‹ Œuvres completes de S. Alphonse de LiguoriChapitre 28 sur 132 · PRINCIPAUX THÉOLOGIENS QUI ENSEIGNENT CETTE DOCTRINE · texte numérisé non relu

PRINCIPAUX THÉOLOGIENS QUI ENSEIGNENT CETTE DOCTRINE

Après avoir établi que Dieu veut le salut de tous les hommes , et que , ^e son côté , il leur donne a tous les grâces nécessaires pour se sauver , nous disons que tous ont la grâce de pouvoir prier actuellement, sans avoir besoin pour cela d’une nouvelle grâce , et qu’au moyen de la prière on peut obtenir tous les autres secours nécessaires pour observer les commandements et parvenir au salut. Il faut cependant remarquer qiTen disant : Sans avoir besoin d'une nouvelle grâce , — nous n entendons pas que la grâce commune a tous donne la faculté de prier sans le secours de la grâce aidante ; car , pour exercer un acte quelconque de piété, outre la grâce excitante, on doit sans aucun doute avoir encore la grâce aidante ou coopérante ; mais nous entendons que la grâce commune donne a chacun le pouvoir de prier actuellement, sans qu’une nouvelle grâce prévenante détermine physiquement ou moralement la volonté à mettre la prière en pratique.

Nous allons d’abord donner une liste des théologiens nombreux et distingués qui enseignent cette doctrine comme certaine ; nous la prouverons ensuite par l’autorité et par le raisonnement.

Isambert , ^ le cardinal du Perron , Alphonse Le Moyne, ^ avec d’autres que nous citerons ci-après , et sjjécialement Tournely, qui tri.ite la question plus au long et ex prolesso : tous ces auteurs démontrent que chacun , avec la seule grâce ordinaire suffisante , peut prier actuellement, sans avoir besoin d’un autre secours, et, par la prière, obtenir toutes les grâces nécessaires pour remplir les devoirs les plus difficiles.

Tel est aussi le sentiment de l’éminentissime cardinal Noris : il dit expressément que l’homme, quand la loi l’oblige, peut prier avec la seule grâce ordinaire, s’il le veut , sans aucun autre secours ; et il le prouve de la manière suivante : Manifestum est potentiam ad orandura debere esse proxirnam in justo sive fideli ; nam si pdelis sit in potentia remota ad simpliciter orandum [Non enim hic loquor de fervida et diuturniore oratione.), non habet is aliam potentiam proxirnam pro impetranda ora-tione ; alias procederetur in infinitum:^ Si, pour observer les commandements et se sauver , il est indispensable de prier , comme nous l’avons prouvé dès le principe en parlant de la nécessité de la prière , ce savant auteur dit sagement que chacun a le pouvoir prochain de prier, alin d’obtenir par la prière le pouvoir prochain de faire le bien, et ainsi tous peuvent prier avec la seule grâce ordinaire , sans autre secours. Autrement, si, pour se procurer le pouvoir prochain à l’acte de la prière , on avait besoin

I l lu I. 2l. q. .T. <1. 4. a. 5- liepl. l. obs. J. c. /i?.

(3 Disp, de dono or. c. i?. 4 De Gr. Chr. q. 7. a. 4. concl. o.

(Ôj Jans. err. cal. subi. c. § /.

d'un autre secours , il faudrait encore une autre grâce pour obtenir celui-ci , et ainsi de suite a l’infini ; de sorte qu’il ne serait plus au pouvoir de riionime de coopérer a son salut. — Cette doctrine est confirmée plus distinctement encore dans .un autre passage du même auteur ; Etiam in statu naturœ lapsœ datur adjutorium sine quo NON (C’est la grâce suffisante commune â tous.), secus ac Jansenius contendit ; quod quidem adjutorium efficit in nobis... actus débités, nempeorafiones minus fervidas pro adimplendis mandatis ; in ordine ad quorum executionem adjutorium sine quo non est tantum auxilium remotum , impetratorium tamen auxilii quo, sive gratiœ efjicacis qua mandata implenturA L’éminentissime Cardinal tient donc pour certain que , dans l’état présent , nous avons tous le secours sine quo\ c’est â-dire , la grâce ordinaire, qui, sans qu’on ait besoin d’un autre secours, produit la prière, par laquelle on obtient la grâce efficace pour observer les commandements. Ainsi s’explique fort bien cet axiome universellement reçu dans les écoles : Facienti quod in se est Deus non denegat gratiam : Dieu ne refuse point sa grâce â qui fait ce qu’il peut : — c’est-à-dire que, l’homme qui prie faisant un bon usage de la grâce suffisante, qui le met en état d’exécuter les choses faciles, telles que la prière, Dieu lui- accorde alors la grâce efficace pour accomplir les choses difficiles.

