‹ Œuvres completes de S. Alphonse de LiguoriChapitre 115 sur 132 · AUX JEUNES P ER SONNE S · texte numérisé non relu

AUX JEUNES P ER SONNE S

Mes chères filles en Jésus-Christ,

Je ne prétends pas vous expliquer dans cet entretien, tous les mérites et tous les avantages qu’acquièrent les jeunes personnes en consacrant à Jésus-Christ leur virginité ; Je me contenterai de vous les indiquer brièvement.

Excellence de la Virginité.

D’abord elles deviennent, aux yeux de Dieu, belles comme les Anges du ciel : Erunt sicut Angeli Del in cœloA Baronius ^ rapporte qu’a la mort d’une vertueuse vierge nommée Georgia, on vit voltiger alentour une grande multitude de colombes ; et lorsque son corps fut porté a l’église, ces colombes vinrent se poser sur la partie du toit qui correspondait au lieu ou le cercueil était placé, et elles ne s’en allèrent qu’après la sépulture de la défunte. Tout le monde crut que ces colombes étaient des Anges qui honoraient ainsi son corps virginal.

En outre, quand une jeune personne renonce au monde et se voue à l’amour de Jésus-Christ, elle devient l’épouse

(I) Malth. 2^, 50, (2) Ann. 480.

{*) Missions, ch. 8. § 3.

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du Fils de Dieu. Dans l’Evangile, notre Sauveur est nommé tantôt Père, tantôt Maître, tantôt Pasteur des âmes; mais a l’égard des vierges, il se fait appeler leur Epoux ; Exierunt obviam Sponsor

Une jeune personne qui veut s’établir dans le monde, si elle est prudente, s’enquiert d’abord avec soin de ceux qui prétendent â sa main, et tâche de savoir lequel d’entre eux est le plus noble et le plus riche. Adressons-nous donc â l’Epouse des Cantiques, qui connaît parfaitement les titres de l’Epoux divin, et demandons-lui ce qu’il est :

— Dites-moi, ô sainte Epouse! quel est celui que vous aimez, et qui vous rend la plus heureuse de toutes les femmes? — Dilectus meus candiclus, et r.ubicundus, electus ex millibus Mon Bien-Aimé, répond-elle, est tout * blanc par sa pureté, et il est rouge par l’amour dont il brûle; il est, en un mot, si beau, si noble, si affable, qu’on trouve en lui le plus aimable de tous les époux.

Lorsqu’on offrit pour époux â Sainte Agnès le fils du préfet de Rome, cette glorieuse vierge eut donc bien raison de répondre, comme le rapporte Saint Ambroise, qu’elle avait trouvé un parti beaucoup plus avantageux : Sponsum offertis? rneliorem reperi.^

Telle fut aussi la réponse de Sainte Domitille, nièce de l’empereur Domitien, aux personnes qui tâchaient de lui persuader quelle pouvait se marier avec le comte Aurélien, vu qu’il consentait à ce qu’elle restât chrétienne : « Mais, dites-moi, leur répondit-elle : s’il se présentait â une jeune personne, d’un côté, un grand monarque, et, de l’autre, un pauvre roturier, lequel des deux choisiraitelle pour époux ? Pour me donner â Aurélien, je devrais laisser là le Roi du ciel ; ce serait une folie, et c’est ce

{^]MaUh. 26. i. Cant. 6. iO. (3) De Virg. î. i.

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que je ne veux point faire. » Ainsi, pour rester fidèle à Jésus-Christ, 'a qui elle avait consacré sa virginité, elle se résigna à être brûlée vive, supplice auquel la condamna son barbare amant. ^

