‹ Œuvres complètes de RollinChapitre 25 sur 33 · AT.J.C · texte numérisé non relu

AT.J.C

bonne foi, se montrèrent très-sages, très^modestes, et entièrement irréprochables dans leur conduite. Ils ne se firent pas moins admirer par leur courage ; et dans toutes les attaques qu'ils eurent à soutenir on vit des soldats intrépides, et que la vue même du danger animait. La prudence de Phocion^ secondée par la Diod. i.xc. valeur de ses troupes, obligea bientôt Philippe d'aban- ^' donner son entreprise sur Byzance et Périnthe. Il y perdit beaucoup de sa réputation; car jusque-là il avait passé pour invincible, et rien n'avait osé tenir devant lui. Phocion lui prit quelques vaisseaux, recouvra quelques places fortes où il avait mis garnison, et, ayant fait des descentes en plusieurs endroits de ses terres, il pilla tout le plat pays, jusqu'à ce que, des troupes s'étant assemblées pour arrêter ses courses, il fut obligé de se retirer après avoir été blessé.

Les Byzantins et les Périnthiens marquèrent au peu- DenuMth. pie d'Athènes leur reconnaissance par un décret très- ^87*^488.* honorable, que Démosthène nous a conservé dans une de ses harangues, et dont je rapporterai ici la teneur dans son entier, a Sous le pontife Bosphoricus % Da- « magète , après avoir demandé au sénat la permission (c de parler, a dit en pleine assemblée : Attendu qu'aux ce temps passés la bienveillance constante du peuple « d'Athènes envers les Byzantins et les Périnthiens,

> CTétait apparemment le premier cette ville , conservé par Polybe

magistrat. (FV , 5a , a ). Une médaille, moyen

= Le décret commence ainsi: ÉttI bronse, donne le titre d'Hiéromné-

f epO{Ay ap>ovoç Boairopîxflo , le mot Ifié- mon i Lucius Verus. Ce mot répond

romnamon ou Hiéromnémon désigne à celui ai Hiérapoh , Hiérothjrte ,

en cet endroit le souverain Pontife, Pronomnémon , etc. , qu on trouve

dont le nom était placé en tête de tous souvent dans les décrets des autres

les décrets de Byzance , comme on villes grecques. — L. en peut juger par un autre décret de

44^ HISTOIRE ANCIENITE.

«unis entre eux et d'alliance et d'origine, ne se déc( mentit jamais en aucun cas; que cette bienveillance, « déjà signalée tant de fois, a tout récemment éclaté «lorsque Philippe de Macédoine, armé pour la des- « truction entière de Byzance et de Périnthe, battait « nos murailles, brûlait nos, campagnes, coupait nos « forêts : qu'en ce temps de calamité ce peuple bien- « faisant nous a secourus avec une flotte de six -vingts « voiles, chargée de vivres, d'armes et de troupes; « qu'il nous a sauvés des derniers périls ; qu'enfin il «nous a rétablis dans la paisible possession de. notre «gouvernement, de nos lois et de nos tombeaux; « les Byzantins et les Périnthiens, par un décret, « accordent aux Athéniens la liberté de s'établir « dans les états de Périnthe et de Byzance, de s y « marier, d'y acqyérir des terres , et d'y jouir de toutes «les prérogatives de citoyen; leur octroient de plus « une place distinguée» aux spectacles , et le droit de « séance, soit dans le corps du sénat, soit dans Tas- « semblée du peuple, auprès des pontifes; entendent « que tout Athénien qui voudra se domicilier dans « l'une ou l'autre ville jouisse d'une entière exemption « d'impôts et d'autres charges de l'état : que sur le port « l'on érige trois statues , de seize coudées chacune, « qui représenteront le peuple d'Athènes couronné par « le peuple dé Byzance et par le peuple de Périnthe; « que d'ailleurs on envoie des présents aux quatre jeux « solennels de la Grèce, et qu'on y proclame la court ronne que nous avons décernée au peuple d'Athènes: « en sorte que la même cérémonie apprenne à tous « les Grecs et la magnanimité des Athéniens, et la re- « connaissance des Périnthiens et des Byzantins. »