Le père Louis Thomâssin est du même sentiment. Il exprime d’abord son étonnement de ce qu’on regarde comme suffisants des moyens qui ne suffisent point réellement pour faire une bonne œuvre ou pour éviter un péché quelconque, et il donne ses raisons : .Si hœc enim auxilia vere auxilia sunt, et proximam vere dant potestatem, qui

(1) J ans, err, cal. suhl, c, % f.

LA GRACE DE LA PRIÈRE

fit ut, ex innumerabili tamdiu hominum qui ita juvantur multitudine, iwœcepum observet nemo? Aut quomodo vere sufficientia sunt, si prœterea gratia efjicax est necessaria ? Non is potestatem Jiabet sufficientem cui deest aliud auxilium necessarium , quod in ejus potestate non est A Selon cet auteur, la grâce suffisante, pour être appelée vraiment suffisante, doit donnera l’homme le pouvoir prochain et libre d’exercer l’acte bon ; mais quand , pour en venir à l’acte, il faut une autre grâce , qui est la grâce efficace, si l’homme n’a pas au moins la grâce efficace médiate, nécessaire au salut, comment peuUon dire que la grâce suffisante lui donne ce pouvoir prochain et libre? Dieu, dit Saint Thomas, ne manque jamais de faire ce qui est nécessaire au salut de ses créatures : Deus non déficit ah agendo quod est necessarium ad salutemA 11 est vrai , d’un côté , que Dieu n’est pas tenu de nous donner ses grâces, puisque les grâces ne sont point des choses dues ; mais, d’un autre côté, dès qu’il nous impose une loi , il est obligé de nous procurer le moyen nécessaire pour l’observer ; et comme le Seigneur nous fait un devoir d’observer actuellement tout précepte au moment qu’il oblige, il doit aussi, actuellement nous fournir le secours , au moins médiat et éloigné , dont nous avons besoin pour cela, sans qu’il faille une autre grâce non commune a tous. Le père Thomassin conclut de la que , pour concilier ces deux choses, savoir , que la grâce suffisante suffit réellement a l’homme pour se sauver, et que d’ailleurs la grâce efficace est nécessaire pour accomplir toute la loi, il faut reconnaître qu’avec la grâce suffisante seule on peut prier et exercer les autres actes faciles , au moyen desquels on obtient ensuite la grâce efficace pour remplir les devoirs

(1) Cons. sch. de gr. tr. 3 . c. 8. (2) P. i. q. 45. a.

difficiles. Cette doctrine est évidemment conforme a celle de Saint Augustin que nous avons citée plusieurs fois : Eo ipso quo firmissime créditai' Deurn justiim et bonum hnpossibilia non prœcipere, hinc admonemur , et in faci~ libus quid agamus et in difficilibus quid petamus.^ Le cardinal Noris rapporte aussi ce texte , et il en tire une conclusion semblable : Igitur opéra facilia seu actus bonos minus perfectos facere possumus , absque eo qaod majus auxilium a Deo postulemus , qaod tamen in actibus diffîcilioribus petendum est.^^ , le père Thomassin cite encore en faveur de son sentiment Saint Bonaventure, Jean Scot, et d’autres autorités, et dit que tous regardent comme vraiment suffisantes les grâces auxquelles la volonté consent quelquefois, et quelquefois ne consent pas : Omnibus ea placuere sufpcientia auxilia vere sufficientia , quibus assentitur quandoque voluntas , quandoque non."^ Et c’est ce qu’il démontre dans quatre parties de son ouvrage , en s’appuyant de l’enseignement des écoles durant une longue série d’années a dater de

Habert, évêque de Vabres et docteur de Sorbonne, qui fut le premier â écrire contre Jansenius , s’exprime en ces termes : Censemus primo, qaod immédiate cum ipso effecfu consensus completi [gratia] suffîciens non habet habi-

tudinem, nisi contingenter vel mcdiate Arbitramur

proinde gratiam sufjicientem esse gratiam dispositionis ad effîcacem, utpote ex cujus bono usu Deus postea gratiam completi effectus effectivam creatœ voluntati concédât A 11 avait dit précédemment : Catholici doctores ornnes, dari gratiam aliquam vere intrinsecam, quœ possit consensum

De Xat. etGr. c. 69. Loc. sup cit.

