardant cette démarche Liban. de la part de Philippe comme un acte d'nostilité con- ™p4^tre sa république, sans en attendre l'ordiie, et bien persuadé qu'on ne le désavouerait point, se jette brusquement sur les terres de ce prince, dans la Thrace maritime, pendant qu'il était occupé dans la haute Thrace à une guerre importante, les pille avant qu'il puisse revenir pour lui £ûre tête, les saccage, et remporte un riche butin, qu'il met en sûreté dans la Chersonèse. Philippe, hors d'état de s'en faire raison par la voie qu'il eût voulu, se contenta de s'en plaindre amèrement par ses lettres aux Athéniens. Les pensionnaires qu'il avait dans Athèn^ firent leur devoir. Ces langues vénales eurent soin de répandre leur venin sur une conduite , sinon prudente , du moins pardonnable. Ils déclament contre Diopithe, le défèrent comme auteur de la guerre, l'accusent d'exaction et de piraterie, sollicitent et pressent son rappel, et poursuivent avec chaleur sa condamnation.

Démosthène, qui, dans cette conjoncture, voyait l'intérêt public inséparablement attaché à celui de Diopithe, entreprit sa défense. C'est ce qui, fait le sujet de la harangue sur la Chersonèse, Ce Diopithe était père de Ménandre, fameux poète comique, que Térence a fidèlement copié.

Diopithe était accusé de vexer les alliés par des exactions injustes. C'est à quoi Démosthène s'arrête le moins, parce que c'était un fait personnel. Il ne laisse pas de l'excuser, en passant, par l'exemple de tous les

généraux, à qui les îles et les villes de FÂsie Mineure payaient de certaines contributions volontaires, par lesquelles elles achetaient la sûreté de leurs marchands*, à qui l'on fournissait des escortes pour les défendre contre les pirates. Il est vrai qu'on peut exercer des violences, et rançonner mal à propos les alliés; mais alors un simple décret, une dénonciation dans les formes, la galère ' destinée au transport du général révoqué, cela suffit pour arrêter les abus. II n'en est pas de même des entreprises de Philippe : ce n'est pas par .des menaces ni par des décrets qu'on les peut arrêter; il faut des levées d'hommes , des troupes , des galères. a Vos orateurs vous crient sans cesse qu'il £iut opter « entre la paix et la guerre. Philippe ne nous en laisse (c pas l'option , lui qui tous les jours forme de nouvelles «c entreprises contre nous. Et peut-on douter qu'il ne a soit l'infracteur de la paix, à moins qu'on ne prête tende que nous n'aurons point lieu de nous plaindre <c de lui tant qu'il n'attentera rien sur l'Attique ni sur « le Pirée ? Mais il ne sera pas temps pour-lors de « nous y opposer; et c'est dès-à-présent qu'il fiaiut pré- <( parer de fortes barrières contre ses desseins ambi- « tieux. Vous devez poser comme un principe certain, ce Athéniens, que. c'est à vous qu'il en veut, qu'il vous « regarde comme ses plus dangereux ennemis , que « votre ruine seule peut le mettre en repos et assurer ce ses conquêtes; et que tout ce qu'il ourdit et trame « aujourd'hui , il ne le trame et ne l'ourdit qu'en vue (c de tomber sur vous, et de réduire Athènes en servi- «( tude. Aucun de vous, en effet, pourrait -il pousser

' Elle s'appelait woipaXoc.

a la simplicité jusqu'à croire que Philippe soit si âpre «pour de misérables bicoques dans la Thrace, (car « quel autre nom donner aux .places qu'il y attaque «maintenant?) qu'afin de les acquérir, il affronte trace vaux, saisons, dangers; et que pour les ports, pour «les arsenaux, pour les galères, pour les mines d'ar- « gent, pour les immenses revenus d'Athènes, il n'ait «que de TindifFérence , qu'il ne les ambitionne en « aucune sorte, et qu'il vous en laissera jouir paisi- « blement ?

