Tome F. ïï'tst, anc. I
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larmes, et s'attendrît sur le triste sort qu'elle allait éprouver. Il rappelait dans son esprit deux ilottes puissantes des Athéniens coulées à fond autrefois devant cette ville, deux nombreuses armées taillées en pièces avec les deux illustres généraux qui les commandaient; tant de guerres soutenues avec tant de variété d'événements^contre les Carthaginois : tant de tyrans fameux et de puissants rois; Hiaron sur -tout, dont la mémoire était encore toute récente, qui s'était signalé par tant de vertus royales , et encore plus par les sm^oes importants qu'il avait rendus au peuple romain, dont les intérêts lui avaient toujours été aussi chers que les siens. Touché par ce souvenir, il crut, avant que d'attaquer l'Achradine , devoir envoyer vers les assiégés, pour les exhorter à se rendre volontairement, et à prévenir la ruine de leur ville. Ses remontrances et ses exhortations furent inutiles.
Alors, pour ne point être inquiété par ses derrières, il attaqua un fort, nommé EuryUe^ qui était au bout de la ville neuve, et qui commandait toute la cam* pagne du coté de la terre. Après l'avoir emporté et y avoir ,mis une bonne garnison , il tourna tous ses efïbrts contre l'Achradine.
Sur ces entrefaites arrivent Hippocrate et Irailcon. Le premier avec des*Siciliens, ayant placé et fortifié son camp près du grand port, et. donne le signal à ceux qui occupaient l'Achradine, attaque le vieux camp des Romains où commandait Crispinus ; et Épicyde fisût en même temps une sortie sur les postes de Marcellus. Aucune de ces deux entreprises ne réussit Hippocrate fut vigoureusement repoussé par Crispinus, qui le suivit jusque dans ses retranchements; et
PERSES ET ORKCS. igS
Marcellus obligea Épicyde à se renfermer dans PAchra*^ dîne. 0
Comme on était alors en autonme, il survint une peste, qui fit de grands ravages dans la ville, et encore plus dans les camps des Romains et des Carthaginois. D abord le mal était médiocre, et n'était causé que par ia grande chaleur de la saison, et la nature du lieu, malsain par lui-même : puis il se communiqua bientôt par le commerce, et par le soin qu'cm prenait de ceux (piien étaient attaqués; de sorte que les malades oi| mouraient abandonnés et sans assistance, ou entraînaient avec eux ceux qui s'en approchaient pour leur rendre quelque service. On n'entendait de tous côtés jour et nuit que des pleurs et des gémissements. Enfin l'accoutumance du mal avait tellement endurci les es* prits et étouffé tout sentiment de compassion, que nonseulement on ne pleurait plus les morts, mais qu'on les laissait sans sépulture. Ce n était par-tout que cadavres exposés à la vue des malades, qui attendaient un pareil sort. Les Carthaginois en souffrirent beaucoup plus que les autres. Comme ils n'avaient point de retraite , ils périrent presque tous avec leurs che6 Hippocrate et Imiloon. Marcellus, dès le commencement de la maladie, avait fait passer ses soldats dans la ville , où les txHts et l'ombre les soulagèrent beaucoup : il ne laissa pas néanmoins d'en perdre un as$ez grand nombre.
Cependant Bomikar, commandant de la flotte Car* thaginoise, qui avait &it un second vojage à Carthage pour en amener un nouveau secours, revint avec cent trente navires et sept cents vaisseaux de charge. Les vents contraires l'empêchèrent de doubler le cap Pa* chyne. Épicyde, qui craignait que, si ces vents conti-
196 HISTOIRE ANCIEBTirE.
nuaient, cette flotte rebutée ne s'en retournât en Afrique, laisse l'Achradine aux généraux des troupes jpercenaires, va trouver Bomilcar, et lui persuade de tenter la fortune d'un combat naval dès que le temps le permettra. Marcellus, voyant que les troupes des Siciliens grossissaient tous les jours, et que, s'il attendait, et qu'il se' laissât enfermer dans Syracuse, il serait fort pressé en même temps et du côté de la terre et du côté de la mer, résolut, quoique plus faible en vaisseaux, de s'opposer au passage de la flotte Carthaginoise. Dès que les vents furent tombés, Bomilcar prit le large pour mieux doubler le cap; mais, comme il vit les vaisseaux Romains venir à lui en bel ordre , tout d'un coup, on ne sait pourquoi, il prit la fuite, envoya ordre aux vaisseaux de charge de regagner l'Afrique, et se retira à Tarente.' Épicyde, déchu d'une si grande espérance, et n'osant rentrer dans une ville déjà à moitié prise, fit voile vers Agrigente pour y attendre le succès du siège.