(3 Cons. sch. p. 2- ad fin. (4 T/ieol. Gr. Pair. l. 2- c. /J.

LA GRACE DE LA PRIÈRE

voluntatis ad bonum salutis elicere , nec tamen proijter liheram voluntatis resistentiam eumdem aliquando eliciat, omnibus in scholis professi sunt et profîtentur.' Après avoir cité pour cette doctrine Gamache, Duval, Isambert, Pereira, Le Moyne , et d’autres auteurs, il continue : Auxilia igitur gratiœ sufjîcientis sunt dispositiva ad efficaceni, et efpcacia secundum quid , effectus videlicet incompleti , impetrantis primo remote , propius , ac tandem proxime, qualis est octus fidei , spei , timoris , atque inter hœc omnia oraiionis. Unde celeberrimus Alphonsus Lemoinus gratiam illam sufficientem docuit esse gratiam petendi, seu orationis, de qua loties beatus Augustinus.^ Ainsi, selon Habert , la grâce efficace et la grâce suffisante diffèrent en ce que la première est unie à son effet complet, tandis que la seconde ne produit son effet que d’une manière contingente : Contingenter , c’est-àdire quelle l’obtient quelquefois et quelquefois ne l’obtient pas, ou d’une manière médiate: Médiate, c’est-à-dire, par le moyen de la prière. Il ajoute que la grâce suffisante, suivant le bon usage qu’on en fait , dispose à obtenir la grâce efficace ; c’est pourquoi il l’appelle Efficace secundum quid, c’est-à-dire, d’un effet commencé et non complet. Il dit entin que la grâce suffisante est la grâce de la prière, dont il dépend de nous de profiter, selon Saint Augustin. D’ou il suit que Thomme n’a pas d’excuse, s’il ne fait point ce qui est en son pouvoir , vu qu’il a toujours la grâce suffisante , avec laquelle, sans aucun autre secours, ou il agit immédiatement, ou du moins il obtient tout ce dont il a besoin pour agir. Habert assure que cette doctrine était commune en Sorbonne.

Charles Duplessis d’Argentré , aussi docteur de Sor-

(1) Theol. Gr. Pair, l c. 6‘. (2) Ibid. c. 15.

bonne , cite * plus de mille théologiens qui enseignent expressément qu’avec la grâce suffisante on peut exécuter les œuvres faciles , et que Thomme , en faisant usage de la grâce suffisante, obtient les secours plus abondants qui le conduisent a sa parfaite conversion. Il dit que c’est proprement dans ce sens , comme nous l’avons déjà remarqué , qu’on doit entendre cet axiome célèbre, reçu dans les écoles : Facienti quocl in se est Deus non denegat gratiam : Dieu ne refuse point sa grâce plus abondante et efficace à qui fait ce qu’il peut , toujours bien entendu , avec la grâce suffisante.

Le savant père Petau démontre longuement que l’homme peut opérer avec la seule grâce suffisante ; il ose même affirmer qu’il serait monstrueux de dire le contraire : ilonstruosum esset ; et que cette doctrine est celle, non-seulement des théologiens, mais de l’Eglise. Il ajoute que la grâce d’observer les commandements est le fruit de la prière , et que Dieu donne la grâce de la prière en même temps qu’il impose ses commandements : Donum istud , quo Deus dat utjussa faciamus , affectum orationis suhsequitur , — et talis affectus legi cornes datur.^ Ainsi, comme la loi divine est imposée à tous les hommes, tous reçoivent le don de la prière.