« Que conclure de tout ce qui a été dit ? Que , loin i( de dissiper l'armée que nous avons en Thrace , il faut «l'augmenter et la fortifier par de nouvelles levées, «afin que, comme Philippe en a toujours une toute « prête pour opprimer et pour asservir les Grecs, vous «aussi, de votre côté, vous en ayez toujours une « toute prête pour les défendre et pour les sauver. » Il y a lieu de croire que l'avis de Démosthène fut suivi.

La même année que cette harangue fut prononcée, Diod.i. 16, mourut Arymbas^ roi des Molosses ou d'Épire, fils ^^ d'AIcétas. Il avait un frère appelé Neoptotème^ dont la fille Olympias épousa Philippe. Ce Néoptolème, par le crédit de son gendre, était parvenu à partager la royauté avec son frère aîné , à qui seul elle apparte* nait de droit. Cette première injustice fut suivie d'une plus grande ; car, après la mort d'Arymbas * , Philippe fit si bien , plkr ses intrigues ou par ses menaces, que les Molosses chassèrent Éacidas, fils et successeur légitime d'Arymbas, et qu'ils établirent Alexandre, fHs

' Jastîn, Ut. 8, ch. 6, et lir. 17,0. 3, tronque la généalogie de ce prince, et confond cette succession.

4^6 HISTOIRE AirClEirNE.

de Néoptolème^seul roi de TÉpire. Ce prince, non-seulement beau-frère, mais gendre de Philippe, dont il épousa la fille, nommée Qeopatre^ comme il sera dit dans la suite, porta la guerre en Italie, où il mourut; après quoi Éacidas remonta sur le trône de ses aieux, régna seul en Épire, et transmit la couronne à son fils le grand Pyrrhus, si renommé dans l'histoire romaine, et cousin issu de germain du grand Alexandre par leur bisaïeul commun x\lcétas.

Demosth. in Philippe , après ses expéditions dans nilyrie et dans iiS^în* ^^ Thrace, tourna ses vues du coté du Péloponnèse. Demosth. Cette Contrée de la Grèce était alors dans de terribles agitations. Lacédémone, sans autre droit que celui du plus fort, s'érigeait en souveraine. Argos et Messène opprimées eurent recours à Philippe. Il venait de conclure la paix avec les Athéniens, qui, sur la foi de leurs orateurs gagnés par ce prince, avaient cru qu'il allait se détacher des Thébains. Loin de le faire, quand il eut subjugué la Phocide, il partagea avec eux sa conquête. Les Thébains embrassèrent avec joie l'occasion favorable qui se présentait de lui ouvrir une porte pour entrer dans le Péloponnèse, où leur haine invétérée contre Sparte ne cessait de fomenter les divisions et d'entretenir la guerre. Ils sollicitaient Philippe de s'unir avec eux et avec les Messéniens et les Argiens, pour humilier ensemble Lacédémone.

Ce prince entendit volontiers à la proposition d'une alliance qui s'accordait avec ses vues. H proposa aux amphictyons, ou plutôt il leur dicta le décret qui ordonnait que Lacédémone laisserait jouir Argos et Messène d'une indépendance entière, comme le portait un traité récemment conclu ; et, sous ombre de ne pas

PERSt:S ET GRECS. /^IJ

commettre l'autorité des états -généraux de la Grèce, il fit en même temps marcher de ce côté-là un gros corps de. troupes. Lacédémone, justement alarmée, réclama le secoure des Athéniens, et pressa fortement par une ambassade la conclusion d'une ligue nécessaire à la sûreté commune. Toutes les puis^nces intéressées à traverser cette ligue firent leurs diligences pour en venir à bout. Philippe représenta par ses ambassadeurs aux Athéniens qu'ils auraient tort de se déclarer contre lui : que, s'il n'avait point rompu avec Thèbes, il n'avait rien fait en cela contre les traités; que, pour manquer à sa parole, il fallait l'avoir engagée, et que les traités mêmes faisaient foi qu'il n'avait rien promis à cet égard. Il disait vrai, à s'en tenir aux articles exprimés et aux conventions publiques : mais Eschine, dans l'assemblée, avait donné de vive-voix cette parole en son nom. Les ambassadeurs de Thèbes, d'Argos et de Messène, pressaient aussi de leur côté les Athéniens très-vivement, et leur reprochaient de n'avoir déjà que trop favorisé sous main les Lacédémoniens, ennemis de Thèbes, et tyrans du Péloponnèse.

