‹ Œuvres completes de S. Alphonse de LiguoriChapitre 34 sur 132 · L ORAISON EST INDISPENSABLE POUR TENDRE A LA PERFECTION · texte numérisé non relu

L ORAISON EST INDISPENSABLE POUR TENDRE A LA PERFECTION

Tous les Saints sont parvenus a la sainteté k l’aide de l’oraison mentale. C’est dans cette heureuse fournaise que les âmes s’enflamment de l’amour divin : In meditatione mea exardescet igiiisA Selon Saint Vincent de Paul , ce serait un miracle de voir un pécheur écouter les sermons dans une mission ou dans une retraite spirituelle., et ne pas se convertir ; cependant celui qui prêche et qui parle dans ces exercices , n’est qu’un homme , tandis que celui qui parle â notre âme dans l’oraison, n’est autre que Dieu lui-même : Ducam eam in solitudinem , et loquar ad cor ejiis.^ (( L’âme qui ne s’adonne pas â l’oraison, disait Sainte Catherine de Bologne, est privée du lien qui l’unit â Dieu ; quand le démon la trouve ainsi isolée, il lui est facile de s’en rendre maître. » « Comment , ajoutait-elle, peut-on trouver de l’amour pour Dieu dans une âme peu portée â s’entretenir avec Dieu dans l’oraison ? »

Où les Saints se sont-ils tant embrasés de l’amour divin , si ce n’est dans l’oraison ? Au moyen de l’oraison , Saint Pierre d’Alcantara parvint a brûler pour Dieu d’un amour si ardent qu’un jour , pour se rafraîchir, il se jeta dans un étang glacé, et l’eau commença â bouillir comme dans une chaudière sur le feu. Dans l’oraison, Saint Philippe de Néri s’enflammait et s’agitait tellement qu’il faisait trembler toute sa chambre. De même Saint Louis de Gonzague était pénétré d’une ardeur si vive que son

1) Ps. 58. 4.

(2) Os. 74.

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visage paraissait tout rayonnant, et son cœur battait avec tant de force qu’on l’eût dit sur le point de s’échapper de sa poitrine.

On lit dans Saint Laurent Justinien : Ex oratione fugatur tentatio, abscedit tristitia, virtus reparatur, excitatur fervor , et divini amoris flamma sucer escit L’oraison éloigne les tentations, dissipe la tristesse, répare les pertes de la vertu , ranime la ferveur qui s’éteint , et augmente l’aimable flamme du divin amour. — Saint Louis de Gonzague avait donc raison de dire que , si l’on ne fait beaucoup d’oraison , on n’arrivera jamais à un degré de vertu éminent.

Une âme d’oraison , dit le Psalmiste , est comme un arbre planté près d’un courant d’eau ; elle donne son fruit dans son temps, et toutes ses actions sont méritoires devant Dieu : Beatus vir qui... in lege ejus meditabitur die ac nocte. Et erit tanquarn lignum quod plantatum est secus decursus aquarum , quod fructurn suum dabit in temjoore suo ; et folium ejus non defluet, et omnia quœcumque faciet prosperabuntur Remarquez ces mots : In tempore suo : Dans son temps ; — c’est-a-dire , quand il faut supporter telle douleur, tel affront, etc.

Saint Jean Chrysostôme ^ compare l’oraison â une fontaine qui jaillit au milieu d’un jardin. Quand un jardin est constamment arrosé par une eau bienfaisante, oh ! comme les fleurs et les plantes y paraissent toujours pleines de vie et de fraîcheur ! 11 en est de même d’une âme d’oraison ; on la voit croître sans cesse en bons désirs et en fruits de vertus. D’où lui viennent ces avantages? De l’oraison, qui, en l’arrosant continuellement de ses eaux salutaires et fécondes, en fait un jardin de délices : Emissiones tuœ

I ' De Casio Conn. c. (2) Vs. i.S. (3) Ad pop. Ant. hom. 79.