Quand ces nouvelles furent portées dans le camp des Siciliens, de concert avec les assiégés ils envoyèrent des députés à Marcellus. On convint aisément des conditions, qui furent : Que tout ce qui avait appartenu aux rois serait c^dé aux Romains ; que le reste serait laissé aux Siciliens, avec l'usage de leurs lois et de leur liberté. Par les Siciliens on entendait tant ceux qui étaient dans la vill^que ceux qui se trouvaient dehors. Ces députés étant entrés dans l'Achradine, ils commencèrent par faire tuer les généraux qu'Épicyde y avait laissés. Puis, ayant convoqué l'assemblée du peuple, ils créèrent de nouveaux officiers , et on en députa quelques-uns à Marcellus. Celui qui portait la parole lui
représenta que ce n'étaient point les Syracusains qui avaient quitté le parti de Rome , mais Hiéronyme , qui leur avait fait beaucoup plus de mal qu'aux Romains ; que tout ce qui s'était passé depuis n'était point volontaire de leur part , mais forcé ; qu'au premier moment qu'ils avaient pu disposer d'eux-mêmes , ils venaient lui livrer leurs armes, leurs murailles et leurs personnes , et remettre entièrement leur sort entre ses mains. « Au s reste , dit-il à Marcellus , il s'agit ici autant de votre a intérêt que du nôtre. Les dieux vous ont accordé la « gloire d'avoir pris la -plus belle et la plus illustre ville a qui soit parmi les Grecs. Tout ce que nous avons ja- « mais fait de mémorable , soit par terre, soit par mer, a accroît votre triomphe et en relève le prix. La répud tation n'est pas un garant assez fidèle' pour faire cona naître la grandeur et la force de la ville que vous tfavez prise; la postérité n'en pourra bien juger que « par ses yeux mêmes. Il faut qu'à tous ceux qui àborc deront ici, de quelque côté de l'univers qu'ils viennent, « on montre , tantôt les trophées que nous avons rema portés sur les Athéniens et les Carthaginois, tantôt « ceux que Vous avez remportés sur nous ; et que Syraa cuse , mise pour toujours sous la protection de Martf cellus , soit un monument perpétuel et subsistant du a courage et de la clémence de celui qui l'aura prise et tf conservée. Il ne serait pas juste que le souvenir d'Hiétf ronyme fît plus d'impression sur vos esprits que celui « d'Hiéron. Celui-ci a été votre ami bien plus long-temps « que l'autre votre ennemi. Vous avez ressehti, qu'il me tf soit permis de le dire , les effets de l'amitié d'Hiéron ; « mais les folles entreprises dlliéronyme ne sont retom- « bées que sur lui. »
198 HISTOIRE AUCIENFE.
Marœllus ne pouvait pas ne se point rendre à des propositions si avantageuses. Les Syracusains trouvaient toute sorte de facilité et de sûreté de la part des Romains : ils avaient plus à craindre d'eux-mêmes. Les déserteurs qui étaient dans la citadelle, craignant d'être livrés aux Romains, attirent dans leur parti les troupes auxiliaires, à qui ils font craindre le même sort, prennent les armes, égorgent les nouveaux magistrats, font mainbasse sur tous les Syracusains qu'ils rencontrent, pillent tout ce qu'ils trouvent devant eux, et créent six officiers, trois pour commander dans i'Achradine, et trois dans
nie. ^
Parmi les trois qui commandaient dans l'Ile, il y avait un Espagnol nommé Méric : on trouva le moyen de le gagner. 11 livra de nuit la porte qui était près de la fontaine d'Ârétliuse, etreçut les soldats que Marcellus y envoya. Le lendemain, au point du jour, Marcellus fît une fausse attaque ii I'Achradine , pour attirer de ce côté-là toutes les forces de la citadelle et de l'Ile qui y était jointe, et afin de faciliter à quelques vaisseaux qu'il avait préparés le moyen de jeter des troupes dans nie , qui serait dégarnie. Tout réussit comme il l'avait projeté. Les soldats que ces vaisseaux jetèrent dans 111e , trouvant les postes presque tous dégarnis , et les portes, par lesquelles étaient sortis les soldats de la citadelle pour aller contre Marcellus, encore ouvertes, s'en emparèrent après un léger combat. Marcellus, averti qu'il était maître de 111e et d'un quartier de I'Achradine, et que Méric, avec le corps qu'il commandait, s'était joint à ses troupes , fait sonner b retraite, afin que les richesses des rois, qui ne montaient pas si haut qu'on le pensait, ne fussent point pillées.
