AVIS A UNE JEUNE PERSONNE
qui est en doute
SUR l’État qu’elle doit choisir.*
Ma chère fille en Jésus-Christ,
Vous délibérez sur l’état de vie que vous devez embrasser. Je vois que vous avez peine a vous décider : d’un côté, le monde vous réclame et vous invite au mariage; de l’autre, Jésus-Christ vous engage aussi à vous donner a lui en vous faisant religieuse dans quelque communauté fervente.
Sachez que du choix que vous allez faire dépend votre salut éternel. C’est pourquoi je vous recommande de prier chaque jour le Seigneur, et commencez k le faire, dès k présent que vous lisez cet écrit, afin qu’il vous donne la lumière et la force dont vous avez besoin pour choisir l’état le plus utile k votre salut, et que vous n’ayez point k vous repentir du choix que vous aurez fait, pendant toute votre vie et toute l’éternité, quand il ne sera plus temps de remédier k votre mécompte.
(*)Le Saint Auteur suppose, comme dans la Réponse qui précède, que la personne à laquelle il adresse ces Avis, est appelée ou a du moins un commencement de vocation à l’état religieux, mais que le monde la retient et qu’elle hésite. Il n’en est pas de même dans la l.cttre sur les exercices spirituels. Le Traducteur.
G. MOYEN
DU CHOIX d’un état
Examinez ce qu'il y a de plus avantageux pour vous, ce qui peut mieux vous rendre heureuse : si c’est d’avoir pour époux un homme terrestre, ou d’être l’épouse de Jésus-Christ, Fils de Dieu et Roi du ciel ; voyez lequel de ces deux partis vous paraît le meilleur, et prenez-le. — Sainte Agnès, dès l’âge de treize ans, était fort recherchée a cause de sa grande beauté. Il se présenta entre autres, pour l’épouser, le fils du préfet de Rome ; mai^, jetant les yeux sur Jésus-Christ qui la voulait pour lui, elle répondit au jeune homme : « J’ai trouvé un époux qui vaut mieux que vous et que tous les rois de la terre ; je ne puis le quitter pour en suivre un autre. » Et en effet, cette héroïque vierge préféra de perdre la vie dans un âge si tendre, et elle subit le martyre avec joie pour Jésus-Christ. — Une autre vierge. Sainte Domitille, fit une réponse semblable au comte Aurélien, qui était un grand seigneur ; elle mourut aussi martyre, aimant mieux être brûlée vive que de renoncer à Jésus- Christ. — Oh ! quel doit être aujourd’hui dans le ciel le bonheur de ces vertueuses vierges pour avoir fait un si bon choix, bonheur qui durera toute l’éternité ! La même félicité est et sera le partage de toutes les jeunes personnes qui renoncent au monde pour se consacrer à Jésus-Christ.
Considérez donc aussi quelles seront les conséquences de l’état que vous choisirez, soit en vous donnant au monde, soit en vous donnant a Jésus-Christ. Le monde vous offre les biens de la terre : des richesses, des honneurs, des amusements et des plaisirs. JésusrChrist, au contraire, vous présente des fouets, des épines, des opprobres et des croix; c’est ce qu’il a préféré pour lui-même durant tout le temps qu’il a vécu ici-bas ; mais il joint à cela deux avantages immenses que le monde ne saurait
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VOUS donner : la paix du cœur en cette vie, et le paradis en l’autre.
En outre, avant de décider à quel état vous vous attacherez, il est nécessaire que vous vous remettiez devant les yeux que votre âme est éternelle ; c’est-a-dire qu’après la vie présente, qui linira bientôt, vous devez passer par la mort â l’éternité, où vous vous trouverez, dès votre entrée, au séjour des peines ou des récompenses, selon ce que vous aurez mérité par vos œuvres sur la terre. Ainsi, après votre dernier soupir, en quelque lieu que vous alliez habiter, soit au séjour de la vie, soit au séjour de la mort, c’est Ta que vous devrez demeurer pendant toute l’éternité, ou sauvée et heureuse pour toujours au milieu des joies du ciel, ou perdue et désespérée a jamais au milieu des tourments de l’enfer. Réfléchissez conséquemment que toutes les choses de ce monde n’ont qu’une courte durée. Heureux qui se sauve! malheur â qui se damne! Rappelez-vous toujours cette grande maxime de Jésus-Christ : « Que sert a l’homme de gagner le monde entier, s’il perd son âme? » maxime qui a déterminé tant de chrétiens â se renfermer dans les cloîtres ou a se retirer dans les déserts, et tant de jeunes personnes â quitter le monde pour se consacrer â Dieu, et s’assurer une bonne mort!
