‹ Œuvres completes de S. Alphonse de LiguoriChapitre 101 sur 132 · DE LA GLOIRE IMMENSE DONT LES RELIGIEUX JOUISSENT DANS LE CIEL · texte numérisé non relu

DE LA GLOIRE IMMENSE DONT LES RELIGIEUX JOUISSENT DANS LE CIEL

Considérez d’abord que, d’après Saint Bernard, il est facile au religieux de se sauver, et qu’il est bien rare qu’on

G. MOYEN

nu CHOIX d’un état

se damne lorsqu’on meurt en religion : Facilis vin de cella ad cœlum ; vix unquam aliquis a cella in infernum descendit. La raison que le Saint donne a l’appui de ce sentiment, c’est qu’un religieux persévère dilTicilement jusqu’à la mort, s’il n’est du nombre des élus pour le ciel : Quia vix unquam, nisi prœdestinatus, in ea usque ad morteni perstitit.^ C’est pourquoi Saint Laurent Justinien appelait l’état religieux la Porte du paradis : Illius cœlestis civitatis isle est introitus. Et il en concluait que c’est pour les religieux une grande marque de leur prédestination : Magnum quippe eleclionis indicium.

Considérez en outre que le ciel est une couronne de justice, suivant l’expression de l’Apôtre: Corona justitiœ.^ Quoique le Seigneur récompense le bien que nous faisons beaucoup au delà de notre mérite, il rend néanmoins à chacun selon la mesure de ses œuvres : Reddet unicuique secundum opéra ejus.^ Jugez d’après cela quelle récompense inappréciable Dieu réserve dans le ciel aux bons religieux, eu égard aux grands mérites quhls acquièrent chaque jour.

Le religieux sacrifie au Seigneur tous ses biens terres- * très, et se résigne à vivre, dans une parfaite pauvreté, sans posséder aucune chose. Le religieux renonce à toute attache à ses parents, à ses amis, à sa patrie, pour s’unir plus étroitement àDieu. Le religieux se mortifie continuellement en beaucoup de choses dont il jouirait dans le siècle. Enfin, le religieux se donne lui-même àDieu, et se donne tout entier, en lui faisant le sacrifice de sa propre volonté par le vœu d’obéissance.

Ce que nous avons de plus cher, c’est notre propre volonté ; et ce que Dieu demande de nous par-dessus

{i).De Vita sol c. 4. (2) IL Tim. 4. 8. (3) Matth. 16. ^7.

ET DE LA VOCATION

tout, cVst aussi notre volonté, ou notre cœur ; Prœbe, fili mi, cor tiium mihi. * Ceux qui servent Dieu dans le siècle, lui donnent bien ce qu’ils ont, mais ils ne se donnent point eux-mêmes ; ils donnent une partie, mais non tout : ils donnent de leurs biens par l’aumône, de leur nourriture par le jeûne, de leur sang par la flagellation, etc. ; mais ils se réservent toujours leur propre volonté, jeûnant quand ils le veulent, priant quand ils le veulent, etc. Le religieux, au contraire, par le sacrifice de sa volonté propre, se donne lui-même à Dieu, et lui donne tout : il donne, non -seulement les fruits de la plante, mais toute la plante elle-même. Après cela, il peut lui dire avec vérité : Seigneur! vous ayant donné ma volonté, je n’ai plus rien a vous donner.

C’est ainsi que le religieux, agissant par obéissance, est assuré de faire parfaitement la volonté de Dieu, et qu’il mérite en tout, non-seulement quand il prie, confesse ou prêche, jeûne ou pratique d’autres mortifications, mais encore quand il prend son repas, quand il balaie sa chambre ou fait son lit, quand il se repose ou se récrée ; car, en faisant tout par obéissance, il fait en tout la volonté de Dieu. Sainte Marie-Magdeleine de Pazzi disait que «Tout ce qui se fait par obéissance, est oraison. » Aussi Saint Anselme, parlant des religieux qui aiment l’obéissance, affirmait que toutes leurs actions sont méritoires. Et Saint Louis de Gonzague comparait l’état religieux a un navire à voiles, dans lequel, même sans ramer, on avance toujours.

Oh! combien plus gagne un religieux en observant sa règle pendant un mois, qu’un séculier avec toutes ses pénitences et toutes ses oraisons durant une année! Il a été révélé que le disciple de Saint Dorothée, nommé Dosi-

{\ j Prov. 2S. J20,

DL’ CHOIX I»’UN ÉTAT

thée, pour cinq années qu’il vécut sous robéissance, re-çut dans le ciel une gloire égale a celle de Saint Paul liermitc et de Saint Antoine abbé, qui ont passé un si grand nombre d’années dans le désert. A la vérité, pendant leur vie, les religieux ont h supporter la gêne de l’observance régulière, ils sèment laborieusement : Euntes ibant et flebant, mittentes semina sua; mais quand ils sont appelés au séjour des récompenses, ils s’y rendent avec joie, chargés d’une abondante moisson : Venientes autem venient cum eœsultaiione, portantes manipulos suos.^ Aussi chantent-ils alors : Funes ceciderunt mihi in prœclaris ; etenim hereditas mea prœclara est Les

liens qui m’ont attaché au Seigneur, sont devenus pour moi d’un prix infini, et la gloire qu’ils m’ont acquise est immense.

Est-il possible, ô mon Dieu, ô véritable Ami de mon âme ! est-il possible que vous souhaitiez si ardemment mon bonheur, et que vous vouliez bien être aimé de moi, tandis que moi, misérable, je désire si peu de vous aimer et de vous plaire? Pourquoi donc m’avez-vous favorisé de tant de grâces, et appelé à vous du milieu du monde? — Mon Jésus ! je vous comprends : vous m’aimez beaucoup, et vous voulez que, moi aussi, je vous aime beaucoup, que je sois tout a vous en cette vie et en l’autre. Vous voulez que les créatures n’aient aucune part â mon amour, mais qu’il soit tout entier pour vous, l’unique bien, le seul aimable, le seul digne d’un amour infini. Ah! qu’il en soit ainsi, mon doux Seigneur, mon Trésor, mon Amour, mon Tout ! je brûle du désir sincère de vous

1) Ps. 6.

(2) Ps. io. 6.

ET DE LA VOCATION

aimer et de n’aimer que vous seul. Je vous remercie de cet heureux désir qui vient de vous ; daignez me le conserver et l’accroUre toujours de plus en plus; faites que je vous sois agréable et que je vous aime autant qu’il vous plaira sur la terre, afin que j’aille ensuite vous voir face à face et vous aimer de toutes mes forces dans le ciel. Voila tout ce que je vous demande. Mon Dieu 1 je veux vous aimer ; oui , mon Dieu ! je veux vous aimer ; et pour vous aimer, je m’offre a souffrir toutes les peines. Je veux me sanctifier, non pour jouir beaucoup en paradis, mais pour vous plaire beaucoup, mon bien-aimé Seigneur ! et pour vous aimer beaucoup dans l’éternité. Exaucez-moi, ô Père éternel ! pour f amour de Jésus-Christ.

Ma tendre Mère, Marie! aidez-moi, pour l’amour de votre divin Fils : vous êtes mon espérance ; c’est de vous que j’attends tous les biens.

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