Démosthène, insensible à toutes ces sollicitations et a.Phîiipp. uniquement attentif aux véritables intérêts de sa patrie, monta sur la tribune aux harangues pour appuyer la négociation de Lacédémone. Il reproche aux Athéniens, selon sa coutune, leur nonchalance et leur paresse. Il expose les desseins ambitieux de Philippe, qui va toujours en avant, et ne tend à rien moins qu'à se rendre maître de toute la Grèce :«Vous excellez, «leur dit-il, vous et lui, dans ce qui fait l'objet de « votre application et de vos soins : vous parlez mieux «que lui, et il agit mieux que vous. L'expérience du

ce passé devrait au moins vous ouvrir les yeux, et vous « rendre à son égard plus circonspects et plus soupcc çonneux : mais elle ne fait que vous endormir. Acte tuellement il fait défiler des troupes vers le Pâopon- <c nèse, et il y envoie de l'argent; et Ton attend à toute or heure qu'il arrive en personne à la tête d'une puis- « santé armée. Vous croyez-vous donc en sûreté quand a il se sera rendu maître de tout ce qui vous envi- « ronne ? L'art a inventé , pour la garde et pour le salut tf des villes, diverses défenses de toute espèce, rem- (c parts, murailles, fossés et autres ouvrages semblac< blés; mais la nature ceint et environne les sages « d'un boulevard commun, qui les couvre de tous cote tés, et qui pourvoit au bien et au salut des états. « Quel est donc ce boulevard ? C'est la défiance. » Il conclut en exhortant les Athéniens à se réveiller de l'assoupissement où ils sont , à secourir promptement les Lacédémoniens, et sur^tout à punir sans délai les traîtres domestiques, qui, par de faux rapports, joints à des assurances captieuses, ont trompé le peuple et causé les calamités présentes.

La rupture n'éclata pas encore entre les Atliéniens et Philippe; ce qui laisse lieu de croire que celai-ci suspendit son entreprise contre le Péloponnèse pour n'avoir pas tant d'ennemis ensemble sur les bras. Mais il ne demeura pas en repos , et tourna ses vues d'un autre côté. Depuis long-temps Philippe regardait l'Eubée comme fort propre, par sa situation, à favoriser les desseins qu'il méditait contre la Grèce, et dès les premières années de son règne il avait déjà €ait une tentative pour s'en rendre maître. Il n'oubliait rien actuellement pour s'emparer de cette île, qu'il appelait

PERSES ET GKECS. 4^9

les Entraves de la Grèce. Les Athéniens au contraire avaient un intérêt capital de ne la point laisser tomber en des mains ennemies, d'autant plus qu'un pont la pouvait joindre au continent de la Béotie; mais, à leur ordinaire, ils s'endormirent sur les entreprises de Philippe. Celui-ci , toujours attentif et vigilant sur ses intérêts, pratiquait des intelligences dans File, et gagnait à force de présents ceux qui y avaient le plus d'autorité. A la prière de quelques-uns des habitants^ Jphr'^ il fit couler des troupes , se rendit maître de plusieurs p- 9^. places, démantela Porthmos, place de l'Eubée trèsimportante, et établit dans la contrée trois tyrans. It prit aussi Orée , une des plus puissantes yiiles de l'Eubée, et qui en possédait la quatrième partie, et y établit cinq tyrans, qui, sous son nom, y exerçaient un empire souverain.