Les âmes généreuses qui renoncent au monde pour l’amour de Jésus-Christ, deviennent les épouses chéries du Fils de Dieu. Elles sont appelées les Prémices de l’Agneau: Primitiœ Deo et A g no. Pourquoi, Prémices? c’est parce que, dit le cardinal Hugues, comme les premiers fruits sont plus agréables que les autres, ainsi les vierges sont l’objet de la prédilection du Seigneur. L’Epoux divin se nourrit parmi les lis : Qui ^mscitur inter lilia.^ Et quels sont ces lis, sinon les âmes ferventes qui consacrent leur virginité 'a Jésus-Christ? Le vénérable Bède assure que le chant des vierges, c’est-'a-dire, l’honneur que les vierges rendent a Dieu en lui conservant intact le lis de leur pureté, est plus agréable au Seigneur que le chant de tous les autres saints. En effet, TEsprit-Saint le déclare, aucun bien ne peut compenser le mérite de la virginité : Non est cligna ponderatio cont mentis animœ.^ C’est pour cette raison que, selon le cardinal Hugues, on peut obtenir dispense des autres vœux, mais non du vœu de virginité. C’est aussi pour cela que les docteurs pensent que la Sainte Vierge Marie eût été disposée a renoncer â la sublime dignité de Mère de Dieu plutôt que de perdre le trésor de sa virginité.

Qui donc ici-bas pourra jamais comprendre la gloire que Dieu réserve en paradis â ses chastes épouses? Les docteurs enseignent que, dans le ciel, les vierges ont leur auréole propre, qui est une certaine couronne ou une joie spéciale, dont les autres âmes saintes sont privées.

(I l Croiset, Exerc. 12 mai.

(3) Cant. 2. i6.

(2) Apoc. i4. 4.

(4) Eccli. 26. 20.

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Mais passons a ce qui regarde plus directement le sujet que nous avons actuellement en vue.

Une jeune personne me dira : Si je me marie, ne puis-je pas me sanctifier également? — Je ne veux pas que vous entendiez la réponse de ma bouche, mais de celle de Saint Paul ; vous verrez en même temps la différence qu il y a entre les vierges et les personnes mariées : Voici les paroles de l’Apôtre : Mulier innupta et virgo cogitât quœ Domini sunt, ut sit sancta corpore et spiritu ; quœ autem nupta est, cogitât quœ sunt mundi, quomodo placeat viro : La femme qui n est point mariée et qui veut rester vierge, s’occupe uniquement des choses de Dieu et ne cherche qu’à être sainte de corps et d’esprit ; mais celle qui est mariée s’occupe des choses du monde et cherche à plaire à son mari. — Ensuite il ajoute : Porro hoc ad utilitatem vestram dico..., ad id quod honestum est, et quod facultatem prœbeat sine impedimento Dominum obsecrandi : * Je vous dis ceci pour votre avantage^ afin de vous montrer ce qui est plus parfait et ce qui vous donne le moyen de servir Dieu, sans empêchement.

Pesons bien cet avis de l’Apôtre. Je remarque d’abord que les femmes mariées peuvent, il est vrai, être saintes d’esprit, mais non de corps ; tandis qu’une vierge qui se sanctifie, est sainte d’esprit et de corps, ayant consacré à Jésus-Christ sa virginité : Sancta corpore et spiritu. Notez en outre ces paroles : Quod facultatem prœbeat sine impedimento Dominum obsecrandi : Ce qui donne le moyen de servir Dieu sans empêchement. — Ah ! que d’obstacles n’ont-elles pas, les femmes mariées, pour se sanctifier ! elles en trouvent d’autant plus grands que leur condition est plus élevée. Pour se sanctifier, il faut en prendre les

(1) /. Cor. 7. SA.

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moyens, surtout s’adonner beaucoup a l’oraison mentale, fréquenter souvent les sacrements, et penser sans cesse a Dieu. Mais, comment une femme mariée peut-elle avoir le temps de s’occuper des choses de Dieu ? Quœ nupta est, cogitât quœ suntmundi,quomodo placeat viro : Il faut bien quelle s’occupe des choses du monde, dit Saint Paul : elle doit pourvoir aux besoins de sa famille, a la nourriture, aux vêtements ; elle doit veiller a l’éducation de ses enfants, contenter son mari et les parents de son mari ; ce qui fait, ajoute l’Apôtre, que son cœur est divisé, obligé de partager ses affections entre son mari, ses enfants, et Dieu. Comment une femme mariée peut-elle avoir le temps de faire beaucoup d’oraison, et d’aller fréquemment a la Sainte Communion, si elle n’en trouve même pas assez pour ce qu’exige sa maison ? Le mari veut être servi ; les enfants pleurent, crient, ou demandent mille choses : allez faire oraison au milieu de tant de préoccupations et d’embarras ! A peine lui sera-t-il permis de se rendre a l’église pour se recueillir et communier les dimanches. La bonne volonté lui restera ; mais il lui sera fort difficile de vaquer aux choses de Dieu comme elle le devrait. Il est vrai que, par cette privation même, elle pourrait mériter, en se résignant a la volonté de Dieu, qui, dans cet état, n’exige d’elle qu’un sacrifice continuel de résignation et de patience ; mais, au milieu de tant de distractions et de tracas, sans oraison, sans sacrements, il lui sera moralement impossible d’avoir cette héroïque vertu de patience et de résignation.

