Tome y, Hist. anc
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a aifaires et bouleversé de fond en comble la constitua tion de la Grèce : c'est cette haine commune , cette « détestation générale qu'ils avaient conçue contre tout « homme assez lâche pour se vendre à qui voulait « asservir la Grèce , ou même la corrompre. ^Vlors, ce accepter des présents , c'était un crime capital , « puni de mort irrémissiblemeut ; ni vos orateurs, ni « vos généraux, n'exerçaient ce honteux et criminel « trafic, qui maintenant est si commun dans Athènes, « où tout est mis à prix , et où tout se vend à Tencan. 4. Phiiipp. c( Dans ces heureux temps régnait une union par- ^^'^ « faite panni les Grecs, fondée sur l'amour du bicD oc public, et sur le désir de conserver et de défendre (c la liberté commune. Maintenant les peuples se dé- <c tachent les uns des autres , et se livrent à des jalouc( sies et à des défiances réciproques. Tous (je n'en ce excepte aucun), Ârgiens, Thébains , Corintlûens, « Lacédémoniens, Ârcadiens, et nous comme les au- <c très, tous se forment des intérêts à part. £t voilà ce « qui rend notre ennemi si puissant, ibid. p.97. « Le salut de la Grèce consiste donc à nous réunir a tous contre l'ennemi commun, si cela est possible. « Mais au moins, pour ce qui nous regarde en partice culier , il faut graver profondément dans vos esprits « ce principe incontestable, qu'actuellement PhiUppe « vous attaque, qu'il a rompu la paix, que, par la u prise de toutes les places qui vous environnent, il i< s'ouvre et se prépare un chemin jusqu'à vous, et « qu'il nous regarde comme ses ennemis mortels, <c parce qu'il sait bien que nous sommes les seuls ca- « pables de nous opposer au dessein ambitieux qu'il a a de tout envahir.
a II faut en effet nous y opposer de toutes nos forces, 3. Pkiiipp. a et pour cela embarquer au plus tôt, et sans perdre ^^' ^ ' (c de temps, le secours dont la Chersonèse et Byzance « ont besoin, fournir sur le Heu à vos généraux tout « ce qui leur manque, enfin concerter les moyens de « sauver la Grèce menacée du dernier péril. Quand j^i^ « tous les autres Grecs présenteraient la tête au joug, VH'9^*9^a VOUS, Athéniens, vous devriez toujours combattre (( pour la liberté. Après de tels préparatifs, faits aux «c yeux de toute la Grèce, excitons tous les autres a peuples à nous seconder; notifions par- tout nos ré- <( solutions , et envoyons des ambassadeurs- dans le « Péloponnèse, à Rhodes, à Chio, et sur- tout au roi c( de Perse, car il est de son intérêt aussi bien que du a nôtre d'empêcher les progrès de cet homme. »
La suite fera voir que les avis de Démosthène furent suivis avec assez d'exactitude. Dans le temps qu'il parlait ainsi , Philippe marchait vers la Chersonèse. Il ouvrit la campagne par le siège de Périnthe, ville considérable de la Thrace. Les Athéniens s'étant mis piat. in en devoir d'y envoyer du secours, les orateurs firent o<îp-74:. tant par leurs harangues, que Charès fut nommé pour commander la flotte. C'était un général absolument décrié pour ses mœurs, pour ses voleries, et pour son peu de capacité; mais la brigue lui tint lieu de mérite, et la cabale l'emporta sur les conseils des personnes les plus sages et les mieux intentionnées , comme cela n'est que trop ordinaire. Le succès répondit à la témé- . rite du choix qu'on venait de faire. Eh! que pouvait-on Atbcn.1.12, attendre d'un général non moins incapable que vo- ^^' ^^^* luptueux, qui, dans ses expéditions militaires, traînait après lui des bandes de musiciens et de joueurs d'in-
struments, qu'il avait à ses gages, et qu'il défra aux. dépens des troupes? Les villes même au sea desquelles il était envoyé ne voulurent pas le recei dans leurs ports; mais, suspect à tout le mondé était forcé d'aller rôdant le long des cotes , rançonn les alliés, et méprisé des ennemis.
