‹ Œuvres completes de S. Alphonse de LiguoriChapitre 106 sur 132 · CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATION

DE L AMOUR QUE NOUS DEVONS A JÉSUS-CHRIST, EN RETOUR DE É AMOUR Qu’iE A MONTRÉ POUR NOUS.

Pour comprendre combien le Fils de Dieu nous a aimés, il suflît de considérer ces paroles de Saint Paul touchant Jésus-Christ : Semetij)sxim exinanivif, formam servi accipiexis — Hiimiliavit semefipsum, factiis obediens usque ad mortem, niortem autem crucis : ^ Il s’est anéanti lui-même en prenant la forme et la nature de serviteur. Il s’est rabaissé lui-même, se rendant obéissant jusqu’à la mort, et jusqu’à la mort de la croix. — Quel sujet d’étonnement pour les Anges, durant toute l’éternité, de voir un Dieu se faire homme par amour pour l’homme, et s’assujettir à toutes les infirmités et à toutes les souffrances de la nature humaine! Et Verhum caro factum est Quelle merveille ne serait-ce pas de voir un roi se transformer en vermisseau par amour pour les vers! Mais c’est une merveille infiniment plus grande de voir un Dieu fait homme ! et qu’estce après cela de le voir humilié jusqu’à la mort si cruelle et si ignominieuse de la croix, où il finit sa sainte vie ?

L’Evangile nous apprend que les prophètes Moïse et Elie, en parlant sur le Thabor de la mort du divin Sauveur, l’appelaient un Excès : Dicebant excessum ejus, quem comjHeturus erat in Jérusalem.^ Oui, dit Saint Bonaventure, c’est à juste titre que cette mort de Jésus-Christ est appelée un Excès ; car ce fut un excès de douleur et d'amour, un événement qu’on ne pourrait croire s’il n’était réelle-

(1 Phil. 2. 7. VjJo.o. i4. 3 Luc. .9. St.

ET DE LA VOCATION

ment arrivé : Excessus doloris, excessus amoris. Véritable excès d’amour, reprend Saint Augustin, puisque le Fils de Dieu n est venu sur la terre, passer une vie si pénible et souffrir une mort si douloureuse, que pour faire connaître aux hommes tout son amour pour eux : Propterea Chris tus advenit, ut cognosceret homo quantum eum diligatDeus.^

Le Seigneur a révélé à sa fidèle servante Armelle Nicolas, que son amour pour les hommes a été la cause de toutes ses souffrances et de sa mort. Si Jésus-Christ n’eût pas été Dieu, mais simplement un homme comme nous, quelle plus grande preuve d amour eût-il pu nous donner que de mourir pour nous? Majoretn hac dilectionem nerno habet, ut animam suam panai quis pro amicis suis/^ Aussi, en considérant l’amour que Jésus-Christ nous a témoigné, combien les Saints ont compté pour peu le sacrifice de leur vie et de toutes choses pour un Dieu si aimant ! Que de jeunes gens, que de nobles personnages ont abandonné leur maison, leur patrie, leurs richesses, leurs parents, tout enfin, pour se retirer dans un cloître et y consacrer leur vie a l’amour de Jésus -Christ ! Que de jeunes vierges ont refusé de s’unir aux princes et aux grands, et sont allées joyeusement a la mort, répondant ainsi à l’amour d’un Dieu mort pour nous comme un criminel sur un gibet infâme!

Cet excès d’amour de la part du Verbe éternel envers les hommes paraissait une folie a une Sainte Marie-Magdeleine de Pazzi, qui osait lui tenir ce langage : « Oui, mon Jésus! vous êtes fou d’amour. » Aussi, comme l’atteste Saint Paul, quand les Gentils entendaient prêcher la mort de Jésus-Christ, ils la regardaient comme une folie qu’on

li) Decatech. ruà. c. â. 2) Jo. 15. 43.

DU CHOIX d’un état

ne pourrait jamais croire : Prœdicamus Christ iim crucifixum, juüœis quidern scandalum, gentibus auiem stultitiam.^ Comment, disaient-ils, un Dieu souverainement heureux par lui-même, ne dépendant d’aucun être, auraitil pu mourir par amour pour les hommes destinés à le servir ? autant vaudrait croire un Dieu devenu fou par amour pour les hommes. — Et cependant il est de foi que Jésus-Christ, vrai Fils de Dieu, s’est livré a la mort pour l’amour de nous : Dilexit nos, et tradidit sernetipsum pro nobisJ^ Sainte Marie-Magdeleine de Pazzi avait donc raison de s’écrier, en déplorant l’ingratitude des hommes envers ce Dieu si aimant : «O amour non connu ! ô amour non aimé ! » En effet, si Jésus-Christ n’est point aimé des hommes, c’est qu’ils vivent dans l’oubli de son amour pour eux. .

Ah ! certes, quand une âme considère qu’un Dieu est mort pour son amour, elle ne saurait vivre sans l’aimer : elle sent alors son cœur s'enflammer, et elle est comme contrainte â aimer un Dieu qui l’a tant aimée : Charitas enim Christi urget 720s. Une seule goutte du sang de Jésus-Christ, dit le père Nieremberg, suffisait pour nous racheter ; mais il a voulu sacrifier tout son sang et toute sa vie, afin qu’a la vue de ses cruelles souffrances et de sa mort, nous fussions doucement contraints, non-seulement â l’aimer, mais a aimer de toutes nos forces un Dieu si plein d’amour pour nous, et â ne plus vivre que pour lui, suivant la parole de l’Apôtre : Ut et qui vivunt, jam non sibi vivant, sed ei qui pro ipsis niortuus est.^

-2, Eph. 5.

4 Ibid. io.

•i) 1. Cor. 1. ^3^.

(3) IL Cor. 5. U

ET DE LA VOCATION

Oui, mon Jésus, mon Seigneur et mon Rédempteur ! vous m’avez trop obligé à vous aimer, mon amour vous a trop coûté : je serais bien ingrat, si je me contentais d’aimer faiblement un Dieu qui m’a donné son sang, sa vie, et tout lui-même! Si vous êtes mort pour moi, votre pauvre serviteur, il est bien juste que je meure pour vous, mon Dieu et mon Tout! Oui, mon Jésus! je renonce à tout pour me donner à vous. Je détache mon cœur de toutes les créatures, pour me vouer entièrement et sans partage à votre d^moxxT . Dilectus meus . . . y electus ex millibus Je vous choisis entre toutes choses pour mon bien et mon trésor, pour mon unique amour. Oh! je vous aime, mon Amour ! oui, je vous aime. Je le répète et veux le répéter sans cesse : Je vous aime, mon Amour! je vous aime. Vous n’êtes point satisfait si je ne vous aime que faiblement ; vous ne souffrez pas que j’aime autre chose que vous : je veux vous contenter en tout ; je veux vous aimer beaucoup ; je ne désire que vous, et je ne veux aimer que vous seul. Mon Dieu ! mon Dieu ! aidez-moi à vous satisfaire pleinement.

Et vous aussi, ô ma Reine Marie! aidez-moi a aimer beaucoup mon Seigneur et mon Dieu. Amen. Ainsi j’espère, ainsi soit-il.

(1) Cant. 5. iO.

DU CHOIX d’un État

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