Eh ! plût a Dieu que les femmes mariées n’eussent pas autre chose à déplorer que d’être privées du temps nécessaire pour faire leurs dévotions ! Le plus grand mal est le danger où ces malheureuses se trouvent continuellement de perdre la grâce de Dieu, étant obligées de voir

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fréquemment des beaux-frères ou d’autres parents, ou des amis de leur mari, soit chez elles, soit ailleurs. Voila ce qu’ignorent les jeunes personnes, mais ce que savent bien les femmes mariées, qui sont chaque jour exposées a tous ces dangers, et ce que savent aussi les confesseurs qui les entendent. Nous ne parlons pas des tristes jours qu’ont à passer toutes les femmes mariées. La mauvaise conduite d’un mari, les déplaisirs causés par les enfants, les besoins du ménage, les égards pénibles dus a une belle-inère, à des belles-sœurs, les douleurs d’enfantement toujours accompagnées du péril de mort, les soupçons, les inquiétudes de conscience relativement à l’éducation des enfants, tout cela forme une chaîne de tribulations dans lesquelles les femmes mariées ne font que gémir, heureuses encore si elles n’y perdent point leur âme, et si Dieu leur fait la grâce de ne point sortir de l’enfer de cette vie pour tomber dans l’enfer éternel ! Tel est le sort qui attend les jeunes personnes qui se donnent au monde.

Mais, quoi ! me dira-t-on, parmi toutes les femmes mariées, n’en est-il aucune qui se sanctifie? — Pardon, il y en a ; mais lesquelles? celles qui se sanctifient par le martyre, celles qui savent tout souffrir pour Dieu, avec une patience que rien ne puisse ébranler. Combien en estil qui s’élèvent a cette perfection? Hélas! ce sont des mouches blanches. Et si vous en rencontrez quelqu’une, vous apprendrez qu’elle ne fait que pleurer de regret d’être entrée dans le monde, tandis qu’elle pouvait se consacrer a Jésus-Christ. Pour moi, je ne me souviens pas d’avoir jamais trouvé, parmi les femmes mariées, une seule personne de piété qui fût contente de son état.

Le vrai bonheur est donc le partage des personnes qui se consacrent a Jésus-Christ. Celles-ci sont a l’abri des dangers auxquels lés femmes mariées sont nécessairement

exposées. Elles n’ont point le cœur attaché ni a des enfants, ni à des hommes terrestres, ni a des biens périssables, ni a de vaines parures, ni à des servitudes • quelconques. Tandis que les femmes mariées sont obligées de s’orner avec soin, et a grand frais, pour paraître dans le monde selon leur condition et pour plaire a leurs maris ; une jeune personne qui s’est donnée a Jésus-Christ n’a besoin que d’un vêtement qui la couvre, quelque commun qu il soit ; elle scandaliserait même, si elle s’habillait avec élégance. De plus, les vierges n’ont point a s’occuper d’une maison, ni d’enfants, ni d’un mari ; toute leur pensée et tout leur soin est de plaire à Jésus-Christ, a qui elles ont voué leur âme, leur corps, et tout leur amour. Ainsi elles ont plus de liberté d’esprit pour penser â Dieu, et plus de temps pour se livrer a Toraison et fréquenter les sacrements.

Mais écoutons les excuses qu’allèguent certaines personnes qui ont peu d’amour pour Jésus-Christ.

