DU MAL QUE CAUSE AUX RELIGIEUX LA TIÉDEUR
Considérez 1 état misérable de ce religieux qui, après avoir abandonné sa patrie, sa famille, et le monde avec tous ses plaisirs, après s’être donné 'a Jésus-Christ en lui consacrant sa volonté, sa liberté, et tout lui-même, s’expose ensuite au péril de se damner, en se laissant aller a une vie pleine de tiédeur et de négligence. Car, assurément, un religieux n’est pas éloigné de sa perte éternelle, quand il vit dans la tiédeur, lui qui a été appelé de Dieu 'a sa sainte maison pour se sanctifier. Le Seigneur menace ceux qui sont dans ce triste état de les vomir de sa bouche et de les abandonner s’ils ne se corrigent : Quia tepidus es..., incipiam te evomere ex ore meo.^
Saint Ignace, voyant un frère laïque de son ordre se relâcher dans le service de Dieu, l’appela un jour et lui parla ainsi : « Mon frère, dites-moi : qu’êtes-vous venu faire en religion? » Il répondit : « Je suis venu pour ser-
(1) Apoc. S. 16.
DU CHOIX d’un état
vir I)i(*u. » « Ah! mon frère, reprit le Saint, qu’avezvous dit? Si vous m’aviez répondu que c’est pour servir un cardinal, un prince de la terre, vous seriez plus excusable; mais vous dites que vous ôtes venu pour servir Dieu, et c’est ainsi que vous le servez ? d
Le pèreNieremberg arssure que plusieurs ne sont appelés de Dieu à se sauver qu’en saints ; de sorte que, s’ils ne s’appliquent pas a vivre en saints, s’imaginant se sauver en restant dans rimperfection, ils ne feront même pas leur salut. Saint Augustin dit qu’ils sont ordinairement abandonnés de Dieu : Deus négligentes descrere consuevit. Comment les abandonne-t-il? en permettant que, des fautes légères dont ils s’aperçoivent et ne font pas de cas, ils passent a des péchés graves et finissent par perdre la grâce divine et leur vocation. Sainte Thérèse a vu la place qui lui était préparée dans fenfer, si elle ne s’était détachée d’une affection terrestre, bien que légèrement coupable. Qui spernit modica, paulatim decidet:^ Quand on néglige les petites fautes, on tombe peu a peu dans les grandes.
11 en est beaucoup qui veulent bien suivre Jésus-Christ, mais de loin, comme fit Saint Pierre lorsqu’on saisit son divin Maître au jardin des Olives : Sequebatur euvi a longe.- Mais en se conduisant ainsi, ils tombent aisément dans le malheur arrivé a Saint Pierre, qui, se trouvant dans une circonstance critique, renia Jésus-Christ. Le religieux tiède se contente du peu qu’il fait pour Dieu ; mais ce peu ne satisfait point le Seigneur qui l’a appelé â la perfection ; et en punition de son ingratitude, non-seulement il le prive de ses faveurs spéciales, mais il permet parfois sa ruine complète. Dès que vous croyez faire assez, vous êtes
(I) Ecdi. 19. 1.
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ET DE LA VOCATION
perdu, dit Saint Augustin : Si dixeris : Siifflcit ; — periisti^ Le figuier de l’Evangile fut condamné au feu, uniquement parce qu’il ne portait pas de fruit.
Le père Louis du Pont disait : « J’ai commis beaucoup de fautes, mais je n’ai jamais fait la paix avec mes fautes. » Malheur au religieux qui, appelé a la perfection, fait la paix avec ses fautes! Tant qu’on déteste ses imperfections, on peut espérer de se sanctifier ; mais Saint Bernard assure que, pour qui commet des fautes et n’en tient pas compte, tout espoir de parvenir la sainteté est perdu. Qui parce seminatj parce et metet On ne peut moissonner qu’en proportion de ce qu’on a semé ; — or; pour faire un saint, les grâces ordinaires ne suffisent pas, il en faut d’extraordinaires; et comment le Seigneur voudra-t-il être prodigue de ses faveurs envers celui qui l’aime faiblement et avec réserve?
De plus, pour devenir saint, il faut s'armer de courage et de force pour vaincre toutes les répugnances; et ne croyez pas, dit Saint Bernard, qui que vous soyez, pouvoir parvenir a la perfection sans vous distinguer des autres et sans vous rendre singulier dans la pratique des vertus : Perfectum non potest esse, nisi singulare.
Réfléchissez donc, mon frère. Pourquoi avez-vous quitté le monde et toutes choses? c’est pour vous sanctifier. Mais, cette vie tiède et pleine de fautes, que vous menez, est-ce la voie qui conduit â la sainteté? Sainte Thérèse encourageait ses filles par ces paroles : « Mes sœurs, le plus fort est fait ; c’estle moindre qui vous reste à faire pour vous rendre saintes. » Je vous dis la même chose; vous avez peut-être fait le pas le plus difficile, en quittant votre patrie, votre maison, vos parents, vos biens, »
{IJ Serm. 469. E* B.
IL Cor. 9. 6.
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vus })Iaisirs ; ce qui vous reste à faire est plus facile ; fai tes- le donc.
Priere.
Ah ! mon Dieu ! ne me rejetez pas comme je l’ai mérité, car je suis résolu de me corriger. Je reconnais que ma vie, si pleine de négligence, ne peut vous satisfaire ; je vois que c’est moi-même qui, par ma tiédeur, ferme la porte aux grâces que vous voudriez me faire. Seigneur! ne m’abandonnez pas encore ; continuez d’user de miséricorde envers moi ; je veux me relever d’un état si misérable, je veux être désormais plus diligent a dompter mes passions, à suivre vos inspirations, et a ne jamais omettre par dégoût et a remplir avec zèle tous mes devoirs ; je veux, en un mot, faire dorénavant tout mon possible pour vous plaire, et ne rien négliger de ce que je saurai vous être agréable. Vous, mon Jésus! vous avez été si prodigue de grâces envers moi, vous avez été jusqu’à donner votre sang et votre vie pour moi ; il n’est pas juste que je sois si avare envers vous. Vous êtes digne de tout honneur, de tout amour ; vous méritez qu’on supporte avec joie tous les travaux, toutes les peines, pour vous plaire. Mais, mon divin Rédempteur! vous connaissez ma faiblesse : aidez -moi de votre main puissante, c’est en vous que je me confie.
O Vierge Immaculée, ma tendre Mère, Marie! vous qui m’avez aidé à sortir du monde, aidez-moi à me vaincre moi-même et à me rendre saint.
ET DE LA VOCATION