P£RSES ET GRECS. I99
Les déserteurs s'étant échappés (et on leur avait laisse exprès la sortie libre), les Syracusains ouvrirent à Marcéllus toutes les portes de l'Achradine, et lui envoyèrent des député$, qui avaient ordre de ne lui demander autre chose sinon qu'il lui plût de leur conserver la vie à eux et à leurs enfants. Marcéllus, ayant appelé son conseil et quelques Syracusaûns qui étaient dans son camp, répondit à ces députés, en leur présence, qu'Hiéron, pendant cinquante ans, n'avait pas £ût plus de bien au peuple romain, que ceux qui de^ puis quelques années étaient maîtres de Syracuse n'avaient voulu lui Êdre de mal ; mais que leur mauvaise volonté était retombée sur eux, et qu'ils s'étaient punis eux-mêmes du violement des traités d'une manière plus cruelle que n'auraient souhaité les Romains : qu'il tenait Syracuse assiégée depuis trois ans, non afin que le peuple romain la réduisît en esclavage, mais pour onpêcher que des che6 de transfuges ne la tinssent dans l'oppression; qu'il avait essuyé beaucoup de fatigues et de dangers pendant un si long siège, mais cpi'it s'en croyait avantageusement dédommagé par la gloire d'avoir pris cette ville, et par, le plaisir de l'avoir sauvée de la ruine entière qu'elle semblait mériter. Après avoir mis des gardes au trésor, et placé aussi des sauvegardes dans les maisons des Sjrracusains qui s'étaient retirés dans son camp, il abandonna la ville au pillage. On prétend que les richesses qui furent pillées à ce sac de Syracuse surpassèrent celles qu'on eût pu espérer de la prise de Carthage.
Un funeste accident troubla la jme de Marcéllus, et lui causa une sensible douleur. Archimède, dans le temps que tout était en mouvement à Syracuse, en-
aOO HISTOIRE ANCIENNE.
fermé dans son cabinet comme un homme d'un autre monde qui ne prend point de part à ce qui se passe dans celui-ci, était appliqué à considérer quelque figure de géométrie; et il donnait à cette contemplation non -seulement tous ses yeux, mais encore tout son \esprit, de manière qu'il n'avait entendu ni le tumulte des Romains, qui couraient par-tout, ni le bruit de la ville prise. Tout d'un coup un soldat se présente à lui, et lui ordonne de le suivre pour venir parler à Marcellus. Archimede le prie d'attendre un moment, jusqu'à ce que son problême fut résolu, et qu'il en eût fait la démonstration. Le soldat, qui ne se souciait ni de son problême ni de sa démonstration , irrité de ce délai, tire son épée, et le tue. Marcellus fîit vivement affligé quand il apprit la nouvelle de sa mort. Ne pouvant lui rendre la vie comme il l'aurait souhaité, il s'appUqua, autant qu'il fut en lui, à honorer sa mémoire. Il fit une recherche exacte de tous ses parents, les traita avec distinction, et leur accorda des privilèges particuliers. Pour Archimede, il fit célébrer ses funérailles avec soin, et lui érigea un monument parmi ceux des grands hommes qui s'étaient le plus distingués à Syracuse.
Archimede, par son testament, avait prié ses parents et ses amis de mettre, après sa mort, sur son tombeau, pour toute épitaphe, un cylindre circonscrit à une sphère, c'est-à-dire à un globe, à une figure sphérique, et de marquer au bas le rapport qu'ont entre eux ces deux solides, le contenant et le contenu. U aurait pu remplir les bases de la colonne de son tombeau de bas-reliefs, où toute l'histoire du siège de Syracuse aurait été sculptée , et où il aurait paru
PERSES ET GRECS. aOI
comme un Jupiter foudroyant les Romains. Mais il estimait infiniment plus une découverte, une démonstratitm géométrique, que toutes les machines si célè» bres qu'il avait inventées. Aussi aima-t-il mieux se faire honneur, auprès de la postérité, de la découverte qu'il ^vait faite du rapport de la sphère au cylindre ' de même base et de même hauteur, qui est comme deux à trois.