Je renoncerais bien au monde, dit-on, si je pouvais entrer dans un couvent, ou du moins s’il m’était toujours permis d’aller à l’église pour y faire mes dévotions ; mais je ne puis rester à la maison, où j’ai des frères qui me maltraitent,et, d’un autre côté, mes parents me refusent de ine laisser fréquenter l’église. — Avant de répondre, je vous fais cette demande : Voulez-vous quitter le monde pour mener une vie commode ou pour vous sanctiher, pour faire votre volonté ou celle de Jésus-Christ? Et si vous voulez quitter le monde pour vous sanctifier et pour plaire à Jésus-Christ, je vous fais une seconde demande : Ditesmoi : en quoi consiste la sainteté ? La sainteté ne consiste pas à demeurer dans un couvent, ni a passer la journée entière a l’église, mais, d’un côté, à pratiquer l’oraison et la communion quand on le peut, et, de l’autre, a obéir, à

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se rendre utile à la maison, à \ivre dans la retraite, et a supporter les peines et les mépris pour Dieu. Et si vous alliez au couvent, que pensez-vous que vous y feriez ? y seriez-vous toujours au chœur ou dans votre cellule, n’en sortant que pour aller au réfectoire et à la récréation ? Au couvent, il y a sans doute un temps fixé pour l’oraison, la messe, et la communion ; mais, après cela, les religieuses doivent aussi s’employer au service de la maison, particulièrement les sœurs converses, qui, n’allant pas au chœur, sont appliquées au travail, et ont ainsi moins de temps a donner à l’oraison. On réclame de toutes parts le couvent, le couvent! Ah! les personnes pieuses, qui sont pauvres, ont bien plus de facilité pour s’adonner à l’oraison et se sanctifier dans leur propre maison que dans un couvent ! Combien n’en est-il pas, à ma connaissance, qui se sont repenties d’être entrées au couvent, surtout dans certaines maisons où la communauté est nombreuse, et où les pauvres sœurs converses ont a peine le temps de dire leur chapelet!

Mais, répliquerez-vous, j’ai un père et une mère d’une humeur fâcheuse, j’ai des frères impertinents, tous me maltraitent ; je ne saurais y tenir. Eh bien! si vous vous donnez au monde, n’y trouverez-vous plus personne qui vous contrarie, une belle-mère, des belles-sœurs, des enfants, un mari? Ah ! que d’indignes traitements de la pari des maris, qui font d’abord de belles promesses, et qui, bientôt après, ne sont plus les maris, mais deviennent les tyrans de leurs malheureuses épouses, qu’ils traitent, non plus comme leurs compagnes, mais comme leurs esclaves! Demandez-le, demandez-le a toutes les femmes mariées, et vous verrez si ce que je vous dis n’est pas vrai ; ou plutôt, sans aller aux informations, n’avez-vous pas déjà appris cette vérité par l’exemple de vos mères? Au

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moins, quand vous vous êtes données à Dieu, si vous avez 'a souffrir dans votre maison, vous le supportez pour l’amour de Jésus-Christ, et le Seigneur sait bien vous rendre la croix légère et douce; mais quelle peine d’avoir à souffrir, et de souffrir pour le monde, sans consolation et sans mérite! Croyez-moi, si Jésus vous appelle a son amour, s’il vous veut pour ses épouses, rendez-vous sans crainte k sa voix ; il ne manquera pas de vous consoler et de vous réjouir même au milieu des souffrances. Cela s’entend toutefois, tant que vous l’aimerez et que vous vous conduirez comme ses vraies épouses.

Moyens de conserver la pureté virginale.

Apprenez donc quels sont les moyens que vous devez prendre pour vivre en véritables épouses de Jésus-Christ et parvenir k la sainteté.

Pour qu’une vierge soit sainte, il ne suffit pas qu’elle conserve sa virginité et quelle soit appelée épouse de Jésus-Christ : il faut quelle pratique les vertus propres k une épouse de Jésus-Christ. On lit dans l’Evangile * que le ciel est semblable aux Vierges, mais k quelles vierges? aux vierges sages, sans doute, et non aux folles. Les vierges sages entrèrent aux noces ; mais les vierges folles trouvèrent la porte fermée, et l’Epoux leur dit : Nesciovos : Vous êtes vierges, mais je ne vous reconnais point pour mes épouses. — Les vraies épouses de Jésus-Christ suivent leur divin Epoux partout ou il va : Sequuntur Agnum quocumque Qu’est-ce que suivre l’Epoux? Saint Augustin^ nous f explique : c’est l’imiter en marchant sur ses pas de corps et d’âme. Après lui avoir consacré votre corps, il

(1) Matth. 2o. i. (2) Apoc, i4. 4. (3) De S. Virginit, c. 27.