Dioa. 1. 16, Cependant Philippe poussait vivement le siège p. 466-468. p^rinthe. Il avait trente mille hommes de trou] choisies, et des machines de guerre de toutes sorta sans nombre. Il avait élevé des tours de quatre-vin{ coudées de hauteur , et qui surpassaient beauo^ celles des Périnthiens. Il battait' donc leurs murai^ avec avantage. D'un coté, il en ébranlait les foiH^ ments par des mines souterraines; de l'autre, il j renversait des pans entiers à grands coups de bélie^ La résistance des assiégés n'était pas moins vigoureuse Quand une brèche était faite, on était tout étonné^ trouver derrière une autre muraille tout récemm^ construite. Ceux de Byzance leur envoyaient tous 1^ secours dont ils avaient besoin. Les satrapes d'Ast^ par ordre du roi des Perses, à qui nous avons vu qià les Athéniens avaient eu recours, y firent aussi en\ trer des troupes. Philippe, pour ôter aux assiégés Id ressources qu'ils tiraient de Byzance, alla lui -menu former en personne le siège de cette importante plao*. laissant la moitié de son armée pour continuer celui de Périnthe.
Il voulait paraître garder au-dehors toutes sortes d. ménagements avec les Athéniens, dont il redoutait la puissance , et- qu'il tâchait d'endormir par de bclle^ paroles. Dans le temps dont nous parlons, pour >r précautionner contre leur mauvaise volonté, il leur
^ ^'rit une lettre où il tache de les étourdir, à force de ^^*!>roches sur leurs contraventions aux traités, qu'il 1''*' vante d'avoir observé fort religieusement, et où il ^ ^t, avec toute la finesse de l'art (car il était fort élo- ^^ lent ) , mêler les plaintes et les menaces les plus pro- «s à retenir les hommes, soit par la honte, soit par '^crainte. Cette lettre parait un chef-d'œuvre dans ît^ »riginal. Il y règne une vivacité majestueuse et per- ^lasive; une force et une justesse de raisonnement 1' mtenues jusqu'au bout; une exposition de faits simle , et chacun suivi de sa conséquence naturelle; une onie délicate; enfin ce style noble et concis qui con- Irîent si bien aux têtes couronnées. On pourrait appli- ' uer ici à Philippe ce qui a été dit de César , qu^il se yejvcUt aussi-bien de la plume que de Vépee '.
La lettre est trop longue, et d'ailleurs trop remplie ie faits particuliers, mais importants, pour la pouvoir ionner ici par extraits, et en faire un abrégé suivie 'en rapporterai seulement un endroit, qui suffira îour juger du reste.
« Au teoips de nos ruptures les. plus déclarées, dit «Philippe aux Athéniens, vous vous contentiez de « lâcher contre moi vos armateurs , d'arrêter et de « vendre les négociants qui venaient trafiquer dans « mes étata , de favoriser quiconque me traversait ^ « d'infester par vos courses les terres de mon obéis- « sance. Mais aujourd'hui vous poussez l'injustice et la «haine jusqu'à envoyer même au Perse des ambas- « sadeurs pour l'engager à me déclarer la guerre. £t . «c'est ce qui doit paraître bien étonnant; car, avant
' « Eodem «ninio dÎKÎt, quo bellavît. » (Quiht. lib. lo , cap. i.)