Les Syracusains, si passionnés autrefois pour les sciences, ne conservèrent pas long-temps l'estime et la. reconnaissance qu'ils devaient à un homme qui avait &it tant d'honneur à leur ville. Moins de cent quarante ans après, Archimède était déjà si par&itement oublié de ses citoyens, malgré les grands services qu'il leur avait rendus, qu'ils niaient qu'il fût enterré à Syracuse. C'est Gicéron qui nous apprend cette particularité.
Dans le temps qu'il était questeur en Sicile, la eu- cic.Tusc. riosité le porta à chercher le tombeau d' Archimède : ^jj^.'ge'.^* curiosité digne d'un homme d'esprit comme Gicéron, et qui mérite d'être imitée par ceux qui voyagent. Les Syracusains lui soutenaient que sa recherche . serait inutile, et qu'ils n'avaient point chez eux ce monu-* ment. Leur ignorance fit pitié à Gicéron, et ne servit qu'à allumer encore davantage le désir qu'il avait de fiiire cette découverte. Enfin, après plusieurs recherches, il aperçut, hors de la porte de la ville qui ^ regardait Acragas ' , parmi un grand nombre de tombeaux qui étaient en cet endroit-là, une colonne presque entièrement couverte de ronces et d'épines, et il y entrevit la figure d'une sphère et d'un cylindre.
' Agrigmte.
aOa HISTOIRE AKCIENHE.
Ceux qui ont quelque goût pour les antiquités, jugent aîsément quelle fut la joie de Cicéron. Il s'écria qu'il avait trouvé ce qu'il cherchait On fit nettoyer la place avec des faux, on s'ouvrit un passage jusqu'à la colonne; et l'on y vit Tinscription , qui paraissait encore, * quoique la moitié des lignes fût eflbcée par le temps. Ainsi, dit Cicéron en terminant ce récit, la plus grande ville de Grèce ' , et qui anciennement avait été la plus florissante par l'étude des lettres, n'eût pas connu le trésor qu'elle possédait, si un homme né dans un pays qu'elle regardait presque comme barbare, un Ârpinate, n'eût été lui découvrir le tombeau d'un de ses citoyens si distingué par la justesse et par la pénétration de son esprit.
On est obligé à Cicéron de nous avoir laissé cet élé* gant et curieux récit; mais on ne lui pardonne pas aisément la manière méprisante dont il y parle d'abord d'Archimède.
C'est au commencement, où, voulant opposer à la vie malheureuse de Denys le tyran le bonheur d'une vie modérée et pleine de sagesse, il dit: «Je ne comte parerai point la vie d'un Platon et d'un Architas * , « personnages consommés en doctrine et en sagesse, c avec celle de Denys, la plus affreuse, la plus remplie a de misère, et la plus détestable que l'on puisse ima- « giner. J'aurai recours à un homme de la même ville
" «Ita nobilitama Onvcùe eÎTitas » ezeositare aiUl
qnondam verè etUm docdssîma , sui aut Archite vium comptnbo , doc-
cim unînt acadMÎmi monumentum torum homînimi et plané upientîum.
iSBoniaet , niai ab homine Arpinate Ex eadem arbe hmmUèm kémBtci&'
didicîaaet. » nem a polvere et radio excîtabo , qui
* « Non ergo jam cum hi^us vitâ , multis annis post fuit, Archimedem.qnâ tetrîas , miseriiia , deteatabilitu
PERSES ET GRECS. a03
«que lui, uir homme obscur, qui a vécu plusieurs « années après lui. Je le tirerai de sa poussière ' , et, « le compas à la main, je le ferai paraître sur la scène. » Je ne parle point dé la naissance d'Archimède : sa grandeur est d'un autre ordre. Mais le plus grand géomètre de l'antiquité, dont les sublimes découvertes ont été, dans tous les temps, l'objet de l'admiration des connaisseurs, devait-il être traité par Cicéron d'homme obscur et de néant, comme si c'était un simple ou* vrier, employé à fabriquer des machines; si ce n'est peut-être que, dans l'esprit des Romains, chez qui Testime et le goût de la géométrie et de ces sciences spéculatives n'a jamais bien pénétré, on n'estimât rien de grand que ce qui a rapport au gouvernement des hommes et à la politique.