G, MOYEN. H

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faut que vous lui donniez tout votre cœur, de sorte que votre cœur soit uniquement appliqué a l’aimer. Vous devez donc employer les moyens de vous donner entièrement a Jésus-Christ.

1 . Le premier moyen est l’Oraison mentale, 'a laquelle vous devez vous appliquer beaucoup. Mais ne pensez pas que, pour faire oraison, il soit nécessaire d’être dans un couvent ou de passer toute la journée a l’église. 11 est vrai que, chez vous, il y a souvent du bruit et des dérangements causés par les personnes qui vont et viennent ; cependant, quand on le veut, on trouve toujours un- lieu et un temps où l’on puisse se livrer à l’oraison, comme lorsque la maison est plus tranquille, soit le matin avant que les autres se lèvent, soit le soir après qu’ils sont couchés. 11 n’est pas non plus nécessaire, pour faire oraison , d’être toujours a genoux : on peut méditer même en travaillant ou en marchant, quand on n’a pas de moment plus convenable ; il suffit de s’occuper de Dieu, comme de penser a la passion de Jésus-Christ ou a quelque autre sujet pieux.

2. Le deuxième moyen est la Fréquentation des sacrements de Confession et de Communion. — Pour la Confession, il faut se choisir un Directeur, à l’obéissance duquel on doit se soumettre entièrement ; sans cela, on ne marchera jamais droit. — Quant a la Communion, c’est peu de n'y aller que par obéissance, il faut la désirer et la demander. Ce pain divin exige une âme affamée ; Jésus- Christ veut être désiré. C’est la communion fréquente qui rend les épouses de Jésus Christ fidèles a cet Epoux céleste, particulièrement en les maintenant dans la sainte pureté. Le Saint-Sacrement conserve dans l’âme toutes les vertus ; mais il semble avoir surtout pour effet de conserver intact le lis de la virginité, d’après la parole du Pro-

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phète, qui Tappelle le Froment des élus et le vin qui fait germer les vierges : Frumentum eleclorum et vinum germinans virgines.'^

3. Le troisième moyen, c’est la Retraite et la Vigilance. — L’Epoux divin compare sa bien-aimée à un lis entouré d’épines : Sicut lilium inter spinas, sic arnica mea inter filias.^ Si une jeune vierge veut vivre au milieu des sociétés, des amusements et des autres frivolités mondaines, il lui sera impossible de rester fidèle a Jésus-Christ; il faut donc qu elle se tienne constamment parmi les épines de l’abstinence et de la mortification, et qu’elle se conduise, surtout envers les hommes, non-seulement avec la plus grande réserve, et la plus grande modestie dans les regards et les paroles, mais encore, quand cela est nécessaire, avec une rigide austérité et même avec rudesse. Telles sont les épines qui conservent les lis, c’est-à-dire, les jeunes vierges ; sans ces précautions, elles se perdent bientôt. — Le Seigneur compare encore la beauté de son épouse à celle de la tourterelle : Pulchrœ sunt genœ tiiœ sicut turturis.^ Pourquoi? parce que la tourterelle est naturellement portée à fuir la compagnie des autres oiseaux, et quelle aime toujours à être seule. Ainsi une vierge paraît belle aux yeux de Jésus-Christ, quand elle mène une vie retirée, et quelle fait ce qui dépend d’elle pour se tenir cachée et ne point se montrer. Saint Jérôme dit que cet Epoux des âmes est jaloux : Zelotypus est Jesus.^ C’est pourquoi il lui est fort désagréable de voir qu’une vierge, après s’être consacrée à son amour, cherche à paraître dans le monde et à plaire aux hommes. Les personnes vraiment vertueuses aiment mieux se défigurer

; i ) Zach. 0. il.

iS) Cant. i 9.

[Vj Cant. 2. 2.

(4) Ep. ad Eust.