Sur cela Plutarque d'Érétrie députa vers les Athé- Plut, in mens, et les conjura de venir df livrer cette lie, qui p.746,747. était près de se livrer tout entière au Macédonien. Les Athéniens lui envoyèrent quelques troupes., sous la conduite de Phôcion. Ce général s'était déjà fait beau* id. ibid. coup de réputation; et il aura dans la suite beaucoup de part au gouvernement des affaires , tant dehors que dedans. Il avait étudié dans l'Académie sous Platon ^ et ensuite sous Xénocrate , et avait formé dans cette école ses mœurs et sa vie sur le modèle de la plus austère vertu. On dit que jamais Athaniren ne le vit ni rire, ni pleurer, ni aller aux bains publics; quand il allait à la campagne ou qu'il était à l'armée, il mat^ chait toujours nu -pieds ^ et sans manteau, à moins

' Socxllte «oarchait asseï ordinairement de la sgrte.

43o HISTOIRE ANCIENNE.

qu'il ne fît un fjK)id excessif et insupportable ; de sorte que les soldats disaient en riant : Foilà Phocion habille^ c'est -signe d'un grand hi\^r.

Il savait que l'éloquence est un instrument nécessaire à un homme d'état pour exécuter heureusement les grandes choses qu'il entreprend dans son ministère. I| s'y appliqua particulièrement, et ce fut avec un grand succès. Persuadé qu'il en est des paroles comme des monnaies, dont les plus estimées sont celles qui, sous un moindre poids, renferment plus de valeur intrinsèque , il s'était fait un s^le vif, serré , concis , qui Ëdsait entendre beaucoup de choses en peu de mots. Un jour , paraissant rêveur dans une assemblée où il se préparait à parler, on lui en demanda la cause, k songe f répondit-il, si je ne puis rien retrancher de ce que j'ai à dire. Il était fort en raisonnement , et par là venait à bout d'abattre et de renverser la plus haute éloquence ; d'où vient que Démosthène, qui en avait souvent fait l'épreuve, quand il paraissait pour haranguer, disait : Foilh la coignêe qui détruit tout Teffet de mes paroles. Il nous semblerait qu'une telle éloquence est absolument contraire au génie de la multitude, qui demande qu'on lui répète souvent les mêmes choses , et que , pour les rendre plus intelligibles , on leur donne plus d'étendue. Mais il n'en était pas ainsi des Atliéniens. Vifs , pénétrants , amateurs du sens sousentendu , ils se piquaient d'entendre à demi-mot un orateur, et l'entendaient en effet. Phocion les servait à leur gré, et sur cet article l'emportait même sur Démosthène : c'est beaucoup dire.

Phocion, voyant que ceux qui se mêlaient alors du gouvernement avaient fait un partage du miUtaire et

du civil; que les uns, comme Eubule, Aristophon, Démosthène , Lycurgue et Hypéride , se bornaient à haranguer le peuple et à proposer des décrets; que les autres, comme Diopithe , Léosthène et Charès, s'avançaient par les emplois de la guerre, il aima mieux yniter la manière de gouverner de Solon, d'Aristide, de Périclès, qui avaient su réunir les deux talents, et joindre à la science politique le courage guerrier. Pendant qu'il fut en place, il eut toujours en vue le repos et la paix , comme le but de tout gouvernement sage. Cependant il fit plus d'expéditions lui seul, non-seulement qu'aucun des capitaines de son temps, mais encore qu'aucun de ceux qui avaient été avant lui. Il fut chargé du commandement quarante -cinq fois, «sans qu« jamais il l'eût demandé ni brigué ; et ce fut toujours en son absence qu'on le choisit pour le mettre à la tête des armées. On était étonné qu'austère comme il était, et ennemi de toute flatterie, il eût su fixer, pour ainsi dire, en sa faveur la légèreté et l'inconstance naturelle aux Athéniens , quoique souvent il s'opposât avec force à leurs volontés et à leurs caprices, sans se mettre en peine de ménager leur délicatesse. L'idée que Ton avait de sa probité et de son zèle pour le bien public étouffait tout autre sentiment; et c'est, selon Plutarque, ce qui rendait ordinairement son éloquence si efficace et si victorieuse.

