COMBIEN IL EST NÉCESSAIRE, POUR SE SANCTIFIER
d’en avoir un grand désir.
Nul ne s’est* jamais sanctifié sans avoir un ardent désir d’arriver à la sainteté. Comme les ailes sont nécessaires aux oiseaux pour voler, de même les âmes ont besoin de bons désirs pour s’élever a la perfection. Pour se sanctifier, on doit se détacher des créatures, dompter ses passions, se vaincre soi-même, aimer les croix ; tout cela ne peut se faire sans une grande force, sans beaucoup souffrir. Or, que fait le bon désir? Saint Laurent Justinien répond qu’il augmente notre force et diminue la peine : Vires sub~ ministrat, pœnam exhibet leviorem. C’est pourquoi il ajoute que, dès qu’on a un grand désir de vaincre, on a déjà presque vaincu : Magna victoriœ i^ars est vincendi ' desiderium.^ Celui qui veut arriver au sommet d’une haute montagne, n’y parviendra jamais s’il ne le désire fortement ; c’est ce désir qui lui donnera le courage et la
I) De Disc, mon, c. 6*.
ET DE LA VOCATION
force de supporter la fatigue ; sans cela, il restera au bas de la montagne, vaincu par le dégoût et le découragement.
Saint Bernard assure qu’on acquiert autant de perfection qu’on en désire. D’après Sainte Thérèse, Dieu aime et favorise les âmes généreuses qui ont de grands désirs : aussi donne-t-elle à tous cet avis : « Que nos pensées soient grandes ; car c’est de la que viendra notre bien. — Nous ne devons pas borner nos désirs ; nous devons espérer, au contraire, qu’en nous appuyant sur Dieu nous pourrons, par de constants efforts soutenus de sa grâce, arriver peu â peu où les Saints sont parvenus.^ » C’est ainsi que des Saints ont pu s’élever en peu de temps a uh sublime degré de perfection et faire de grandes choses pour Dieu : Consummatus in brevi, explevit tempora multa.’^ Un Saint Louis de Gonzague, qui ne vécut pas au delà de vingt-trois ans, parvint cependant à un tel degré de sainteté que Sainte Marie-Magdeleine de Pazzi, l’ayant vu en esprit dans le ciel, disait qu’il lui semblait en quelque sorte qu’il ne s’y trouvait aucun Saint qui jouît d’une plus grande gloire que Louis. Elle sut en même temps que le saint jeune homme s’était acquis cette gloire par le grand désir qu’il avait de parvenir à aimer Dieu autant que Dieu mérite d’être aimé, et par le martyre d’amour qu’il avait souffert ici-bas, en se voyant incapable d’aimer Dieu comme il le désirait.
Saint Bernard, étant en religion, avait coutume de s’exciter à la ferveur en se demandant à lui-même pourquoi il y était venu : Bernarde, ad quid venisti ? Bernarde, ad quid venisti? Je vous fais la même demande : Qu’êtesvous venu faire dans la maison de Dieu? pourquoi avez-
(1) Vie, ch. 13.
(2) Sajo. 4. IS.
DU CHOIX d’un état
vous quitté lo monde? pour vous sanctifier? Et maintenant, que faites-vous? à quoi passez-vous votre temps? Dites-moi : désirez- vous parvenir a la perfection? si vous ne le désirez point, vous n’y parviendrez jamais. Si ce désir vous manque, demandez-le à Jésus-Christ, demandez-le a Marie. Mais si vous l’avez, prenez courage, dit Saint Bernard ; beaucoup ne se sanctifient pas faute de courage. Ainsi, je le répète, armons-nous de courage, et d’un grand courage. Que craindrions-nous? pourquoi manquerions-nous de confiance? Le Seigneur qui nous a donné la force d’abandonner le monde, nous donnera aussi la force d’embrasser une vie sainte. Tout finit : la vie présente, heureuse ou malheureuse, sera bientôt passée; mais l’éternité ne passera jamais. Une seule chose nous consolera au moment de la mort et dans l’éternité, ce sera le peu que nous aurons fait pour Dieu. La peine ne durera pas longtemps, et la couronne qui nous est réservée, sera éternelle. Oh ! quelle joie ressentent les Saints de ce qu’ils ont souffert pour Dieu 1 Si quelque sentiment de regret pouvait entrer dans le ciel, les Bienheureux ne se repentiraient que de n’avoir point fait ce j qu’ils eussent pu faire de plus pour Dieu, et qu’il n’est plus en leur pouvoir de faire. Courage donc, et hâtons -nous : il n’y a pas de temps à perdre ; ce qui peut se faire aujourd’hui ne pourra plus se faire demain. Saint Bernardin de Sienne disait qu’un instant vaut autant que Dieu ; car, a chaque instant nous pouvons gagner Dieu et sa grâce ou de nouveaux degrés de grâce.
ET DE LA VOCÂTIOM
Prière.
Me voici , mon Dieu ! me voici : Paratum cor meum, Deus, jjaratum cor meum ; ^ me voici prêt a exécuter tout ce que vous exigez de moi. Domine^ quid me vis facere?^ Seigneur! apprenez-moi ce que vous désirez que je fasse, je veux vous obéir en tout. Je gémis d’avoir perdu tant de temps pendant lequel je pouvais travailler a vous plaire, ce que je n’ai point fait, et je vous remercie de m’accorder encore le temps de le faire : ah ! je suis résolu de ne plus le laisser échapper. Je veux et je désire ardemment me sanctifier, non pour obtenir plus de gloire et plus de jouissances, mais pour vous aimer et vous plaire davantage en cette vie et en l’autre : Seigneur! faites que je vous aime et que je vous plaise autant que vous le désirez. Voici tout ce que je vous demande : je veux vous aimer, ô mon Dieu ! je veux vous aimer; et pour vous aimer, je m’offre à souffrir tous les travaux et toutes les peines. Seigneur! augmentez en moi de plus en plus ce désir, et donnez-moi la grâce de l’accomplir. De moi-même je ne puis rien, mais avec votre secours je puis tout. — Père éternel ! pour l’amour de Jésus-Christ, exaucez-moi. — Mon Jésus! par les mérites de votre passion, assistez-moi. — Marie, mon Espérance! pour l’amour de Jésus, protégez-moi.
:i) Ps. 56. s.
(2) Act. 9. 6.
DU CHOIX 1)’U> ÉTAI