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elles- mêmes que d’être l’objet d’un mauvais désir. — La vénérable sœur Catherine de Jésus, avant de se faire religieuse de Sainte-Thérèse, se lavait avec de l’eau sale, et s’exposait ensuite au soleil, afin de perdre son teint. — Bollandus rapporte que Sainte Andrégésine, ayant été promise en mariage, supplia le Seigneur de la rendre toute difforme, et quelle fut aussitôt exaucée : elle parut tout a coup couverte de lèpre, au point que tout le monde la fuyait; mais lorsque les épousailles furent dissoutes, elle recouvra sa première beauté. — On lit dans le Miroir des exemples par Jacques de Vitri, qu’il y avait dans un couvent une jeune personne qui s’était consacrée a Dieu et dont les yeux avaient charmé un prince. Celui-ci menaçant de mettre le feu au couvent, si elle ne cédait point a ses désirs, que fit-elle ? elle s’arracha les yeux et les lui envoya dans un bassin, avec ce message : « Voici les flèches qui t’ont blessé le cœur ; prends-les et laisse mon âme intacte. » — Le même auteur cite encore l’exemple de Sainte Euphémie, que son père avait promise en mariage à un comte. Voyant que ce prétendant ne négligeait aucun moyen pour parvenir à l’épouser, elle prit un jour un couteau, et se coupa le nez et les lèvres, en disant : a Vaine beauté, tu ne seras plus pour moi une occasion de péché I )) Saint Antonin raconte pareillement que Sainte Ebbe, abbesse du monastère de Coldingham, craignant l’invasion des barbares, se coupa avec un rasoir le nez et la lèvre supérieure jusqu’aux dents, et qu’à son exemple, toutes les autres religieuses, au nombre de trente, firent la même chose. Les barbares vinrent en effet, et, en les voyant ainsi défigurées, ils entrèrent en fureur, mirent le feu au monastère, et les firent toutes périr dans les flammes. Baronius, qui confirme ce récit, ajoute que l’Eglise les honore comme Martyres. — Elles furent portées à cet

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acte héroïque par l’impulsion de l’Esprit-Saint; il n’est point permis aux autres d’agir de m.ême. Du reste, vous voyez dans ces exemples ce qu’ont fait les vierges qui aiment Jésus-Christ, pour échapper à la convoitise des hommes ; toute jeune personne fervente doit au moins tâcher de se conduire avec modestie et s’exposer le moins possible aux regards du monde. S’il arrivait malheureusement qu’une vierge fût victime de quelque violence, sans qu’il y eût de sa faute, qu’elle se rassure, sa pureté n’en serait point altérée. Aussi Sainte Lucie répondit-elle au tyran qui menaçait de la faire déshonorer : « Si je suis outragée malgré moi, j’obtiendrai une double couronne. » On connaît cet adage : (( Ce n’est point le sentiment, c’est le consentement qui blesse l’âme. » En outre, soyez persuadées qu’une jeune personne qui se conduit avec modestie et réserve, ne manque pas de se faire re.^^pecter.

4. Le quatrième moyen, pour conserver la pureté, est la Mortification des sens. Selon Saint Basile : Nulla in 'parte mœchari convenit virginem, non lingua, non anre, nonoculo, non tactu, multoque 'minus animo : ^ Une vierge, pour rester pure, doit être chaste de la langue, en parlant toujours modestement, et jamais avec les hommes, sinon par nécessité et, dans ce cas, en peu de mots ; chaste de l’ouïE, en évitant de prêter l’oreille aux discours sur les choses du monde; chaste des yeux, en les tenant fermés ou baissés vers la terre en présence des hommes ; chaste du TOUCHER, en usant de la plus grande précaution, soit envers les autres, soit envers elle-même ; mais elle doit être surtout chaste d’cspRiT, en tâchant de résister â toute pensée déshonnête par un prompt recours a Jésus et a Marie. — A cette fin, il faut aussi quelle mortifie son corps par des

: I) De Ver a Virg.

