‹ Œuvres completes de S. Alphonse de LiguoriChapitre 116 sur 132 · NÉCESSITÉ DE LA VOCATION DIVINE POUR PRENDRE LES ORDRES SACRÉS · texte numérisé non relu

NÉCESSITÉ DE LA VOCATION DIVINE POUR PRENDRE LES ORDRES SACRÉS

Pour entrer dans un état de vie quel qu’il soit, il faut nécessairement y être appelé de Dieu ; car, sans cette vocation, il est, sinon impossible, du moins très-difficile de satisfaire aux obligations de cet état et de se sauver. Mais, si la vocation est nécessaire pour tous les états, elle est surtout indispensable pour embrasser letat ecclésiastique. C’est la seule porte par laquelle il soit permis d’entrer dans l’Eglise ; quiconque s’y introduit autrement, est un voleur et un larron, dit le Seigneur lui-même : Qui non intrat per ostium in ovile ovium, sed asccndit aliunde, ille fur est et latro^ Saint Cyrille d’Alexandrie en conclut que, celui qui prend les ordres sacrés sans y être appelé de Dieu, se rend coupable de vol, puisqu’il ravit une grâce que Dieu ne veut pas lui donner : Latrones et fures appellat eos qui se uliro, ad non sibi datam desuper gratiam, ohîrudunt.^ Aussi Saint Paul a-t-il déclaré que la vocation

(1) /o. iO. /. (2) In Jo. iO. 10.

f) Se/m, ch. 10. — Voyez la Note à la page 403 et la Préface du Traducteur.

G. aïOYEN,

DU CHOIX d’un État

divine est nécessairement requise pour être élevé au sacerdoce, en citant l’exemple d’Aaron et celui de Jésus- Christ même : Nec quisquam siimii sihi honorem, sed qui vocatur a Deo, fanquam Aaron. Sic et Christus non semetipsum clarificavit ut pontifcx fieret, sed qui locutus est ad eum: Filius meus es tu.^

Personne donc, quelque savant, quelque sage, et quelque saint qu’il soit, ne peut entrer de soi-même dans le sanctuaire, s’il n’y est auparavant appelé et introduit par Dieu. Jésus-Christ lui-même, qui fut assurément le plus savant et le plus saint des hommes : Plénum gratiœ et veritatis,'^ — in quo sunt omnes thesauri sapientiœ et scientliœ abscondiii Jésus-Christ, dis-je, a voulu, pour se revêtir’de la dignité de prêtre, y être appelé de Dieu.

Les Saints, lors même qu’ils étaient assurés de la vocation divine, ont tremblé de se charger du sacerdoce. Saint Augustin, dans son humilité, regardait comme une punition de ses péchés la violence dont son évêque avait usé envers lui pour l’ordonner prêtre : Vis mihi facta est merito peccatorum mcorumA Saint Éphrem, pour n’être point contraint de recevoir le sacerdoce, contrefit l’insensé, et Saint Ambroise feignît d’étre cruel. Le saint moine Ammon, pour échapper a l’ordination, se coupa les oreilles, et menaça de se couper encore la langue, si Ton continuait de l'inquiéter a ce sujet. En un mot,' Saint Cyrille d’Alexandrie assure que tous les Saints ont craint de se charger de la dignité sacerdotale comme on redoute un énorme fardeau : Omnes Scinctos reperio divini ministerii ingentem veluti rnolem formulantes Après cela, dit Saint Cyprien, peut-il se trouver quelqu’un qui soit

(I ; Heb. 3. i. (2) Jo. 1. a. (3) Col 3.

4j Epist.^i. E. B. (5 De Fest. pasch. horn. i.