OrabuBt causas meiîùs , ccslique meatns Virgîl.
Describent radio, et surgentia aidera dicent : sic.] '
Tu regere imperio populos , Komane , mémento.
Cest la réflexion de M. l'abbé Fraguier dans la petite Mémoire«de dissertation qu il a laissée sur ce récit de Ciceron. inscriptioné,
Après la prise de Syracuse par Marcellus, ce qui se passe dans la Sicile jusqu'à son entière réduction est peu mémorable. Il y eut encore quelques restes de guerre de la part des partisans de la tyrannie, et des Carthaginois qui en étaient les protecteurs : mais ces guerres n'eurent point de suites, et Rome se trouva bientôt maîtresse absolue de toute l'île. La moitié de cette île était devenue province romaine depuis le traité qui termina la première guerre punique. Par ce
* n parle delà poussière géométrique.
ao4 HISTOIRE ANCIENNE.
traité la Sicile fîit divisée en deux parts, dont J'une resta aux Romains, et l'autre était le royaume dHiéron; et cette partie, depuis que Syracuse se fut rendue, passa aussi dans leur domaine.
La Sicile, et sur-tout Syracuse, a fourni à lliistoire, dans tous les temps, des événemens fort remanjuablés et trèsHlignes d'attention.
Aw.M.35ao. Ce fat du temps de Xerxès que Syracuse commença à se distinguer avec plus d'éclat qu'auparavant. La défaite des Carthaginois par Gélon lui mérita , de la part des Syracusains, ta qualité de roi. Il en remplit parfaitement tous les devoirs pendant un assez long règne. Hiéron I*', son frère, lui succéda. Ses commencements farent fort sages et fort heureux : la fin n'y répondit pas. Thrasybule, le troisième de ses frères, les fit regretter par ses vices et par ses désordres. Les Syracusains, par son exil, se rétabhrent en liberté. Leur histoire est rapportée dans le tome II, liv. YII, chapitre II.
Ah. M. 3544. Les Syracusains jouirent de leur liberté pendant
4M.M.358S. soixante ans à peu près. C'est dans ce temps qu'arriva le fameux siège de Syracuse par les Athéniens, oii ils furent pleinement défaits.
Aw.M.3598. Denys l'ancien s'établit tyran à Syracuse, et y régna pendant trente-huit ans. Denys le jeune, son fils, lui succéda, et régna d'abord douze ans de suite : puis, après une interruption de dix ans, il en régna encore deux ou trois. Leur histoire est décrite dans le livre XI.
Ah. M. 3658. Timoléon rétablit la liberté à Syracuse. Livre XI.
Ak.m.3685. Les Syracusains n'en jouirent pas long-temps. Après quelques années de tranquillité, ils retombèrent entre les mains d'un nouveau tyran, non moins cruel que
PERSES ET GRECS. ao5
les précédents : c'est Agathocle. Ses entreprises et ses aventures sont rapportées dans le tome I, livre II.
Pyrrhus, appelé en Sicile pour la défendre contre a«.m.3796. les Carthaginois, se rend maître de Syracuse, mais bientôt après quitte la Sicile.
C'est après son départ qu'Hiéron II commença à se Air.M.3797. faire connaître. Il fut d'abord élevé à la première ma* gistrature, et bientôt après nommé roi. Syracuse, pen* dant son règne, qui fut et de longue durée et paci* fique, se rétablit parfaitement: mais son petit «fils a*, m. 3789. Hiéronyme, qui ne régna pas un an entier , ruina tout à Syracuse. Sa mort fut suivie de près du siège et de la prise de cette ville par Marcellus. Depuis ce temps* là elle fîit .comprise, comme le reste de la Sicile, dans la province romaine.
La Sicile aurait été heureuse d'être gouvernée par les Romains, si elle avait toujours eu des magistrats tels que Gicéron, aussi instruits que lui des obligations de la magistrature, et aussi attentifs à s'en acquitter. Il est beau de l'entendre lui-même s'expliquer sur ce sujet. C'est en défendant la Sicile pontre Verres.