DE l'oRAISüN mentale.

paradisus malorum punicorum cum piomorum fructibus

Fons horforum, pufeus aquanim viventiumy quœ fluunt impetu de Lihano.^ Mais supprimez cette heureuse fontaine : aussitôt les fleurs tombent, les plantes sèchent , et tout disparaît ; pourquoi? parce que la source de vie est tarie. Vous verrez telle personne, tant quelle se livre à l’oraison , être un modèle de modestie, d’humilité , de dévotion et de mortification : quelle abandonne l’oraison , et bientôt son immodestie éclatera dans ses regards ; son orgueil percera a la moindre parole qui la choque ; elle cessera de fréquenter les sacrements et d’aller a l’église aussi souvent ; elle ne pensera plus guère à se mortifier ; vous la verrez , au contraire , aimer les vanités et les sociétés mondaines , les amusements et les plaisirs terrestres ; et pourquoi? l’eau ne coule plus sur elle , la vie lui manque : Anirm mea sicut terra sine aqua tibi . . defecit spiritus meus."^ Elle a quitté l’oraison, le jardin est desséché, et le mal empire de jour en jour. Dès qu’une âme abandonne l’oraison. Saint Jean Chrysostôme la regarde, non-seulement comme malade, mais comme morte : Quisquis non orat Deum , nec divino ejiis colloquio cupit

assidue frui, is mortuus est Animœ mors est non pro-

volvi coram Deo.^ ^

Le même Saint Docteur dit encore , que l’oraison est la Racine qui féconde la vigne : Badix vitis frugiferœA Saint Jean Climaque l’appelle un Rempart contre les afflictions, la Source des vertus , le Canal des grâces : Oratio est propugnaculurn adversus impetum afflictionum, virtutum scaturigo, gratiarum conciliatrix.^ Rufin assure que tout progrès spirituel dans les âmes est dû a foraison

(I) Cant. 4. 13. (2) Ps. 6. 3) De or. D. l. 1.

(4] thid. (5) Scala sp. gr. 28,

DE LOKAISON MENTALE.

mentale : Omnis profectus spiritualis ex meditatione procéda.^ Et Gerson va jusqu’à dire que, celui qui ne médite pas , ne peut , sans un miracle , vivre chrétiennement : Absque meditalioms exercitio , nullus , secluso miraculo Dei, ad chrisiianœ religionis normarn atiingit.'^

Jérémie, en parlant de celui qui se livre a l’oraison, s’exprime ainsi : Sedebit solitarius , et tacebit , quia levavit super se.^ Le Prophète fait entendre par la que notre âme ne peut goûter les choses de Dieu, sans s’éloigner des créatures , et sans se tenir en repos , c’est-a-dire , sans s’arrêter 'a contempler la bonté, l’amour, l’amabilité de son souverain Seigneur ; et quand , au milieu de la solitude , elle se recueille dans l’oraison et se tait , c’est-à-dire , quand elle cesse de s’occuper de pensées du monde , alors elle s’élève au-dessus d’elle-même : Levavit super se ; et elle sort de l’oraison bien différente de ce qu’elle était en y entrant.

Selon Saint Ignace de Loyola, l’oraison mentale est le plus court chemin pour arriver à la perfection. On peut dire en un mot que , plus on fait de progrès dans l’oraison, plus on en fait dans la perfection. Dans l’oraison , l’âme se remplit de saintes pensées, de saintes affections, de saints désirs , de saintes résolutions , et de sentiments d’amour envers Dieu ; elle lui sacrifie ses passions, ses penchants, ses attaches à la terre , et tous les intérêts de son amourpropre. En outre , dans l’oraison , nous pouvons sauver beaucoup de pécheurs, en priant pour eux , à l’exemple d’une Sainte Thérèse, d’une Sainte Marie-Magdeleine de Pazzi , et comme font toutes les âmes pénétrées d’amour pour Dieu : en vaquant à l’oraison , elles ne manquent jamais de recommander au Seigneur les infidèles , les

( Ij In Ps. 36.

(2) De Med. cons. 7.

(3) Thren 3. ^8.

DE lV>KAISON mentale.

hérétiques, et tous les pauvres pécheurs, et elles le supplient ci envoyer des ministres animés d'un saint zèle pour les converlir. Enfin, dans l’oraison, nous pouvons encore gagner, par le seul désir de les faire, le mérite d'une foule de bonnes œuvres que nous ne faisons point ; car, comme le Seigneur punit les désirs pervers , de même il récompense tous les bons désirs que nous avons.

Prière.

