‹ Œuvres completes de S. Alphonse de LiguoriChapitre 107 sur 132 · XI« CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

XI« CONSIDÉRATION

DU GRAND BONHEUR Qu’oNT LES RELIGIEUX d’ HABITER AVEC JÉSUS DANS LE SAINT-SACREMENT.

La vénérable mère Marie de Jésus, fondatrice d’un institut religieux a Toulouse, disait que deux choses surtout lui faisaient estimer son saint état ; la première, c’est que les religieux se donnent entièrement a Dieu par le vœu d’obéissance ; la seconde, qu’ils ont le bonheur d’habiter continuellement avec Jésus dans son Sacrement. — Et en vérité, si les gens du monde font tant dè cas de la faveur d’être appelés par un roi à demeurer dans son palais, combien plus les religieux ne doivent-ils pas se féliciter d’être admis à passer toute leur vie avec le Roi du ciel dans sa sainte maison!

Jésus-Christ se tient a l’église tout exprès pour eux, afin qu’ils puissent le trouver a toute heure. Les séculiers peuvent a peine aller le visiter dans la journée, et, en beaucoup d’endroits, le matin seulement, tandis que les religieux le trouvent au saint Tabernacle toutes les fois qu’ils le désirent, le matin, dans la journée, pendant la nuit. La, ils peuvent s’entretenir continuellement avec leur Seigneur, et, de son côté, Jésus-Christ aime a traiter familièrement avec ses serviteurs, qu’il a tirés de l’Egypte afin de les faire jouir de sa présence en cette vie, sous les voiles du Saint-Sacrement, en attendant qu’ils aillent le voir face a face dans le ciel pendant toute l’éternité.

O solitudo, in qua Deus cnm suis familiariter loquitur et conversatur ! Chaque maison religieuse est une douce retraite où Dieu se communique à ses amis avec la plus

ET DE LA VOCATION

tendre familiarité. Les âmes qui aiment ardemment Jésus- Christ, ne sauraient désirer un meilleur paradis sur la terre, que de se trouver en présence de leur Seigneur, au Sacrement de l’autel, où il demeure constamment pour l’amour de qui le cherche et le visite.

Non habet amaritudinem couver satio illius, nec tædium convictus illius, sed lœtitiam et gaudlum.^ On sent de Tennui auprès de Jésus-Christ, quand on l’aime peu ; mais quand une âme, sur la terre, a mis toutes ses affections en Jésus-Christ seul, elle trouve dans le Saint-Sacrement tout son trésor, son repos, son paradis : aussi s’applique-t-elle alors de tout son cœur a faire sa cour à son Dieu présent sur l’autel, à le visiter aussi souvent et aussi longtemps que possible, déposant à ses pieds ses affections, ses peines, ses désirs de l’aimer, de le voir face à face, et, en attendant, de lui plaire en tout.

Prière.

Me voici en votre présence, ô mon Sauveur caché sous les voiles de ce divin Sacrement ! je vous reconnais pour ce même Jésus qui m’a aimé au point de s’immoler un jour pour moi sur la croix, et de se renfermer ensuite dans cette prison d’amour. Et puis, entre tant d’autres qui vous ont offensé beaucoup moins que moi, et qui vous ont aimé mieux que moi, vous avez eu la bonté de me choisir pour demeurer avec vous dans cette sainte maison, où, m’arrachant du milieu du monde, vous m’avez destiné a vivre constamment uni a vous, afin de me tenir plus assuré d’aller un jour vous louer et vous aimer dans votre royaum.e éternel. Seigneur! je vous remercie de toutes ces grâces. Qu’est-ce donc qui m’a valu un tel bonheur?

(1) Sap, 8, 16.

DU CHOIX d’un État

Elegi abjectus esse in domo Dei meij magis quant hahitare m tabernaculis peccatoruni:^ Oui, mon Jésus! je m’estime trop heureux d’avoir quitté le monde, et je préfère d’exercer le dernier des emplois dans votre maison, plutôt que d’habiter dans les plus superbes palais des hommes. Recevez-moi donc, ô bon Maître! permettez que je reste avec vous toute ma vie ; ne me renvoyez pas 'comme je le mériterais ; permettez qu’au milieu de tant de vertueux frères qui vous servent fidèlement dans cette maison, je puisse vous servir aussi, tout pauvre pécheur que je suis. J’ai passé bien des années loin de vous ; mais maintenant que vous m’avez ouvert les yeux sur la vanité du monde et sur ma folie, je ne veux plus me séparer de vos pieds, ô mon Jésus! votre présence m’animera à combattre les tentations ; près de vous, je n’oublierai pas l’obligation que j’ai de vous aimer, et de recourir à vous dans mes luttes contre l’enfer. Je désire rester toujours près de vous, afin de m’unir toujours plus étroitement k vous. Je vous aime, ô mon Dieu, caché dans ce Sacrement d’amour! C’est par amour pour moi que vous demeurez continuellement sur cet autel; je veux, par amour pour vous, me tenir le plus que je pourrai en votre présence. En restant ici enfermé, vous m’aimez sans cesse; enfermé ici avec vous, je veux sans cesse vous aimer : ainsi, mon Jésus, mon Amour, mon Tout! nous serons toujours ensemble, dans le temps en cette maison, et dans l’éternité en paradis. Ainsi j’espère, ainsi soit-il.

Très-Sainte Vierge Marie! obtenez moi un grand amour envers le Saint-Sacrement.

(I) Ps. 83. 11.

ET DE L.\ VOCATION

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