Après ' avoir pris les dieux à témoin de la sincérité des sentiments qu'il va exposer : « Dans tous les em- «plois, dit-il, dont le peuple romain m'a honoré jus-
*'« G dii immortales. . . Ita mihL poUrem. Sic obtinui questuram in
meam Toluntatem spemque reliquae provincia, ut omnium oculos in me
Yit« vettnpopulîquêrom.exîstinia- uiinm conj«ctos arbitrarer : ut me
tio comprobet , ut ego , quos adbuc qucaturamque meam quaai in aliqno
mibi «agistrattts populua romanus otbis terne theatro veraari^ e&istima-
mandaTÎt , sic eos aocepi , ut me oA- rem ; ut omnia semper , que jucunda
ninm officionimo batringi religtone videntur esse , non mode his ex«
arbitrarer. Ita quaettor 8um factus, traordinariiscupiditatibus,8edetiam
nt mibi honorem illum non tam da- ipainaturaeacnecessiiati denegarem.
tom qoàm cnditnm ac coumitsuia Nunc sum designatus aedilia... lu
ao6 HISTOIRE ANGiEjrirx:.
« qu'ici, j'ai cru ^tre engagé par les liens les plus « sacrés de la religion à en remplir dignement tous « les devoirs. Lorsqu'on m'a fait questeur , j'ai regardé « cette dignité , non comme un présent dont on me « gratifiait, mais comme un dépôt que l'on confiait à « ma vigilance et à ma fidélité. Quand depuis on ma « envoyé gérer la questure dans la Sicile, je me suis « imaginé que, tous les yeux étant tournés sur moi , ma « personne et ma questure allaient être exposées sur « un grand théâtre à la vue de tous les peuples, à qui «j'étais donné en spectacle; et, dans cette pensée, je « me suis interdit non-seulement les plaisirs criminels « qu'entraînent les grandes passions, mais ceux*niémes « qui sont les plus légitimes et 1^ plus nécessaires. On « vient de me désigner édile. J'atteste les dieux que je « sens tout le poids de cette charge, et que, quelque « honorable qu'elle me paraisse, elle ne me cause pas « tant de joie et de plaisir que de soins et d'inquié « tudes, dans le désir que j'ai de &ire connaître qu'elle « ne m'a pas été donnée au hasard ou par nécessité, a mais confiée par fhoix et avec discernement. »
Il s'en faut bien que tous les gouverneurs romains fussent de ce caractère; et la Sicile, plus que toute autre province, éprouva, comme, quelques lignes après, Cicéron le reproche à Verres *, qu'ils étaient pres-
aiilii dcoi imam propîilot t»m r^^ digno m loco poMe «iM TÎdefttiir. •
lin , ut unetti mUû jucuiidiaràiiu* (Cic ^«rr. 7 , d. 35-37. )
mhonotpopttU, t«m«B aequaquam • * « Nuaquin tîbi Yenît in ineii-
tantùm otpîo voluputU , ^iMntom tcn , aoa tibt UUtireà ikaoea, et mc*-
•oUicîtndmU et lâborU 9 «t luec ipaa m, ettantanimpefUYim, tmtaB-
•dililM , QOA quia neccMC fuît alîcuî que ornameatonim omnium dîgnitt-
CMididUtod«to«ted^iaitîcoportMh ton datam» ut «ara» rennn tî et
fit rectè «soUoeau, at judlato poputt anctocitate oainîa rtpagnlajww,pB'
que tous comme autant de tjrrans^ qui ne se croyaieni armés de fiûsœaïuL et de haches, et revêtus de l'auto-» rite de l'empire romain, que pour exercer impunément daos la province un brigandage ouvert, et pour forcer toutes les barrières de la justice et de la pudeur, en sorte que personne ne pût mettre en sûreté contre leur violence bî ses faîcns, ni sa maison, ni sa vie, ni même soD honneur. On verra dans la suite combien ces excès et ces violences rendirent l'empire romain odieux à tous les alliés et à toutes les provinces.