Les peuples de la Chersonèse* firent un décret pareil , dont voici la teneur : a Entre les peuples que la a Chersonèse comprend , les habitants de Seste , d'É- « léonte, de Madyte et d'Alopéconnèse, décernent au tf peuple et au sénat d'Athènes une couronne d*or de a soixante talents', et dressent deux autels, savoir : « l'un à la déesse de la reconnaissance ; et l'autre aux (( Athéniens, pour avoir, par le plus insigne de tous « les bienfaits, affranchi du joug de Philippe les peu- « pies de la Chersonèse , et les avoir rétablis dans la « possession de leur patrie, de leurs lois, de leur lice berté, et de leurs temples : bienfait dont ils garde- « ront éternellement la mémoire , et qu'ils ne cesseront «jamais de reconnaître selon toute l'étendue de leur « pouvoir : ce qu'en plein sénat ils ont unanimement « résolu. »

Philippe , après avoir été obligé de lever le siège de jastin. i. g, Byzance, marcha contre Athéas, roi des Scythes, dont *^*^* * il avait reçu quelque mécontentement personnel, et mena son fils avec lui dans cette expédition. Quelque nombreuse que fôt l'armée des Scythes, il en vint facilement à bout. Le butin fut considérable. Il consis,tait, non en or ou en argent, dont cette nation avait le bonheur d'ignorer l'usage et le prix , mais en bétail, en chevaux, et en un grand nombre de femmes et d'enfants.

A son retour de la Scytliie, les Triballes, peuple de la Mœsie, lui disputèrent le passage, prétendant avoir leur part au butin qu'il emmenait. Il en fallut venir aux mains. Le combat fut rude et fort sanglant, et il

Soixante nulle écoi. ^ 330yOoo fr.-^ L.

.{44 HISTOIRE ArrCIENBTE.

y demeura beaucoup de monde sur la place, de part et d'autre. Le roi même y fut blessé à la cuisse, et du même coup, son cheval fut tué sous lui. Alexandre accourut au secours de son père, et, le couvrant de son bouclier, il tua ou mit en fuite tous ceux qui venaient se jeter sur lui.

§ VI. Philippe f par ses intrigues y vient à bout de se faire nommer dans le conseil des amphictyons généralissime des Grecs. Il s*empare d^Élatée. Les Athéniens et les ThébainSy alarmés par la pnse de cette ville y se liguent contre Philippe. Celui-ci Jait des propositions de paix y que Démoslhène fait rejeter. La bataille se donne à ChéronéCy et Philippe y remporte une célèbre victoire. Procès intenté à Démosthène par Eschine. Celui-ci est condamné, et se retire en exil tï Rhodes.

ak.m.3666. L'attaque de Byzance avait été recardée à Atliènes

At.J.G. 338. 1 ^ o ^

Plot, in comme une rupture absolue et une déclaration de ^'^■'* ' guerre ouverte. Le roi de Macédoine, cpii en craignait les suites, et qui redoutait extrêmement la puissance des Athéniens, dont il s'était gratuitement attiré la haine, fit parler d'accommodement et de paix pour calmer leur émotion et leur ressentiment. Phocion, moins soupçonneux, et qui craignait l'incertitude des événements de la guerre, était d'avis qu'on acceptât ses offres; mais Démosthène, qui avait mieux étudié le caractère de Philippe, et qui était persuadé que, selon sa coutume, il ne songeait qu'à amuser et à

tromper les Athéniens, les empêcha de prêter roreille à aucune proposition^ de paix.

Ce prince avait un pressant intérêt de terminer au Demosth. plus tôt cette guerre, qui le tenait dans une grande 5^497,498^ inquiétude, et le désolait sur-tout par les courses fréquentes des armateurs athéniens qui infestaient la mer voisine de ses états : ils interrompaient absolument tout le commerce; ils empêchaient qu'on ne pût transporter au - dehors rien de ce qui croissait dans la Macédoine, et qu'on apportât au-dedans rien de ce qui manquait à ce royaume. PhiHppe sentait qu'il lui serait impossible de mettre fin à cette guerre, et de se délivrer des incommodités qu'elle lui causait, qu'en soulevant les Thessaliens et les Thébains contre Athènes : il ne pouvait l'attaquer avec avantage ni par mer ni par terre ; ses forces maritimes en ce temps - là étaient inférieures à celles de cette république; et le chemin pour s'avancer par terre vers l'Attique lui demeurait fermé tant que les Thessaliens ne s'attacheraient point à sa suite, et que les Thébains. ne lui ouvriraient point un passage. Si, pour les engager à se déclarer contre Athènes, il n'eût allégué que l'unique motif de son inimitié particulière, il comprenait bien qu'il n'ébranlerait personne ; que si , sous le prétexte spécieux d'épouser leur querelle commune, il pouvait une fois les déterminer à l'élire pour chef, il espérait de les entraîner plus facilement, ou par la persuasion, ou par la fraude.