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jeûnes, des abstinences, des disciplines, des cilices ; mais, pour pratiquer ces mortifications, on doit avoir une permission de son confesseur ; sans quoi, elles seraient plutôt nuisibles à Tâme, en inspirant de l’orgueil. Personne ne peut donc exercer de semblables pénitences, sans en avoir obtenu la permission de son directeur; maison doit désirer cette permission et la demander, car les directeurs ne l’accordent point tant qu’on ne leur témoigne pas le désir de l’obtenir. Jésus est un Epoux de sang, il a épousé nos âmes sur la croix, où il a répandu pour nous jusqu’à la dernière goutte de son sang : Sponsus sanguinum tu mihi es.^ C’est pourquoi les épouses qui l’aiment, aiment a souffrir les tribulations, les maladies, les douleurs, les mauvais traitements, les injures, et les reçoivent, non-seulement avec patience, mais encore avec joie. Ainsi s’entend ce passage de l’Ecriture : Sequuntur Agnum quocumque Les vierges suivent l’Agneau partout où il va : elles suivent Jésus, leur divin Epoux, en chantant ses louanges avec allégresse, même au milieu des opprobres et des peines, a l’exemple de tant de Saintes Martyres qui ont fait éclater leur joie dans les tortures ou en allant a la mort.

5. Enfin, pour obtenir la grâce de persévérer dans une vie sainte, il faut avoir soin de vous recommander souvent et beaucoup a la Reine des Vierges, la très-pure Marie.. Elle est la Médiatrice qui prépare et qui conclut l’union des âmes avec son divin Fils ; c’est elle qui lui amène les vierges et les lui présente pour épouses : Adducenfur Régi virgines post eam.^ C’est elle enfin qui procure â ces épouses choisies la vertu de persévérance ; sans le secours de Marie, elles deviendraient autant d’épouses infidèles.

(I) Ex. 4. 23.

(2) Apoc. H. 4.

(3) Ps, 44. 13.

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Conclusion.

Vous donc qui m’écoutez : je m’adresse aux jeunes personnes qui se sentent appelées par l’Epoux divin a renoncer au monde pour son amour ; — vous qui avez conçu le pieux dessein de ne point appartenir au siècle, mais à Jésus-Christ, je ne veux pas que vous en fassiez le vœu dès aujourd’hui, et que vous contractiez tout de suite l'engagement de garder la chasteté perpétuelle ; vous ferez ce vœu quand Dieu vous l’inspirera, et que vous aurez obtenu, à cet effet, le consentement de votre confesseur ; je veux seulement que, par un simple acte, sans obligation, vous rendiez grâces a Jésus-Christ pour la faveur qu’il vous fait, de vous appeler a son amour, et que vous vous offriez à lui appartenir entièrement durant toute votre vie. Parlez-lui donc de cette manière :

Ah ! nâon Jésus, mon Dieu et mon Rédempteur, qui êtes mort pour moi ! pardonnez-moi si j’ose aussi vous appeler mon Epoux : je l’ose, parce que je vois que vous daignez m’inviter à cet honneur ; c’est une grâce dont je ne sais comment vous remercier. Je devrais être a cette heure en enfer, et, au lieu de me punir, vous voulez que je devienne votre épouse : oh ! oui, mon divin Epoux ! je renonce au monde, je renonce à tout pour votre amour, et je me donne entièrement k vous. Eh ! qu’est-ce que le monde pour moi? le monde! Mon Jésus! vous serez désormais mon unique bien, mon unique amour. Je vois que vous voulez tout mon cœur, je veux vous le donner tout entier : de grâce, acceptez mon offrande, ne me repoussez pas comme je le mérite. Oubliez tous les déplaisirs que je vous ai donnés par le passé, je m’en repens de toute mon âme : ah ! que ne suis-je morte avant de vous avoir offensé ! Pardonnez-moi, embrasez-moi de votre saint amour, et

DU CHOIX d’un état, etc.

accordez-moi la grâce de vous être fidèle, de ne plus jamais vous abandonner. Vous, mon Epoux 1 vous vous êtes donné entièrement à moi ; me voici, Je me donne entièrement 'a vous.

O Marie, ma Reine et ma Mère ! liez, enchaînez mon cœur a Jésus-Christ ; mais attachez-le tellement qu il ne s’en sépare jamais plus.

Bénédiction.*

Maintenant je vais vous bénir, et, par cette bénédiction, je veux vous unir à Jésus-Christ, afin que vous ne le quittiez plus jamais ; et vous, pendant que je vous bénis, donnez-lui votre cœur, en lui disant :

Mon Jésus, mon divin Epoux! désormais je veux vous aimer, vous seul, et rien de plus.

(*; En lisant ces dernières paroles, figurez-vous que le Saint Evêque, qui vous les adresse, vous bénit du haut du ciel.

Le Traducteur.

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