D’un autre côté, voyez ce que sont devenues tant de grandes dames, tant de princesses, tant de reines, qui, dans le monde, ont été servies, louées, honorées, et presque adorées : si elles ont eu le malheur de se damner, que leur reste-t-il de toutes leurs richesses, de tous leurs plaisirs, de tous leurs honneurs, sinon des peines et des remords qui les tourmenteront a jamais, tant que Dieu sera Dieu, sans quelles puissent jamais espérer aucun remède â leur ruine éternelle ?
Mais, jetons maintenant un regard sur les biens que
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donne le monde en cette vie a ceux qui le suivent, et sur les avantages que Dieu procure a ceux qui l’aiment et qui, pour son amour, renoncent au monde.
Le monde promet de grandes choses à ses partisans ; mais, qui ne voit que le monde est un traître, qui promet et ne tient pas ses promesses? Et fût-il fidèle à les accomplir, quels sont les biens qu’on en peut espérer ? Ce ne sont que des biens terrestres. Donne-t-il la paix, le bonheur, comme il le promet ? Non ; car tous ses biens flattent les sens et la chair, mais ne sauraient contenter le cœur et l’âme. Notre âme est créée de Dieu uniquement pour l’aimer en cette vie et le posséder en l’autre ; c’est pourquoi tous lesbiens de la terre, toutes les jouissances et toutes les grandeurs d’ici-bas, passent autour de notre cœur et n^ entrent point ; Dieu seul peut le contenter. Aussi Salomon reconnaissait-il que toutes les choses de ce monde ne sont que vanité et mensonge ; que, loin de contenter notre âme, elles sont plutôt propres à l’affliger : Universa vanitas et afflictio spiritus^ Et en effet, l’expérience prouve que, ceux qui sont le plus abondamment pourvus de ces biens, mènent une vie d’autant plus tourmentée et plus triste. Si le bonheur consistait dans les avantages de la fortune , les princesses, les reines, à qui ne manquent ni les divertissements, ni les spectacles, ni les fêtes, ni les banquets, ni les superbes palais, ni les brillants équipages, ni les riches vêtements, ni les joyaux précieux, ni les gens toujours prêts à les servir et à leur faire la cour, seraient toutes parfaitement heureuses. Cependant il en est autrement ; ceux qui les croient satisfaites, sont dans l’erreur. Demandez-leur si elles jouissent d’une paix entière, si elles vivent tout 'a fait contentes :
(î) Eccl </. U.
ET DE LA VOCATION
que vous répondront-elles? Chacune d’elles vous dira qu elle mène une vie malheureuse, et quelle ne sait même pas ce que c’est que la paix. Les mauvais traitements qu elles reçoivent de leurs maris, les chagrins que leur causent leurs enfants, les jalousies, les craintes, les embarras de leurs maisons, remplissent leurs jours d’angoisses et d’amertumes.
Toute femme mariée peut être appelée martyre de patience, quand toutefois elle a de la patience ; sans quoi, elle souffre un martyre en ce monde, et un autre martyre bien plus douloureux dans l’éternité. N’eût-elle pas d’autre peine, les remords de sa conscience suffiraient pour la tourmenter continuellement : car, en vivant attachée aux biens terrestres, elle pense peu a son âme, fréquente peu les sacrements, et n’est guère attentive à se recommander à Dieu ; privée de ces secours, nécessaires pour tenir une bonne conduite, elle ne peut se préserver du péché ni échapper aux reproches continuels de sa conscience. Voilà comment les joies que le monde promet, se changent en amertumes, et deviennent des sujets de crainte relativement au salut. — Malheureuse que je suis! se dit-elle : qu’en sera-t-il de moi à la mort, après cette vie que je mène, éloignée de Dieu, pleine de péchés, et allant toujours de mal en pis? Je voudrais me retirer pour faire un peu d’oraison ; mais les soins que réclame ma famille et le tracas incessant de la maison ne me le permettent pas. Je voudrais entendre les sermons, me confesser et communier souvent; je voudrais fréquenter l’église ; mais mon mari s’y oppose ; souvent je ne puis être accompagnée comme il convient; puis des occupations continuelles, le soin des enfants, les visites, et tant d’autres embarras qui ne manquent jamais, me tiennent comme enfermée à la maison ; à peine, les jours de fête, m’est-il permis d’aller entendre
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la messe a la dernière heure. J’ai fait une folie en voulant me marier : je pouvais si aisément me sanctifier dans un couvent! — Mais, toutes ces lamentations, a quoi serventelles, sinon a augmenter encore la douleur qu’on éprouve, en voyant qu’il n’est plus temps de revenir sur la résolution qu’on a prise de se donner au monde? Et si la vie est ainsi pleine d’amertume, que sera la mort? Alors, la femme du monde verra pleurer autour de son lit ses servantes, son mari, ses enfants; mais, loin de lui apporter du soulagement, tout cela ne fera qu’ajouter a sa peine ; et ainsi affligée, pauvre de mérites et pleine de craintes pour son salut éternel, elle devra aller se présenter a Jésus- Christ qui doit la juger.