Voilà quel était son but et son dessein, dont il lui importait infiniment de ne laisser entrevoir aucune trace, et de ne point faire naître contre lui le plus léger soupçon. Il avait dans toutes les villes des pension-

446 HISTOIRE A]^GI£Kir£.

naires à gages qui lui donnaient avis de tout, et qui le servaient fort utilement : aussi les payait- il bien. Par leur moyen il suscita une querelle aux Locriens Ozoles, appelés autrement les Locriens {TAmphissey du nom de la ville d'Amphisse, leur capitale. Leur pays était entre l'Étolie et la Phocide. On les accusa d'avoir profané une terre sacrée en labourant une campagne nommée la campagne CyrrheCy qui était tout près du temple de Delphes. Nous avons vu qu'un pareil sujet de plainte avait donné lieu à la première guerre Sacrée. L'affaire devait être portée au tribunal des amphictyons. S'il y eût employé en sa faveur quelque agent connu ou suspect, il voyait bien qu'à coup sûr les Thébains et les Thessaliens soupçonneraient sa manœuvre, et que tous indubitablement se tiendraient sur leurs gardes.

Il s'y prit d'une manière plus fine en conduisant sourdement son dessein par des souterrains qui en dérobaient toute connaissance. Par le moyen des pensionnaires qu'il avait à Athènes, il avait fait nommer pour pylagore Escfaine, qui lui était entièrement vendu. On appelait ainsi ceux que les villes grecques députaient à l'assemblée des amphictyons '. Dès qu'il y

< Rassemblée était composée des sissait le président de raa8mbl««

Hiéromnémons y àa^Pylngores tt des des Amphictyons. Théores^ Les Pjrlagores , au cunlrairp,

Lea Hiéromnémons , dont le nom- avaient dans leurs attributions &pc*

bre était égal i celui des villes am- ciales les affaires qui regardaient le

phictyoniques , s^occupaient spécia- Droit public ; ils récompensaient

lement de tout ce qui concernait la les services rendus à la Grèce , et

religion ; ils examinaient les comptes proposaient de condamner à d<-s

des intendants du temple , réglaient amendes ceux qui avaient violé le

Tordre et le temps des sacrifices , et Droit des Gens. En général , chaque

étaient chargés d*instroire toutes ville n'envoyait qu'un pylagore:

les affaires relatives au temple de toutefois, dans certaines occasions

Delphes: c'est parmi eux qu'on choi- importantes, une ville pouvait en

fut arrivé, il travailla d'autant plus eflicacenient pour Philippe, qu'on se défiait moins d'un citoyen d'Athènes, ouvertement déclarée contre ce prince. Sur ses remontrances, on ordonna une descente sur les lieux pour visiter la terre dont les Amphissiens avaient été jusque-là regardés comme possesseurs légitimes, et qu'on les accusait maintenant d'avoir usurpée par un impie sacrilège.

Pendant que les amphictyons visitaient la campagne litigieuse, les Locriens tombent sur eux à l'improvisle, les accablent d'une grêle de traits, et les obligent de prendre la fuite. Un attentat si déclaré alluma la haine et la guerre contre ces Locriens. G>ttyphe, un des amphictyons, mit en campagne l'armée qu'ils destinaient à châtier les mutins. G)mme plusieurs avaient manqué au rendez -vous, elle se retira sans avoir rien fait. Dans l'assemblée suivante des amphictyons, l'affaire fut remise sérieusement en délibération. C'est là que les ora* teurs, gagnés déjà auparavant par Philippe, prouvèrent aux députés, par un discours étudié, qu'il fallait ou qu'ils se cotisassent eux-mêmes pour soudoyer des étrangers et châtier les réfractaires, ou qu'ils élussent Philippe pour leur général. Les députés, pour épargner à leurs républiques la dépense, les fatigues et les dangers de la guerre , prirent ce dernier parti. Par un

envoyer plusieurs ; mais ils manifes- les Théores avaient voix délibéra-

talent leur opinion par un vote col- tive. Il dépendait du président de

lectif. convoquer Tune ou l'autre de ces

Les Théores n'avaient pas voix en deux assemblées, toute circonstance. On distinguait Ces dispositions ont été dévelojH le SyneHrium, composé seulement pées dans un Mémoire que j'ai com> des Hiéromnémous et des Pylago- posé, et qui est inséré au tome IV res, et on les Théores n'avaient que du Recueil de l'Académie des Invoix consultative ; tx V Ecclésie , où scri|»tion8, nouvelle série. — L.

