DU ZÈLE QUE DOIVENT AVOIR LES RELIGIEUX POUR LE SALUT DES AMES
Celui qui est appelé 'a la Congrégation du Très-Saint Rédempteur, ne sera jamais un vrai disciple de Jésus- Christ, et ne pourra se sanctifier, s’il ne tend a la fin de sa vocation et ne prend l’esprit de l’institut, qui est de sauver les âmes, et les âmes les plus dénuées de secours spirituels, comme sont les pauvres habitants de la campagne.
Tel a été le but de la venue du divin Rédempteur, ainsi qu’il l’a déclaré lui-même : Spiritus Domini... unxit me,
(*) Quoique, dans cette Considération et dans quelques autres passages, Saint Alphonse ait eu particulièrement en vue la Congrégation de missionnaires qu’il a fondée, le sujet regarde néanmoins tous les religieux, des deux sexes, et toutes les personnes qui aiment Dieu. Tous sont appelés à exercer ce charitable apostolat, directement ou indirectement, chacun selon son talent ou ses moyens, soit par une généreuse coopération aux œuvres qui ont pour objet la défense de la foi ou la conversion des pécheurs, soit au moins par la prière et les aut' es] pratiques de piété. Voir à la page 61.). Tous peuvent avoir par t aux magnifiques récompenses que le Seigneur réserve à ses ouvriers évangéliques. [Mallh. iO. 40. et seq. — Jac. 5.
Le Traducteur.
ET DE L\ VOCATION
evangelizare pauperibus ^ Et lorsqu’il a voulu avoir une preuve de l’amour que Saint Pierre lui portait, il n’a exigé de lui qu’une chose, c’est qu’il travaillât au salut des âmes : Simon Joannis, diligis me? Pasce agnos meos — Pasce oves meas.'^ Il ne lui imposa point, dit Saint Jean Chry" sostôme, des pénitences, des oraisons, ou d’autres œuvres semblables : le Seigneur voulut seulement qu’il s’employât au salut de ses ouailles : Non dixit Christus : Abjice pecunias, jejunium exerce, macéra te laboribus ; — sed dixit: (( Pasce oves meas. » Jésus-Christ a déclaré en outre qu’il regardera comme fait à lui>même tout le bien que nous ferons au dernier de nos frères : Amen dico vobis, quandiu fecistis uni ex his fratribus meis minimis, mihi fecistis
Tout religieux doit donc entretenir en soi au suprême degré cet esprit et ce zèle pour le bien des âmes ; c’est vers ce but qu’il doit diriger tous ses efforts ; et quand ses supérieurs le chargent d’un emploi^ il doit y appliquer toutes ses pensées et tous ses soins. On ne pourrait se dire un vrai membre de cette Congrégation, si l’on n’acceptait pas de tout son cœur une telle charge quand l’obéissance l’impose, et qu’on préférât de ne s’occuper que de soimême en vivant dans la retraite et la solitude.
Eh ! quelle plus grande gloire pour un homme que d’être le coopérateur de Dieu, suivant l’expression de Saint Paul,'*' dans cette grande œuvre du salut des âmes? Qui aime beaucoup le Seigneur, ne se contente pas d’être seul à l’aimer ; il voudrait attirer tous les hommes a son amour, et il ne cesse de les y inviter comme le Prophète-Roi : Magnificate Dominum mecum, et exaltemus nomen ejus.^ Aussi Saint Augustin engage-t-il tous ceux qui aiment Dieu
(T) Luc. 4. 48. ;2) Jo. 16. (3) Matth. ^3. 40.
■4) I. Cor. 3. 9. (5; Ps. 33. 4.
DU CHOIX d’un état
à le faire aimer de tout le monde : Si amatia Deuirij rapite omnes ad amorem Dei.^
On a en outre un grand sujet d’espérer avec confiance qu’on se sauvera soi-même, quand on s’applique avec un vrai zèle au salut des autres : sauver une âme, dit Saint Augustin, c’est assurer son propre salut : Animarn salvastij animarn tuam prœdestinasti. Et l’Esprit-Saint nous fait cette promesse : Cum effuderis esurienti animarn tuam : Lorsque vous aurez travaillé au bien spirituel d’un indigent ; et animarn afflictam repleveris : Et que vous aurez, par vos soins charitables, rempli son âme des consolations de la grâce ; requiem tihi dabit Dominus semper^ et implebii splendoribus animarn iuarn Le Seigneur vous comblera de lumière et de paix. — Saint Paul fondait l’espérance de son salut éternel sur le bien qu’il faisait aux autres, comme il l’atteste en écrivant aux fidèles de Thessalonique, qui lui deyaient leur conversion : Quœ est enim nostra sj^es, aut gaudium, aut corona gloriœ ? nonne vos ante Dorninum nostrum Jesum Christum estis in adventu ejus ? ^
Prière.
Mon Seigneur Jésus-Christ! comment puis-je vous rendre de dignes actions de grâces, en me voyant appelé par votre miséricorde à remplir le saint ministère que vous avez exercé vous-même sur la terre, et qui est d’aller au secours des âmes par mes faibles travaux en les aidant a se sauver? Quel titre avais-je â cet honneur et a cet avantage, moi qui vous ai si grièvement offensé, et qui ai été cause que d’autres vous ont offensé également? O mon Sauveur! puisque vous daignez m’appeler â vous aider dans cette
(I) in Ps. 33, en. {'à) Is. 58. iO-ii. S) I. Thess. 19.
ET DE LA VOCATION
grande œuvre, je veux employer toutes mes forces a votre service : me voici, je m’offre a subir toutes les fatigues, et jusqu’à donner mon sang et ma vie, pour vous obéir. En cela, je ne prétends aucunement suivre mes propres inclinations, ou m’attirer les applaudissements et l’estime des hommes; la seule chose que je désire, c’est de vous voir aimé de tout le monde comme vous le méritez. Je m’estime heureux d’avoir été choisi par vous-même pour cette grande fonction ; et en m’y dévouant, je proteste que je renonce à toute louange de la part des hommes, à toute satisfaction personnelle, pour ne chercher que votre gloire. A vous tout l’honneur et tout ce qui peut vous être agréable ; à moi seulement les contrariétés, les humiliations et les peines. Seigneur ! acceptez cette offre que vous fait un misérable pécheur, qui désire vous aimer et vous voir aussi aimé des autres, et donnez-moi la force de l’exécuter.
O Marie, ma puissante Avocate! vous qui avez tant d’amour pour les âmes, assistez-moi.