‹ Œuvres completes de S. Alphonse de LiguoriChapitre 108 sur 132 · XII» CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

XII» CONSIDÉRATION

LA VIE DES RELIGIEUX EST CELLE QUI RESSEMBLE LE PLUS A LA VIE DE JÉSUS-CHRIST.

L’Apôtre nous assure que le Père éternel ne prédestine au royaume des cieux que ceux qui conforment leur vie à celle du Verbe incarné : Quos prœscivit, et prœdestinavit conformes fieri imaginis Filii sui.^ Quel doit donc être le bonheur des religieux, quelle doit être leur assurance d’aller au ciel, en voyanUque Dieu les a appelés k celui de tous les états de vie qui se rapproche le plus de la vie de Jésus-Christ !

Le Sauveur a voulu mener sur la terre une vie pauvre, comme un simple garçon d’atelier dans une pauvre maison, pauvrement vêtu, et nourri de même ; et cela par amour pour nous, afin de nous rendre riches par sa pauvreté : Propter vos egenus factus est, cum esset dites, ut illius inopia vos diviies essetis.'^ De plus, il a voulu vivre dans les mortifications, loin des plaisirs terrestres, toujours dans les souffrances et les afflictions depuis sa naissance jusqu’à sa mort; de sorte que les Prophètes l’ont appelé Homme de douleurs : Virum dolorum.^ Il a montré ainsi à ses serviteurs quelle doit être la vie de ceux qui veulent le suivre, une vie d’abnégation et de sacrifice : Qui vultpost me venire, abneget semetipsum, et tôllat crucem suam, et sequatur me^ D’après cet exemple et cette parole de Jésus-Christ, les Saints se sont empressés de se dépouiller

(1) Rom, 8. ^9. 11. Cor. 8. 9.

3 As 5J. S. 4) Matth. 16. 24.

DU CHOIX b UN ÉTAT

(Je tous les biens terrestres et de se cJiarger de peines et de croix, pour suivre leur Maître bien-aimé.

Telle fut la conduite d’un Saint Benoît, qui, descendant des seigneurs de Norcia et parent de rempereur Justinien, renonça aux richesses et aux délices du siècle, dès 1 âge de quatorze ans, pour aller vivre dans une grotte sur les montagnes de Sublac, ou il ne recevait pour sa subsistance qu’un morceau de pain que lui portait chaque jour, par charité, un moine appelé Romain.

De même, un Saint François d’ Assise, laissant à son père tout ce qui lui revenait, et jnsqu’k son dernier vêtement, se consacra entièrement à Jésus-Christ en embrassant une vie toute pauvre^et toute mortifiée. — Un Saint François de Borgia, un Saint Louis de Gonzague, l’un duc de Gandie et l’autre marquis de Châtillon, abandonnèrent leurs richesses, leurs domaines, leurs vassaux, leur patrie, leur maison et leurs parents, pour aller vivre pauvrement en religion.

Que d’autres personnages illustres, que de princes, même de sang royal, ont donné au monde ce grand exemple! La Bienheureuse Zedmerra, fille du roi d’Ethiopie, renonça au trône pour se faire religieuse dominicaine. — La Bienheureuse Jeanne de Portugal préféra également l’humble voile aux couronnes de France et d’Angleterre. — L’ordre de Saint-Benoît compte seul vingt-cinq empereurs et soixante-quinze rois ou reines, qui ont quitté le monde pour vivre pauvres, mortifiés, et oubliéS; dans un obscur monastère.

Ah! certes, ce sont ceux-là et non les grands du monde, qui méritent vraiment d être appelés heureux! Les mondains les regardent maintenant comme des insensés ; mais, dans la vallée de Josaphat, ils reconnaîtront eux-mêmes leur propre folie ; en voyant alors les Saints

ET DE L\ VOCATION

assis sur des trônes et couronnés de la main de Dieu, ils s écrieront en gémissant et avec désespoir : Hi sunt quos aliquando habuimus in derisum : Voilà donc ceux qui ont été autrefois Tobjet de nos railleries. Nos insensati vitam illorum œstimabamus insaniam .'Insensés que nous étions, leur vie nous paraissait une folie. Ecce quomodo inter fdiosDei computati sunt, et inter Sanctos sors illorum est .•* Et maintenant ils sont élevés au rang des enfants de Dieu, leur partage est celui des Saints I

Prière.

O Jésus, mon Maître et mon Rédempteur ! je suis donc du nombre de ces privilégiés que vous avez appelés à vous suivre! Seigneur! Je vous en remercie. Je quitte tout, je voudrais avoir plus à quitter, pour m’attacher à votre suite, ô mon Roi, ô mon Dieu, qui avez bien voulu mener une vie si pauvre et si pénible pour l’amour de moi et pour m’encourager par votre exemple! Marchez en avant. Seigneur! je vous suivrai. Choisissez-moi la croix que vous voudrez, et aidez-moi ; je suis résolu de la porter sans cesse avec amour et constance. Je me repens de vous avoir autrefois abandonné, pour suivre mes goûts et les vanités du monde ; désormais, je ne veux plus vous quitter. Attachez-moi a votre croix ; et si je résiste quelquefois par faiblesse, entraînez-moi parles douces chaînes de votre amour, et ne permettez pas que je vous abandonne jamais plus. Oui, mon Jésus! je renonce à toutes les joies du monde ; mon unique plaisir sera de vous suivre en aimant et en souffrant tout ce qui peut vous plaire. J’espère ainsi me trouver un jour dans votre royaume, uni à vous par ce lien d’amour éternel qui fait qu’en vous

(1) Sap. 5. 5.

G. MOYEN

DU CHOIX l/uN ÉTAT

aimant sans voile, on n’a plus à craindre de se voir jamais détaché et séparé de vous. Je vous aime, mon Dieu, mon Tout! et je vous aimerai toujours.

Telle est mon espérance, ô Marie! vous qui. pour avoir été la plus semblable k Jésus sur la terre, êtes maintenant dans le ciel la plus puissante pour obtenir ses grâces, protégez-moi.

XIID CONSIDÉRATION.

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