DE LA PAIX INTÉRIEURE QUE DIEU PROCURE AUX BONS RELIGIEUX
Les promesses de Dieu ne peuvent être vaines ; or, le Seigneur a promis à quiconque renonce, pour son nom, a ses parents et à ses biens, le centuple ici-bas et la vie éternelle dans le ciel : Omnis qui reliquerit domum., vel fratrès aut sorores, aut patrem aut matrem,... aut agros ^ propier nomen meurn, centuplum accipiet et vitam œiernam possidebit.^
,1) Matth. 19. 29,
G. MOYEN
DU CHOIX D L> ÉTAT
La paix de rânie est un bien préférable. a tous les royaumes du monde. Que servirait d’avoir la possession du monde entier, sans la paix intérieure? Il vaut mieux être le manant le plus pauvre de la terre, mais content, que d’être maître de tout l’univers et de vivre dans l’inquiétude. Mais qui peut nous procurer cette paix ? est-ce le monde? Non : la paix est un bien qui ne peut s obtenir que de Dieu, comme l’Eglise le déclare dans ses prières : DeuSj... (la servis luis illani, quaia miindus dare non potestj pacem. C’est pourquoi le Seigneur est appelé par Saint Paul le Dieu de toute consolation : Deus totius cunsolationis.^ Or, si Dieu est l’unique dispensateur de la paix, à qui pensons-nous qu’il accorde ce don précieux, sinon a ceux qui ont tout quitté et se sont détachés de toutes les créatures pour se donner entièrement a leur Créateur ? Aussi voit-on que les bons religieux, enfermés dans leurs cellules, quoique mortifiés, méprisés, et pauvres, vivent plus contents que les grands du monde, malgré toutes leurs richesses, toutes leurs pompes, et tous les plaisirs dont ils jouissent.
Sainte Scolastique disait que, si les hommes comprenaient le bonheur que goûtent les bons religieux, le monde entier deviendrait un couvent ; et Sainte Marie-Magdeleine de Pazzi, qu’on escaladerait les monastères pour y entrer.
Le cœur humain étant créé pour un bien infini, toutes les créatures ensemble ne sauraient le contenter, parce quelles ne sont que des biens bornés et périssables ; Dieu seul, qui est un bien infini, peut remplir ses désirs ; Delectare in Domino, et dabit tibi petltiones cordis tiii.~ Oh ! certes, un bon religieux, qui est uni a Dieu., est loin
(I) //. Cor. I. 5.
(2; Ps. 36. 4.
ET DE LA VOCATION
de porter envie à aucun prince de la terre, qui dispose du pouvoir, des richesses, et des honneurs ; il lui abandonne volontiers ces avantages, et il s’écrie, avec Saint Paulin, que Jésus-Christ est toute sa fortune et toute sa gloire : Sibi habeant divitias suas divites, sibi régna sua reges ; nobis gloria et possessio et regnum Christus est.^ Tandis qu’il voit les gens du monde se glorifier dans leur faste et leur, orgueil, pour lui, ne. cherchant qu’a se détacher de plus en plus des choses terrestres pour s’unir toujours plus étroitement a Dieu, il vit toujours satisfait et chante avec le Psalmiste : Qu’ils jouissent de leur abondance ; moi, je n’espère qu’au nom du Seigneur : Hi in curribus, et hi in equis; nos autem in nomine Domini Del nostri invocabimus . ^
Selon Sainte Thérèse, une goutte de consolation céleste vaut plus que toutes les délices du monde. — Le père Charles de Lorraine, de la maison des princes de Lorraine, assurait que Dieu, par un instant de ce bonheur pur qu’il lui faisait éprouver en religion, le payait surabondamment de tout ce qu’il avait quitté pour lui. Aussi était-il parfois si. transporté de joie que, se trouvant seul dans sa cellule, il ne pouvait s’empêcher de se mettre à danser. — Le Bienheureux Séraphin d’Ascoli, simple frère capucin, disait qu’il n aurait pas donné un palme de sa corde pour tous les royaumes du monde.
Oh! quel bonheur de pouvoir s’écrier comme Saint François, après avoir tout quitté pour Dieu : Deus meus, et omnia : Mon Dieu et mon Tout! — et de se voir ainsi délivré de la servitude du monde, des suggestions du siècle, et des affections de la terre ! C’est la liberté dont jouissent les enfants de Dieu, tels que les bons religieux. Il est
1) Ep. ad Aprum .
fâ,' Ps. 19. 8.
DU CHOIX d'üx état
vrai que, clans les commencements, la privation des sociétés et des amusements du monde, les observances de la communauté, les règles, paraissent des épines ; mais ces épines, ainsi que le Seigneur a daigné le dire lui-même a Sainte Brigitte, quand on en supporte avec courage et amour les premières piqûres, se changent en Heurs et en délices célestes ; et Ton goûte alors cette paix ineffable qui, d’après Saint Paul, surpasse tous les plaisirs des sens et toutes les jouissances qu’on peut trouver dans les fêtes, les banquets et les divertissements du siècle : Pax Dei quœ exsuperat omnem sensum.^ Eh ! quel plus grand bonheur que de savoir qu’on est agréable a Dieu ?
Mon Seigneur, mon Dieu, mon Amour, mon Tout ! je sais que vous seul pouvez faire mon bonheur en cette vie et en l’autre ; mais je ne veux point vous aimer pour ma propre satisfaction ; tout mon désir, en vous aimant, est de contenter votre cœur divin : je veux que ma paix, mon bonheur, pendant toute ma vie, consiste uniquement a unir ma volonté a votre volonté sainte, me fallût-il pour cela endurer tous les maux. Vous êtes mon Dieu, et je suis votre créature. Eh ! que puis-je espérer de plus grand, que de plaire a mon souverain Seigneur, a mon Dieu, cjui m’a aimé d’un amour si spécial ? O mon Jésus! vous êtes descendu du ciel pour mener ici-bas une vie pauvre et mortifiée par amour pour moi ; je renonce a tout et ne veux plus vivre que pour vous aimer ; tout mon plaisir sera de vous plaire. Je vous aime, ô mon aimable Rédempteur! je vous aime de toutes mes forces. Pourvu que
(1) PhiL4. 7.
ET DE LA VOCATION
VOUS me permettiez de vous aimer, traitez-moi comme il vous plaira. Je suis résolu de vous satisfaire autant qu’il me sera possible.
O Marie, Mère de mon Dieu ! protégez-moi : rendezmoi semblable à vous, non dans la gloire, que je ne mérite pas comme vous la méritez, mais dans la grâce de plaire au Seigneur et de faire sa divine volonté comme vous avez fait vous-même.
VIP CONSIDÉRATION.