L’auteur de la Théologie de Périgueux pense qu’on peut faire le bien avec la seule grâce suffisante , et qu’on le fait quelquefois : Aliquis potest hene agere , et aliquando bene agit ; de sorte que rien n’empêche que, de deux personnes qui reçoivent la même grâce, l’une en profite , et l’autre la néglige : Nihil vetat ut, ex duobus œquali auxUio prœventis, faciliores actus, plenam conoei'sionem sœpissime prœcedentes, uniis faciat, alius non.^ Il assure

^1 Diss. de muU. gen. div. gr. (â De Deo, l. 10. c. ^0. — iO,

,3) Lib. 6.q.3.

LA GKACE DE LA PRIÈRE

que cela est conforme a la doctrine de Saint Augustin, ainsi que de Saint Thomas et de ses premiers disciples, notamment du père Barthélemi Médina qui dit que la grâce suffisante seule produit quelquefois la conversion : Cum sola gratia sufficienü aliquando homo convertitur^ J’ai trouvé que le père Louis de Grenade affirme aussi la même chose, comme le sentiment commun des théologiens : Duo auxiliorurn généra theologi statuant , alterum sufficiens , alterum superabundans ; et quidem priori auxilio excitati homines aliquando convertuniur, aliquando converti renuunt.'W ajoute que la grâce suffisante ne manque à personne : Et quidem prius illud auxilium ad omnes homines quam latissime patere theologi défimunt."^ La Théologie de Périgueux dit conséquemment que certains actes de piété , comme la prière , opérés en vertu de la grâce suffisante , nous disposent à recevoir d’autres grâces : Sic quosdam pietafis actus [nempe humiliter Deum deprecari) cum solo auxilio sufficienti [homo] facere potest et aliquando facitj quitus se ad ulteriores gratias prœparat; que tel est l’ordre suivi par la divine Providence dans la distribution des grâces , le bon usage des premières en attire de plus grandes : Ut priorum.hono usai posteriores succédant ;3 que l’entière conversion et la persévérance finale s’obtiennent infailliblement par la prière : Infallibiliter [homines] promerentur oratione ; et qu’enfin , pour prier , la grâce commune a tous suffit abondamment : Pro qua sufjic ien s gratia ^ qua nulli nonprœsto est, plenissime sufjicit.

Le cardinal d’Aguirre pense de même et suit en tout

Saint Augustin.

{'\ )In i. q. ^09. a. 10.

(3J Loc, sup. cit. (

fâ) In fesl. S. Matih. conc. I.p.i .

(4j Theol. S. Ans: t. .T. d. 1^5, W.

G MOYEN

Le père Antoine Boucat, de Tordre de Saint-Françoisde-PauIe , soutient * que chacun peut, au moyen de la prière et sans un secours nouveau , obtenir la grâce de la conversion ; et , outre Gamache , Duval , Habert , Le Moyne, il cite pour ce sentiment Duplessis d’Argentré, évêque de Tulle , Godefroi Desfontaines , Henri de Gand , docteurs de Sorbonne, avec Deligny, professeur royal, qui, dans son traité De Gratia , démontre que la grâce suffisante donne , non-seulement le moyen de prier , comme le disent Le Moyne et le professeur Elie, mais encore celui de faire certaines œuvres qui ne sont pas trop difficiles.

Gaudence Bontemps enseigne également et démontre qu avec la grâce suffisante on obtient la grâce efficace par le moyen de la prière, qui est un don accordé à tous ceux qui veulent en profiter.

Le cardinal Robert Pullus établit deux grâces, dont Tune est toujours victorieuse, tandis qu’a l’autre l’homme coopère quelquefois, et quelquefois résiste : Utrumlibet, aut gratiœ cooperans agit, aut , ea spreta , malum agere non desistit.^

Le sentiment du savant père Fortunat de Brescia est aussi que tous les hommes ont la grâce médiate de la prière pour observer les commandements , et il ne doute aucunement que Saint Augustin n’ait pensé de même.

Richard de Saint-Victor ^ dit pareillement qu’il y a une grâce suffisante a laquelle on consent quelquefois, et quelquefois on résiste.

Dominique Soto demande pourquoi , de deux pécheurs que Dieu veut convertir, l’un est attiré par la grâce, et

(1) De Gr. d. 5'. s. A. (2) Sent. t. 6. c. oO.