ET 1>E LA VOCATION

assez téméraire pour vouloir de lui-même, sans la vocation divine, prendre les ordres sacrés ? lia est aliquis sacrilcgœ temeritaiis ac perditæ mentis, ut putet sine Del judicio fieri sacerdotem ? ^

Celui qui s’introduit dans le sanctuaire sans vocation, offense l’autorité de Dieu, comme un vassal porterait atteinte a l’autorité du souverain, s’il prétendait s’établir de lui-même son ministre. Quelle ne serait pas la témérité d’un sujet qui, sans l’ordre du roi, et même contre sa volonté,.se mettrait a administrer le domaine de la couronne, à juger les causes, a commander l’armée, a exercer, en un mot, les fonctions de vice-roi ! Cette réflexion est de Saint Bernard : Auderetne aliquis vestruin terreni cujuslibet reguli, non prœcipiente aut etiain prohibente eo, occupare ministeria, negotia dispensare?"^ Et quelles sont les fonctions des prêtres, si ce n’est d’être les Dispensateurs de la maison de Dieu, selon Saint Prosper : Dispensatores regiœ domus;^ les Chefs du troupeau de Jésus-Christ, selon Saint Ambroise : Duces et rectores gregis Christi;^ les Interprètes de la loi divine, selon Saint Denis: Interprétés divinorum judiciorum ; les Vicaires de Jésus-Christ, selon Saint Jean Chrysostôme : Vicarii Christi?^ Sachant cela, quelqu’un aurait encore l’audace de se faire ministre de Dieu sans y être appelé ?

La pensée seule de s’emparer de l’autorité souveraine dans un royaume est un crime de la part d’un sujet, dit Saint Pierre Chrysologue : Regnum velle servum, crimen est.^ Rien que de vouloir s’introduire dans la maison d’un simple particulier, pour disposer de ses biens et de ses affaires, c’est déjà une témérité ; car, même en ce qui re-

( I) Epist. 35. (2) De Conv. ad cler. c. 19.

(3) De Vitacont.l. 2. c. (4) De Dign. sac. c. 2.

(5) Op. imp. hom. 17. (6) Serm. 23 .

DU CHOIX d’un État

garde les particuliers, c est au maître qu’appartient le droit de choisir et d établir les administrateurs de ses affaires. Et vous, dit Saint Bernard, sans être appelé de Dieu, sans être introduit par lui, vous voulez entrer dans sa maison, pour prendre en main ses intérêts et disposer de ses biens? Quid istud temeritatis, imo quid insaniœ est? tu irreveventer irruis, nec vocatus, nec introductus

Voila pourquoi le Concile de Trente a déclaré que, quiconque ose s’ingérer sans vocation dans les fonctions sacerdotales, l’Eglise ne le regarde point comme son ministre, mais comme un voleur : Decernit sancta Synodus eos qui ea [ministeria] propria temeritate sibi sumunt, omnes, non Ecclesiœ ministros, sed fures et latrones per ostium non ingressos habendos esse."^ Un tel prêtre pourra se donner des peines, mais ses travaux lui seront de peu de profit devant Dieu , bien plus, les œuvres qui sont méritoires pour les autres; deviendront pour lui autant de démérites. Supposé qu’un serviteur ait reçu de son maître l’ordre de garder la maison, et qu’il lui prenne fantaisie d’aller cultiver la vigne ; il aura beau se fatiguer, suer, loin d’obtenir une récompense, il devra plutôt s’attendre à un châtiment. Tel est le sort de ceux qui s’introduisent sans vocation dans le sanctuaire : d’abord, le Seigneur n’acceptera point leurs travaux, parce qu’ils les auront entrepris sans sa volonté : Non est mihi voluntas in vobis dicit Dominus exercituum, et munus non suscipiam de manu vestra;^ et ensuite, au lieu de les récompenser, il les punira : Quisquis externorum accesserit [ad tabernaculum], occidetur.'^

Celui donc qui aspire aux ordres sacrés, doit bien

f'I) De Vitacler. c. 3. (2) Sess. . ca^. 4.

{3; Mal i. iO. (4j Num. i. 34.

ET DE LA vocation.

examiner avant tout si c’est Dieu qui l’appelle a cette haute dignité, dit Saint Jean Chrysostôme : Quoniam clignitas magna est, et révéra divina sententia comprobandaA Or, pour reconnaître si une vocation vient de Dieu, il faut en examiner les signes. Ecoutons l’avertissement que nous donne le Seigneur : Quand on veut bâtir une tour, on commence par faire ses calculs, afin de s’assurer si l’on a le moyen de fournir aux dépenses nécessaires pour conduire l’édifice â sa perfection : Quis enim ex vobis, volens turrim œdifîcare, non prias sedens computat siimptus qui necessarü sunt, si habeat ad perficiendum?’^

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