Quel n’est pas, au contraire, le bonheur .d’une religieuse qui a renoncé au monde pour Jésus-Christ, de vivre au milieu de tant de saintes épouses du Seigneur et dans une cellule solitaire, loin des embarras du siècle et des dangers prochains de perdre Dieu, dangers qu’on rencontre à chaque pas dans le monde! et quelle consolation plus grande encore ne goûtera-t-elle p^is au moment de la mort, d’avoir passé ses années dans la pratique de l’oraison, de la mortification, et de tant d’autres exercices de piété, la visite au Saint-Sacrement, la confession, la communion, les actes d’humilité, d’espérance, d’amour envers Jésus-Christ ! Il est vrai que le démon ne laissera pas de chercher a l’inquiéter par le souvenir des fautes qu’elle a commises dans son enfance ; mais son divin Epoux, pour qui elle a quitté le monde, saura bien la rassurer ; et ainsi consolée, elle expirera dans une entière confiance, amoureusement unie à Jésus crucifié, qui la conduira avec lui dans le ciel pour y jouir d’une félicité éternelle.
Ainsi, ma chère fille, puisqjue vous avez a choisir l’état dans lequel vous devrez passer votre vie, prenez celui que
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VOUS voudriez avoir choisi si vous étiez près de mourir. A la mort, toute personne qui a vécu selon le siècle, voyant que le monde finit pour elle, se dit avec regret : Oh ! si j’avais travaillé à me sanctifier ! que n’ai-je quitté le monde pour me consacrer à Dieu ! — Mais alors, ce qui est fait, est fait ; il ne reste plus qu’a rendre le dernier soupir et 'a se présenter au tribunal de Jésus-Christ, qui dira : Viens, âme bénie, viens te réjouir avec moi pour toujours : — ou bien : Retire-toi de moi, et va-t’en pour toujours en enfer.
Il vous reste donc a choisir entre le monde et Jésus- Christ.
Si vous choisissez le monde, sachez que, tôt ou tard, vous aurez 'a vous en repentir ; ainsi, pensez-y bien. Dans le monde, il y a un grand nombre de femmes qui se perdent; dans les couvents, celles qui se perdent sont rares. Recommandez-vous à Jésus crucifié et à sa très-sainte Mère, afin qu’ils vous fassent la grâce de choisir ce qu’il y a de mieux pour votre salut éternel.
Si vous voulez vous faire religieuse, que ce soit avec la résolution de vous sanctifier ; car, si vous pensiez vivre au couvent d’une manière tiède et imparfaite, comme font quelques religieuses peu ferventes, il ne vous servirait de rien d’y entrer ; loin de là, vous y trouveriez une vie malheureuse, et ensuite une mort funeste.
Si enfin vous avez trop de répugnance pour vous enfermer dans un cloître, je ne puis vous conseiller d’embrasser l’état conjugal ; car Saint Paul ne le conseille à personne, hors le cas de pure nécessité , lequel, j’en . ai la confiance, n’existe pas pour vous ; restez donc au moins dans votre maison, et tâchez de vous y sanctifier.
Je vous engage à faire, pendant neuf jours, la prière suivante :
DU CHOIX d’un État, etc.
Mon Seigneur Jésus-Christ, qui êtes mort pour mon salut ! je vous supplie, par les mérites de votre sang, de me donner la lumière et la force dont j’ai besoin pour choisir l’état qui doit être le meilleur pour me sauver. — Et vous, ma tendre Mère, Marie ! obtenez-moi cette grâce par votre puissante intercession.