Tome F, Hist. ane
avait de la folie, demandant sans cesse des biens aux dieux, de les refuser lorsqu'ils étendaient eux -menées la main pour nous donner. Ces dépouilles iurent portées par son ordre au marché , et vendaes à l'encan : puis 9 en ayant touché l'argent , il fit p«blter ^e tous ceux qui auraient chez eux des choses tirées des lieux. saints, eussent à les restituer toutes, dans le temps prescrit , aux temples d'où elles venaient. C'est ainsi qu'à l'iinpiété envers les dieux il ajouta l'injustice envers les hommes.
cic. ToMtl. Les précautions étonnantes que Denys jugeait né- ^a*57-63.^' cessaires pour mettre sa vie en sûreté .nous marquent à quelles inquiétudes et à quelles frayeurs il était livré. Il était obligé de porter sous sa robe une cuirasse d'airain. Il ne haranguait son peuple que du haut d'une tour , et croyait se rendre invulnérable en se rendant inaccessible. N'osant se fier à aucun de ses amis ni de ses proches , il se faisait garder par des étrangers et des esclaves , et sortait le plus rarement qu'il pouvait , la crainte l'obligeant de se condamner hii - même à une espèce de prison. Ces précautions extraordinaires regardent sans doute certains temps de son règne, où de fréquentes conspirations formées contre kri le rendaioit plus timide et phis soupiçonneux ; car, dans d'autres temps, nous avons vu qu'il conversait assez librement avec le peuple , et se rendait accessible jusqu'à la familiarité. Dans ces jours de nuages et de crainte , il croyait voir toutes les mains armées contre Hiit.dcGar- lui. Une parole échappée à son barbier, qui se vanta, en plaisantant , de porter toutes les semaines le rasoir à la gorge du tyran , lui coûta la vie. Depuis ce tempslà , pour ne plus abandonner sa léte et sa vie k la
main d^un barbier, il chargea ses filles, encore trèsjeunes, de ce vil ministère; et, quand elles furent plus âgées, il leur 6ta des mains les ciseaux, et le rasoir , et leur apprit à lui brûler la barbe et les cheveux avec des coquilles de noix ; et enfin il fîit réduit à se rendre cic. ofSc. lui-même ce service, n'osant plus apparemment se fier à ses propres filles. Il n'allait jamais de nuit dan& la ehanriNre de ses femmes sans avoir fait fouiller par-tout auparavant avec grand soin. Le lit était environné d'un fossé très -large et très «-profond, avec un petit pont* levis qui en ouvrait le passage. Après avoir bien fermé et bien verrouillé les portes de sa chambre, il levait ce pont -levis, afin de pouvoir dormir en sûreté. Ni son Piat.m rita frère, ni son fils même, n'entraient dans sa cbarobre '^"'P^'' sans avoir changé d'habits , et sans avoir été visités par les gardes. Est-ce régner, est-ce vivre, que de passer ainsi ses jours dans des frayeurs continuelles?
Au milieu de toute sa grandeur, dans le sein des richesses et des délices , pendant un règne de près de quarante ans, malgré ses largesses et ses profusions, ^ il n'avait pu se faire un seul ami. Il ne vivait qu'au milieu d'esclaves tremblants et de lâches flatteurs; et il n'avait jamais goûté la douceur d'aimer et d'être aimé, ni les charmes d'une société sincère et d'une confiance rédproqie. Il l'ayoua lui-même ingénument en une occasion qui mérite d'être rapportée.
Damon et Pythias, tous deux élevés dans les prin- cicdeofiur.
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cipes de la secte de Pythagore, et lies ensemble par Vai Max. les nœuds sacrés d'une étroite amitié , s'étaient juré l'un à Tautre une fidélité mviolable. Elle fut mise à une rude épreuve. L'un d'eux, condamné à mort par Denys le tyran , demanda par grâce qu'il lui fut per*
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68 HISTOIRE AirCIENlfE.
mis de faire un voyage dans sa patrie pour y régler ses affaires , avec promesse de revenir dans un certain temps ; et Tautre s'offrit généreusement pour caution. Les courtisans, et Denys sur- tout, attendaient avec impatience quelle serait l'issue d'une aventure si extraordinaire et si délicate. Le jour marqué approchant, comme il ne revenait point , chacun blâmait le zèle imprudent et téméraire de celui qui l'avait cautioDné. Celui-ci , loin de témoigner aucune crainte ni aucune inquiétude, répondait, avec un visage tranquille et d'un ton afHrmatif, qu'il était sûr que son ami reviendrait; et en effet il arriva au jour et à l'heure marqués. Le tyran , ravi en admiration d'une si rare fidélité , et attendri à la vue d'une si aimable union , lui accorda la vie , et leur demanda par grâce d'être admis en tiers ,dans leur amitié, cic. TqscuI. Il marqua dans une autre occasion , avec une pa- B. 61, 6a/ reille ingénuité, ce qu'il pensait lui-même de son état. Un de ses courtisans, nommé Damoclès, vantait tous les jours avec une espèce d'extase ses richesses, sa 'grandeur, le nombre de ses troupes, l'étendue de sa domination, la magnificence de ses palais, et l'abondance universelle de toutes sortes de biens et de plaisirs où il vivait, ne cessant de répéter que jamais per^ sonne n'avait été plus heureux. « Ihiisque vous pensez « ainsi, lui dit un jour le tyran, voulez -vous goûter <i vous-même de mon bonheur et en faire épreuve ? » L'offre est acceptée avec joie. On place Damoclès sur un lit d'or, couvert de tapis le plus richement brodés. Les buffets étaient remplis de vases d'or et d'argent. Des esclaves d'une rare beauté, et vêtus magnifiquement, l'environnaient, attentif pour le servir au
moindre signal qu'il donnait. On n'avait point épargné les essences les plus exquises , ni les parfums les plus délicats. La table était servie à proportion. Damoclès nageait dans la joie , et se regardait comme Thomme du inonde le plus heureux. Il aperçoit malheureusement, en levant les yeux , la pointe d'une épée suspendue sur sa tête, et qui ne tenait au plancher qu'avec un crin de cheval. Dans le moment même , une sueur froide le saisit : tout disparaît à ses yeux ; il ne voit que l'épée , et ne sent que son danger. Pénétré de frayeur, il demande qu'on le laisse aller, et déclare qu'iineveut plus être heureux. 'Image bien naïve de k vie d'un tyran ! Celui dont nous parlons avait régné , comme je l'ai déjà dit, pendant l'espace de trente -huit ans.