Mon Jésus ! c’est en souffrant que vous m’avez aimé; c’est aussi en souffrant que je veux vous aimer. Vous n’avez rien épargné , vous avez été jusqu’à donner tout votre sang et toute votre vie pour gagner mon amour; et moi, continuerai-je donc à vous aimer si imparfaitement, comme je l’ai fait jusqu’ici? Non, mon divin Sauveur ! il n’en doit pas être ainsi , je vous ai montré assez d’ingratitude par le passé. Je vous consacre tout mon cœur : vous seul, vous méritez tout mon amour, je ne veux aimer que vous seul. Mon Dieu ! puisque vous voulez que je sois tout à vous, donnez-moi la force de vous servir, le reste de ma vie, comme vous le méritez. Pardonnez-moi ma tiédeur et mes infidélités passées. Que de fois n’ai-je pas abandonné l’oraison pour satisfaire mes caprices ! Que de fois , quand je pouvais m’entretenir avec vous pour vous servir et vous plaire, j’ai préféré de m’entretenir avec les créatures et de vous offenser ! Ah ! que ne reviennent-elles, toutes ces années que j’ai ainsi perdues ! Mais, si elles ne peuvent revenir , mon bien-aimé Sauveur ! je veux du moins vous consacrer tout le temps qui me reste à vivre. Je vous aime , ô mon Jésus ! je vous aime , mon souverain Bien ! vous êtes et vous serez toujours l’unique objet de mes affections, l’unique amour de mon âme.

DE LORÂISO.N MENTALE.

O Mère du bel amour, tendre Marie ! procurez-moi la grâce d’aimer votre divin Fils, et de consacrer â son amour tout ce qui me reste de vie : vous obtenez de Jésus (out ce que vous désirez; j’attends de vous cette faveur.

§ ni.

FINS DE LORAISON MENTALE

Pour bien faire l’oraison mentale et la rendre profitable à notre âme, il faut déterminer la fin que nous nous y proposons.

\ . S’unir à Dieu.

Nous devons faire l’oraison pour nous unir plus parfaitement à Dieu ; et ce qui nous unit à Dieu, ce ne sont pas tant les bonnes pensées de notre esprit, que les bons mouvements de notre volonté ou les saintes affections. Or, les affections que l’on produit dans la méditation , ce sont des actes d’humilité , de confiance , de renoncement , de résignation , et surtout des actes d’amour et de contrition. « Ce sont les actes d’amour , dit Sainte Thérèse , qui entretiennent dans nos cœurs le feu de l’amour divin. »

Mais la perfection de cet amour consiste dans la conformité de notre volonté à celle de Dieu : car, selon Saint Denis l’Aréopagite , l’effet principal de f amour est d’unir ceux qui s’aiment, tellement qu’ils n’aient plus qu’un seul cœur et une seule volonté. Aussi Sainte Thérèse ajoule-t-elle ailleurs : « Tout ce qu’il faut chercher dans

‘ Réflexions pieuses, § 15. — Préparation h la mort, consid. 30. — De l’Amour divin , § 3.

DK L ORAISON MENTALK.

l’exercice de l’oraison, c’est de conformer sa volonté k celle de Dieu ; et qu’on soit bien persuadé qu’en cela consiste la plus haute perfection : celui qui excellera le plus dans cette pratique , recevra de Dieu les plus grands dons , et fera le plus de progrès dans la vie intérieure.^ »

Beaucoup de personnes , il est vrai , se plaignent de ce quelles se rendent a l’oraison et n’y trouvent point Dieu ; c’est quelles y vont le cœur plein des choses de la terre. «Détachez votre cœur de toutes choses, dit encore Sainte Thérèse, et cherchez Dieu; vous le trouverez.^ » Le Seigneur est toute bonté pour ceux qui le cherchent : Bonus est Dominus... animœ quœrenti Pour

qu’une âme trouve Dieu dans l’oraison, il faut donc quelle se dépouille des affections terrestres, et alors Dieu lui parlera : Ducam eam in solitudinem , et loquar ad cor ejus.^ Pour trouver Dieu, remarque Saint Grégoire, la solitude du corps ne suffit pas , il faut de plus la solitude du cœur. Le Seigneur a dit un jour à Sainte Thérèse : « Il y a bien des âmes auxquelles je parlerais volontiers : mais le monde fait tant de bruit dans leur cœur que ma voix ne s’y peut faire entendre. » Oh ! dès qu’une âme détachée se met en oraison , comme Dieu se communique a elle.et lui fait connaître l’amour qu’il lui porte ! « Alors, dit un auteur , cette âme s’embrase d'amour ; elle ne parle pas, mais, dans son silence, que n’exprime-t-elle pas ! le silence de sa charité en dit plus a Dieu que toute l’éloquence humaine ; chaque soupir lui découvre tout son intérieur. » Elle ne se lasse pas de répéter dans cet heureux moment : Dilectus meus mihi , et ego UH Mon Bien-Aimé est a moi , et je suis a lui !

(1 J Chat. int. d. 2. ch. '1 . (2) Avis 36. (3) Thren. o.

(4) Os. i4. (5) Cant. iO.

DE L ORAISON MENTALE

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