Syracuse, par tout ce que nous en avons vu, a dû nous paraître comme un théâtre où il s'est passé des scènes bien différentes, mais bien étranges; ou plutôt comme une mer quelquefois cafane et tranquiUe, mais le plus souvent agitée par des vents et des orages toujours prêts à la bouleverser de fond en comble. Nous n'avons vu dans aucune autre république des révolutions si subites, si fréquentes, si violentes, si dimsifiées. Maîtrisée dans un temps par les tyrans les plus cruels, gouvernée dans un autre par les rois les plus sages; tantôt livrée au caprice d'une populace ^ans joug et sans frein, tantôt docile et parfaitement soumise à l'autorité des lois et à l'empire de b raison, die passe alternativement de l'e^lavage le plus dur à la liberté la plus douce, d'une espèce de convulsions et de mouvements frénétiques à une conduite sage, ^anquille, modérée. Le lecteur se rappelle aisément ^Qs la mémoire, d'un côté, les deux Denys père et
dom y et officii perfringcres ; ut om- citi» muniu ooatra tmm ciqkidîutc»
mum bona pnedam tiuun duceres ; et audaciam poaset east ? » (Ibid.
ttullnu res tuu, nuUiiu domus clau- n. 39. ) la, DiiUat Tita tepta y auUiaa padi-
208 HISTOIRE AirCIENirE.
fils, Agathocle, Hiéronyme, devenus par leur cruauté l'objet de la haine et de Texécration publique; de l'autre, Gélon, Dion, Timoléon, les deux Hiérons, tant l'ancien que le nouveau , universellement chéris et respectés des peuples.
A quoi attribuer des extrémités si opposées et des alternatives si contraires ? Je ne doute point que la légèreté et l'inconstance des Syracusains, qui était leur caractère dominant, n'y eût beaucoup de part : mais je suis persuadé que ce qui y contribuait le plus, était la forme même du gouvernement, mêlé d'aristocratie et de démocratie, c'est-à-dire partagé entre le sénat ou les anciens, et le peuple. Comme il n'y avait à Syracuse aucun contre-poids pour maintenir ces deux corps dans un juste équilibre , quand l'autorité penchait un peu plus d'un côté que d'un autre, le gouvernement se tournait aussitôt ou en une tyrannie violente et cruelle, ou en une liberté effrénée, sans mesure et sans règle. Alors la confusion subite de tous les ordres de l'état facilitait aux plus ambitieux des citoyens le chemin au pouvoir souverain, que les uns, pour captiver la bienveillance de leurs concitoyens et leur adoucir le joug, exerçaient avec douceur et sagesse, avec équité, avec des manières populaires; et que d'autres, nés moins vertueux, portaient aux derniers excès du despotisme le plus absolu et le plus cruel, sous prétexte de se maintenir dans leur usurpation contre les entreprises de leurs citoyens, lesquels, jaloux de leur liberté, se permettaient toutes les trahisons et tous les crimes pour la recouvrer.
D'autres raisons encore rendaient le gouvernement de Syracuse difficile, et par là donnaient lieu aux fré-
PERSES ET GRECS. %o^
quents changements qui y arrivaient. Cette ville n'ou^ biiait pomt qu'elle avait remporté de signalées victoires contre la redoutable puissance de F Afrique, et qu'elle avait porté ses conquêtes et la terreur de ses amies jusque sous les remparts de Carthage ; et cela, non une seule fois, comme depuis contre les Athéniens, mais pendant plusieurs siècles. IjA haute idée que ses flottes et ses troupes nombreuses lui donnaient de sa puissance maritime fit que, du temps de l'irruption des Perses dans la Grèce, elle prétendit s'égaler à Athènes, ou partager du moins avec elle l'empire dé la mer. '
D'ailleurs les richesses^ suite naturelle du commerce, avaient rendu les Syracusains fiers, hautains, impé*» rieux, et en même temps les avaient plongés dans la mollesse, en leur inspirant du dégoût pour toute fatigue et toute application. Us se livraient pour l'ordinaire aveuglément à leurs orateurs, qui avaient pris sur eux un pouvoir absolu. Il fallait, pour ob^r, qu'ils lussent ou flattés, ou gourmandes.
Ils avaient naturellement un fonds d'équité, de bonté, de douceur; et cependant, entraînés par les discours séditieux des harangueurs, ils se portaient aux dernières, violences et aux cruautés les plus excessives, dont ils se repentaient un momçnt après.
Quand ils étaient abandonnés h eux-mêmes, leur liberté, qui pour -lors ne connaissait plus de bornes, dégénérait bientôt en caprice, en fougue, en violence, je pourrais même dire en frénésie. Au contraire, quand. on était venu à bout de les réduire sous le joug, ils devenaient lâches, timides, soumis, rampants jusqu'à la servilité. Mais, comme cet état était violent, et directement opposé au caractère et au naturel de la nation