J'ai cru qu'il était bon de faire un peu connaître Phocion, dont il sera beaucoup parlé dans la suite. Ce fut lui que les Atliéniens mirent à la tête des trou- An m.3663. pes qu'ils envoyèrent au secours de Plutarque d'Éré- ^^•^^•^**trie. Ce traître paya d'ingratitude ses bienfaiteurs, leva l'étendard contre eux , et conspira ouvertement à

repousser ceux qu'il avait appelés. La perfidie împré* vue ne déconcerta point Phocion. Il poursuivit son entreprise, gagna une bataille, et chassa Plutarque d'Érétrie.

Après ce grand succès , il s'en retourna. Il ne fiit pas plus tôt parti , que tous les alliés regrettèrent sa bonté et sa justice* Ennemi déclaré de toute violence et de toute concussion, il savait ménager les esprib avec art, et, en se faisant craindre, il avait le rare talent dç se faire encore plus aimer. U fit un jour une belle réponse à Chabrias, qui le chargeait d'aller, a>ec dix vaisseaux légers, lever le tribut que certaines vill& alliées d'Athènes lui payaient tous les ans. A quoi bon, dit -il, une telle escorte; trop nombreuse si Je nai qu^h visiter des allies y et trop faible si foi à combattre des ennemis? Les Athéniens connurent bien, par les suites, de quel secours avaient été pour eux, dans l'expédition de l'Eubée, la grande capacité, la valeur 'et l'expérience de Phocion; car Molossus, qui lui succéda, eX qui prit après lui le commandement, réussit aï mal, qu'il tomba lui-même entre les maiiis des ennemis.

Demott. pro Philippe, qui ne perdait point de vue le dessein qu'il P.4WTÎ87. avait conçu de se rendre maître de la Grèce, changea d'attaque , et cherdia le moyen de dresser une autre batterie contre Athènes. Il savait que cette ville, à cause de la stérilité de l'Attique, avait besoin, plus qu'aucune autre, de blés étrangers. Pour disposer souverainement de leur transport, et affamer Athènes ah.m.3664. s'il 1« pouvait, il marche vers la Thrace, d'où cette Av.j.c.340. ^m^ |.jj^jj jj^ meilleure partie de ses vivres, dans le 1 dessein d'assiéger Périnthe et Byzance. Pour contenir '

son royaume dans le devoir pendant son absence , il y laissa son fils Alexandre avec un souverain pouvoir, quoi* qu'il n eût encore que quinze ans. Ce jeune prince donna dès-lors des preuves de son courage, ayant vaincu quelques peuples voisins sujets de Macédoine , qui avaient regardé l'absence du roi comme un temps fort propre à \ exécuter le dessein qu'ils avaient formé de se révolter. Cet heureux succès des premières expéditions d'Alexandre donna beaucoup de joie à son père, et lui montra ce qu'il en devait attendre. Mais, craignant qu'attiré par cette amorce dangereuse , il ne se livrât inconsidérément à son ardeur et à sa vivacité, il l'appela auprès de lui , pour devenir lui-même son maître, et le former au métier de la guerre.

Démosthène cependant ne cessait de crier contre l'indolence des Athéniens , que rien n'était capable de tirer de leur sommeil léthargique, et contre l'avarice des orateurs , qui , gagnés par les présents de Philippe, amusaient le peuple sous le spécieux prétexte d'une paix qu'on avait jurée avec lui, et qu'il violait ouvertement tous les jours par de nouvelles entreprises qu'il formait contre !a république. C'est ce qui fait le sujet de ses harangues appelées PhiUppiques.

« D'où vient, leur dit-il, qu'autrefois tous les Grecs 5. Pbiiipp. « embrassaient avec tant d'ardeur la liberté, et que « maintenant ils coarent tous à la servitude? C'est qu'il « régnait alors dans l'esprit des peuples ce qui de nos a jours n'y règne plus; ce qui triompha de l'opulence V des Perses; ce qui maintint la Grèce libre; ce qui « dans nulle occasion, soit sur terre, soit sur mer, ne a se démentit jamais , mais qui étouffé maintenant (( dans tous les cœurs a ruiné généralement toutes nos

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