« qu'il eût subjugué l'Egypte et la Phénicie, vous « aviez solennellement résolu que, s'il lui arrivait de «*tenter quelque nouvelle entreprise, vous m'inviteriez « indistinctement avec tous les autres Grecs à réunir « nos forces contre lui. Et néanmoins , en ce jour , vous « poussez votre haine jusqu'à négocier avec lui une « alliance contre moi. Jadis vos pères, comme je l'en- « tends dire, imputaient aux fils de Pisistrate comme ce un crime irrémissible , d'avoir appelé le Perse contre « les Grecs; et vous cependant, vous ne rougissez pas « de vous permettre ce que vous ne cessâtes de con- « damner en la personne de vos tyrans. »
La lettre de Philippe valait un bon manifeste, et donnait aux pensionnaires qu'il avait dans Athènes beau jeu pour le justifier dans l'esprit d'un peuple fort disposé à se soulager des inquiétudes politiques, et plus ennemi de la dépense et du travail que de l'usurpation et de la tyrannie. L'ambition démesurée de Philippe , et le zèle éloquent de Démosthène , étaient continuellement aux prises. Il n'y avait entre eux ni paix, ni trêve. L'un avait grand soin de couvrir d'un prétexte spécieux ses entreprises et ses infractions; l'autre, d'en développer les véritables motifs à un peuple dont les résolutions et les mouvements influaient beaucoup sur la destinée de la Grèce. Ici Démosthène comprit l'importance d'effacer au plus tôt les premières impressions que la lecture de cette lettre pouvait fiiire sur l'esprit des Athéniens. Ce zélé républicain remonte précipitamment dans la tribune, y prend d'abord le ton affirmatif , qui souvent fait plus de la moitié de la preuve, et quelquefois la preuve entière, aux yeux de la multitude ; attache aux plaintes amères de Phi-
lippe l'idée d'une déclaration de guerre dans les formes; et, pour encourager ses citoyens, pour les remplir de confiance dans la résolution qu'il leur inspire, il les assure que tout leur annonce Ja ruine prochaine de Philippe : dieux, Grecs, Perses, Macédoniens, et Philippe lui-même. Démosthène, dans cette harangue, se dispense des règles de la réfutation exacte; il élude le combat de faits, qui pourrait paraître désavantageux , tant Philippe les avait bien arrangés et fortifiés de preuves qui paraissaient sans réplique.
Voici la conclusion que cet orateur tire de tous ses « raisonnements : a Convaincus de ces vérités, Athé- « niens, et fortement persuadés qu'il ne nous est plus a permis de dire que nous avons la paix, car Philippe « vient de nous déclarer la guerre par sa lettre , et il « y a long -temps que, par sa conduite, il nous la fait, « vous devez ne ménager ni le trésor de l'état, ni le « bien des particuliers, mais, lorsque l'occasion le dece mandera , vous rendre tous en diligence sous vos ence seignes , et mettre à votre tête de meilleurs généraux « qu'auparavant , car il ne faut pas qu'aucun de vous « s'imagine que les mêmes hommes qui ont ruiné vos tt affaires pourront les relever et les rétablir. Songez ce quelle infamie c'est qu'un homme sorti de Macédoine « méprise les périls au pdfnt que , pour agrandir son a empire, il se jette au fort de la mêlée, et qu'il en a sorte criblé de blessures : et que des Athéniens., à «qui, de droit héréditaire, il appartient de n'obéir a à personne, et de faire la loi aux autres les armes « à la main; que des Athéniens, dis-je, par décourace gement et par nonchalance , dégénèrent de la gloire
Phoc.p. 748.
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« de leurs ancêtres, et abandonnent les intérêts de leur « patrie, » riut. in Dans le temps même qu'on examinait cette afFaire, on apprit la manière indigne dont Charès avait été reçu par les alliés , ce qui excita un murmure général parmi le peuple; et, transporté d'indignation, il se repentit fort d'avoir envoyé du secours à Byzance. Alors Phocion, se levant, dit «qu'il ne fallait point ce se mettre en colère contre la défiance des alliés , ce mais contre la conduite des généraux qui y donnaient a lieu; car ce sont ceux-ci qui vous rendent odieux et « formidables à ceux même qui ne sauraient se sauver « sans votre secours. » En effet, Charès, comme nous l'avons déjà dit, était un capitaine sans valeur et sans science militaire; tout son mérite consistait à s'être rendu puissant auprès du peuple par un air de con* fiance et de hardiesse; sa présomption lui cachait son incapacité, et une avarice sordide lui fit faire autant de fautes que d'entreprises.
Air. M. 3665. Le peuple, frappé de oe discours, changea d'avis sur l'heure, et ordonna que Phocion allât lui-même, avec de nouvelles forces, au secours des alliés dans lllellespont. Ce choix contribua plus que tout au salut de Byzance. La réputation de Phocion était déjà fort grande , npn-seulement pour sa bravoure et son habileté dans Vart militaire, mais encore plus pour sa probité et son désintéressement. Les Byzantins lui ouvrirent leurs portes avec joie, et logèrent ses soldats dans leurs propres maisons , comme s'ils eussent été leurs frères et leurs enfants. Les soldats et les officiers athéniens, touchés de la confiance qu'on avait en leur