448 HISTOIRE AirClEJfBrE.

décret public, on envoie a Philippe de Metcédoine des ambassadeurs f qui^ au nom d^ApoUon et des amphictjfxynsj réclament son assistance , le pressent de ne pas négliger les intérêts de ce dieu y dont se jouent les impies amphissiens; et lui notifient qu'à ce dessein tous les Grecs y agrégés au corps des amphictyonsj Véliseia leur général avec plein pouvoir d'agir comme bon lui semblera.

C'était à quoi Philippe aspirait depuis long - temps, et où tendaient tous ses desseins et toutes les batteries qu'il avait dressées jusque-là. Il ne perd donc point de temps. Il assemble incontinent ses troupes; et, sous une feinte marche vers la campagne de Cyrrhée, après quelques légères expéditions , oubliant et Cyrrhéens et Locriens, qui n'avaient servi que de prétexte à son voyage, et dont il se souciait peu, il s'empare d'Élatée. la plus grande ville de toute la Pliocide, sur le fleuve Céphise, et la mieux située pour tenir en bride les Thébains. Ceux-ci commencèrent à ouvrir les yeux, et virent ce qu'ils avaient à craindre.

Demostb. Cette nouvelle , étant arrivée à Athènes vers le soir, ^P^SoitSSi' y répandit la frayeur. Le lendemain, dès le matin, on

p-^?^'^' convoque l'assemblée. Le héraut, selon la coutume, demande à haute voix : Qui veut monter dans la tribune ? Personne ne se présente. Il répète à plusieurs reprises l'invitation : personne encore ne se lève, quoique tous les généraux et tous les orateurs fussent présents, et qu'à cris reduoblés la voix commune de la patrie conjurât d'ouvrir un salutaire conseil. Car, dit Démosthènc, de qui ce récit est tiré, lorsque la voix du héraut crie au nom des lois, elle doit justement être réputée pour la voix de la patrie. Dans ce silence

général, causé par lalarme où Ton était, Démosthène, animé par la vue même d'un danger si pressant, monte dans la tribune, et travaille à rassurer l'esprit des Athéniens, et à leur inspirer des sentiments conformes à la conjoncture présente et aux besoins de l'état. Aussi habile politique que grand orateur, il forme sur-lechamp, par l'étendue d'un génie supérieur, un avis qui , embrasse tout cp que doivent faire les Athéniens audedans et au -dehors, sur terre et. sur mer;

Ils étaient à l'égard des Thébains dans une double erreur, dont il tâche de les détromper. Ils les croyaient attachés inséparablement à Philippe d'inclination et d'intérêt : il leur montre que le plus grand nombre d'entre eux n'attend qu'une occasion pour se déclarer contre lui, et que la prise d'Élatée leur a appris ce qu'ils en doivent attendre. D'un autre eôté, ils regardaient ces mêmes Thébains comme leurs plus anciens et leurs plus dangereux ennemis, et ne pouvaient se résoudre à leur donner du secours dans l'extrême danger dont ils étaient menacés. Il est vrai qu'il y avait toujours eu une haine déclarée entre les Thébains et les Athéniens; et elle allait si loin, que, Pindare ayant loué dans un de ses ouvrages la ville d'Athènes % les ^ Thébains le condamnèrent à une grosse amende. Dé- *mostliène, malgré des préventions si fortement enracinées dans les- esprits, se déclare pourtant en leur faveur, et prouve aux Athéniens qu'il s'agit de leur propre intérêt, et qu'ils ne peuvent rien faire de plus

■ n Avait appelé Athènes uneviUe Athéniens , non contents àe dédom"

fiorissante et célèbre, le rempart de mager ce poète, et de lui envoyer de

la Grèce : Aiirocpai xxi àci^ifict , É>.- quoi payer Tamende , lui érigèrent

>«^oç Ipt'.apLa , x>.f tvat À6vivat. Les une statue.

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