(3 De Erufl int. hom. l /. c. 30.

LA GRACE DE LA PRIÈRE

l’autre non ; et il répond que l’unique raison de cette différence, c’est que le premier consent et coopère à la grâce, tandis que le second s’y refuse ; Alia ratio reddi nonpotest, nisi qiiod alfer præbet assensum et cooperatur^ alter vero min ime A

Mathias Felisius, qui a écrit contre Calvin, définit la grâce ordinaire ou suffisante, en disant quelle est donnée a tous les hommes, mais qu’ils n’en profitent pas tous : Est motio divina sive instinctus quo movetur homo ad bonum, nec alicui denegatur. Hommes diversimode se ad istum habent instinctum : aliqui namque UH acquiesçant, sicque ad gratiam hahituakm de congruo disponuntur , quia facientibus quod in se est non defore Deus creditur ; alii répugnant A

André Vega s’exprime â peu près de la même manière que le précédent : Ilœc autem auxilia , quœ omnibus dantur, a plerisque inefficacia vocantur, quia non semper habent suum effectum, sed pler unique a peccatoribus frustranturA Les grâces suffisantes ont donc parfois leur effet, mais pas toujours.

Le cardinal Gotli, dans un endroit de sa Théologie, ne semble point penser autrement que nous : il se demande comment l’homme a la faculté de persévérer s’il le veut, quand il ne dépend pas de lui d’avoir le secours spécial nécessaire pour persévérer; et il répond que , quoique ce secours spécial ne soit point proprement entre les mains de l’homme, on dit cependant avec raison qu’il est en son pouvoir, puisqu’il peut l’obtenir de Dieu par la prière : In potestate tamen hominis aliquo modo dicitur esse quod ipse per Dei gratiam potest ab eo petere ac obtinere; et hoc

( I) De ^"at. et Gr. l. /. c. 15. (2) Inst. chr. d. 24. c. 20.

(3) De Just'if. l. iS. c. ij.

modo in hominis justi potestate dici potest esse ut habeat auxilium ad perseverandum necessarium, illud impetrando oratioîiibus.' Comme, pour dire avec vérité qiul dépend de riiomme de persévérer, il est nécessaire qu’il puisse, par la prière, obtenir le secours indispensable pour persévérer actuellement sans avoir besoin d'une autre grâce; de même il est nécessaire qu’avec la seule grâce suffisante, commune a tous, et sans avoir besoin d'une autre grâce spéciale, il puisse prier actuellement, et, par la prière, obtenir la persévérance : on ne pourrait point dire que chacun a la grâce nécessaire pour persévérer, s’il n’avait au moins la grâce éloignée et médiate , ou le moyen de la

Si toutefois l’éminentissime cardinal ne l’entend point ainsi, il est certain que c’est le sentiment de Saint François de Sales, qui dit que la grâce de prier actuellement est donnée a tous ceux qui veulent en user : et il en conclut qu’il est au pouvoir de chacun de persévérer. Le Saint s’énonce clairement sur ce point dans son Traité de l’Amour de Dieu,^ où, après avoir démontré qu’il est nécessaire de prier continuellement pour obtenir de Dieu le don de la persévérance finale, il ajoute : « Or, parce que le don de l’oraison et de la dévotion est libéralement accordé â tous ceux qui, de bon cœur, veulent consentir aux inspirations célestes, il est par conséquent en notre pouvoir de persévérer. »

C’est aussi ce qu’enseigne le cardinal Bellarmin : il assure que tous les hommes reçoivent les moyens qui leur sont nécessaires pour parvenir au salut, soit immédiatement, soit au moins médiatement : Auxilium suffioiens ad salutem, pro loco et tempore , médiate vel immédiate omnibus

(1) De Grat. q. Y. d. i3. § 3. (2) Liv. 3. ch. 4.

LA. GRACE DE LA PRIÈRE

datur Dicimus: Médiate vel immédiate; — quoniam iis

qui usu rafionis utuntur immitti credimus a Deo sanctas inspirationes, ac per hoc immédiate illos habere gratiam exciiantem , cui si acquiescere velint , possint ad justificationem disponi et ad- salutem aliquando pertingere^

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